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ÉTAT SOCIAL DU ROYAUME DE POLOGNE

De tout temps l'influence a appartenu en Pologne aux propriétaires fonciers. La terre était entre les mains de quelques milliers de nobles, formant une sorte de gentry appelée szlachta. Cette petite noblesse, après avoir longtemps lutté contre les prétentions de quelques familles puissantes, finit au xviie siècle par subir leur domination. Maintenue dans une étroite sujétion, elle se fit l'instrument des caprices des grands seigneurs, et devint complice de toutes les fautes qui amenèrent la ruine du pays.

La noblesse polonaise s'est vue privée de toute charge publique, par la mort politique de la nation. Et comme il arrive toutes les fois qu'une grande aristocratie ne joue plus de rôle politique, cette noblesse a perdu peu à peu son prestige, et n'a plus d'autre relief que celui que peut donner la fortune.

Mais une classe oublieuse de ses devoirs, loin de trouver dans la fortune un soutien, n'y rencontre qu'une facilité de plus pour la jouissance, qui devient le seul but de son activité. Dès lors elle n'a plus ni le stimulant que donne le souci des affaires publiques, ni le frein contre les entraînements d'une vie insouciante et facile.

Le livre d'or de la noblesse polonaise n'est pas sans taches. Il y a plus d'une famille célèbre et puissante dont quelque membre a été traître au pays, et que l'histoire rend en partie responsable des malheurs de la Pologne. Mais l'épreuve au lieu d'envenimer les haines semble les avoir calmées. Ces crimes de lèse-nation sont aujourd'hui oubliés des Polonais eux-mêmes, et à chaque crise que le pays a traversée depuis son démembrement, il a retrouvé toute son ancienne noblesse prête à donner sa vie et sa fortune pour la cause nationale.

Quand on a nommé les familles Czartoryski, Zamojski, Potocki, Krasinski, Lubomirski, Sapieha, Radziwill, Tyszkiewicz, Przezdziecki, Branicki, on a cité les principaux noms de Pologne, qui ont à la fois un passé historique et le prestige que donne une immense fortune. Il y aurait certainement là assez d'éléments pour reconstituer une force sociale capable de préparer au pays un nouvel avenir, mais à l'exception des Czartoryski, des Zamojski, des

Lubomirski et de quelques autres, qui donnent journellement la preuve qu'ils comprennent leurs devoirs sociaux, il semble que la haute aristocratie a pris son parti du rôle effacé qui lui est fait, et qu'elle attende pour montrer son dévouement à la cause publique que la Pologne se refasse d'elle-même1.

Désormais la fortune seule classe entre eux les gentilshommes polonais, et tel grand seigneur, qui se ruine, tombe du coup des premiers rangs de l'aristocratie aux derniers rangs de la szlachta. La szlachta est aujourd'hui en Pologne le seul corps organisé. Il fut un temps où les gentilshommes polonais, maîtres de la terre, se considéraient comme seuls dignes de l'honneur de la défendre, se tenaient étroitement unis par les liens d'une solidarité toute chevaleresque, se traitaient en frères partout où le hasard les taisait se rencontrer et ne connaissaient qu'une devise : Chacun pour tous et tous pour chacun. Ces traditions n'existent plus dans la szlachta. L'a vie est plus positive et plus banale, mais du moins le patriotisme, l'honnêteté, le travail, le sacrifice absolu pour le salut national, sont restés le trait caractéristique et la passion dominante du gentilhomme campagnard.

1 Le tableau E qu'on trouve à la fin de ce livre indique toules les familles de la haute aristocratie dont L'origine nationale n'est pas contestée.

En tête de la szlachta, sont quelques hommes éclairés, riches propriétaires, dont les domaines ont jusqu'à quinze mille hectares. C'est chez eux que le caractère national est le mieux conservé, que la tradition nationale est restée intacte, et qu'il y a encore assez de ressort pour former une classe dirigeante et pour qu'on ne désespère pas tout à fait de l'avenir du peuple polonais.

Tant que la szlachta tiendra la terre et restera dans les campagnes en contact avec les paysans, la Pologne démembrée, appauvrie^ persécutée, aura encore assez de souffle pour revivre. Cette classe est nombreuse et se retrouve dans toutes les provinces qui dépendaient du royaume de Pologne. Dans le grand-duché de Posen elle possède encore près de la moitié du territoire ; dans les anciennes provinces polonaises annexées à la Russie, elle en possède près du quart ; dans le royaume de Pologne, la grande propriété comprend la moitié des terres de rapport. Sur les douze millions d'hectares, qui forment la superficie du royaume de Pologne, les petites propriétés des paysans, des bourgeois et des petits nobles, qui sont inférieures à 160 hectares, représentent une étendue d'environ cinq millions d'hectares, et celles dont la superficie est supérieure quatre millions sept cent mille hectares. Les domaines de cette dernière catégorie ont, en moyenne

une étendue de 5G5 hectares. La petite et la grande propriété ont donc approximativement la même importance. C'est dans les huit mille domaines de grande propriété, qui ont les éléments d'une exploitation complète : terre de labour, prairies, pâturages, bois et une population ouvrière — que se trouvent plus de sept mille gentilshommes polonais de la szlachta, vivant dans leur dwor et faisant valoir eux-mêmes leurs terres.

