L'UNIVERSITÉ DE VARSOVIE ET SON INFLUENCE SUR L^ÉDUCATION NATIONALE
Il y a deux moyens de dénationaliser on pays. Le premier consiste à s*attaquer au paysan en s*emparant du sol, le second, à s'attaquer aux classes supérieures en détruisant chez elles la notion du devoir social.
Le premier moyen est le plus sûr. Quand on a dépouillé le paysan de la terre de ses pères et qu'il n'a plus d'autre ressource que d*étre un simple manœuvre, on a définitivement triomphé d'une nation. Mais il faut des siècles pour une telle entreprise et, même réduit à cette triste condition, le paysan conserve encore longtemps ses usages et sa langue, et arrivé aux derniers échelons de la misère et de l'ignorance, la foi religieuse résiste encore en lui. Le dernier homme d'une race tombe avec le dernier prêtre.
Le second moyen est le plus rapide. Dès qu'on a réussi à ruiner la noblesse, à asservir le clergé, à éteindre chez les classes dirigeantes la notion du devoir social, Tamour du bien public, le respect des traditions, la passion de la gloire nationale, le peuple n'a plus qu'une vie factice. Il perd bientôt toute signification politique ; il est frappé au cœur;
Pendant des siècles la haute aristocratie et le clergé furent dans tous les pays les dépositaires des traditions nationales. Chaque fois que la noblesse est détruite ou dispersée, on peut dire que la najtion a cessé d'exister politiquement. Au xiv* siècle, la noblesse bulgare, serbe, roumaine, tombe sons le cimeterre ottoman. A Mohacs, c'est le tour de la noblesse hongroise ; à la Montagne-Blanche la noblesse tchèque disparaît. C'est autant de peuples qui perdent pour des siècles leur indépendance. Plus tard, quand Marie-Thérèse veut dompter la Hongrie, elle attire à la cour de Vienne ce qu'il reste déjeunes magnats, leur fait contracter des mariages avec des Allemandes et essaye par ses faveurs de leur faire oublier ce qu'ils doivent à la patrie magyare^
. Aujourd'hui les nations qui ont longtemps souffert, et qui, au milieu des épreuves, ont compris quels étaient les éléments essentiels à leur exîs-
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tence, ont reconnu le besoin de retrouver une arfstocratie. La Hongrie a en soin, il y a çuinze an«, de ne pas laisser à Fécart les anciennes fistmiflés dé magnats ; elle leur a rendu la situation qa*iriles tenaient des vieilles constitutions du pays. Les prérogatives dont elles jouissent n'excitent pas tel jalousie des masses et le Magyar le pluis pauvre est fier de leur splendeur. Eli Bohême, les Tchèques, parvenus par la seule force de la démocratie à im^poser leur progi^mme à la cour de Tienne, entourent de tous les égards la noblesse de Bohème et lui rappellent au besoin que, malgré ses attaches allemandes, elle doit servir la cause tchèque.
Le clergé, pour qui toute nation comme tout îadl*' vidu a une mission providentielle à remplir, se montre partout le gardien des anciennes traditions. Cfest un des éléments les plus forts pour maintenir tes principes sociaux. En Hongrie, en Bohème, «1 Pologne, on lui réserve une large place dans fet direction des affaires et son influence, loin d'être contestée, est considérée comme légitime et même nécessaire.
Ecraser la grande aristocratie et tuer Pinfluence du clergé sont donc les deux premiers articles de tout programme tendant à détruire FeMsprit national.
Les peuples que tes révolutions politiques ont
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privés de ces deux grandes forces sociales n*ontplii8 d'autres guides que certains esprits d'élite dont les circonstances ont facilité Téclosion et qui ont été façonnés par le haut enseignement des universités. Dans les sociétés démocratiques, l'Université joue donc un rôle capital. Aussi les despotes, soit dans les monarchies, soit dans les républiques, ont toiyours su mettre la main sur cette grande école des peuples.
