L'UNIVERSITÉ DE PRAGUE
Le fait capital de cette année est la victoire des Tchèques au parlement autrichien. Ils ont obtenu une université tchèque qui va être prochainement établie à Prague. En mai 1881, la chambre des Seigneurs avait rejeté, malgré le ministère, le projet déjà voté par le Reichsrath. On se rappelle les désordres qui eurent lieu en juin, les troubles à Prague, les rixes entre étudiants tchèques et étudiants allemands, ces derniers criant à la persécution, puis le remplacement du gouverneur M. de Weber par le maréchal de Krause qui était plus sympathique aux Tchèques, enfin l'appel fait en juillet par les étudiants allemands de Prague à leurs camarades d'Iéna et de Berlin, les engageant à venir les renforcer à l'université de Prague pour se défendre contre les étudiants tchèques . . .
La question de Tuniversité tchèque est revenue cette année au parlement de Vienne, et malgré la résistance opiniâtre du parti allemand, les Tchèques ont cette fois obtenu gain de cause : longtemps encore ce sera le sujet des discussions entre Allemands et Tchèques.
Voici les principaux arguments des Allemands :
Les Tchèques n'ont pas de littérature nationale, ni de corps enseignant organisé. La classe dirigeante en Bohême est, depuis plus de deux siècles, composée d'Allemands. Tous les progrès réalisés dans le pays sont dus aux efforts des Allemands de Bohême. C'est de l'Allemagne que les Tchèques ont reçu jusqu'ici toute culture intellectuelle ; toute production littéraire ou scientifique formant la base du haut enseignement ne peut être empruntée qu'aux philosophes, écrivains ou savants allemands. Jusqu'en 1848, Palacky lui-même écrivait en allemand son histoire de Bohême. Tous les ouvrages qui permettent de suivre les progrès de l'esprit humain viennent d'Allemagne et sont écrits en langue allemande. Les Tchèques se glorifient à juste titre d'avoir produit des hommes de la valeur de Jungmann, Safarik et Palacky, de compter des poètes nationaux, des hommes politiques de grande valeur, mais une université tchèque n'aura pas
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encore assez cTëliéinents pour trn enseignement complet reflétant le génie propre de la race tdièque.
Les grieft des Tchèqtïes n'ont pas âe base serieuse. Les pkw distingués parmi eux ont accès dans le corps des professeurs de l'université aile* mande ; ils sont libres de faire leurs cours dans la tendance qui leur plaît, notamment les cours d'histoire et de littérature tchèques. Leur pensée secrète esft (te faire échec à Finfluence allemande et de créer deux enseignements rivaux pour séparer la jeunesse en deux camps. Quand ils auront leur université, ils n'auront plus d'autre souci que de détruire l'université allemande. Qu'arrivera-t-il alors ? Les étudiants allemands seront obligés ou bien de fréquenter l'université tchèque de Prague, ou bien d'aller à Vienne ou en Allemagne pour y recevoir la haute culture intellectuelle la plus conforme à leur esprit. Puisque les Tchèques l'ont einporté au parlement autrichien et que les intérêts des Allemands de Bohème ont été sacrifiés, les professeurs allemands préfèrent deux universités distinctes à une université mixte allemande et tchèque. Si on avait admis Une université mixte, les professeurs allemands n'auraient pas tardé à être expulsés. Le passé est là pour montrer que quand les Tchèques pénètrent quelque part, tôt ou tard les Aile-
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mands sont obligés de leur céder la place. Rien n'est plus insinuant et plus exclusif qu'un Tchèque. L'expérience prouvera que la nouvelle université ne peut donner qu'un enseignement médiocre; on y fera certainement plus de politique anti-allemande que de science véritable. Cette institution réserve à la Bohême des luttes intestines et un jour peut venir où la génération nouvelle, se sentant sacrifiée à une haine de race, tournera ses regards non plus vers l'Autriche mais vers l'Allemagne.
Que répondent les Tchèques ?
Nous ne voulons pas la guerre, mais notre droit. Quel est, en 1882, Tétat de l'université allemande de Prague ?