L*A VENIR DE LA POLOGNE
viendrait de la générosité des Tsars, mais ils ont été trop de fois déçus dans leurs espérances pour croire maintenant qu'il puisse entrer dans les vues du nouvel Empereur de reprendre la tradition de son grand-oncle. Cette politique était pourtant la seule que les Russes eussent à suivre. Le jour où les cinq millions de Polonais du royaume auraient obtenu quelques libertés, ils formeraient un centre d'attraction pour leurs frères de Prusse et d'Autriche; la tradition nationale pourrait être reprise et ce groupe finirait môme par exercer sur tout le monde slave une grande influence. Peut-être parviendrait-il à prendre une place importante dans les conseils du Tsar et à imprimer une direction plus éclairée à la politique russe. Il est incontestable que la Russie a un intérêt majeur à faire de la population polonaise Tavant-garde des Slaves en Europe et à s'en servir comme d'un rempart contre l'Alle-
magne.
On comprend donc que la cour de Berlin ne puisse voir qu'avec déplaisir toute mesure du gouvernement russe qui serait un adoucissement au sort des Polonais. Quelques concessions qu'elle puisse faire à ceux du grand-duché de Posen, comme avant tout sa politique est de poursuivre la germanisation de cette province, ce ne pourrait être que des mesures passagères ; ces concessions seraient retirées
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dont ils servent la cause et dont Tintérêt véritable serait de les seconder. En revanche, Taristocrafie reproche à plusieurs de ces journalistes de critiquer à tout propos les efforts qu'elle fait pour améliorer le sort des travailleurs et pour aider les indigents. Cette façon de se créer aux dépens des riches une popularité dans la classe ouvrière peut éveiller dans les masses des sentiments de jalousie ^et est très préjudiciable à la paix sociale et à la cause polonaise.
Avant l'insurrection de 1863, il y avait en Russie plusieurs journaux polonais, notamment le Tygodnih Petersburgski, journal hebdomadaire, et le SiowOi à Saint-Pétersbourg, le Courrier de Wilno^ à Wilna ; pour la première fois, depuis cette époque, il vient d'apparaître un journal polonais en Russie, le Kraj (le Pays), que M. Pilz, ancien rédacteur des Nowiny, a été autorisé à publier à Saint-Pétersbourg. Il faut rapprocher de ce fait l'ouverture d'un nouveau théâtre polonais à Oranienbaum, près de Saint-Pétersbourg. Cette dernière ville en a déjà un et il est question d'en créer un autre à Moscou. Ce sont là les premiers symptômes d'un changement de système de la part des Russes. Auront-ils Thabileté d'aller plus loin dans cette voie?
L'AVENIR DE LA POLOGNE D*OU LUI VIENDRA SON INDÉPENDANCE
(Ce qui se dit en Pologne à ce sujet.)
Depuis un siècle les Polonais ont donné de leur sang plus que tous les peuples de TEurope. Au moment où le troisième partage du royaume allait faire disparaître les derniers vestiges de la Pologne, Kosciuszko soutint ime lutte mémorable où Ton vit comment doit mourir une nation qui n'a que des gloires* dans son passé. Quand une génération, contrainte d'expier les fautes de ses devancières, sait tomber avec noblesse, elle impose au* monde le respect, elle lègue de grands exemples à ses descendants et leur conserve le droit de réclamer un jour rhéritage dont la force seule les a dépouillés.
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une partie des anciennes provinces polonaises (Podolie, Wolhynie, Ukraine), il se pourrait bien que la cour de Berlin, pour qui cette conquête serait peut-être un embarras, chargeât l'Autriche, qui a déjà en Galicie trois millions de Polonais, de constituer, au moyen de cette annexion, un nouveau groupe slave, qui isolerait l'Allemagne de la Russie. La Prusse aura un jour bien des sacrifices à demander à l'Autriche, il faut bien qu'elle trouve un moyen de la dédommager et il est peu probable que l'Autriche se contentera toujours de populations de la péninsule des Balkans aussi peu endurantes que les Herzégoviniens et les Albanais.
