‹ Slaves et Teutons: notes et impressions de voyage (volume 2)Chapitre 30 sur 55 · ORIGINE DES COLONIES ALLEMANDES DE SILÊSIE ET DU GRAND-DUCHÉ DE POSEN · texte numérisé non relu

ORIGINE DES COLONIES ALLEMANDES DE SILÊSIE ET DU GRAND-DUCHÉ DE POSEN

Les descendants de Yladislas U, à qui fut attribuée la Silésie vers la fin du xii<* siècle, partagèrent cette province en plusieurs duchés. Ces ducs appartenaient à la famille des Piasts, qui occupait le trône de Pologne, mais ils se germanisèrent peu.à peu par des mariages avec des princesses allemandes, et attirèrent de divers points de T Allemagne des colons qui s'établirent dans la basse Silésie. Bii même temps des religieux de Tordre de Citeam fondèrent plusieurs établissements. Ces premiers centres de colonisation furent Paradies, Blesen,

Obra La colonisation allemande ne s'arrêta pas

à la Silésie, elle pénétra au cœur môme du royaume de Pologne. D'ailleurs cette immigration n'était pas considérée comme un danger. La Pologne avait été

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ravagée par les Mongols au cours du xiii' siècle, les hordes barbares s'étaient avancées jusque dans la basse Silésie. Il y avait tant de ruines à réparer que l'arrivée de familles industrieuses qui repeuplaient les villes était considérée comme un élément de prospérité. Aussi les rois de Pologne accordètentils souvent à ces immigrants le droit de Magdedovr^i pour les villes qu'ils habitaient. Ce droit impliquait pour la ville l'affranchissement de la domination de la noblesse, la faculté de s'administrer elle-même et d'avoir pour ses bourgeois un tribunal spécial où le droit germanique était seul appliqué.

Il est remarquable que ces colons, aussi bien que ceux qui arrivèrent pendant les siècles suivants sous la dynastie des Jagellons, ne tardèrent pas à se fusionner avec les Polonais, et un grand nombre de Idéalités qui sont aujourd'hui polonaises ne sont autres que ces anciennes colonies allemandes.

L'immigration allemande prit d'immenses proportions pendant la Réforme. Chassés de Silésie, de Bohême, de Moravie, les protestants allemands cherchèrent un asile en Pologne. Depuis Casimir le Grand, ce royaume s'était offert comme un asile . pour tous les persécutés du monde civilisé. A la Diète de Vilna, en 1573, on accorda à ces réfugiés les mêmes droits qu'aux Polonais. C'est de cette époque que date l'accroissement de la populatioji

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allemande dans quelques villes du grand-duché de Posen*.

Quelques seigneurs de Silésie ayant adopté la Réforme, comme on était encore au temps où prévalait la maxime Cujus regio ejus religio, une partie de la population polonaise fut entraînée dans le protestantisme. C'est ainsi que Ton trouve encore aujourd'hui, non loin de Breslau, une population polonaise protestante asse^ nombreuse.

La guerre de Trente ans fut le signal d'une nouvelle immigration allemande. Les protestants allemands, fuyant devant les armées de Tilly et de Wallenstein, peuplèrent des villes entières* et accrurent notablement la population des villes polonaises 3. La noblesse polonaise, les grands propriétaires, les possesseurs de terres ecclésiastiques firent aux réfugiés l'accueil le plus cordial, facilitèrent leur installation en leur cédant des forêts à défricher, de vastes territoires à cultiver et en teur donnant les plus grandes libertés. Les nouveaux venus purent garder leurs lois, leurs coutumes, leurs écoles et leurs églises distinctes, ils reçurent même d'importants privilèges. Aussi le courant ne

' Schmiegel, Posen, Meseritz, Fraustadt...

' Zaborowo, près Lissa, et Rawicz furent bâties par des Allemands.

' Lissa, Ueisen, Punitz, Bajanowo, Jutroschin, Zduny, Kobylin, Schocken, Wolistein, Birnbaum, Karge...

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s'arrêta plus, et sous la maison royale de Saxe, au xviii" siècle, les Allemands arrivèrent par masses. Comme on Ta vu plus haut, cette situation ne faisait alors courir aucun danger à la nationalité polonaise. Tant que la Pologne fut un royaume indépendant, les colons allemands bien accueillis finissaient par adopter la devise, uM hene^ ibi patria. Dans les Tilles surtout les Allemands s'assimilaient si rapidément aux Polonais qu'après deux générations la langue polonaise était devenue leur langue maternelle et que les noms allemands trahissaient seuls l'origine. des familles. Quant aux immigrants qui avaient conservé leurs coutumes et leur langue, ils n'en adoptèrent pas moins avec une parfaite sincérité la cause de leur nouvelle patrie et Thistoire de Pologne conserve fidèlement les noms de nombreuses familles d'émigrés allemands qui se sont signalées par leur dévouement à là cause polonaise et ont môme payé de leur vie leur participation à l'insurrection de 1831. Il faut pourtant remarquer que cette sympathie, que l'on rencontre chez un certain nombre d'Allemands pour les Polonais, n'existe que chez les Allemands catholiques et qu'au contraire les Allemands protestants sont animés le plus souvent des sentiments les plus hostiles à l'égard des Polonais.