La petite noblesse du royaume de Pologne est bien en retard sur celle de Galicie, sous le rapport de la culture intellectuelle et de l'éducation politique. C'est la conséquence de la crise agraire et de l'insurrection de 1863. Il y a bien encore une moitié des gentilshommes campagnards du royaume qui ont été trop éprouvés par la réforme agraire pour avoir pu se relever. Ils ont une existence difficile et manquent de ressources suffisantes pour donner une éducation complète à leurs enfants. En outre les Polonais, qui occupaient jusqu'en 1863 tous les postes administratifs des divers gouvernements du royaume, n'ont plus eu depuis vingt ans aucun moyen de s'initier aux affaires publiques. Les conseils et les tribunaux des communes sont bien électifs, mais les employés russes, par leurs sottes exigences, mettent tant d'entraves à la gestion des affaires locales qu'on ne trouve pas de propriétaires

disposés à accepter les fonctions municipales administratives. Au contraire les places de juges sont recherchées par les propriétaires et c'est ainsi qu'ils se trouvent en contact fréquent avec les paysans.

Les paysans jouissent de la liberté civile depuis l'introduction par Napoléon du Gode civil dans le grand-duché de Varsovie en 1808. Ils n'étaient plus tenus qu'à quelques jours de corvée représentant le prix des terres dont la culture leur avait été concédée. A partir de 1830, les Zamojski, Wielopolski, Adam et Auguste Potocki et d'autres grands propriétaires essayèrent de convertir ces charges, derniers restes du servage, en des redevances pécuniaires ; mais les paysans étaient toujours plus disposés à se libérer en travail qu'en espèces. Le montant des redevances qu'ils consentaient à payer n'était jamais suffisant pour indemniser le propriétaire, de plus ils résistaient à toute division des terres, au partage des biens communs, à la suppression des servitudes et à toutes réglementations des usages forestiers et du droit de pâture. Aussi, en 1859, la population rurale était encore composée pour les trois cinquièmes de paysans dits seigneuriaux. L'Ukase de 1856 plaça ces paysans sous la protection du Gouvernement. Il fut interdit aux

propriétaires de les renvoyer arbitrairement et l'autorité se réserva l'examen de tout contrat passé entre eux et les propriétaires. La corvée n'en subsista pas moins. Le marquis Wielopolski, administrateur du royaume, avait pris en 1861 les mesures nécessaires pour l'abolir définitivement; mais sans attendre que les propriétaires eussent fait des contrats pour opérer cette transformation, une loi de 1862 fit disparaître les derniers liens du servage et rendit le cens obligatoire. Elle impliquait en même temps la division des terres, l'abolition des servitudes, la suppression de la jouissance commune. On eut le tort de baser cette loi sur le principe d'un bail perpétuel, alors que l'opinion publique réclamait déjà pour les paysans la pleine propriété des terres qu'ils cultivaient.

Malheureusement pour la Pologne la question agraire n'avait pas été complètement réglée avant l'insurrection, et le gouvernement russe, qui à partir de 1863 ne songeait plus qu'à l'anéantissement de la race polonaise, avait garde de laisser échapper l'occasion qui s'offrait à lui de ruiner une noblesse qui en faisait la force. L'Ukase du 2 mars 1864 posa les bases de la réforme agraire pour tout l'Empire. Mais tandis que dans les provinces russes les employés chargés d'appliquer la loi s'efforçaient de favoriser les propriétaires, ceux qui furent envoyés

dans le royaume de Pologne usèrent de tous les moyens pour les ruiner. Les évaluations des terres et les taxes de rachat ont été si élevées en Russie que les petits cultivateurs sont appauvris pour longtemps. En Pologne au contraire les terres ont été estimées à des prix dérisoires. Dans Lien des cas les évaluations n'ont pas dépassé le tiers de la valeur réelle, et l'Ukase de 1864 a été interprété de telle sorte que les simples manœuvres et les garçons de ferme, par le seul fait qu'ils habitaient le domaine du propriétaire et étaient engagés à l'année, furent déclarés propriétaires de la maison qu'ils occupaient et du jardin y attenant. Pendant qu'en Russie on supprimait tous les droits de pâturage, de pacage et les usages forestiers, on mettait en Pologne à la charge des grands propriétaires des servitudes tellement onéreuses qu'aujourd'hui encore beaucoup sont obligés, pour s'affranchir de ces droits, d'abandonner aux paysans des terres pour une valeur considérable et de vendre une partie de leurs forêts. — On m'a cité un propriétaire qui avait reçu 30,000 roubles d'indemnité pour 3,600 hectares de terres réparties entre les paysans qui cultivaient ses domaines, et qui a dû leur abandonner pour 120,000 roubles de terres arables, pour obtenir d'eux la renonciation aux usages forestiers qui avaient été reconnus par la commission russe.

