‹ Slaves et Teutons: notes et impressions de voyage (volume 2)Chapitre 42 sur 55 · L'AVENIR DE LA POLOGNE D'OU LUI VIENDRA SON INDÉPENDANCE · texte numérisé non relu

L'AVENIR DE LA POLOGNE D'OU LUI VIENDRA SON INDÉPENDANCE

(Ce qui se dit en Pologne à ce sujet,)

Depuis un siècle les Polonais ont donné de leur sang plus que tous les peuples de TEurope.* Au moment où le troisième partage du royaume allait faire disparaître les derniers vestiges de la Pologne,. Kosciuszko soutint une lutte mémorable où Ton vit comment doit mourir une nation qui n'a que des gloires dans son passé. Quand une génération, contrainte d'expier les fautes de ses devancières, sait tomber avec noblesse, elle impose au monde le respect, elle lègue de grands exemples à ses descendants et leur conserve le droit de réclamer un jour l'héritage dont la force seule les a dépouillés.

Pendant les guerres du premier Empire, la légion polonaise, rangée autour des aigles impériales, s'illustra sur tous les champs de bataille. En créant le grand-duché de Varsovie, Napoléon préparait à la France l'alliée la plus fidèle qu'elle pût avoir en Europe. Au moment de ses désastres il dut regretter de ne pas en avoir fait un État puissant.

Alexandre P' ne fut pas moins prodigue de promesses que Napoléon, il déclara que le partage de la Pologne avait été un attentat dont les conséquences morales n'avaient cessé de peser sur l'Europe et qu'il avait à cœur de le réparer par la formation d'un royaume jouissant d'une pleine autonomie. A l'entendre, la Russie seule pouvait, mener à bien cette entreprise. Ces intentions bienveillantes parurent suspectes. U était clair que le Tsar voulait avant tout empocher le prince de Metternich d'exécuter son plan et de reformer un royaume de Pologne sous le patronage de l'Autriche. Aussi le congrès de Tienne ne permit pas à la Russie de s'annexer tout le territoire polonais ; il laissa la Galicie à l'Autriche et rendit à la Prusse le grand-duché de Posen. lia Russie qui prit le reste eut néanmoins la plus grande partie du territoire polonais. Alexandre donna à cette province le titre de Royaume et la dota d'une constitution, d'une diète et d'une administration

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distincte; en môme temps., il laissa les Polonais des provinces annexées (Lithuanie, Volbynie, Podolie, Ukraine) travailler librement an développement de leur nationalité. Le gouvernement russe resta dans ces dispositions pendant les quinze années qui suivirent

Les souvenirs des guerres de Napoléon étaient encore vivaces, les idées libérales qui se faisaient jour en France sous la monarchie constitutionnelle se répandirent en Pologne. U s'y forma un parti d'opposition qui devint une menace pour la politique russe. Les concessions des Tsars ne parurent plus suffisantes aux patriotes polonais. Ceux-ci compilaient toujours sur le secours des grandes puissances qui, au congrès devienne, s'étaient montrées sympathiques à leur pays et l'eussent reconstitué si la Russie n'eût pas été seule à en tirer profit. La révolution qui éclata à Paris en 1830 fut le signal du soulèvement. Pendant de longs mois l'armée insurrectionnelle lutta contre les Eusses, croyant toujours que la France et l'Angleterre lui viendraient en aide. Nicolas, empereur autoritaire s'il en fut, et qui se considérait comme le représentant en Europe du principe de la monarchie absolue, n'était pas homme à ménager les insurgés. Tous les privilèges des Polonais furent supprimés et l'usage de leur langue fut interdit. Le royaume de Pologne eut le

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sort que rAatriche infligea vingt ans plus tard à la Hongrie insurgée.

Alexandre II était, à son ayënement, animé d'intentions bienveillantes à l'égard des Polonais. Wielopolski, administrateur du royaume, allait en obtenir un régime qui eût rendu Fautonomie administrative à la Pologne, quand soudain éclata la révolution de 1863. La répression fut atroce. Elle égala tout ce que la barbarie la plus sauvage a jamais pu imaginer. Le gouvernement laissée ses propres inspirations n'eût pas osé pousser les choses à ce point. Ceux qui ont le pouvoir sont souvent retenus par la crainte d'amasser des haines et de provoquer de nouvelles crises. Malheureusement le parti russe qui se disait libéral, mais qui était révolutionnaire avant tout et rêvait Tanéantissement de la nationalité polonaise, devint l'âme de la répression et fit exécuter par Tcherkaski, Milutine et Samarine, son plan d'extermination.