C4haque génération appdrte à un peuple une jeunesse pleine de sève et de grandes aspirations ; c'est parmi cette phalange que se trouvent les nobles caractères et les âmes généreuses destinés à prendre la place laissée vacante par les gentilshommes énervés qui ont renié les traditions de leurs ancêtres et déserté le poste que leur assignait le devoir social. L'université est le rendez-vous de ceux qui sentent en eux Ténergie nécessaire pour tracer leur sillon dans la vie. L'étude de la philosophie, de l'histoire, de la littérature et des sciences doit éveiller en ces esprits, encore à la recherche de leur voie, des sentiments élevés, des idées libérales, et l'amour du bien public. L'étudiant n'est pas encore arrivé à ce degré d'égoïsme sceptique qui l'empêche de se passionner pour sa patrie, quand il suit la marche glorieuse de son pays à travers les siècles. SU fait la comparaison entre le présent et le passé,
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et qu'il voie sa patrie avilie, sa race prête à périr, il creusera de lui-même les problèmes sociaux, cherchera le moyen d'arrêter ses compatriotes dans leur mouvement rétrograde et leur montrera la voie qu'ils doivent suivre. Le réveil de l'esprit national pendant ce siècle n'a pas d'autre cause.
Un gouvernement, qui veut empêcher une tradition nationale de se reformer, doit donc avant tout s'emparer de l'université qui est la grande école d'éducation. Il veillera à la rédaction des programmes, marquera la tendance de l'enseignement, désignera pour les chaires des professeurs qui soient à sa discrétion. Il leur interdira l'usage de la langue maternelle des étudiants, les obligera à parler la langue officielle. On devra taire dans les leçons tout ce qui peut réveiller le sentiment patriotique ; au besoin on faussera l'histoire et on fera à tout propos le dénigrement du passé. Malgré tout il pourrait arriver qu'il y eût parmi les élèves des esprits élevés, ardents dans la recherche de la vérité, sur lesquels ces manœuvres n'auraient pas de prise. Pour enlever à ceux-là toute velléité de s'occuper des intérêts iiationaux, leis profpsseurs s'appliqueront à fausser l'âme ï)Our pouvoir plus facilement fausser le Jugement de ces esprits Indépendants.
Des hommes comme Palacki, Jugmanu, Safàrikt Bieger sont gênants pour un gouvernement. Que de tracas un pouvoir despotique aurait érritte, si au temps de leur jeunesse, il avait pu tuer dans ces âmes Tamour du pajs. Désintéreaséft, apôtres, aimant le peuple» cberchant la gloire, ito ont pu faire de grandes choses et relever leur pays ; sceptiques, égoïstes, à la recherche du hienétre et des jouissances faciles, ils n'eussent rien fait pour la Bohême et les Tchèques n'exiateraient plus.
Les Busses ont compris tout cela; ils ont organisé l'université de Varsovie en conséquence. Sur 1,113 étudiants il y a 800 catholiques, tous Polonais. L'enseignement y est donné en langue russe. Tous les professeurs sont Busses ou dévoués corps et âmes à la politique russe. La haine de tout ce qui est Polonais est le brevet moral indispensable pour occuper une chaire, et dans le choix des profes* seurs, Tautorité s'applique à désigner ceux qui ont les tendances les plus positivistes. L'intérêt matériel, le but utilitaire, le mépris des traditions, l'étude de la science, non pour la science elle-même mais comme moyen de faire fortune, les jouissances immédiates, telle est l'essence de l'enseignement ûans toutes les branches. La philosophie matérialiste dissout peu à peu chez les élèves tous les
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gennes de patriotisme. La religiaii, Tesprit de £a* mille, ne sont plus que des conventions dont le progrès a montré la Hsbusseté. On emprunte à TAllemagme tout ce qu'elle a de plus dissolvant. Le car técbiame matérialiste de M. Bûchner est plus répandu (m Russie qu'en Allemagne, il est devenu le credo de la jeunesse russe. Il semble môme que le ministre ait pris à tâche de doter la Pologne, pour réducation de la jeunesse, des professeurs dont les doctrines ont le plus d^affînité avec le niibiltsi»e.