Les Russes avaient espéré qu'en sacrifiant les propriétaires, ils créeraient un antagonisme entre les petits cultivateurs et les paysans et qu'ils gagneraient les sympathies de ces derniers, mais les propriétaires ont gardé une prudente neutralité et ont su éviter tout conflit. L'administration russe n'a pas réussi à gagner les sympathies des paysans, car l'employé russe ne sait pas administrer un pays sans froisser les populations et tout compte fait, l'impôt à payer à l'Etat est plus onéreux que les obligations dues autrefois aux propriétaires. Au surplus un employé russe ne fait rien pour rien. Il faut à tout propos payer un pot de vin, ici pour ne pas avoir de difficultés, là pour écarter celles que l'administration a soulevées. Les grands propriétaires se soumettent à cette nécessité, ils préfèrent payer et avoir la paix, mais le paysan rechigne longtemps avant de s'exécuter.

La crise foncière a été trop forte et trop longue pour que la grande propriété n'ait pas été gravement atteinte. Pendant les deux années qui suivirent 1 insurrection, une guerre de partisans acheva de ruiner le pays. Il fallait sans cesse satisfaire aux réquisitions militaires. La réforme agraire ayant été appliquée comme on l'a vu plus haut, toutes les exploitations furent désorganisées ; on ne trouvait plus le personnel suffisant pour les travaux des

champs, la valeur vénale des terres était considérablement amoindrie, l'insolvabilité d'un grand nombre de propriétaires étant notoire, on leur refusait du crédit. Par bonheur, plusieurs années de bonnes récoltes, la baisse du rouble, le développement de l'industrie et du commerce intérieur ont permis à un grand nombre d'agriculteurs d'échapper à une ruine complète.

C'e^t surtout au Crédit foncier que les propriétaires polonais doivent leur salut. La fondation du Crédit foncier de Pologne est antérieure à 1830. Le pays époiisé en hommes et en argent par les guerres de Napoléon fut une première fois sauvé par cet établissement. Dans les moments de crise, les agriculteurs ont toujours trouvé là un crédit facile, sans lequel ils auraient été obligés de vendre leurs biens à vil prix, et ces terres seraient infailliblement tombées entre les mains des Allemands qui étaient toujours prêts aies acheter. Chaque fois qu'un héritier désire éviter le morcellement d'un domaine qu'il faudrait partager, il s'adresse au Crédit foncier et l'emprunt qu'il y fait lui permet de dédommager ses cohéritiers. Ce cas est très fréquent. — Mais cette institution paraît avoir déjà donné en Pologne tout ce qu'on est en droit d'attendre d'elle. Le chiffre des emprunts dépasse déjà cent millions de roubles; aller au delà pourrait avoir le grave inconvénient

Ui SLAVES ET TEUTONS

de fausser l'esprit de l'institution, de trop mobiliser la terre, et d'en élever le prix plus que de raison. Autrefois les terres étaient capitalisées sur le taux de 6 0/0, aujourd'hui elles se vendent sur le taux de 4 0/0. Dans ces conditions, les frais de culture et les intérêts à payer pour les emprunts faits au Crédit foncier représentent déjà près de 6,5 0/0 et la terre ne donne pas cette rente. En résumé, sur les dix ou. douze mille propriétaires dont les terres forment la moyenne propriété, les deux tiers sont sauvés aujourd'hui, le reste est trop compromis pour éviter une ruine plus ou moins prochaine.

Il a été publié en mars dernier dans une revue de Varsovie (Niwa-la Plaine) une étude de M. Louis Gorski sur l'importance et les devoirs de la grande propriété dans le royaume de Pologne. J'en extrais les réflexions suivantes :

Depuis une quinzaine d'années les grands propriétaires, qui ont eu à passer la crise provoquée par la réforme agraire, ont fini par perdre le goût des travaux agricoles. Ils se plaignent de n'y pas trouver une rémunération suffisante de leurs peines, d'être obligés de vivre loin de tout centre intellec-

tuel, et d'être en butte à toutes sortes de vexations de la part de l'administration locale. Beaucoup prennent le parti de sous-louer leurs terres à des juifs et d'aller habiter les villes du royaume. — Il est vrai que l'administration russe, qui se plaît quelque* fois à ménager les Polonais de Varsovie, se montre toujours tracassière dans les campagnes. A chaque pas on se heurte aux mesures arbitraires des petits employés; il est inutile de porter plainte et c'est même souvent dangereux. A Varsovie on obtient un passeport en quarante-huit heures, dans le-s campagnes il faut des mois. La vicinalité est si négligée que les communications entre voisins sont parfois impossibles ; les bureaux de poste sont très distants les uns des autres, les lettres et les journaux n'arrivent la plupart du temps que tous les deux jours. Tout ce qui touche au culte catholique est l'objet de mille difficultés.