On sait les atrocités qui furent alors commises par les Rusites sur les Polonais, par des Slaves sur des Slaves. Il n'y a certainement pas un Polonais noble ou paysan qui n'ait eu un père ou un frère pendu ou déporté en Sibérie, et qui le croirait? Moins de vingt ans ont suffi pour apaiser ces ressentiments et aujourd'hui, dans tout le royaume de Pologne, le Russe est certainement moins antipa-

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tliique que l'Allemand. C'est que le sentiment patriotique chez le Polonais prime tous les autres et que les Russes qui se sont montrés assez barbares pour martyriser la Pologne sont restés impuissants pour la dénationaliser, tandis que les procédés des Prussiens, dans le grand-duché de Posen, et l'envahissement du royaume de Pologne par les Allemands, ne laissent aucun doute sur le sort des Polonais du territoire russe le jour où les Prussiens seraient leurs maîtres.

Depuis nos désastres de 1870, les Polonais ont perdu tout espoir d'obtenir un appui de la France, et ils savent qu'ils ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes ; aussi ont-ils vivement souhaité un rapprochement avec la Russie. C'était leur intérêt, surtout devant la menace d'une guerre prochaine. — Qu'un conflit survienne entre l'Allemagne et la Russie, un nouveau partage du territoire polonais entre les deux Empires serait à coup sûr la question capitale du traité. Qu'on suppose la Prusse victorieuse, — hypothèse qui semble être la plus généralement admise par les Polonais, — avant de s'étendre le long de la mer Baltique, au-delà du Niémen, et de contester à la Russie la légitime possession des provinces baltiques, où la population allemande jouit dune grande influence, les Prussiens ne manqueront pas de s'assurer tout le cours de la Vistule et de

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reprendfe le territoire (ju'ils possédaient aracnt 1806 et qui comprenait Varsovie. Cette annexion leur procurerait de grands avantages économiqnes. — La Vistule, qui descend cfes Carpates, passe à Cracovie et à Varsovie et traverse des régions riches en bois et en céréales, devrait être un grand courant commercial et une source de prospérité pour la Prusse royale. Mais la Prusse ne dispose que fin cours inférieur du fleuve, en aval de la place forte de Thorn ; en amont ce fleuve appartient à la Russie. La ligne douanière et le système économique de la Russie Sont des entraves à la circulation des produiti^ qui pourraient profiter de cette grande voie navigable. Cette situation est anormale. L'annexion à la Prusse du royaume de Pologne jusqu'à la Vistule, transformerait les conditions économiques de toutes ces régions et donnerait à l'industrie prussienne, outre quelques millions de consommateurs, un pays où Tindustrie et les mines sont déjà entre les mains d'Allemands.

L'intérêt économique de la Prusse est de toute évidence, il n'en est pas de même de son intérêt politique. Cette annexion peut présenter certains dangers. D'après la constitution de l'Empire d'Allemagne, il y a un député au Reichstag par 100,000 habitants. La représentation polonaise qui compte déjà dix-huit députés s'augmenterait certainement

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d'un nombre notable de voix par suite de cette annexion. Il ^'est pas probable qu^en face d'une situation parlementaire déjà difficile, le gouvernement de Berlin accroisse bénévolement ses embarras« On serait alors conduit à placer ce terrl^ toire sous un régime spécial et à lui refuser le droit d'être représenté au parlement. Ceux qui prétendent pénétrer les secrets du chancelier, croient que la cour de Berlin ne manquerait pas de former aux dépens de la Russie un petit royaume, vassal de TEmpire d'Allemagne, qui lui donnerait ses soldats, verserait ses ressources au budget impérial et ferait partie du ZoUverein. — Couronne toute prête à offrir à tel petit roi des pays allemands, dont la Prusse jugerait nécessaire de s'annexer les états et qui trouverait là un dédommagement.

Les Polonais redoutent beaucoup cette combinai'son. Le jour où elle serait réalisée^ le gouvernement prussien ne manquerait pas de favoriser le déve* loppement des colonies agricolesi allemandes; en outre, Télément juif qui se fusionne peu à peu parmi les Polonais^ deviendrait allemand dès querinfluènce prussienne serait prépondérante; les Polonais de la Lithuanie et de la Rutbénie Blançtet qui resteraient sujets russes, étant séparés de leurs compatriote», seraient livrés sans défense à la propag^ande russe. La Prusse ne manquerait sas dé donner k cet État

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polonais une configuration qui le priverait de toutes ressources économiques. Il végéterait alors dans un état perpétuel d'impuissance et de misère. Privé de tout rôle politique, il n'aurait aucune signification et ne pourrait jamais reprendre les traditions du passé. Cette combinaison équivaudrait pour les Polonais à un quatrième partage.

