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à opérer. La Galicie est dans un état économique déplorable qui doit appeler toute la sollicitude du pouvoir*.
C'est pour obtenir ces réformes que s'est fondé, au commencement de cette année, un nouveau journal, la Refonna, dont le docteur AdamA snyk, Tun des poètes les plus distingués de la Pologne, est le directeur.
Les Polonais de Galicie sont aujourd'hui une des colonnes de la maison des Habsbourg, Ce dévouement' à la dynastie impériale tient à deux causes : au revirement de la politique du Gouvernement de Vienne et aux actes personnels de François- Joseph. •
Le système bureaucratique allemand pratiqué pendant un siècle avait étiolé le sentiment national dans les massés, mais n'avait pas suffi pour germaniser les Polonais de Galicie, car les Allemands d'Autriche n'ont pas en cela la môme habileté queles Prussiens. — Dans la Galicie occidentale, de la Vistule jusqu'aux bords du San, l'administration s'efforça de rendre odieuse l'aristocratie polonaise. Elle se servit des propriétaires pour toute la besogne ingrate, les rendit responsables du recouvrement des impôts et du service du recru-
* L'annexe A donne VÉtat de la grande et de la petite propriété en Q-glieie.
'tement. Le paysan polonais, qui a au plus haut degré le respect de Tautorité, finit par s'incliner devant le pouvoir impérial et ne put démêler les causes de Tattitude hostile des gentilshommes polonais vis-à-vis du souverain. En 1846, la ville libre de Cracovie fut annexée à l'Autriche, et, à la suite de l'insurrection de 1848, les Polonais furent plus que jamais traités en ennemis.
Les désastres de Tarmée autrichienne en Lombardie et en Bohême amenèrent un changement dans la politique impériale. La Constitution de 1861 ouvrit pour l'Autriche une ère nouvelle, dont la Galicie profita comme les autres provinces de la monarchie. La germanisation des Polonais fut abandonnée. La bureaucratie allemande avait fait son temps. Elle n'avait réussi qu'à jeter la discorde et à semer des haines ; on commença l'épuration du personnel. Le système de persécution dont étaient chargés les employés tchèques fut abandonné ; on renonça à soulever les Ruthènes de la Galicie orientale contre l'aristocratie polonaise. On choisit des employés polonais ou du moins des agents sachant la langue polonaise et soucieux des intérêts économiques de la contrée. Le comte Goluchowski fut chargé d'appliquer ce nouveau système et la réconciliation de l'aristocratie polonaise avec le
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pouvoir rétablit entre le noble et le paysan des rapports plus faciles.
François-Joseph a donné personnellement les témoignages les plus évidents de sa sympathie pour là cause polonaise. Par un décret, qu'il n'a pas jugé à propos de faire contresigner par ses ministres, il a rendu aux Polonais Fusage de leur langue dans les écoles, dans Tadministration et dans les tribunaux. Le voyage qu'il fit en Galicie en septembre 1880 fut un nouveau gage de réconciliation.
Depuis un siècle, jamais les Polonais de l'Empire d'Autriche n'ont eu une position plus favorable que celle qu'ils occupent aujourd'hui.
Les Tchèques de Bohême et les Polonais de Ga- . licie forment, parmi les Slaves de la monarchie austro-hongroise, les deux seuls groupes qui aient une signification politique.
Les Tchèques sont les plus nombreux, — cinq millions, et sont les patrons naturels de deux millions de Slovaques, qui n'ont pas en euxmêmes les éléments suffisants pour constituer un groupe distinct. Si les Slovaques venaient à être entraînés dans le mouvement tchèque, il y aurait alors autour de Prague une agglomération de plus de sept millions de Slaves.
Les Polonais de Galicie ne sont que trois millions, mais ils forment une unité politique avec deux millions et demi de Ruthènes ou Petits Russiens de la Galicie orientale. Ces derniers furent
autrefois soumis à Ja domination polonaise, quand la Lithuanie se réunit au royaume de Pologne. En outre, la Vistule est un fleuve entièrement polonais; sur le territoire russe on compte près de huit millions de Polonais. Si un remaniement des frontières autrichiennes venait à augmenter de quelques millions de Slaves la population de la Galicie, le groupe polonais serait alors plus nombreux que le groupe tchèque et pourrait prendre seul la direction de la politique des Slaves du nord en Autriche. Il serait d'autant plus facile aux Polonais de jouer ce rôle, qu'ils ont déjà tous les éléments constitutifs d'une société organisée; haute aristocratie, petite noblesse [Szlachta], bourgeoisie, population agricole et industrielle, Université, Académie, Ecole des Beaux-Arts, Musées et Collections, Institutions de crédit et de prévoyance, presse politique et littéraire. Tous ces organes d'une civilisation avancée que les nations n'obtiennent qu'après bien des siècles, la Pologne les a conservés. Cracovie est pour longtemps en état de disputer à Prague le rôle de capitale des Slaves occidentaux, car les Allemands de Prague détiennent encore une partie notable des forces indispensables aux Tchèques et s'en servent même contre eux. A Cracovie, au contraire, tout est inspiré de la tradition polonaise
et toutes les forces nationales sont utilisées dans un même but.
Bien que les Allemands ne soient plus menaçants pour la Galicie, cependant le sentiment du danger commun que le parti allemand pourrait bien encore faire courir aux Slaves, a créé entre les Tchèques et les Polonais une solidarité qui leur fait suivre la môme ligne politique dans le Parlement de Vienne. Le docteur Rieger et le comte Henri Clam Martinic, à la tête de cinquante-quatre députés tclièques, marchent d'accord avec M. Grocholski et le prince G. Czartoryski, chefs du groupe des cinquantesix députés polonais.
