‹ Slaves et Teutons: notes et impressions de voyageChapitre 29 sur 73 · LES TCHÈQUES VIS-A-VIS DBS POLONAIS · texte numérisé non relu

LES TCHÈQUES VIS-A-VIS DBS POLONAIS

autrefois soumis à Ja domination polonaise, qaand la Lithuanie se réunit au royaume de Pologne. En outre, la Yistule est un fleuve entièrement polonais; sur le territoire russe on compte près de huit millions de Polonais. Si un remaniement des frontières autrichiennes venait à augmenter de quelques millions de Slaves la population de la Galicie, le groupe polonais serait alors plus nombreux, que le groupe tchèque et pourrait prendre seul la direction de la politique des Slaves du nord en Autriche. Il serait d'autant plus facile aux Polonais de jouer ce rôle, qu'ils ont déjà tous les éléments constitutifs d'une société organisée; haute aristocratie, petite noblesse (Szlachta), bourgeoisie, population agricole et industrielle. Université, Académie, Ecole des Beaux-Arts, Musées et Collections, Institutions de crédit et de prévoyance, presse politique et littéraire. Tous ces organes d'une civilisation avancée que les nations n'obtiennent qu'après bien des siècles, la Pologne les a conservés. Gracovie est pour longtemps en état de disputer à Prague le rôle de capitale des Slaves occidentaux, car les Allemands de Prague détiennent encore une partie notable des forces indispensables aux Tchèques et s'en servent môme contre eux. A Gracovie, au contraire, tout est inspiré de la tradition polonaise

et toutes les forœs nationales sont utilisées dans un même but.

Bien que les Allemands ne soient plus menaçants pour la Galicie, cependant le sentiment du danger commun que le parti allemand pourrait bien encore faire courir aux Slaves, a créé entre les Tchèques et les Polonais une solidarité qui leur fait suivre la môme ligne politique dans le Parlement de Vienne. Le docteur Rieger et le comte Henri Clam Martinic, à la tête de cinquante-quatre députés tchèques, marchent d'accord avec M. Grocholski et le prince G. Czartoryski, chefs du groupe des cinquantesix députés polonais.

En y regardant d'un peu près, on voit que déjà avant l'heure du triomphe de la cause slave, il. y a entre Tchèques et Polonais les germes d'une rivalité qui ne pourrait manquer de grandir le jour où les uns et les autres jouiraient d'une complète autonomie. Si le royaume triunitaire de Bohême, Moravie et Silésie, rêvé par les Tchèques, vient à se ; former, la politique des Slaves occidentaux gravitera autour de Prague et la direction en échappera pour toujours aux Polonais de Galicie. D'autre part, les Tchèques ne peuvent voir sans un certain sentiment d'envie la place importante prise déjà dans la monarchie par les Polonais. Il y a deux ministres polonais dans le cabinet autrichien, et un

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seul ministre tchèque; le président de la chambre des députés (Eeichsrath), le D"" François Smolka, est Polonais et vient de recevoir la dignité de conseiller intime. Pendant que les Tchèques sont encore à disputer leur Diète aux Allemands et n'ont obtenu que dans ces derniers temps un gouverneur sympathique à leur cause, les Polonais sont maîtres de la Diète de Galicie, le maréchal de la Diète, le D'' Zyblikjewicz, quoique Ruthène, est bien le défenseur le plus éminent des intérêts polonais ; enfin, le gouverneur de Galicie, le comte Alfred Potocki porte un des plus grands noms de Pologne.

De leur côté les Polonais n'ont pas encore oublié ce qu'ils ont eu à souffrir des employés tchèques au temps du despotisme allemand. Comme les Tchè-

ques comprennent facilement la langue polonaise, les Allemands les choisissaient alors pour remplir tous les petits postes d'employés en Galicie. Les Polonais ont conservé un triste souvenir de Cette administration espionne et tracassière : au surplus, il y a entre le Polonais et le Tchèque une différence de caractère bien marquée. Le premier est ardent et généreux, presque toujours il obéit au premier mouvement ; le second est réfléchi, prévoyant et, au dire des Allemands, sait tirer part de tout.

Citons on fait réceot qui est significatif* La Bohême et la Galicie sont séparées par la Sirlésie autncbienne : le distinct de Troppau situé à Fouest était autrefois polonais, peu à peu il est devenu allemand et tchèqitô, tandis que le district de Teschen, qui confine à la Oalicie, est eiieore en grande partie peuplé de Polonais ; ceux-ci se dé> fendent difficilement contre les Allemands; ils ont dû créer un journal pour soutenir les droits de le«r nationalité, VEtôtie d^ Te&chen. (Owiazda Cîeszynslia,)

Bans ces deux districts, Tallemand est encpre la langue officielle. Au commencement de cette année, les Polonais demandèrent qu'on reconnût comme langues officielles celles qui étaient parlées dans ebaque district par les populations, Tallemand et le tchèque pour Troppau, Tallemand et le polonais pour Teschen. M. Prazak, ministre tchèque du cal)inet autrichien, déclara qu'il fallait laisser cette question au gré des autorités locales. Cette fin de non recevoir n*a trompé personne en Galicie; les Polonais ont compris que les Tchèques, ayant l'espoir d'absorber un jour toute la Silésie pour constituer le royaume triunitaire, préfiéraient laisser subsister la langue allemande comme langue oflficielle, parce qu'ils pourraient la remplacer du jour au lendemain par le tchèque, tandis que si

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