Les propriétaires fonciers trouveraient à l'annexion du royaume de Pologne à la Prusse l'avantage de ne plus payer de droits pour l'entrée de leurs blés en Allemagne, mais le préjudice serait incalculable pour la classe ouvrière qui trouve dans l'industrie ses moyens d'existence. Les usines déjà si nombreuses auxquelles le régime douanier russe assure le monopole du marché russe, seraient privées de ces débouchés; elles entreraient en concurrence avec l'industrie de toute l'Allemagne et finiraient par être ruinées. On a vu que depuis plusieurs années la classe moyenne prend un développement considérable en Pologne, grâce au progrès du commerce et de l'industrie. Cette transformation sociale est très favorable à l'avenir de la Pologne. Le progrès de cette classe moyenne, de ce tiers état, serait gravement compromis par la ruine de l'industrie.

Les Polonais ont longtemps tourné leurs regarda vers Saint-Pétersbourg, pour voir si le salut leur

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viendrait de la générosité des Tsars, mais ils ont été trop de fois déçus dans leurs espérances pour croire maintenant qu'il puisse entrer dans les vues -du nouvel Empereur de reprendre la tradition de son grand-oncle. Cette politique était pourtant la seule que les Russes eussent à suivre. Le jour où les cinq millions de Polonais du royaume aura^ent^ obtenu quelques libertés, ils formeraient un centre d'attraction pour leurs frères de Prusse et d'Autriche; la tradition nationale pourrait être reprise et ce groupe finirait môme par exercer sur tout le monde slave une grande influence. Peut-être parviendrait-il à prendre une place importante dans les conseils du Tsar et à imprimer une direction plus éclairée à la politique russe. Il est incontestable que la Russie a un intérêt majeur à faire de la population polonaise Tavant-garde des Slaves en Europe et à s'en servir comme d'un rempart contre l'Allemagne.

On comprend donc que la cour de Berlin ne puisse voir qu'avec déplaisir toute mesure du gouvernement russe qui serait un adoucissement au sort des Polonais. Quelques concessions qu'elle puisse faire à ceux du grand-duché de Posen, comme avant tout sa politique est de poursuivre la germanisation de cette province, ce ne pourrait être que des mesures passagères ; ces concessions seraient retirées

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aussitôt que les Polonais s'en serviraient pour fo^ tifier leur nationalité. Au contraire, la plus mince promesse de la cour de Saint-Péterabourg, la créa^ tion d*une chaire de littérature polonaise à runi^ versité de Varsovie-, le rapatriement de quelques familles exilées, font naître chez eux de vapes espérances. La réalité dissipe bientôt ces illusions, mais malgré tout, les Polonais regardent toujours en haut et attendent le moment où Taigle blanc, traversant leur ciel à tire d'aile, ira planer au-dessus du sanctuaire de Czestochowa où Ton vénère la reine de Pologne. Le pays a été trop de fois sauvé miraculeusement pour qu'il soit permis à un Polonais de jamais désespérer du salut de sa race*.

1 Un des obsttcles les plus sérieux à un rapprochement entn les Polonais et les Russes est la question religieuse. Tant que le gouvernement russe opprimera PËglise catholique et essaiera de lui imposer la tutelle administratiTe, l'antagonisme des deux peuples, qui représentent deux croyances et deux civilisations différentes, ne fera que s'accroître.

La cour de Saint-Pétersbourg a compris que la situation des catholiques du royaume de Pologne et surtout des provinces annexées était intolérable et M. de Buteniew â été déjà chargé une fois de négocier avec le Vatican. Le Saint Père a demandé que Ton renonçât aux tentatives de substituer la langue russe à la langue polonaise dans les sermons, prières et chants du culte et* tholique ; demande qui est d'autant plus fondée que dans r£mpire russe, tous les catholiques sont Polonais» Le délégué du Tsar n'a pu donner aucune garantie à ce sujet.