La Pologne se fera par François-Joseph. C'est une formule familière aux Polonais de Galicie et qui résume toutes leurs espérances. Cette idée fait déjà son chemin dans le royaume de Pologne. Il est temps que la Russie ménage ses Polonais, car si elle n'a rien fait pour eux, il se poug^ait bien qu'en cas de guerre, à la nouvelle que la garnison de Cracovie a franchi les quelques kilomètres qui séparent cette ville de la frontière russe, tous les paysans du royaume vinssent à sa rencontre pour acclamer les Autrichiens libérateurs.
La Pologne n'a plus qu'à attendre son heure, à garder le dépôt sacré de ses traditions et à acquérir de nouvelles forces par le travail et l'économie. Il
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^istincle ; en même temps, il laissa les Polonais des provinces annexées (Lithuanie, Voihynie, Po- -dolie, Ukraine) tïravaîîler librement ara développement de leur nationalité. Le gouvernement russe resta dans «es dispositiOBS pendant les quinze années qui suivirent.
Les souvenirs des guerres de TSfapoléon étaient «ncore vivaces, les idées libérales qui se faisaient jour en France sous la monarchie constitutionnefie se répandirent en Pologne. ïl s*y forma un parti d'opposition qui devint une menace pour la polititpie russe. Les concessions des Tsars ne parurent i*us suffisantes aux patriotes polonais. Ceux-ci comptaient toujours sur le secouîps des igrandes pràssances qui, au congrès deTienne, s'étafent montrées sympathiques à leur pays et l'eussent reconstitué si la Russie n'eût pas été seule à en tirer profit. La TTévotation qui édata à Paris en 1830 fat le signal du soulèvement. Pendant de longs mois Tarmée î n sui ' i 'ectionnelle hrtta tx)ntre les Russes, croyant foiQociTs quela France et l'Angleterre lui viendraient ftt «de. "Nicolts, empereur autoritaire sH en fut, et fpA se consHértit eommelereprésentaitit en Europe dnprindpe de la monarchie absoloè, n'était pas Ikomme ft ménager les insurgés. Tous les privilèges dn Polonais furent supprimés et l^tsage de leur ttngtie M interdît. Le royaume de Pologne eut le
Pendant les guerres du premier Empire, la légion dolonaise, rangée autour des aigles impériales, s'illustra sur tous les champs de bataille. En créant le grand-duché de Varsovie, Napoléon préparait à la France l'alliée la plus fidèle qu'elle pût avoir en Europe. Au moment de ses désastres il dut regretter de ne pas en avoir fait un État puissant.
Alexandre P*" ne fut pas moins prodigue de promesses que Napoléon, il déclara que le partage de la Pologne avait été un attentat dont les conséquences morales n'avaient cessé de peser sur l'Europe et qu'il avait à cœur de le réparer par la formation d'un royaume jouissant d'une pleine autonomie. A l'entendre, la Russie seule pouvait lûener à l)iea cette entreprise. Ces inteutioais Jwenyeillaûtes parurent suspectes. Il était clair que le Tsar voulait avant tout empêcher le prince de Metternich d'exécuter son plan et de .reformer un royaume de Pologne sous le patronage de l'Autriche. Aussi le congrès de Vienne ne permit pa^n h ïa fiuasie de s'annexer tout le territoire podonais; il lajissa la Galicie à l'Autriche et rendit il la Prufise le grand-duché de Posen. La Russie ;gui ]prit le reste eut néanmoins la plus grande fiartie ^XL territoire polonais. Alexandre donna il cette .province le titre de Royaume et la dota d'une constitution, d'une diète et d'une admini«tra.tia»
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dfetindie; «i même temps, il laissa tes Polonsas des provinces annexées (Lithuanie, VoHiyTiie, Po- ^lie, Ukraïae) !ïravaiîler Miw»eHa«at «a développement de leur lîationalîlté. Le gouveraement rasse Testa dans «es disposâtioRS pendant les -çfoinae années qui «uivirent.
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sort que l'Autriche infligea -vingt ans plus tard à la Hongrie insurgée.