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L'extrême réserve avec laquelle les statisticiens de Berlin touchent la question de nationalités donne une réelle importance à une étude que M. Bœckh a publié» en 1869, à Taide des documents du bureau statistique de Prusse*. L'auteur est très impartial et son ouvrage est aussi exact que peut l'être un livre basé sur des statistiques de populations polonaises dressées par des fonctionnaires prussiens. Cette étude a du moins l'avantage de donner aux Polonais de Silésie un moyen de constatei* que, malgré la situation défavorable où ils sont, ^leur nombre augmente dans certains districts. M. Bœckh reconnaît que dans plusieurs villages de la Silésie supérieure les Allemands reculent devant les Polonais. Dans d'autres localités où les Allemafids au contraire refoulent les Polonais, il attribue ce fait non pas à une vitalité supérieure à celle de la race polonaise, qu'il déclare être une race dure {fiarte racé), mais* à l'immigration constante de nouveaux colons allemands.

Population polonaise de la basse SiLâsiB.

D'après M. Bœckh, dans la basse Silésie; sur 6,350 communes groupant 2,243,000 habitants il

> Der Dentehen Volkiakl ÛHd Spraek^ehiêi, par M. Richaid BcBCKH, sous-diretteur du bureau de statistique à Berlin.

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n'y a que 448 communes slaves, soit 91,200 habitants.

M. Bœckh a suivi la méthode adoptée en Prusse et a compté comme Allemand tout individu qui peut parler allemand. « Savez-vous l'allemand? » — Telle est la question posée lors des recensements ; . tandis que pour faire la vraie statistique des races d'une région, il faut classer les habitants d'après leur langue maternelle ^ c'est-à-dire, celle qui est en usage dans la famille.

Déjà à quelques lieues de Breslau, il existe des villages où le polonais est la seule langue en usage. A l'Est, dans le district d'Œls (en polonais Olésnica) , M. Boeckh avec la méthode susdite ne trouve que - 610 Polonais, il faut de plus compter comme élément slave plus de 1500 Tchèques résidant à Hussinek et à Podiebrad où ils se sont établis sous t*- Frédéric IL Plus à TEst sont trois districts voisins (Polnisch Wartenberg — Namslau — Kreuzburg) coàtigus au Grand-Duché de Posen et au Royaume • de Pologne. Dans les deux premiers districts, les i deux tiers des habitants sont Polonais ; on l'aurait . constaté si on avait pris la langue maternelle \ comme base des calculs et pour le district de Polnisch Wartenberg, au lieu de 28,000 Polonais et de '20,000 Allemands, on eût trouvé 37,000 Polonais et 11,000 Allemands. Pour le district de Kreuz-

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burg, la statistique officielle constate l'existence de 27,800 Polonais et seulement de 10,200 Allemands ; les Polonais y représentent donc 73 •jo de la population.

Ainsi groupés ces éléments pourraient constituer une certaine force. En 1849, le district de Kreuzburg a envoyé deux députés polonais au Parlement prussien, M. Szafranek et M. Gorzalka. Au moyen d'une propagande active on pourrait peut-être obtenir aujourd'hui le môme résultat.

Population polonaise de la Silésie supérieure.

Le D' Bœckh dit de la Silésie supérieure que a c'est un pays exclusivement polonais » ; il n'y trouve que 221,000 Allemands sur 1,012,000 habitants. C est surtout sur la rive droite de l'Oder, au sud d'Oppeln, que la population polonaise est compacte. Dans plusieurs districts, leâ Polonais représentent 85 à 90 o/o. Depuis quarante ans les Allemands ont fait des progrès sensibles, la population allemande a doublé, tandis que la population polonaise ne s'est accrue que des trois cinquièmes ; de sorte que le rapport des Allemands aux Polonais qui était pour les treize districts de la Silésie supérieure de 19 o/o est monté à 23 Vo. M. Bœckh fait remarquer que l'accroissement pour les Allemands

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ne tient pas comme pour les Polonais à un développement normal de la population, mais à Fimmigration de 80,000 Allemands parmi lesquels est toute une légion d'employés.

Quand on tient compte des efforts de Tadministration pour faciliter aux Allemands leur établissement dans ces provinces et que l'on compare l'accroissement des deux populations, en 1828-1848 et 1868, on comprend que les statisticiens de Berlin

craignent, pour le jour où des conditions normales seraient rétablies, Fanéantissement complet de la nationalité allemande au profit de Félément polonais.

Voici les chiffres que donne le D"* Bœckh :

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