‹ Slaves et Teutons: notes et impressions de voyage (volume 2)Chapitre 32 sur 55 · ORIGINE DBS COLONIES ALLEMANDES · texte numérisé non relu

ORIGINE DBS COLONIES ALLEMANDES

colofflisation 16,500 thaler pris sur les revenus de la proyince et en outre, de 1798 à 1807, on a fait 2,049,083 thaler de dépenses extraordinaires.

En définitive ces essais de colonisation n'ont pas réussi, seuls les artisans allemands établis dans lesvilles y sont restés.

L'administration prit dans le môme temps un puii»^ sant moyen pour assurer la suprématie prussienne. Elle constitua d'un seul coup toute une aristocratiiefoncière. Il fut décidé que les vastes propriétés ec-clésiastiques et royales serviraient à récompenser les services rendus à la maison du roi. De 1794 à ^1796, de Hoym, chargé de l'administration de la- Prusse méridionale, opéra cette répartition. Il fut plus tard accusé d'avoir plus favorisé ses amis per^ sonnels que les serviteurs du roi, et de Hekl, qui dut justifier l'accusation qu'il avait lancée contre de Hoym, dressa, en juin 1801, la liste des domaines qui avaient été donnés par de Hoym. Ce précieux document, connu sous le nom de registre noir, est une des pièces capitales de l'histoire de la germani^ sation du Grand-Duché de Posen*. Dans le seul département de Posen, on compte vingt-deux dona-

. } Le registre, n^in est iatégraiemeat.pQppodttît dans un ouvre^ publié à Leipzig en 1861 : Materialien aur Geschichte polniscker Aandâstheile unter preiimaeken Verwaltmtff. — C'est à* ce môaie Uavail que j^ai emprunié les renseignements sur rimmigraUfliv< allemande avant le partage de la Pologne.

taires, presque tous ont reçu trois, cinq, sept, et jusqu'à onze et treize domaines distincts. Le comte de Lùttichau, un émigré danois, reçut treize domaines dans le département de Posen et huit dans celui de Kalisz, d'une valeur d'environ 800,000 tha- 1er. L'auteur du rapport a soin d'ajouter que le comte de Lùttichau avait été choisi comme personne interposée et devait revendre ces terres à prix convenus, à des donataires qui ne voulaient pas paraître en nom dans l'affaire. Pour mieux masquer cette spoliation, l'administration fit pour chacune des terres des évaluations dérisoires que de Held a soin de rectifier. C'est ainsi que les onze domaines donnés au marquis de Lucchesîni, ministre, et qui fut ambassadeur à Paris en 1801, ne furent évalués qu'à 151,000 thaler, tandis qu'une évaluation faite par les Tribunaux peu de temps après est de 500,000 thaler. La terre de Lagiewniki donnée au Major Brodowski et estimée 2,650 thaler fut vendue, en juin 1801, 25,000 thaler. Les dix domaines dans la région de Bomst offerts par le roi de Prusse au major de Hûnerbein, à l'occasion de son mariage avec une demoiselle d'honneur de la princesse Louise, sont estimés à 100,000 thaler, tandis que le revenu annuel était de 10,000 thaler. Toutes ces donations n'ont pas d'aussi louables motifs. Eisenberg, président de Cour à Berlin, chargé de

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faire une enquête sur les actes de de Hoym qui avaient fini par soulever de graves mécontentements, reçut de de Hoym quatre domaines estimés 23,350 thaler et d'iine valeur réelle de 40.000 tha- 1er ; on prétend que ce fut un simple témoignage de gratitude pour Tindulgence dont il ât preuve en ces circonstances.

J'indique dans TAnnexe 6 les détails du registre noir pour le département de la Chambre de Posen et je me borne à mentionner les noms des donataires dans le département dea Chambres de Kalisz et de Varsovie où de Hoym a fait une œuvre aussi néfaste pour la nation polonaise. Pour enlever aux Polonais jusqu'à l'espoir de reconquérir ces terres par leur travail, il fut interdit par deux rescrits royaux du 19 décembre 1*Ï96 et du 2*7 janvier 1801, de vendre ces domaines et même de les affermer à des Polonais.