Déjà un grand nombre de paysans sont attirés vers les villes par le développement excessif que le commerce et l'industrie ont pris depuis une dizaine d'années. Si les propriétaires font de même, ce sera un grand malheur pour la nationalité polonaise. M. L. Gorski démontre que la crise agricole est sur le point de finir. La baisse du rouble permet aux propriétaires de vendre leurs produits à des prix supérieurs à ceux que peuvent obtenir les cul-

tivateurs des autres pays ; on a la main-d'œuvre à bon marché ; la plupart des domaines ont une étendue de cent arpents, c'est assez pour qu'une famille puisse vivre honorablement et même faire quelques épargnes.

Ce qui manque aux propriétaires, ce sont les connaissances pratiques pour obtenir une production à bon compte. On ne sait avoir ni de bons chevaux, ni de bon bétail, ni de bonnes volailles, ni de bons fruits. On néglige même d'entretenir les forêts qui constituent une grande richesse.

La petite noblesse polonaise ne paraît pas comprendre les grands services qu'elle peut rendre au pays. Les paysans représentent soixante pour cent de la population du royaume, c'est en eux que réside toute la force nauonaie. Au lieu de les1 laisser livrés à eux-mêmes et tomber dans la main des juifs, elle devrait entretenir soigneusement de bons rapports avec eux et les aider de ses conseils.

C'est sans doute un grand malheur que la réforme agraire ait été faite par les Russes avec cette rage haineuse, car des mesures qui sagement appliquées

eussent donné un grand essor au pays ont failli compromettre à jamais la fortune publique. Mais par contre, la participation de la masse des paysans à la propriété a grandement développé la richesse publique, a augmenté le bien- être de la masse du peuple et a élevé son niveau moral. Émancipés politiquement les paysans ont été par là émancipés socialement. Il serait à désirer que le nombre des petits propriétaires s'accrût considérablement. Une récente statistique montre que dans le seul gouvernement de Kalisz les paysans ont acquis, de 1864 à 1882, 53,759 arpents de biens seigneuriaux, moyennant 3,414,605 roubles. Il se produit donc peu à peu un morcellement des grands domaines. Le pays ne peut que gagner à ce que cette transformation s'opère rapidement.

Le fait le plus caractéristique, et qui prouve l'étonnante vitalité de la race polonaise, est l'augmentation vraiment inouïe de la population :

Le royaume avait 2,717,287 habitants en 1816, et en 1880 il en comptait 7,219,077. Suivez la progression 3,914,665 en 1832, 4,972,193 en 1862, 6,078,564 en 1870 ; et le pays a été ruiné parles insurrections de 1831 et de 1863 et a subi deux épidémies de choléra. En Galicie, la progression est moins forte, mais elle accuse encore une grande vitalité chez

les Polonais et les Ruthènes. — 3,412,319 habitants en 1876 et 5,951,954 en 1880.

Ces données statistiques n'échappent pas aux Allemande, ils voient les Polonais se multiplier : 3,000,000 en Prusse, 3,200,000 en Autriche, près de 8, 00 J, 000 dans le royaume de Pologne, en Lithuanie et en Ruthénie. Au bas mot plus de treize millions de Polonais posés sur les deux rives de la Vistule '. Il y a certainement de quoi faire songer le chancelier de Berlin. Aussi certains journaux ont-ils prétendu que M. de Bismarck avait dernièrement questionné un haut personnage polonais sur les dispositions de ses compatriotes. La Pologne contientelle des éléments assez solides et des esprits assez sages pour se gouverner elle-même? « Les derniers événements de Pologne en 1863, aurait dit M. de Bismarck, l'ont qu'on se demande si les hommes de bon sens sont complètement dépourvus d'influence dans votre pays. » Que cette conversation soit ou non apocryphe, elle répond tellement aux préoccupations de tous les hommes politiques de l'Allemagne, de l'Autriche et de la Russie que la presse s'en est emparée et a fait mille commentaires à ce sujet.

J'ai posé souvent la même question à des Polo-

1 Voir, dans les Annexes, le tableau de la population polonais •■ (Annexe (jr).

nais, à d'excellents patriotes. Leur réponse a peu varié et j'ai senti que cet aveu leur pesait.

— « Non, m'ont-ils dit, notre pays n'est pas encore arrivé à un degré de formation sociale qui lui permette de reprendre dès aujourd'hui sa place parmi les nations et de poursuivre avec succès sa mission historique. L'élément aristocratique ne vit plus que sur son passé et, sauf quelques familles qui sont placées sur un piédestal que leur a dressé de tout temps la vénération populaire (les Zamojski surtout), les unes ne sont pas à la hauteur de leur mission et les autres sont à la discrétion des juifs ou se font les plus humbles servantes de la Cour de Pétersbourg.