Le Pape demande en outre que Ton cesse de contntindrtt h» catholiques de Podlachie qui sont du rite grec-uni {w^iûtes) à reoivoir le baptême schismatique, — le retour dans son diocèse de M** Raewuski, évêque tuffrsgtut de Virsoiie, qui «tt ea «sdl,

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lï est regrettable que les Tsars, au lieu de réagir contre la haine aveugle de leurs sujets pour les Polonais et la manie des gens de Moscou de ne pas admettre qu'il puisse y avoir de Slaves^ en dehors des Russes, aient laissé passer l'heure favorable pour feiire à la Pologne une situation sortable. Si la Russie s'entête dans son exclusivisme au point que les Polonais finissent par se convaincre qu'ils n'ont plus rien à attendre d'elle, comme le sacrifice de tout pour le salut du pays est encore l'aspiration dominante des masses, elles se tourneront, à l'heure décisive, vers toute autre puissance qui sera disposée à reformer un Etat polonais, même aux conditions les plus onéreuses.

Avant de se résigner à son sort, un prisonnier tourne et retourne dans sa tête toutes les chances d'évasion. Les Polonais, bien qu'ils soient garrottés et gardés par trois geôliers, n'ont pas encore désespéré de recouvrer leur liberté. Il n'est pas une hypothèse, quelque singulière qu'elle puisse être, qu'ils n'aient imaginée. — Sait-on si quelque jour la Prusse, qui a déjà jeté l'Autriche sur les Slaves du sud, n'aura pas intérêt à l'ériger en tutrice des Slaves du nord. Si les armées austro-allemandes enlevaient à la Russie le royaume de Pologne, et

enfin pour M*' Felinski, archevêque de Varsovie, qui est interné en Sibérie depuis 1863, rautorisation de se retirer à Tétranger.

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une partie des anciennes provinces polonaises (Podolie, Wolhynie, Ukraïne), il se pourrait bien que la cour de Berlin, pour qui cette conquête serait peut-être un embarras, chargeât l'Autriche, qui a déjà en Galicie trois millions de Polonais, de constituer, au moyen de cette annexion, un nouveau groupe slave, qui isolerait l'Allemagne de la Russie. La Prusse aura un jour bien des sacrifices à demander à l'Autriche, il faut bien qu'elle trouve un moyen de la dédommager et il est peu probable que r Autriche se contentera toujours de populations de la péninsule des Balkans aussi peu endurantes que les Herzégoviniens et les Albanais.

La Pologne se fera par François- Joseph. C'est une formule familière aux Polonais de Galicie et qui résume toutes leurs espérances. Cette idée fait déjà son chemin dans le royaume de Pologne. Il est temps que la Russie ménage ses Polonais, car si elle n'a rien fait pour eux, il se pourrait bien qu'en cas de guerre, à la nouvelle que la garnison de Cracovie a franchi les quelques kilomètres qui séparent cette ville de la frontière russe, tous les paysans du royaume vinssent à sa rencontre pour acclamer les Autrichiens libérateurs.

La Pologne n'a plus qu'à attendre son heure, à garder le dépôt sacré de ses traditions et à acquérir de nouvelles forces. par le travail et l'économie. Il

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g est contraire aux intérêts de la Prusse et de la Rus-

i sie de toujours maltraiter ce peuple. L'Autriche a

f compris que le temps de la réconciliation avec les

, Polonais est venu, elle a pris les devants dans la

voie des concessions. On se rappelle que Skobelew

lui-môme, alors qu'il prêchait la croisade contre les

Allemands, avait fini par comprendre qu'il était

temps pour les Russes de changer de procédés à

l'égard des Polonais. Le discours qu'il prononça à

Varsovie, au retour du voyage tapageur qu'il fit en

Occident, était très explicite; il n'a pourtant pas

paru suffisant au comte Pierre Koutouzow. On lira

avec intérêt la réponse qu'il fit au général :

« Il serait sage que la réconciliation du peuple » polonais avec la Russie s'' accomplit avant que » Vheure de la guerre avec les Teutons^ que vous » prédisez, ne sonne. Et ce n'est pas avec des » phrases plus ou moins galantes envers une nation » outragée dans ses aspirations les plus légitimes, » ni avec des compliments à l'adresse des officiers » polonais, dont la bravoure a de tout temps été » reconnue par l'histoire, que l'on parviendra à une » entente sérieuse avec cette nation. La Pologne » russe continue à subir le régime, ou, pour dire le » mot, le joug russe qui lui fat infligé le lendemain » de l'insurrection comme pays conquis par la force » militaire. L'organisation actuelle de la contrée ne