Alexandre II était, à son avènement, animé d'intentions bienveillantes à l'égard des Polonais. Wielopolski, administrateur du royaume, allait enx)btenir un régime qui eût rendu l'autonomie administrative à la Pologne, quand soudain éclata la révolution de 1863. La répression fut atroce. Elle égala tout ce que la barbarie la plus sauvage a jamais pu imaginer. Le gouvernement laissé à ses propres inspirations n'eût pas osé pousser les choses à ce point. Ceux qui ont le pouvoir sont souvent retenus par la crainte d'amasser des haines et de provoquer de nouvelles crises. Malheureusement le parti russe qui se disait libéral, mais qui était révolutionnaire avant tout et rêvait l'anéantissement de la nationalité polonaise, devint l'âme de la répression et fit exécuter par Tcherkaski, Milutine et Samarine, son plan d'extermination.
On sait les atrocités qui furent alors commises par les Russes sur les Polonais, par des Slaves sur des Slaves. Il n'y a certainement pas un Polonais noble ou paysan qui n'ait eu un père ou un frère pendu ou déporté en Sibérie, et qui le croirait? Moins de vingt ans ont suffi pour apaiser ces ressentiments et aujourd'hui, dans tout le royaume de Pologne, le Russe est certainement moins antipa-
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thique que rAllemand. C'est que le sentiment patriotique chez le Polonais prime tous les autres et que les Russes qui se sont montrés assez barbares pour martyriser la Pologne sont restés impuissants pour la dénationaliser, tandis que les procédés des Prussiens, dans le grand-duché de Posen, et l'envahissement du royaume de Pologne par les Allemands, ne laissent aucun doute sur le sort des Polonais du territoire russe le jour où les Prussiens seraient leurs maîtres.
Depuis nos désastres de 1870, les Polonais ont perdu tout espoir d'obtenir un appui de la France, et ils savent qu'ils ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes ; aussi ont-ils vivement souhaité un" rapprochement avec la Russie. C'était leur intérêt, surtout devant la menace d'une guerre prochaine. — Qu'un conflit survienne entre l'Allemagne et la Russie, un nouveau partage du territoire polonais entre les deux Empires serait à coup sûr la question capitale du traité. Qu'on suppose la Prusse victorieuse, — hypothèse qui semble être la plus généralement admise par les Polonais, — avant de s'étendre le long de la mer Baltique, au-delà du Niémen, et de contester à la Russie la légitime possession des provinces baltiques, où la population allemande jouit d'une grande influence, les Prussiens ne manqueront pas de s'assurer tout le cours de la Vistule- et de
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Ploâ on va et plu& ro£[inioa tend en ÂUema^oe à la fondation d^un État polonais et qjiand les Russes comprendront enfl<^ cpi'il est de leur iniéctt de prendre cette initiative, il sera trop tard.
Tin revirement dans le système suivi j.usqiLlct par les Russes à Fégard des Polonaia est moins facile auj^ourd^bui q;a'avant la guerre de Bulgarie ;. c'est da moins Topinion de quelqpes &ona es^dlsb en Pologne. La Russie ne leur parait déjà plus maîtresse da sa politique intérieuce et ils croîeot que si elle voulait aujourd'hui donner au ro3^aima de Pologne une autonomie administrative^ celle mesure éveillerait les plus vives snseeBt£Ulilés:ea Allemagne^ ItL de Bismarck n*est paa dT^mneor à laisser les Russes organiser sur la Vistule des coni^ fins militaires^ comme les autrichiens ea avalent: autrefois tout le long, de leurs frontières* pour se protéger contre les incursions des Turcs.. Un État polonais, soutenu, par la Russie et ayant à défendre lui-même son indépendance ne serait peut-être pas. dangereux pour la Prusse,, mais il serait bien gô^ nant. Il entretiendrait une agitation continuelle parmi lés Polonais du territoire prussien, et serait toujours sur le pied de guerre. On ne bâtit rien de durable près d'une poudrière. Le Prussien veut un. mur de séparation entre lui et son voisin le Russe, s'il le construit, il s'arrangera pour que ce soit un
mur de soutènement fut ft&^Égi^ m msSmn^ <Sot eaM de Test; sf au. contraire il Imme 9sm wMn^râitnf^ prendre, iï sait bien fBie lës^ naa^ns ams^ovilèi^ vont éfeyer* an Fempart^ ^ fuf^^ ïa> «c^wonfiei'mi de crëneaus dbnt fes' emfifasutn»F ai»*c»{C i^xsrrsSm vers rduesrt^: G*e»f c^ qm HT. d't^ BfisaHPck Hfir v«a( pa^.