La société polonaise déplore ces tendances. Déjà les esprits clairvoyants remarquent que le système d'éducation russe produit ses efiEets. Beaucoup de jeunes gens songent avant tout â gagner de l'argent et, comme par im reste de pudeur, ils s'excu* setrt de cet unique souci sur la nécesi^é de reccm^ quérir une position sociale. A Ibrce de répéter que les Polonais n'ont été jusqu'ici que des Hamlets ou des Don^^ehottes, on a ûm par eonvainove la jeunesse que les grands poètes nalionattx soaftt des \itopisles, que Jutes Slow:acki est un exailé. Le temps viendra peutt-étre ou Koscioszko ne sera plus regardé que comme un aventurier. Le goût des études économiques et sociales disparaît peu à pen. Le journalisme envahit tout. Lem points de vue étrûita et mmqfÙDA fr&m&sA -la
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plus grande place dans les préoccupations Journalières*.
Autrefois, la jeunesse polonaise allait suivre les cours des universités de Padoue, de Prague, de Paris ; revenue en Pologne, elle restait en contact avec la civilisation occidentale dont elle prenait les idées ; de là chez les Polonais une tendance profondément distincte de celle des Russes. Ceux-ci pour supprimer tout contact avec ce qu'ils appellent l'occident pourri, non seulement ont élevé un mur de Chine tout le long de la frontière, empêchant ainsi tout livre et tout journal indépendant de pénétrer dans TEmpire et ne laissant passer que les produits les plus malsains de la littérature et de la philosophie étrangères ; mais ils ont été jusqu'à Interdire à la jeunesse polonaise de sortir de l'Empire. De dix ans à vingt-un ans, on ne pouvait naguère obtenir de passeports. En cas de maladie il fallait une faveur spéciale de l'Empereur; depuis un an le gouverneur général du royaume de Pologne peut en accorder, mais avec interdiction d'étudier à l'étranger. — Aux universités de Saint-Pétersbourg et de Moscou, les étudiants polonais sont nombreux et
1 Tous les Polonais ne jugent pas aussi sévèrement la jeunesse de Varsovie. Beaucoup Texcusent, car la situation d'un grand nombre d'étudiants, môme boursiers, est si précaire quHls sont obligés la plupart du temps pour vivre de donner des leçons on de faire des traductions pour les journaux.
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ils font camp à part ; à Tuniversité de Dorpat et à recelé polytechnique de Riga, où la tendance est allemande, les élèves polonais sont presque tous des fils de marchands.
Il parait qu*à Dorpat il se produit un fait assez singulier. Les étudiants en théologie protestante, boursiers du royaume de Pologne et pour la plupart fils de colons allemands des environs de Kalisz, arrivent à l'université très imbus des idées allemandes, mais au contact des élèves polonais des autres facultés, ils finissent par prendre avec ardeur fait et cause pour la Pologne. Le même changement s'opère chez les juifs polonais et lithuaniens.
Il faut rappeler ici que dans les diverses universités de Tempire de Russie, le gouvernement a limité au dixième des étudiants le nombre des élèves polonais admis à suivre les cours.
L'université de Varsovie a passé par toutes les vicissitudes de la politique. Supprimée en 1832, elle fut rétablie en 1862 par le marquis Wielopolski comme école principale polonaise. En 1867, elle fut transformée en université russe et elle comptait alors 1,600 élèves. L'interdiction de la langue polonaise et l'incapacité notoire de certains professeurs, ont amené la décadence de cette institution. En 1877 elle ne comptait plus que 643 étudiants; cette année,
246 SLATBS BT TEUTONS .
sur 1,112 élèves, les Polonais *sont an nomlNre dfe 800 : 22 pour les lettres, 125 pour les sciences, 224 pour le droit, ^29 pour la médecine ^ Le nomlnre considérable des élèves en médecine s'explique, comme pour l'université de Breslau, par rimpossibilité où sont les Polonais d'obtenir des fonctiotus publiques, ce qui les force à cherclier une carrièfe indépendante.