XES ÎOOiONAIS DANS LE fiRAND-MCHÊ DE VOSEff

Le principe de raffranchissemenl; des paysans a été tposé pour toute la Pologne dans la CoRstitution 4u 3 mai l'391, dont )e libéralisme effraya les puis- 4M«nces voisines qui s'empressèrent de procéder à un troisième partage du royaume. Il eut lieu «n 1793. Les Prussiens s*a^ugèrent la Grande-Pologne jus- <ïu'à Varsovie et jusqu'à la Bsoura. Ils laissèrent k question agraire en suspens, et ce ne fut que lors -de la formation du grand-duché de Varsovie par Napoléon, que le servage fut définitivement aboli par la loi du 21 décembre 1807. La môme année, le Code Napoléon était promulgué en Pologne ; les Prussiens lui ont substitué leur législation, en 1815, dans la Posnanie. Ce ne fut qu'à partir de 1823 que la question agraire commença à recevoir une solution en Posnanie. Une loi prussienne du 8 avril

LA. LUTTE DjINS LTB eFRA'NI>-DITàlri, 15l

18Î3 donna aiix paysans la propriété des terres qu'ils occupaient, moyennant le paiement d^une rente et quelques prestations. Une loi du 2 mars 1850 a transforma toutes ces obligations en annuités qui s'éteignirent en 189S. Une Commission générale administrative, instituée en 1S28., a fonctionné jusque dans ces derniers temps. Grâce à Tactiyité d^'un de ses présidents, M. Kleîss, et au bon vouloir de la noblesse, celte Ciommissioïi a réussi à régulariser la situation de tous les paysans. La petite propriété a été aussi organisée dans le grandfluché de Posen avant qu^'elle le fût dans les pays polonais d'Autriche et de Russie. La réforme agraire ne date que de 1848 en Autriche et de 1863 en Russie. Le propriétaire dispose maintenant librement de sa terre et est dans une situation assez bonne". B^après M. Engel [Preicssische Statistih, 1874), lés paysans de Posnauie étant reirtés sous la magistrature et la surveillance policière de leurs anciens seigneurs, le prolétariat augmenterait d'année en année, en même temps que la criminalité, et nombre de misérables n'auraient d'autres ressources que rémigration. Cette appréciation para:ît très exagérée aux hommes compétents. Il y a bien des villages où les paysans sont dans un état prospère, par exemple, Kjomi'k, Jerzyce, Gorczyn, Winiary, Zegrze, De- Wec, Rataje, Eonarzewo. . . S'il y a beaucoup d*émi-

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grants en Posnanie» c'est moins à cause de la pauvreté des paysans que des difâcultés et des ennuis auxquels ils sont exposés. La petite propriété parvient môme à se défendre maintenant contre les Allemands. et les Juifs. Depuis 18*72, il existe une banque rurale polonaise et le Crédit foncier gouvernemental fait depuis trois ou quatre ans des prêts, non seulement à la grande, mais aussi à «la petite propriété à 50/0, amortissement compris.

Sur 1,*Ï00,000 habitants, on peut estimer à plus de 1,100,000 le nombre des Polonais du Grand- Duché. Tandis qu'en Silésie, le parti polonaismanque de classe dirigeante et que l'aristocratie est exclusivement allemande, ici, l'aristocratie est polonaise, très attachée à la foi catholique et en possession de domaines importants où elle réside habituellement. Elle se trouve ainsi en contact permanent avec les paysans polonais. Citons les prin^ cipales familles polonaises de Posnanie : Dzialynski et Zamojski à Kurnik; Bninski à Samostrzel; Potocki à Banlewo ; Raczynski à Rogatin ; Skorzewski, Zoltowski, Taczanowski, Mycielski^ Kwilecki, comte Mielzynski, comte Czarnecki, prince Sulkowski à Rydzyna, prince Radziwill.

C'est la grande propriété qui est la plus me-^ nacée actuellement. Les domaines sont souvent mal administrés et les membres de la noblesse se

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laissent souvent entraîner dans des dépenses qu'ils ne peuvent payer qu'en hypothéquant leurs terres. Un jour ou l'autre, il faut les vendre.