S il y a en tête de la szlachta quelques intelligences d'élite qui ont une perception exacte des intérêts publics, c'est dans les derniers échelons de cette petite noblesse et parmi les propriétaires de tout petits domaines que réside la force nationale, et plus bas encore parmi les paysans qui peu à peu arrivent à devenir eux aussi petits propriétaires par le morcellement des terres. Eh bien ! tout le monde s'accorde à reconnaître que les petits gentilshommes n'ont pas assez d'instruction pour avoir la notion exacte du rôle que la Pologne aurait à remplir, une fois qu'elle serait reconstituée, et la sagesse de n'agir que progressivement pour maintenir un

état de choses durable. 11 y a là un grand progrès à réaliser. Il faudrait aussi que le morcellement des terres s'opérât sur une plus large échelle. Ce n'est que par la participation de la masse des paysans à la propriété, qu'il se formera un corps de nation assez robuste pour servir de point d'appui à un gouvernement sage, soucieux d'assurer le bien-être des populations et résolu à ne faire courir aux Polonais aucune nouvelle aventure. »

L'ancienne Pologne n'était pas un royaume, mais une oligarchie, une petite république de nobles. Le roi n'était que le premier des gentilshommes du pays. Jaloux de l'autorité royale, les nobles étaient aussi jaloux les uns des autres; ils s'opposèrent longtemps à ce que les dignités sénatoriales fussent héréditaires. Il n'était pas permis de prendre en Pologne des titres nobiliaires, de sorte que la plus grande partie des Polonais titrés sont d'anciens seigneurs de Lithuanie et de Ruthénie. La noblesse était parvenue à un tel degré de puissance qu'elle était de fait le seul pouvoir dans l'État. La royauté n'eut jamais la force de contrebalancer cette influence. Il a manqué à la Pologne un roi comme Louis XI et un ministre comme Richelieu

Pendant que la noblesse exerçait un contrôle étroit et méfiant sur les moindres actes des rois, elle avait soin d'empêcher dans les villes la formation d'une bourgeoisie. C'était pour elle une nécessité sociale et politique. Des milliers de gentilshommes, n'ayant pour toute fortune que quelques arpents de terre, recherchaient les emplois qu'occupaient les bourgeois dans les autres pays. Les uns remplissaient des fonctions de second rang dans les maisons de la grande aristocratie, d'autres étaient avocats, officiers de police judiciaire, receveurs des deniers publics, administrateursdés domaines de l'État. Si on avait laissé la bourgeoisie grandir elle eût disputé un jour à la petite noblesse toutes ces fonctions et, devenue riche et influente, eût réclamé la part qui doit revenir au tiers état dans toute société bien organisée.

Les rois de Pologne, comprenant la nécessité de développer les villes, favorisèrent l'immigra tion des Allemands. Ceux-ci devinrent bientôt Polonais et finirent par former une classe moyenne assez importante. Ce mouvement, très considérable au xiv° siècle sous Casimir le Grand, se continua jusqu'au milieu du xvie siècle. Aujourd'hui encore la population des villes, bien que formée d'Allemands à l'origine, est un des élé-

ments de la nation polonaise où le patriotisme est le plus vivace. Il est vraisemblable que si le tiers état n'avait pas été écrasé par la noblesse, il eût retardé, sinon empêché la chute de la Pologne.

La bourgeoisie se composait principalement de marchands et de fabricants des villes, les nobles s'appliquèrent à les ruiner. Les droits de douane qui protégeaient ces petites industries furent supprimés. Les gentilshommes campagnards n'avaient aucun besoin de cette protection pour l'agriculture, et cette mesure leur permettait même de faire venir de l'étranger à meilleur compte les produits manufacturés. Les villes une fois ruinées, on les dépouilla de leurs droits politiques. Elles n'envoyèrent plus de représentants à la diète. La noblesse s'attaqua ensuite aux franchises municipales. En vertu des chartes qui leur avaient été octroyées, les bourgmestres et les conseillers municipaux devaient être pris parmi les bourgeois ; les nobles se firent attribuer le droit aux fonctions de bourgmestres dans les villes situées sur leurs domaines. A la fin du xvi° siècle les villes de Pologne, n'avaient plus aucune signification dans le royaume. Le tiers état avait vécu.

Il faut franchir plus de deux siècles pour voir le

tiers état se reformer. C'est encore en grande partie à l'immigration continuelle des Allemands et des juifs que les villes, de 1815 à 1830, doivent leur retour à un état prospère. Gomme au temps du royaume de Pologne, les Allemands et les juifs se fusionnent assez rapidement dans la masse polonaise et deviennent de bons patriotes. Ce phénomène est étrange et prouve la force d'assimilation de la race polonaise qui, démembrée et exposée à toutes sortes de persécutions, a su encore, pendant le cours de ce siècle, absorber et transformer les éléments les plus hétérogènes. La préoccupation des Polonais est aujourd'hui de savoir si la nation a encore une vitalité assez grande pour s'assimiler la population juive toujours croissante.