L*enseignement est très inférieur, il ne cadre en rien avec les aptitudes de la jeunesse polonaise ; les procédés des écoles byzantines sont le fond de toutes les méthodes. Aussi les meilleurs esprits penseul;fis qu'il serait préférable d'envoyer les élèves à Moscou ou à Saint-Pétersbourg; là du moins en âuoe d'un élément étranger et hostile à leur pays, il pourrait se produire chez eux une réaction, tandis que sur le sol natal les idées matérialistes s'infiltrent peu à peu et atrophient leurs âmes. On compte 174 juifs à l'université de Varsovie, c'est parmi eux que les doctrines positivistes trouvent le plus d'adepteei. Les schismatiques russes sont au nombre de 98, la plupart fils de popes, gens déclassés, pour lesquels ne s'offre, au terme de leurs études, aucune position sortable; ils ne sont pas vus d'un bon œil
i Voir rintéressant tableau (annexe F) qui donne, pour chatte faculté de l'Université de Varsovie, le nombre des étudiants catholiques, protestants, schismatiques et juifs.
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pair la société polonaise qui redoute leur contact pour la jeunesse. Cet enseignement qui n'a aucun prîaclpe pour base, prépare à la Russie toute une classe de mécontents prête à précipiter un désastre dont elle saura tirer parti.
au mois de mars dernier, il y eut dslns tout le monde polonais un mouvement de surprise. On apprit que le gouTemement russe allait créer une chaire de littérature polonaise à l'université de Varsovie. Un Polonais, M. Chmielowski, futMésigné pour ce cours. Sa valeur littéraire n'est pas contestée, mais comme il à manifesté d'une manière ostensible sa tendance russe dans une histoire de la littérature où l'on retrouve les idées émises sur la littérature slave, par MM. Spasowicz et Pypine, les Polonais n'ont vu là qu'une demi-concession. Aux termes du décret impérial qui est intervenu, le titulaire de la chaire ne sera pas professeur, mais seulement lecteur. Quant au cours lui-môme, après de longues discussions, le gouvern ment a prescrit remploi de la langue ricsse. Dans ces conditions M. Chmielowski a refusé le poste auquel il était appelé et le ministre a chargé deux professeurs
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russes de l'université de Varsovie d^occuper la chaire de littérature polonaise. M. Budilowlcz, ç[ui n'est autre que l'agitateur panslaviste que le grand procès politique de Lemberg, en juin dernier, a rendu célèbre et M. Makuszew. Le premier fera rhistoirè de la littérature polonaise jusqu'au seizième siècle, le second traitera les trois derniers siècles. Enfin, M. Théodore Wierzbowski, auteur de divers travaux sur l'histoire de la Pologne, vient d'être autorisé à lire en polonais quelques fragments de la littérature.
Cette solution n'a pas surpris les Polonais. C'est toujours le môme procédé. Le gouvernement Eût une promesse, les Polonais tressaillent et l'Europe stupéfaite applaudit au libéralisme des Busses. Une fois l'effet produit, le ministre disci^te le mode d'exécution de la mesure, revient peu à peu sur les concessions faites, et en définitive rien n'est changé. Je me trompe, cette fois deux professeurs russes viennent d'obtenir des sinécures et de nouveaux émoluments.
En Russie, la censure est impitoyable. Aux frontières, tout imprimé est suspect ; tout journal est saisi ; tout livre, même classique, qui contient un seul mot qui ne soit pas conforme à la doctrine gouyernementale est confisqué. Le Figaro est le seul journal français jugé inoffensif et qu*on soit certain de trouver partout. Les consuls des diverses puissances jouissent seuls du précieux privilège de recevoir des plis intacts ; c'est certainement la prérogative qu'ils apprécient le plus. La plupart des journaux allemands se trouvent dans les cafés, mais de grandes taches d'encre d'imprimerie couvrent des colonnes entières, il est rare qu'une feuille pénètre dans l'Empire sans être ainsi maculée par la censure.
