‹ Slaves et Teutons: notes et impressions de voyageChapitre 25 sur 73 · LA LANGUE ALLEMANDE EN GALICIE · texte numérisé non relu

LA LANGUE ALLEMANDE EN GALICIE

De tout temps les députés à la Diète ont eu la faculté de se servir, à leur choix de la langue allemande, polonaise ou ruthène ; mais la langue officielle était Tallemand, excepté pour les tribunaux où le latin resta en usage jusqu'en 1848. Eli 1862, il fut permis d'adresser aux autorités des requêtes en polonais et en ruthène, et l'administration était tenue de répondre au pétitionnaire dans la langue dont il s'était servi. La môme faculté fat donnée aux Allemands et aux Ruthènes en 1869, lorsque le polonais remplaça Taliemand comme langue officielle pour toutes les affaires administratives.

L'enseignement universitaire passa par les mêmes phases. Jusqu'en 1862, tous les cours étaient faits en langue allemande tant à l'université de Cra-

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covîe qu'à celle de Lemberg. On introduisit alors la langue polonaise dans Tuniversité de Cracovie ; pour celle de Lemberg, dont une • partie des étudiants sont Ruthènes, on procéda autrement. On créa d'abord trois chaires de droit en langue ruthène, puis en 1868, la langue poloaaisé fut introduite dans trois autres chaires de la même faculté. On décida, en 1871, qu'aucun professeur ne serait nommé s'il ne savait le polonais ou le ruthène. Depuis ce temps * les cours ont été faits dans la langue que le professeur préfère ; c'est le polonais qui est en usage pour toutes les leçons, excepté pour le droit civil et le droit criminel, qui sont professés aussi en ruthène, et pour un cours de droit et celui de littérature allemande qui sont faits en allemand. Enfin cette année une décision ministérielle a prescrit l'emploi de la langue polonaise par tout professeur auquel l'usage d'une autre langue n'aurait pas été imposé par le décret de nomination*.

L'allemand a aussi cédé le pas en 1867 au polonais et au ruthène dans les gymnases et dans les écoles primaires. — Dans les gymnases et les écoles réales^ les cours sont faits en polonais, sauf dans deux collèges ruthènes et dans les deux.

A Voir Pannexe F.

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gynmases allemands de Lemberg et de Brody. — Quant aux écoles primaireis, cbaque commune choisit la langue qui doit être employée par Tinstitutenr. En 1881, sur 2,860 écoles primaires 1,280 étaient de lao^gue polonaise, 1,495 de langue ruthèiie, 122 de langue allemande, 134 de langues polonaise et tathène, 10 de langues polonaise et allemande, 2 de langues ruthène et allemande. En

comparant cette statistique i celle de Tannée précédente on voit qu'on a créé en 1881, 44 écoles polonaises tandis qu'on a fermé 23 écolei» ruthènes et 5 écoles allemandes.

Il y a encore un grand progrès à réaliser dans renseignement primaire, car sur 6,321 communes, 2,413 sont encore privées d'écoles.. Les Polonais qui ont en main l'administration de la province ont là un moyen facile de faire une active proj[)dgande.

LES POLONAIS EN aAUCIB

La Gâlicie a de fait deux capitales. A Test Lemberg, capitale administrative et commerciale, à Fooest, Cracovie, capitale intellectuelle et exclusivement polonaise. Lemberg est le siège de la Diète et de trois archevêchés catholiques, celui des latins, celui des ruthènes grecs-unis et celui des arméniensHmis. L'université y attire rélite de ia jeunesse ratbène. La population, qui dépasse cest mille habitants, est polonaise, ruthène, juive et allemande, afusai la ville n'a-t-elle pas de caractère national distinct. Par sa position géographique^ eUe n'est ni autrichienne, ni polonaise, ni russe. Elle n'appartient ni au bassin de la Viatolc, ni à ceux du Dniepr et du Dniestr. Elle est assise au milieu d'un plateau d^ù descendent mille petits ruisseaux tributaires de «ai trois fleuves. C'est une ville

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ouverte à tous les vents, comme à toutes les influences. Les Polonais la revendiquent politiquement comme située dans le territoire ruthène dépendant de l'ancien royaume de Pologne et reli gieusement comme métropole grecque rattachée au Saint-Siège par TUnion. De leur côté, les Moscovites n'ont pas désespéré de l'annexer un jour à la grande patrie slave dont elle doit dépendre, d'après eux, comme ville ruthène et comme métropole du rite grec.