Par exemple, dans le district d'Obornik, au nord de Posen, de 1854 à 1882, il a été vendu par des Polonais à des Allemands 14,680 hectares. Ce sont quinze grands domaines dont six ont une étendue supérieure à onze cents hectares. Dans la môme région, deux villages appartenant à des membres de Taristocratie polonaise sont affermés à des Allemands. Partout on voit disparaître les ancieiis propriétaires polonais ; il y a dix^ans, on en comptait dix à Przebedowo, aujourd'hui il n'y en a plus qu'un, les neuf autres sont des Allemands. Il en est de môme à Trojanow, à Dluga Goslina, à Bialezyn,

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Dans ces dernières années seulement, de 1878 à 1881, dans le grand-duché de Posen, les Polonais ont perdu 131,577 arpents dépendant de la grande propriété. — En 1878, 37,000, en 1879 environ 10,000, autant en 1880, et 77,688 en 1881. Ce dernier chiffre Tient de la vente de deux domaines, importants, celui de Chocieszewice qui appartenait au prince Radziwill et qui a été acheté par un banquier de Berlin, et celui deWronekqui appartenait à M. Grabowski, et qui a été acheté par le baron Kaphar, un Courlandais. Les agences qui servent d'intermédiaires

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abondent en oHres tie propiriétés appartenant à des Polonais.

Le clergé joue dans le grand-duclië de Posen un rôle considérable. Chez lui, le sentiment national est aussi ardent que la foi catholique. Aussi est-il respecté et écouté de tous les paysans. On en jugera par la résistance qtf il a su opposer -au Culturkampf.

Bien que les Allemands et les jipfs 'soient assez nombreux dans les villes, la bourgeofeie eirt encore en grande partie polonaise. A Posen même, elle se renforce depuis quelques années. H y a depuis quinze ans, comme dans le royaume de Pologne, un grand essor dans le commerce et Tinduistrie. APosen, MM. Liszkowski, Jerzykiewicz, C^idski, Urbawowski, marchands de draps, de soieries, fabricants d'mstruments aratorres ont fait ff assez jolies fortunes. Jusqu'ici îa bourgeoisie poloïeaise a siu se tenir tout à fait en dehors de la société aReznande. Polonais et Allemands font deux'camps. Cet w^* gonisrae est tel qu'à Posen un Polonais ne franchirait pas le seuil du théâtre allemand. C'est presque ume quei^on de pudeur. Commenl; pourrait- il en être autrement ? La position faile aux Polonias dans le ^and-duché est intenable. Toutes lestîarrtères leur sont feimées. On ne nommera jamais fin Poknxais conseiller de province ou de dii^icft. Itams le

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service des postes -et des chemiiis de fer û est rare de trouver un employé polonais. Em 1881, il ny avait que 28 juges polonais sur 235 ijout le Grand- Budié. Les parents polonais étant dans Thnpossibilité de trouver cfcs «arrières poiur ileurs enfants s<»it souvent obligés de les mvoyer chercher un emploi dans le royaume de Pologne.

Les Polonais de Prusse n'ont pas toujours été aussi maltraités. En 1815, qmand la Prusse rentra em possession de la Posmanie* la laïque polonaise resta langue officielle, il y erat \me Diète à Posen et on nomma vicenroi un Polonais, Antoine RadziwiU. Le gouvernement conduisît eirsodite avec sollicitude et avec succès les délicates ©përations delà réforme agraire. La Révolution de 1830 éveilla quelçues susceptibilités dans le gouvernement prussien, et cependant en 1848, dl était encore disposé à faire bien des concessions. On "eut iméme un instant M penséede diviser la Posmaaiieen deux parties, -et de doter d'une administration autonome la Tégicm orientale qui était exclusivement polonaise. iLl 'se produisit subitement un revirement dans )les dispositions de la cour de Berlin. ïJne gar<9e «»tîonale de douze mille hommes, qui s'était formée, reçut Tardre de se dissoudre. Cette mesure provoqua une insurrection qui fut bientôt réprimée. Les P^danaâs continuèrent Béanmoins à jouir du lihre