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» contient même pas la dose d'aotoaomie dont ce » pays jouissait au temps de l'empereur Nicolas K » Ce n^est pas par des concessions et des amahUito » envers tels on tels personnages polonais, ou à teUi » ou telle institution locale que l'on regagnera la ï> confiance, Testime et les sympathies de la société » polonaise. Il faut pour cela ie courage civil de » notre part pour avouer nos torts et nos fautes » envers les Polonais, sujets russes, la compréhen- » sion complète des grands iniérêts vitaua? qé » unisseni la nation polonaise à la nation russe^ » et leur indiquent un avenir commun, la ferme » résolution de préférer les intérêts politiques et » économiques de l'Etat russe aux rancunes Jtisto- » riques et aux principes pseudo-nationaux. »

La guerre prochaine est aussi à l'ordre du jour en Allemagne, il parait à chaqup instant des irochures sur ce siyet. L'étude qui a eu le plus de retentissement est intitulée ; Le théâtre de la guerre en Pologne : Étude géographique et militaire publiée à Hannover et signée Sarmaticus. En voici les principales conclusions :

« Si les armées austro-allemandes sont victorieuses, nous devons renoncer à tout avantage matériel. Nous ne pouvons demander ni cession de territoire, ni contribution de guerre, lie seul

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avantage sera de rejeter la grande puissance filaye^daïui aes anciennes limites et de former un État #<f servirait comme <ie transition entre le centre germaniqw et VJSst slave de tEitrope* Ni la Prusse, ni TAutracbe ne sont disposées à a'étendre jusciu'à la Vistule, n'ayant pas intérêt à augmenter leur population slave d'autres Slaves dont le caractère national est aussi accentué que celui des Polonais. R faudrait faire Vessai d'un État polonais sagement limité yers l'Est, gouverné par une maison princière de l'Ouest de rBurope, peut-être par un prince cadet de la maison de Habsbourg et voir s'il serait viable. Les Polonais sont assurément plus attirés vers l' Autriche-Hongrie, qui est unv État polyglotte unissant déjà plusieurs nationalités, que vers TEmpire allemand qui est éminemment national.

» Si la nationalité polonaise est encore de force à constituer un État, elle pourra se développer tranquillement sous la protection de deux grandes puis-' sauces, la Prusse et l'Autriche. Les Allemands y trouveraient l'avantage de repousser les frontières douanières de la Russie et d'avoir entre eux et les^ Russes une limite bien définie. Les départements prussiens du littoral prendraient un nouvel essor, les plaines de la Vistule et de l'Oder retrouveraient la prospérité, enfin la Pologne serait mise en con^

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tact avec l'Occident par de nouvelles lignes de communication. — Une union commercUUeydamnière et postale entre V Allemagne, VAutrtiÉke H la Pologne donnerait à ces trois pays la prédominance sur tous les marchés du monde. La Russie seule ferait les frais de cette transaction, car exclue des centres commerciaux de l'Europe centrale, elle n'aurait d'autre ressource que de s'étendre vers l'Asie. »

Dans une brochure publiée dernièrement à Leipzig sur le même sujet et dont on trouvera dans les annexes une analyse complète, l'auteur faisant allusion aux conclusions de Sarmaticus qu'on vient de lire dit : « Ce projet de fondation d'un » État polonais pour le cadet de la maison de » Habsbourg, état qui servirait pour toujours de » mur entre l'Allemagne et la Russie, a gagné » beaucoup de partisans dans les cercles civils » et militaires d'Allemagne. Les Prussiens ayant » assuré la sécurité de leurs frontières seront sa- >y tisfaits s'ils obtiennent simplement le rembour- » sèment de leurs dépenses. — L'Allemagne doit » laisser à l'Autriche son alliée tous les avantages » matériels, car toute la force de la jeune monar- » chie allemande doit être concentrée là où la » Sentinelle du Rhin, livrée à ses propres forces, » devra recommencer la lutte contre Vennemi

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» héréditaire qui menace ses idéales et saintes » cpjnçiêtes. »