Cracovie, ancienne capitale de la Pologne, peuplée en majorité de Polonais, est restée le centre intellectuel et politique de la nation. C'est toujours l'ancienne ville des Jagellons, la cité de la noblesse et du clergé, où chaque monument est une page d'histoire et où chaque débris est le sujet de quelque légende populaire. Une aristocratie aussi puissante par sa fortune que par runion de ses membres y conserve pieusement la tradition nationale et catholique. Ses trente-deux églises, ses quatorze monastères de religieuses, ses nombreux couvents d'hommes, et plus encore Tesprit qui règne dans la société et qui pénètre toutes les institutions civiles, lui ajustement valu le nom de Rome polonaise.

Le Czas (le Temps), qui date de 1848, s'attache à défendre les intérêts conserYatdurs et catholiques

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et à maintenir dans la 'population le respect des anciennes traditions nationales. Cette feuille peut se comparer au Vaterland de Vienne, à la Germania de Berlin, ou à V Univers. Cet organe est inspiré par les représentants les plus autorisés de la vieille noblesse polonaise ; les principaux rédacteurs sont : M. Stanislas de Kozmian et le comte Tarnowski. Son influence est considérable et il faut lui attribuer en grande partie l'unité de direction qu'on remarque dans l'Académie, dans l'Université et dans les institutions littéraires, scientifiques et artistiques de Cracovie*.

Le dévouement à la personne de l'empereur d'Autriche est devenu le premier dogme du credo politique des Polonais de Galicie. La terrible répression qui a suivi le soulèvement de 1863 a produit son eflFet même en Autriche. Les Polonais de Galicie ont vu ce qu'il pourrait leur en coûter de se frayer à main armée le chemin dé la liberté. Ils ont résolu d'attendre le triomphe de leur cause du développement normal de leurs institutions et de ne rien faire qui pût contrarier les dispositions favorables de François-Joseph à leur égard. Tel est le programme des Polonais de Cracoerif^

> ComiiUer l'aEii.exe F qui indique ]», nombre des étudiants po* louais dans les imh&rêitéè de Cracovie, Lemberg^ Varsovie et Bi'eslau.

Il 7 a cependant que^ues hommes auxquels la tendance ultra-conservatrice du Czas parait fâcheuse. Une fois déjà, il y a dix ans, un groupe de politiciens avait essayé de faire échec au Czas et de constituer à Cracovie un parti progressiste. Le Pays {EraJ) qui était subventionné par des juifs, fut leur organe ; mais cette tentative avorta. Un journal radical ne saurait vivre à Cracovie. Dans ces derniers temps il s*est formé un nouveau groupe d*hommes de lettres qu*oi pourrait appeler les conservateurs-libéraux. D'après eux, cette excessive réserve sur le terrain politique maintient la jeunesse polonaise de Cracovie dans un système d'abstention qui finit par détruire tout ressort «n elle et pourrait à la longue altérer son patriotisme. Ils trouvent qu'en voulant réagir contre les exagérations du passé et calmer Texaltation patriotique qui a conduit aux insurrections de 1831 et de 1863 on a dépassé la mesure. Ils disent q«e la croyance que TAutriche sauvera la Pologne a fait de la nouyelle génération la plus humble servante de la cour de Vienne et que J'individualité polonaise semble s'effiacer peu à peu. ,11s croient enfin que le temps est venu de réagir contre cette apathie. Dans le domaine de rinstruction publique, de l'administration communale et provinciale, dans le régime des chemins de fer, bien des réformes sont

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