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exercice de leur culte, et même pour Tinstruction publique le gouvernement prussien était alors plus libéral que la cour de Vienne. On vit les jésuites expulsés d'Autriche se réfiigier sur le territoire prussien en Silésie et en Posnanie. En 1863, le gou- | vernement manifestait encore des intentions bienveillantes à regard des Polonais, et il alla jusqu'à autoriser Tusage de la langue polonaise dans les écoles primaires. A partir de 1810, il y eut un revirement complet dans la direction gouvernementale. H. de Bismarck entreprit une germanisation à outrance. Il s'attaqua à l'Église catholique, sachant ainsi frapper au cœur la nation polonaise, et il se mit en devoir de substituer parjiout la langue allemande à la langue polonaise.

Depuis 1872, l'inspection des écoles primaires en Prusse, faite jusque-là par les pasteurs et les prêtres, a été confiée à des laïques, employés qu'on a eu soin de choisir toujours parmi des Allemands ouvertement hostiles à l'élément polonais et à la religion catholique. Deux exemples permettront de juger la manière d'opérer des plus zélés : Un de ces inspecteurs imagina de changer les noms des

écoliers polonais en noms allemands; le jeune Ms^erovicz ne devait plus s'appeler que Mayer, le pçtit Loza devait répondre désormais au nom de Lohse,

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la famille Betka apprenait par son enfant que de par l'ordre de l'inspecteur elle ne serait plus connue dans le village que sous le nom de Bethke*. — Ces faits se passaient en mars dernier dans la petite ville de Schwersenz, près de Posen, et dans le village de Dopievo (district de Posen) où M. Lux est inspecteur.

Le môme mois, dans un faubourg de Posen, à récole primaire de Saint-Martin, l'instituteur s'adressant à un élève lui demande s'il était Polonais, sur sa réponse afSrmative, le maître lui donne un soufflet et ajoute : « Vas te plaindre maintenant aux journaux polonais. » Cet instituteur est M. Wog, l'écolier est le jeune Szczepanski. Le fait est notoire à Posen.

Ces moyens de prussifier les enfants ne sont certainement pas les plus sûrs. En blessant les familles dans ce qui leur est le plus cher, on crée un antagonisme qui rend stériles tous les efforts du Gouvernement. Un des moyens les plus puissants sur lequel compte l'administration pour germaniser les Polonais, est de substituer dans les familles rusage de Tallemand à celui de la langue maternelle. L'école primaire est le grand instrument de ce travail mais les résultats obtenus sont médiocres.

La langue polonaise est absolument proscrite de

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récote, Teûâint doit tout Wj^readve en aUemand. Pendant les deox prenùères années, ik ne compread rien à ce cpi'on Im enseigne et ce n'est que pendant les trois oui quatre années, snivantes, quand il a âni par se familiariser avec t'a^mand, qu^il peut profiter des leçons: de Tinstltateur ; qisanil il ne fréquente plus l'école vers treize ou quatorae ans, il se trouve au milieu de sa famille, ou on ne parle que polonais. Les mères de £amille, paysannes ou nobles, ont Tamour die la Pologne si enraciné dans leurs ànaies qu'elles mettent tous leurs soiifô à proscrire de leur intérieur la langue allemande et à rapprendre à leurs fils, quand ils. sortent de Técole, cette langue maternelle qu'ils allaient oublier. Vient le temps du service militaire, les recrues arrivent au régiment ayant désappris ralliemand. L'instructeur reprend alors la tâche ingrate commencée par rinstitutenr, on fait tout pour triompher cette fois : faveurs à ceux fui savent le mieux l'allemand, se* vérité excessive pour les autres. Au bout de trois a^. les soldats n'arriveitt à ne. bien parler ni Tune ni l'autre des. deux langues.

L'uni forma a toi\^ours à leurs jeux un certain prest^e, et^ rentrés chez eux^ ils parlent encore quelquefois allemand^ par pose, parce que c'est la langue des gens instruits, celle des officiers du régiment. Deux ans. de -vifi de famille et de travaux des

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