Les Allemands ne sont dangereux que quand ils arrivent par masses et forment des centres nouveaux. Ainsi Lodz, où les Allemands sont arrivés tout d'un coup pour y créer de grandes industries, est une ville complètement germanisée. Mais on voit dans presque toutes les autres villes industrielles les Allemands perdre peu à peu leur caractère propre, Les centres de création récente ne sont pas encore devenus polonais, mais on ne peut déjà plus les compter comme des groupes allemands. Les habitants ne sont ni Allemands, ni

Polonais, ni Russes, ils sont citoyens de la ville qu'ils peuplent.

Dans la plupart des villes, il y a un noyau assez fort de Polonais. Les commerçants, industriels, avocats, professeurs, hommes de lettres forment un élément capable de maintenir la tradition nationale. C'est à Varsovie surtout qu'on assiste à un développement rapide du tiers état polonais. Cette cité plébéienne et bourgeoise a, de tout temps, donné les preuves du patriotisme le plus ardent. Depuis vingt ans que la petite noblesse de province, découragée et appauvria, semblait devoir mourir d'anémie, la population varso vienne, qui avait le plus souffert de la répression barbare qui suivit l'insurrection et qui ne vit se clore Tère de sang que pour passer sous un régime de terreur, a trouvé dans cette lutte de nouvelles énergies.

En 1860, Varsovie n'avait guère plus de 200,000 habitants et le prince Tcherkasky annonçait, au lendemain de l'insurrection, qu'elle serait bientôt une ville déserte. Il parlait ainsi dans ces tristes jours où tout dénoncé était suspect, tout suspect -déporté et où les convois de victimes se dirigeaient par milliers vers la Sibérie. Moins de dix ans après, en 1872, on comptait à Varsovie 276,000 âmes, en 1877, 308,000, aujourd'hui,

384,530 S et même 401,000 si l'on comprend la garnison et la population flottante. Varsovie est donc plus peuplée que Lyon, la seconde ville de France, qui, au recensement de 1876, n'avait que 342,815 habitants. Si on défalque de la population de Varsovie les soldats russes qui forment la garnison, 127,000 juifs, cinq à six pour cent de la mass< i ouvrière représentant les contre-maîtres et chefs d'ateliers allemands, tout le personnel des divers services publics d'où les Polonais sont systématiquement exclus et où sont employés des Russes, le groupe des professeurs russes de l'Université et des gymnases, si on retranche encore de la masse des bourgeois qui se disent Polonais, les israélites devenus catholiques, les Allemands polonisés de fraiche date, on ne trouvera qu'un bien petit nombre de ces Polonais de vieille souche encore si nombreux à Cracovie.

Comment cette masse composée d'éléments si

1 Population de Varsovie d'après les tableaux du bureau de statistique de Varsovie

En 1864. En 1881.

Catholiques 131.808 227.593

Juits 72.776 127.194

Protestants 15.017 18.163

Orthodoxes 3.026 11.179

Divers 279 401

divers, absorbée par les occupations commerciales et industrielles, séparée de l'Occident par le mur de Chine que les Russes ont élevé le long de leurs frontières, privée de toutes les institutions qui ailleurs maintiennent chez les peuples le sentiment national, est-elle animée du plus ardent patriotisme? Voilà ce que les Polonais n'ont jamais bien pum'expliquer. Ce n'est pourtant pas très engageant de se poser comme patriote polonais en Russie, on n'en retire aucun avantage et on s'expose à toutes sortes de contrariétés de la part de l'administration. Dans un temps où, même chez les peuples qui se piquent le plus d'intelligence et d'élévation de caractère, on voit tant de gens rompre avec les traditions les plus respectables, s'incliner devant le fait accompli, et, par peur de perdre les places qu'ils tiennent de la faveur du gouvernement, transiger avec les principes qui sont la sauvegarde des sociétés, ce qui se passe à Varsovie et à Posen est un phénomène.

« Il n'est pas possible, dit M. Renan, recevant » M. Cherbuliez à l'Académie française, qu'un pays » qui possède dans son sein tant d'esprit, tant de » cœur, tant de force de travail, une telle somme » de conscience et d'honnêteté, ne surmonte pas les » germes de maladie qu'il porte en lui. Les dix » justes qui auraient pu sauver Sodome eussent

» pesé d'un poids bien léger, les jours d'élection, » dans les scrutins de cette ville coupable, et pour- » tant au jour solennel où l'Éternel compte les » siens, ils auraient suffi pour faire absoudre la cité » entière. Finissons donc par l'espérance. »

Ces dix justes vous les trouverez à Varsovie et c'est par milliers que l'Éternel peut les compter en Pologne. A Cracovie, à Posen, à Varsovie, vivent dans le silence et le travail, des familles de vieille souche qui ont conservé les saintes traditions de la Pologne et n'ont jamais désespéré du salut de la patrie. Bien que leurs membres aient été écartés de toutes les fonctions publiques et soient encore préoccupés de sauver les épaves de leurs fortunes, ils sauraient, le cas échéant, s'imposer les plus durs sacrifices pour reconquérir la liberté. Les petits bourgeois des villes et les petits nobles des campagnes sont encore deux points d'appui pour la reconstitution de la nation polonaise.