JUil^niier ouvrage allemand sur ce sujet est intitidé : -^ la Pologne, la Russie et l'état économique ée l'Allemagne. — L'auteur affirme la nécessité absolue de la reconstitution d'une Pologne, qui engloberait les provinces de la Russie méridionale, s'étendrait au-delà du Dniepr et toucherait la mer Noire.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que les Prussiens se préoccupent de la question polonaise. Déjà, avant la guerre de 1810, M. de Bismarck paraît avoir senti qu'il pourrait bien se produire telle éventualité qui rendrait nécessaire la reconstitution d'une Pologne indépendante, et il ne pouvait manquer de désirer que ce royaume se reformât sous le patronage de la Prusse. Le dualisme austro-hongrois récemment inauguré pouvait servir de type ; pourquoi un compromis analogue à celui imaginé par M. le comte de Beust, en 1861, pour l'Autriche- Hongrie ne pourrait-il pas un jour souder le nouveau royaume de Pologne au royaume de Prusse ou môme à l'Empire d'Allemagne qui allait se constituer bientôt ? — On se rappelle que M. de Bismarck avait, dés cette époque, recommandé au Prince Fritz de faire apprendre à ses fils la langue polonaise.

Plus on ya et plus ropînîon tend en Allemagne à la fondation d'un État polonais et quand les Russes comprendront enfin qu'il est de leur kitérét de prendre cette initiative, il sera trop tard.

Un revirement dans le système suivi jusqu'ici par les Russes "à l'égard des Polonais est moins facile aujourd'Êuî qu'avant la guerre de Bulgarie; c'est du moins l'opinion de quelques bons esprits en Pologne. La Russie ne leur paraît déjà plus maîtresse de sa politique intérieure et ils croient que si elle voulait aujourd'hui donner au royaume de Pologne une autonomie administrative, cette mesure éveillerait les plus vives susceptibilités en Allemagne. M. de Bismarck n'est pas d'hunjeur à laisser les Russes organiser sur la Vistule des confins militaires, comme les ÔLUtrichiens en avaient autrefois tout le long de leurs frontières pour se protéger contre les incursions des Turcs. Un État polonais, soutenu par la Russie et ayant à défendre lui-même son indépendance ne serait peut-être pas dangereux pour la Prusse, mais il serait bien gênant. Il entretiendrait une agitation continuelle parmi les Polonais du territoire prussien et serait toujours sur le pied de guerre. On ne bâtit rien de durable près d'une poudrière. Le Prussien veut un mur de séparation entre lui et son voisin le Russe, s'il le construit, il s'arrangera pour que ce soit un

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mur de soutènement qui protège sa maison du côté de Test; si au contraire il laisse son voisin Tentreprendre, il sait bien que les maçons moscovites Tont ^ver un rempart, et qu'ils le couronneront de créneaux dont les embrasures useront tournées vers Touest Cert ce que M. de Bismarck ne veut pas.

Tout développement de la Pologne en dehors de l'hégémonie allemande est considérée par les Prussiens comme une entrave à la marche du germanisme. Le roi Sigîsmond I*', en donnant, en 15^, à son neveu Albrecht de Brandebourg la Prusse ducale à titre de fief, commit une faute grave. Il constitua, auprès de la Pologne, un État allemand, qui devait bientôt faire la loi à ses successeurs. Dès sa formation cette Prusse protestante fut la négation de la Pologne catholique, et les rois de

Prusse n'ont pu saisir la direction de la politique dans le nord de l'Europe que le jour où la Pologne a commencé à décliner. C'est devenu une vérité traditionnelle en Prusse. Tous les gouvernements qui se succèdent à Berlin ont pour doctrine le maintien du morcellement de la Pologne. Avant rinsurrection de 1863, au moment où grâce à rinfluence de la France, la Russie et l'Autriche étudiaient les concessions possibles eh faveur des Polonais, la Prusse déclara qu'elle enten-

dait rester étrangère à tout compromis. Mais voici bientôt le moment où il va falloir quand même faire quelque chose pour la Pologne, les Prussiens le sentent et ils auront soin de faire un État slave qui ne puisse jamais leur porter ombrage.

Si vous vous adressez à un Polonais modéré, connaissant bien le pays et que vous lui demandiez ce que Ton peut raisonnablement exiger dès à présent de la Russie, il vous répondra :

« Le gouvernement russe devrait dès maintenant » rétablir dans le royaume de Pologne Vtcsage de 1» la langue polonaise dans les écoles^ les gym- » nases, les tribunaux et l'administration locale, » et donner une pleine liberté à Vexercice de », la religion catholique. Il devrait sans tarder » prendre des mesures préparant, pour un pro- » chain avenir, une autonomie administrative » complète et sincère.

» Tous les Polonais verraient là un gage de » réconciliation. L'effet de ces concessions serait » immense ; et en cas de guerre entre la Prusse et » la Russie, il n'est pas douteux que tous les efforts » des Polonais seraient alors dirigés en vue du » succès des armées du Tsar. »

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