On voit qu'il n'y a pas de presse en Russie, car
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il n'y a pas de presse là où récrivaîn n'a pas le droit de discuter librement les intérêts politic[ues et économiques en vue d'éclairer l'opinion publique.
L'apologie du gouvernement est la seule littérature politique qui soit autorisée. Un journaliste serait mal venu à critiquer un acte administratif ou à donner des informations de nature à soulever la moindre question politique ; la censure renverrait au bureau du journal les épreuves successives couvertes de ratures, si elle n'en interdisait pas complètement la publication. Un poète qui s'était permis de qualifier Néron de tyran m'a dit qu'il avait été prié de changer la rime et de trouver un mot moins offensant, attendu que c'était une atteinte à la majesté du Tsar que de traiter de la sorte un empereur. .. Quand le zèle bureaucratique arrive à ces extrêmes, le grotesque l'emporte sur l'odieux.
La presse polonaise est plus particulièrement (en butte aux tracasseries de ce genre. Entre chaque ligne la censure cherche une allusion. H faut un grand courage et une parfaite habileté pour tenir une plume à Varsovie. Mais il y a une telle vitalité dans l'élément polonais de cette ville et une si grande activité économique qu'en dépit de toutes les entraves plusieurs journaux
importants ont trouvé moyen de se maintenir.
Journaux politiques. — U faut citer en première ligne la Gazeta Warszawsha * (Gazette de Varsovie) qui représente les tendances conservatrices de cette petite noblesse de province (szlachta), qui vit dans ses domaines, administre elle-même ses terres', forme le fond de l'aristocratie polonaise, et qui compte près de dix mille ftimilles dans le royaume de Pologne. Le Wieh * (le Siècle) défend les mômes intérêts avec beaucoup de hardiesse et avec une tendance religieuse plus accentuée. Le Slowo (ta. Parole), organe des conservateurs libéraux, s'adresse aux mêmes lecteurs. Toutefois, son directeur, M. Sienkiewicz, romancier bien connu par les nouvelles qu'il publie sous le pseudonyme de Litwos (le vieux Lithuanien) donne à cette feuille un caractère positiviste, inconnu jusqu'ici dans le journalisme polonais, — l'étude objective des faits, le réalisme s'im posant en tout et excluant toute préoccupation deTidéal. Avec M. Sienkiewicz, le naturalisme vient de faire son entrée dans la littérature
1 La Gazette de Varsovie est le plus ancien journal polonais. Elle a été créée au siècle dernier, par un jésuite, le P. Luskina, et d^uis plus de cent ans elle 6»t la propriété de la finnille d^ Leszuio^ski. Son directeur est M. Eenif;, Tun des plus éminents publi cistes polonais. Cette feuille est à la fois modérée et progreesiste,. et est unÎTerseUement estûnée.
* Le Siècle a pour rédacteur en chef IC Zaleiid, «looeai.
polonaise, renversant toutes les traditions idéalistes que, pendant plus de quarante ans, Kraszewski, poète et romancier si fécond, avait soutenues avec tant de gloire.
La petite noblesse de province e^ abondamment pourvue par ces trois feuilles qui ont ensemble un tirage supérieur à dix mille exemplaires. Chaque gentilhomme a donc son journal politique.
Citons encore VÉcho qui n*a pas de tendance bien définie et doit à sa neutralité de ne compter que des amis — 4,000 lecteurs ; la Bibliothèque de Varsovie, et la Niwa (la plaine), revues analogues au Correspondant, très lues, très estimées et dont les tendances sont conservatrices et catholiques.
Journaux d'informations. — En première ligne, on doit citer le Kurjer Warszawski * (Courrier de Varsovie), rédigé sur le modèle des journaux américains : la nouvelle quotidienne, les télégrammes, les annonces. Il est à Varsovie ce que le Taghlatt est à Vienne. Il est lu surtout dans la ville ; sur 21,000 abonnés, 18,000 sont de Varsovie. C'est une des plus anciennes feuilles du royaume de Pologne et le caractère môme de sa rédaction lui a permis de vivre à une époque où le ciseau des censeurs a
1 Le Courrier de Varsovie a pour principaux rédacteurs MM. Szjmanowski et Czapelski.
coupé les ailes à tout organe politique. On peut citer encore pour mémoire le Kurjer Codzienny (Courrier quotidien) qui essaie de marcher sur les traces du Courrier de Varsovie. Il nage entre deux eaux, fait du positivisme à outrance, mais n'a qu'un très petit nombre de lecteurs. Le Kurjer Poranny (Courrier du matin) est le journal des faits divers, des sinistres, des nouvelles à sensation ; il est bondé d'annonces.