Les atrocités dont les juifs ont été victimes en Russie ont soulevé dans toute la chrétienté un cri d'indignation ; et ce n'est pas au moment où la persécution est sur le point de cesser qu'il faut relever leurs torts. J'ai eu ailleurs l'occasion de dire les causes de la haine des paysans roumains à leur égard; la situation est identique en Russie, et on pourrait dire de la plupart des villages ruthènes et polonais ce que j'écrivais alors sur le rôle des juifs dans les villages moldaves *.

La Pologne a de tout temps été le pays le plus hospitalier du monde, tous les opprimés savaient y trouver un asile, les juifs en ont fait leur patrie. Sur les sept millions de juifs qui sont répandus dans les diverses parties du globe, 5,500,000

1 Un nouveau royaume. Voir le Correspondant du 25 avril 1881 .

sont en Europe, presque tous sur le territoire de l'ancienne Pologne et des pays voisins. D'après des évaluations approximatives il y a 3,000,000 de juifs en Russie et en Pologne, 1,500,000 en Autriche- Hongrie, 600,000 en Allemagne, près de 300,000 en Roumanie.

Dans le royaume de Pologne la progression est si rapide que la plus grande préoccupation des Polonais est de savoir s'ils auront assez de force pour s'assimiler peu à peu cette multitude de juifs. On comptait en 1816, 212,000 juifs; en 1831, 373,000; en 1856, 473,000 ; en 1873, 860,000 ; aujourd'hui leur nombre dépasse un million.

Nous retrouvons en Pologne comme en Galicie deux catégories de juifs : les orthodoxes et les progressistes. Ces derniers ne sont guère que dans les villes et malgré les efforts de leur chef le docteur Natanson, ils restent en infime minorité. Les orthodoxes se tiennent sur leurs cardes ; dans les écoles primaires (chajder) ils s'appliquent à inspirer aux jeunes générations le respect des traditions et à leur inculquer les préjugés qui ont contribué à les rendre égoïstes et exclusifs. Aussi ne manquent-ils jamais de dénoncer à l'autorité russe la propagande progressiste et se plaignent-ils qu'on essaie par là de les poloniser.

La Pologne est cependant le pays où la fusion

LES JUIFS DANS LE ROYAUME DE POLOGNE 23 î

des juifs dans la masse de la population s'opère dans la plus grande proportion. Placés entre les Russes et les Polonais, c'est pour ces derniers que les juifs ont pris parti. Sans doute vous trouverez beaucoup de négociants juifs, très chauds partisans de l'autorité russe, mais vous apprendrez bientôt qu'ils sont pour la' plupart fournisseurs de l'armée ou des divers services publics. Leur iutérêt leur impose leur manière d'être. Le haut fonctionnaire russe est une proie. La coterie juive s'en empare dès son arrivée dans le royaume. Résiste-t-il ? Elle arrive plus lentement, mais elle arrive sûrement à le circonvenir: les juifs trouveront toujours une femme assez accréditée pour servir d'intermédiaire. Mais en dehors de ces cas particuliers, les juifs font cause commune avec les Polonais. L'antipathie pour les Russes est telle qu'il arrive souvent que les marchands juifs leur font des prix doubles de ceux qu'ils font aux Polonais. C'est là un fait très connu en Pologne. Les juifs et les paysans polonais finissent toujours par s'entendre ; aussi le mouvement anti-sémitique n'aura jamais dans le royaume la même intensité qu'en Allemagne. Les Polonais déplorent les scènes qui ont eu lieu à Varsovie en décembre dernier, lors de l'échauffourée de l'église Sainte-Croix, et en font retomber toute la responsabilité, sur l'autorité russe. Les mesures administra-

tives que prend sans cesse le gouvernement de Saint-Pétersbourg à l'endroit des juifs sont bien de nature à augmenter l'antagonisme des juifs pour les Russes, et par suite à amener un rapprochement plus intime entre les juifs et les Polonais. Dernièrement encore l'autorité russe rendit une ordonnance aux termes de laquelle le nombre des médecins militaires juifs ne pouvait excéder cinq pour cent du nombre des médecins militaires de l'Empire; prescription en contradiction absolue avec leur diplôme qui leur donne la faculté d'exercer la médecine sans restriction aucune.

