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POLITIQUE DE L AUTRICHE EN BOHEME

ques redoutent les théories des panslaves dont le but avoué est de changer la langue et la religion des Slaves qu'ils patronnent pour permettre aux Russes de se les assimiler plus facilement. La conséquence logique est donc pour la cour de Vienne de laisser l'influence allemande s'affaiblir en Bohême et de faire perdre ainsi à la Prusse tout espoir de pouvoir un jour revendiquer cette province comme une dépendance de l'Empire d'Allemagne.

Les Allemands n'ont jamais réussi à jouer en Galicieunrôle aussi important qu'en Bohême, ni même à s'y implanter d'une façon durable. Bien que la germanisation y ait eu deux auxiliaires, l'administration autrichienne, qui imposa longtemps l'allemand comme langue officielle, et l'élément juif, les colonies allemandes n'ont jamais pris assez de développement pour tenir en échec soit les populations polonaises de la Galicie occidentale, soit les populations ruthènes de la Galicie orientale.

On comptait en Autriche en 1880 : 3,238,534 Polonais et 2,792,667 Ruthènes. Les Ruthènes (petits Russiens) sont de race slave comme les Polonais, mais tandis que ceux-ci sont catholiques de rite latin, les Ruthènes sont catholiques de rite grec. Cette différence qui en Occident n'aurait qu'une faible im-

portance, a une très grande portée dans les pays qui touchent l'Orient. La religion fait en quelque sorte partie intégrante de la nationalité et le rite est pour les nations peu civilisées la religion ellemême. Cet attachement aux rites orientaux est tel que la cour de Rome, chaque fois qu'elle a trouvé l'épiscopat ruthène disposé à quitter l'église de Constantinople pour rentrer dans l'union romaine, a fait sur les points les plus importants de la discipline et sur le rite les plus larges concessions, sachant bien que les évoques ne réussiraient jamais à décider les paysans à renoncer au rite oriental J'insiste à dessein sur ce point, car la similitude entre le rite des Ruthènes catholiques et celui des Russes schismatiques est telle que les comités moscovites trouvent là un moyen d'entretenir dans le clergé ruthène une active propagande ; on vient tout dernièrement d'en saisir le fil en Galicie. Par contre, les Ruthènes qui n'ont parmi eux ni bourgeois ni nobles, et vivent côte à côte avec les grands propriétaires polonais, qui sont tous de rite latin, sont disposés à voir en eux des hommes de race et de religion différentes, ayant d'autres tendances et d'autres intérêts qu'eux. — Cela permet de comprendre qu'à une certaine époque le gouvernement de Vienne ait pu espérer contrebalancer l'influence polonaise en Galicie en stimulant chez les Ruthènes

le sentiment national. Toutefois les Polonais ont réussi à reconquérir une influence prépondérante et à se faire élire dans presque toutes les circonscriptions ruthènes. De fait la Galicie tout entière ne forme actuellement qu'un seul groupe politique et le parti polonais y a seul la direction des affaires.

L'Autriche mise en possession de la Galicie au premier partage de la Pologne, y installa une administration composée exclusivement de fonctionnaires allemands. Elle établit dès 1775, dans chaque cercle des écoles normales pour propager la langue allemande devenue langue officielle, et Joseph II s'appliqua à réaliser dans cette province le plan de réformes qu'il avait adopté pour tout l'Empire. Lemberg, capitale du nouveau royaume, fut doté , en 1783 , d'une université allemande. L'abolition du servage, qui ne devait être réalisée complètement qu'en 1848, fut proclamée par Joseph IL En môme temps la confiscation des biens des églises et des couvents ainsi que les réformes introduites brusquement dans toutes les branches de la législation jetèrent le trouble le plus profond dans la société polonaise. En même temps, l'Empereur fit venir des colons de divers points de l'Allemagne et spécialement du Palatinat. Il les installa dans quelques terres domaniales (starosties) affectées au traitement des juges royaux starostes.

Telle est l'origine des colonies allemandes que Ton trouve aujourd'hui dans la starostie de Sandomir entre la Vistule et le San, de celles voisines de Lemberg, de Dolina, de Kalusz La

plupart des colons catholiques ont fini par se fondre avec les Polonais, les luthériens au contraire et c'était le plus grand nombre, ont conservé leur caractère distinct et leurs habitudes ; mais ils ne sont que 36,000 dans toute la Galicie, soit 0,61 pour cent de la population totale. Les marchands et les artisans allemands qui sont venus en nombre considérable s'établir dans les villes, ainsi que de nombreuses familles d'employés du gouvernement, se sont pour la plupart polonisés insensiblement, surtout après 1848. Depuis le commencement du siècle, les Allemands n'ont plus créé de colonies agricoles, mais en revanche ils ont accaparé toutes les branches de commerce.

Brody, situé sur la frontière russe et qui fut longtemps un des principaux entrepôts de l'Europe centrale, est un centre allemand. Jusque dans ces derniers temps c'était une ville franche. Cette situation exceptionnelle y attira une nombreuse population juive. — Biala, sur la frontière de la Silésie autrichienne, la seule ville manufacturière qu'il y ait en Galicie et qui est renommée pour ses fabriques de draps, est aussi une ville allemande.

Dans les élections, les habitants de Biala sont confondus avec une majorité polonaise fournie par le reste de la circonscription électorale. Aussi cette ville a-t-elle manifesté le désir d'être séparée de la Galicie; on a su la retenir en lui accordant quelques dédommagements sur le terrain économique.

La Galicie contient 5,925,904 habitants. — 3,053,634 Polonais, 2,550,909 Ruthènes, 318,248 Allemands, soit 5,37 pour cent de la population totale [Statistique établie d'après la langue paillée).

Cette population allemande est très inégalement répartie dans les soixante-quatorze districts de la Galicie.

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