Journaux commerciaux. — La Oazeta Polska * (Gazette polonaise) s'occupe surtout des intérêts économiques et agricoles et fait passer la politique au second rang ; elle est la propriété de M. Kronenberg, banquier. Dans le même ordre d'idées, la Oazeta handlowa (Gazette du Commerce) qui est l'organe d'un groupe d'Israélites ; et les Nowiny (les Nouvelles), journal des intérêts matériels, qui appartient aussi à des juifs. Les Nowiny^ la Prawda * (la Vérité) et la Przeglad Tygodniowy (Revue de la semaine) sont des organes radicaux de la nuance la plus accentuée ^, Le radicalisme fait journellement des adeptes dans le royaume de Po-
^ La Gatette Polonaise a été fondée par M. Eraszewski et est dirigée par M. Léo, avocat.
s La Vérité a pour rédacteur en chef M. Okonski, qui écrit sous le pseudonyme de Swietochowski.
* Ces trois journaux sont les feoiUes préférées des étudiants de rUniyersité.
polonaise, renversant toutes les traditions idéalistes que, pendant plus de quarante ans, Kraszewski, poète et romancier si fécond, avait soutenues avec tant de gloire.
La petite noblesse de province est abondamment pourvue par ces trois feuilles qui ont ensemble un tirage supérieur à dix mille exemplaires. Chaque gentilhomme a donc son journal politique.
Citons encore YÉcho qui n'a pas de tendance bien définie et doit à sa neutralité de ne compter que des amis — 4,000 lecteurs ; la Bibliothèque de Varsovie, et la Niwa (la plaine), revues analogues au Correspoidant, très lues, très estimées et dont les tendances sont conservatrices et catholiques.
Journaux d'informations. — En première ligne, on doit citer le Kurjer Warszawski * (Courrier de Varsovie), rédigé sur le modèle des journaux américains : la nouvelle quotidienne, les télégrammes, les annonces. Il est à Varsovie ce que le TagUatt est à Vienne. Il est lu surtout dans la ville ; sur 21,000 abonnés, 18,000 sont de Varsovie. C'est une des plus anciennes feuilles du royaume de Pologne et le caractère même de sa rédaction lui a permis de vivre à une époque où le ciseau des censeurs a
1 Le Courrier de Varsovie a pour principaux rédacteurs MM. Szjmanowski et Czapelski.
coupé les ailes à tout organe politique. On peut citer encore pour mémoire le Kurjer Codzienny (Courrier quotidien) qui essaie de marcher sur les traces du Courrier de Varsovie. Il nage entre deux eaux, fait du positivisme à outrance, mais n'a qu'un très petit nombre de lecteurs. Le Kurjer Poranny (Courrier du matin) est le journal des faits divers, des sinistres, des nouvelles à sensation ; il est bondé d'annonces.
Journaux commerciaux. — La Oazeta Polska * (Gazette polonaise) s'occupe surtout des intérêts économiques et agricoles et fait passer la politique au second rang ; elle est la propriété de M. Kronenberg, banquier. Dans le même ordre d'idées, la Oazeta handlowa (Gazette du Commerce) qui est l'organe d'un groupe d'Israélites; et les Nowîny (les Nouvelles), journal des intérêts matériels, qui appartient aussi à des juifs. Les Nowîny, la Prawda * (la Vérité) et la Przeglad Tygodniowy (Revue de la semaine) sont des organes radicaux de la nuance la plus accentuée ^. Le radicalisme fait journellement des adeptes dans le royaume de Po-
^ La Gatette Polonaise a été fondée par M. EraszewBki et est dirigée par M. Léo, avocat.