Pourchassés en Russie, traqués en Allemagne où la ligue anti-sémitique se renforce chaque jour, les juifs se rapprochent maintenant plus que jamais des Polonais auprès desquels ils savent trouver un meilleur traitement. Cette entente des juifs et de la population aux dépens de laquelle ils vivent est spéciale au royaume de Pologne. On sait combien est ardente en Allemagne, en Russie, en Roumanie, en Autriche, la haine que les juifs ont soulevée contre eux. Pourquoi n'en est-il pas de même en Pologne ? Là aussi toute la finance est entre les mains des israélites, tout le commerce des villes leur appartient ; dans les campagnes ils occupent une partie des villages et ils y pratiquent l'usure sans le moindre scrupule. Dans quelques localités le juif

est déjà devenu propriétaire du domaine du seigneur polonais.

Rosser les juifs n'a jamais été dans les habitudes des Polonais. L'esprit de tolérance ayant toujours régné en Pologne, les juifs polonais n'ont pas comme leurs coreligionnaires des autres pays le souvenir de violences et d'outrages que les générations qui se succèdent ne peuvent oublier. Arrivés à la fortune les juifs n'ont donc aucune vengeance à exercer, la société polonaise semble même les inviter à entrer dans son sein, il n'y a entre eux et les catholiques polonais d'autre séparation que celle qu'ils établissent eux-mêmes par leurs préjugés et leur manière d'être ; tandis que dans les autres pays où on les traite comme des parias, le jour où ils ont l'argent et la force ils constituent une société à part et déclarent la guerre à l'aristocratie dont ils se sentent méprisés.

En Pologne le juif parvenu à la fortune cherche généralement à apporter au pays le contingent de ses efforts, souvent il se fait catholique et entre alors de plain pied dans la société polonaise. Le baptême emporte en quelque sorte la naturalisation sociale. Déjàauxvr3 siècle les choses se passaient ainsi, un juif baptisé avait les mêmes droits que les nobles, le plus souvent il était placé sous la protection de quelque riche polonais qui en avait accepté

le parrainage et qui l'autorisait même à prendre son nom. D'autres ajoutaient simplement à leur nom une finale polonaise, c'est ainsi que plus d'un Lévicky catholique est un ancien Lévi israélite. Beaucoup empruntèrent leurs noms aux villes de Pologne : Plocki de Plock, Kaliski de Kalisz, Warszawski de Varsovie. Quelques-uns de ces cathécumènes eurent même la fantaisie de s'affubler des noms polonais les plus retentissants; ils puisaient dans les gloires nationales à pleines mains ; par exemple, vous trouverez en Pologne bien des familles juives du nom de Leszczynski (comme le roi Stanislas) ou de Zamoiski et ce n'est pas sans peine que la glorieuse famille des Zamojski a réussi à leur faire changer le j en i pour éviter toute confusion. Déjà au xvme siècle on avait dû interdire aux juifs convertis de s'approprier certains noms historiques.

Après le troisième partage de la Pologne, alors que la Prusse s'étendait jusqu'à la Vistule, les juifs furent moins libres pour leurs changements de noms. Les Prussiens les forcèrent à prendre des noms allemands. Tant mieux pour ceux qui pouvaient payer, on les appela Kronenberg (montagne des couronnes), Goldberg ( montagne d'or), Silber-

stein (pierre d'argent) , quant aux pauvres on

leur imposait les noms les plus grotesques. —

Des ordonnances des empereurs Nicolas Ier et Alexandre II ont défendu aux juifs de changer leurs noms de famille. Pour se soustraire à cette prescription, bien des juifs allemands, qui veulent se faire passer pour juifs polonais ajoutent un nom polonais à leur premier nom, par exemple : Les Kirschrot s'appellent Kirschrot- Prawnichi.

Les Polonais n'ont pas eu jusqu'ici à regretter leur tolérance. Un grand nombre de familles israélites sont devenues catholiques et font preuve du patriotisme le plus élevé. Citons notamment les Mehesy ou Franquistes, anciens disciples du juif Franck qui avait formé, au siècle dernier, une petite église et qui finit par se convertir. Ils sont environ une cinquantaine de familles dans le royaume de Pologne. Parvenues à la quatrième génération, ces familles ont conservé leurs traditions, sont très attachées à la foi catholique, jouissent de grandes fortunes et s'occupent activement des affaires. Elles montrent ce que la Pologne peut attendre des juifs si on réussit à les assimiler. M. Wolowski, Fun des fondateurs du Crédit foncier de France, était franquiste, de même les Zielinski, Jasinski, etc.. .

Pendant l'insurrection de 1863, on vit bon nombre de juifs combattre avec les insurgés pour l'indépendance de la Pologne et, après la défaite, les

suivre dans l'exil. Aujourd'hui la plupart des israélites instruits se feraient volontiers catholiques, mais beaucoup craignent de perdre les avantages de la solidarité juive sans être accueillis de suite sur un pied complet d'égalité parmi les catholiques. Un certain nombre se font luthériens.

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