En y regardant d'un peu près, on voit que déjà avant Theure du triomphe de la cause slave, il y a entre Tchèques et Polonais les germes d'une rivalité qui ne pourrait manquer de grandir le jour où les uns et les autres jouiraient d'une complète autonomie. Si le royaume triunitaire de Bohême, Moravie et Silésie, rêvé par les Tchèques, vient à se former, la politique des Slaves occidentaux gravitera autour de Prague et la direction en échappera pour toujours aux Polonais de Galicie. D'autre part, les Tchèques ne peuvent voir sans un certain sentiment d'envie la place importante prise déjà dans la monarchie par les Polonais. Il y a deux ministres polonais dans le cabinet autrichien, et un
seul ministre tchèque; le président de la chambre des députés (Reichsrath), le D^ François Smolka, est Polonais et vient de recevoir la dignité de conseiller intime. Pendant que les Tchèques sont encore à disputer leur Diète aux Allemands et n'ont obtenu que dans ces derniers temps un gouverneur sympathique à leur cause, les Polonais sont maîtres de la Diète de Galicie, le maréchal de la Diète, le D^ Zyblikiewicz, quoique Ruthène, est bien le défenseur le plus éminent des intérêts polonais ; enfin, le gouverneur de Galicie, le comte Alfred Potocki porte un des plus grands noms de Pologne.
De leur côté les Polonais n'ont pas encore oublié ce qu'ils ont eu à souflErir des employés tchèques au temps du despotisme allemand. Comme les Tchèques comprennent facilement la langue polonaise, les Allemands les choisissaient alors pour remplir tous les petits postes d'employés en Galicie. Les Polonais ont conservé un triste souvenir de cette administration espionne et tracassière : au surplus, il y a entre le Polonais et le Tchèque une différence de caractère bien marquée. Le premier est ardent et généreux, presque toujours il obéit au premier mouvement ; le second est réfléchi, prévoyant et, au dire des Allemands, sait tirer parti de tout.
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Citons un fait récent qui est significatif.
La Bohême et la Galicie sont séparées par la Silésie autrichienne : le district de Troppau situé à l'ouest était autrefois polonais, peu à peu il est devenu allemand et tchèque, tandis que le district de Teschen, qui confine à la Galicie, est encore en grande partie peuplé de Polonais ; ceux-ci se défendent difficilement contre les Allemands ; ils ont dû créer un journal pour soutenir les droits de leur nationalité, VEtoile de Teschen, [Gwiazda Cieszynska,)
Dans ces deux districts, l'allemand est encore la langue officielle. Au commencement de cette année, les Polonais demandèrent qu'on reconnût comme langues officielles celles qui étaient parlées dans chaque district par les populations, l'allemand et le tchèque pour Troppau, l'allemand et le polonais pour Teschen. M. Prazak, ministre tchèque du cabinet autrichien, déclara qu'il fallait laisser cette question au gré des autorités locales. Cette fin de non recevoir n'a trompé personne en Galicie; les Polonais ont compris que les Tchèques, ayant l'espoir d'absorber un jour toute la Silésie pour constituer le royaume triunitaire, préféraient laisser subsister la langue allemande comme langue officielle, parce qu'ils pourraient la remplacer du jour au lendemain par le tchèque, tandis que si
la langue polonaise était introduite maintenant, il serait très difficile de la supprimer un jour. Il ne faudrait pas conclure de ce qui précède qu'il y a d*ores et déjà une animosité flagrante entre Tcliè- ^oes et Polonais.
On se rappelle que pendant longtemps les Tchèques ont refusé de se rendre au Reichsrath et qu'ils ont repris en 1879 une politique active. Quelles ont été les raisons de ce changement de tactique? D'une part, les Tchèques ont fini par comprendre qu'ils ne pouvaient compter sur l'appui des Russes qu'à la condition d'abdiquer toute poUtique nationale et de se dévouer corps et âme à la cause russe ; d'autre part les progrès des Polonais dans le Parlement de Vienne leur ont fait craindre qu'une plus longue abstention n'autorisât à croire qu'ils renonçaient à représenter la politique slave en Autriche et qu'ils laissaient ce soin aux Polonais. Il fallait enfin opter pour le slavisme avec la Russie ou avec TAutriche. Ils ont prudemment choisi ce dernier parti; c'était d'ailleurs le programme de Palacky.
On ne peut suivre l'histoire des peuples slaves dans le cours de ce siècle, sans remarquer que les rapports littéraires, soigneusement entretenus par les hommes les plus éminents de chaque pays, ont établi entre tous les groupes de la grande
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famille slave une étroite solidarité. Sous prétexte de belles lettres, ils ont pu^ malgré le- régime despotique qui les opprimait, travailler à leur émancipation politique, et il est incontestable que les Tchèques et les Polonais doivent à plusieurs de leurs littérateurs et de leurs publicistes une grande partie des libertés qu'ils ont obtenues.
Quelques esprits élevés ont compris que maintenant encore, on peut maintenir par les mêmes moyens une entente cordiale entre ces deux peuples. Nombre de Tchèques s'appliquent à doter leur pays de traductions des œuvres les plus remarquables de la littérature polonaise, poëmes, romans, drames et comédies. De leur côté les Polonais ont traduit dans leur langue quelques poèmes lyriques tchèques et depuis quelques années ils signalent dans leurs revues toutes les productions tchèques dignes d'attention. On trouve ces études littéraires dans diverses revues mensuelles, la Biblioteka Warszawska et l'Atheneimi de Varsoviej le Przeglad Polski de Cracovie, le Przeglad Lwowski de Lemberg... Enfin les Tchèques et les Polonais ne négligent aucune occasion de se retrouver dans les congrès scientifiques à Prague, à Cracovie ou à Lemberg.