‹ Slaves et Teutons: notes et impressions de voyage (volume 2)Chapitre 3 sur 55 · LES PAROLES DE SKOBELEW · texte numérisé non relu

LES PAROLES DE SKOBELEW

verain. Allaient-ils laisser tomber un blâme sur Skobelew? En môme temps, dans la yille sainte, MM. Katkof et Aksakof, les patriarches et pontifes du panslavisme surexcitaient, par leurs articles de la Gazette de Moscou et du RiisSj les sentiments de haine, dont le fougueux général venait de dévoiler toute la violence. Et puis, Skobelew n'était-il pas Fhomme le plus populaire de la Russie, le héros légendaire au courage intrépide et au caractère indomptable, celui sur qui Ton comptait pour conduire les armées russes quand l'heure de la délivrance aurait sonné pour les Slaves. Le pauvre moujik qui n'a jamais refusé son obole au collecteur des comités de propagande moscovite attend ce jour-là avec impatience. Frapper Skobelew pour avoir annoncé de par le monde la bonne nouvelle, c'eût été ébranler la foi du paysan russe dans le Tsar héritier du Tsar libérateur.

Attendre un désaveu officiel et sincère de la part d'Alexandre III était une naïveté. Des assurances pacifiques, les paroles les plus courtoises à l'adresse de l'empereur d'Allemagne, une réprimande au général pour avoir oublié que la discipline militaire n'autorise pas des allures de tribun, un mot d'ordre au parti national pour enrayer le mouvement, un avis aux publicistes de Moscou pour qu'ils missent

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une sourdine à leurs cris de guerre, et tout 00 ^ grand tapage a cesse. . P

Comme la guerre ne devait plus avoir lieu av printemps, TOccident redevint calme et rentra béatement dans sa somnolence habituelle. Les évèné* '^ ments semblent avoir donné raison aux optimistes. Depuis lors Ignatiew est tombé en disgrâce, Skp« belew s'est laissé prendre dans le rets de quelque ' Dallla tudesque et bien des gens en Occident sont x convaincus que la paix ne peut plus être troublée avant longtemps.

La disparition de Skobelew n'a provoqué chez nous qu'une curiosité passagère, mais chez tous les peuples de race slave on pressent qu'il y a là un mystère dont les Allemands seuls ont le secret, et les Moscovites se promettent bien d'en tirer ven^ geance quelque jour. Quoi qu'on fasse, il y aura toujours en Russie deux versions «ur cette fin tragique.

— Skobelew était un ivrogne, un viveur, diront les Allemands, il est mort à la suite d'une de ses orgies quotidiennes.

— Skobelew était votre ennemi déclaré, répondront les patriotes russes, il vous avait promis la guerre à courte échéance ; c'était un grand honune de guerre et il n'avait pas quarante ans, vous en aviez peur et vous nous l'avez tué.

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