POLITIQUE DE LA COUR DE VIENNE EN BOHÊME
La Bohême sera reconquise par les Tchèques, ce n'est plus qu'une question de temps, et en face de la Prusse toute puissante, l'intérêt de la dynastie des Habsbourg est de seconder ce mouvement antiallemand.
La Bohême forme au cœur même des pays allemands un vaste quadrilatère entouré de montagnes. Protégé par ces frontières naturelles, son territoire ne se prête à aucun morcellement. La Prusse devra prendre la Bohême tout entière ou n'en rien prendre. Ce puissant bastion slave couvre Vienne et sépare de la Prusse les huit millions d'Allemands autrichiens. Pour étendre la main sur eux, il faudrait d'abord enlever Prague à l'Autriche.
Laisser le parti allemand dominer en Bohême,
c'est faire le jeu de la Prusse ; se montrer au contraire favorable au mouvement national tchèque, c'est affirmer que l'Autriche ne consentira jamais à céder un pouce de terre à la Prusse. La cour de Vienne a donc sa ligne de conduite nettement tracée.
En choisissant Prague pour résidence, l'archiduc Rodolphe, héritier du trône, a montré que l'intention des Habsbourg est de lier intimement les Tchèques à leur dynastie. Le triomphe du parti autonomiste dans le Reichsrath est une garantie pour les Tchèques que la politique impériale sera consacrée par les votes du Parlement.
Entraînée de plus en plus vers les Slaves par la situation qu'elle a dû prendre dans la péninsule des Balkans, l'Autriche est désormais la rivale de la Russie; pour s'attacher les Slaves et les rendre indifférents aux sollicitations des Russes, il faut qu'elle leur donne des gages, et les Tchèques sont les premiers à en réclamer. Pendant un temps, on pouvait craindre qu'en secondant le mouvement national tchèque, on ne préparât les voies à la politique russe ; mais du moment qu'ils ne sont plus étouffés par les Allemands et qu'ils peuvent arriver avec l'Autriche à une autonomie voisine de l'indépendance, les Tchèques se désintéressent forcément •des entreprises des Moscovites. Au fond les Tchè-