Toutf dévefoppement (te Ta Pbfogn«' e» cfisliori»^ dï^ rhégémonie allemandfe esfl «onsMtfrée' par lie»- fvm^ siens conmie une' entrarv^" & la marcfie^ dUr germanisme ILe* roi SigfiimoildP K, m éTonnanf, en WISS^ & son nieyeu AlbrecM éte Brsasig&ourg Ig^ P)^ufl0e^ ducale à fitre dé fltef^ corami* une^ Ifcutè gram^Br constitua, auprès de* M Polbgnev. un âfert( allbniailflv qui devait^ Biei^tf faire }m M & se^ mceesseiûra. Dès sai formation» cette FlrusTse" protestante f^ la négatto» Se te PMbigwg» ^athoWtfue, e€ Ifes refe te Prusse n'ont pu saisir la dirêCfibn* <fe' la polItSqwe^ dans Te aordî dé PEhrope qw fe jour où» Ik PIk logne a commencé â dlfoliner. Cerf dtpveïm' une* vérité' tradiSonnefle m frts&se. fbuHf* Ter gtjww»-^ nements quf se OTccftcRenf S Bterli» ami pmtr ddWtri ne fe mceintSi^- chi mort^effemenf dir Ar fiAogim^ Avant l'insurrection de-ÏSSSi au* flwniefirtfottgrâtee* à l'influence de la France, la Russie et l'Autriche étudiaient les concessions possibles en faveur des Polonais, la Prusse déclara qu'elle enten-
dait rester étrangère à tout compromis. Mais voici bientôt le moment où il va falloir quand même faire quelque chose pour la Pologne, les Prussiens le sentent et ils auront soin de faire un État slave qui ne puisse jamais leur porter ombrage.
Si vous vous adressez à un Polonais modéré, connaissant bien le pays et que vous lui demandiez ce que Ton peut raisonnablement exiger dès i présent de la Russie, il vous répondra :
« Le gouvernement russe devrait dès maintenant » rétablir dans le royaume de Pologne Vusage de o la langue polonaise dans les écoles, les gym- » nases, les tribunauco et l'administration locale, » et donner une pleine liberté à Vexercice de » la religion catholique. 11 devrait sans tarder » prendre des mesures préparant, pour un pro- » chain avenir, une autonomie administrative » complète et sincère.
» Tous les Polonais verraient là un gage de » réconciliation. L'effet de ces concessions serait » immense ; et en cas de guerre entre la Prusse et » la Russie, il n'est pas douteux que tous les efforts » des Polonais seraient alors dirigés en vue du «> succès des armées du Tsar. »
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Il y a cent ans, l'Europe a laissé commettre un crime de lèse-nation.
Ceux-là môme que Sobieski sauva de l'invasion des Turcs se partagèrent la Pologne.
On ne supprime pas impunément danà un guetapens une race en pleine sève, une nation de 14 millions d'hommes.
L'heure de l'expiation approche pour les copartageants.
La guerre prévue par Skobelew est toujours menaçante et serait un immense malheur pour l'Europe entière.
A la Conférence internationale de l'Arbitrage et de la Paix, qui vient d'avoir lieu à Bruxelles, M. Lasker, député au Reichstag, est venu applaudir aux efforts de ce Congrès pacifique et a dit :
« Il faut regarder l'Allemagne comme la gar-. » dienne de cette paix qu'on désire tant, car ce » n'est que dans ce but qu'elle s'est armée d'une » façon si formidable. »
Si le prince de Bismarck veut sincèrement cette qaix, et s'il craint de laisser après lui une succession aléatoire, il faut qu'il se décida à laver l'ini puité de Frédéric II
C78 JKjmBs HT smmBss
Le Chancelier de Xer, j)renaiit l'initiative de réunir les poissanœs intéressées, qo yue de xeconstituer un Etat jpolonais indépendant, c'est à j^'me croyable ; et c'est jponrtant Ul une des chances les plus sérieuses gu'ily ait de coopurer la guerre.
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