* La Vérité a pour rédacteur en chef M. Okonski, qui écrit sous le pseudonyme de Swietochowski.
* Ces trois journaux sont les feuiUes préférées des étudiants de rUniyersité.
2&4 SLAVBS BT TBUTONS
logne ; c^est le résultat des doctrines nihilistes qm s'infiltrent dans les classes ouvrières par le contact des Busses et des idées socialistes qu'apportent avec eux les Ailemands. On s'étonnera que les Russes tolèrent des journaux qui insinuent en Pologne les idées qu'ils sont obligés de combattre en Russie. Cette contradiction peut s'expliquer. Les Russes redoutent plus pour la Pologne la tradition polonaise catholique que les tendances socialistes ; incapables de russifier le royaume tant que la population est conservatrice, ils voient avec plaisir les feuilles ra*dicales démoraliser les masses; ils savent qu'ils viendront alors plus facilement à bout de la race polonaise*
U existe encore d'autres publications qui méritent d'être mentionnées. Je me borne à une simple nomenclature :
L'Aiheneum, la plus importante des revues de Varsovie, fondée par M. Spasowicz, l'avocat le plus distingué de Saint-Pétersbourg et dirigée par. M. Chmielowski.
La Kroniha rodzinna (chronique de la famille) a pour rédacteur en chef, le poôte Odyniec, Tami de Mickiewicz.
Le Przeglad hatolichi (revue catholique) est exclusivem«fnt consacré aux intérêts religieux.
LA PBBSSS DR YABSOYIB Sâ5
Le ZtiPiasttm (le propihète); reyoe protestasta^ créée par le paateur Otto.
L'IsraelUa, revue Israélite progressiste, dirigée par M. Peltin. — Il eûite aussi ime feuille t^almodiste en j ar^oa >ttiL
Journaux illustrés : Tyçadnik Ulustrowan^
(rHebdomaâaire illustré). — TffffOdnik powëzeehnnlt (i'Hebdoidadaire uniTersel). -^ Elosy (les ép^), c'e^ le plus réipanda. ^^ Blvsacz (le lieniB^ -«- Zorza (l'aurore). >
Il y a, ^1 outre, un grand nombre de remaes scientifiques, littérairea, laédicales, agricoles, é<»*itei» eb polonais.
Les journaux polonais sont aitsisi très nombimaL en province, mais Ils s<Hit soumis à: une censure plus capricieuse encore que celle de Vôrsoyie et la mauvaise administration des postes rurales: est use eptrave continuelle à leur {H^ogrès.
Les journalistes de Varsovie ont im mérite rûm en Russie. Ils ont les mains nettes et ne connaissent d'autres roubles que c^ix payés par leurs abonnéa*. On ne saurait comparer leur situation à celle fatte à leurs confrères dans les autres pays. En butte aux tracasseries de l'administration, ils n*ont pour arme que leur: phmie, et encore la censure la brise-t-elle chaque jour; ils se plaignent de né ïe^ cevoir aucun secours de Taristocratie polonaise
266 SLATES BT TBUTONS
dont ils servent la cause et dont Tintérêt véritable serait de les seconder. En revandie, Taristocratie reproche à plusieurs de ces journalistes de critiquer à tout propos les efforts qu'elle fait pour améliorer le sort des travailleurs et pour aider les indigents. Cette façon de se créer aux dépens des riches une popularité dans la classe ouvrière peut éveiller dans les masses des sentiments de jalousie ^et est très préjudiciable à la paix sociale et à la cause polonaise.
Avant l'insurrection de 1863, il y avait en Russie plusieurs journaux polonais, notamment le Ti/godnîk Petersburgshi, journal hebdomadaire, et le Slowo^ à Saint-Pétersbourg, le Courrier de WU* no, à Wilna ; pour la première fois, depuis cette époque, il vient d'apparaître un journal polonais en Russie, le Kraj (le Pays), que M. Pilz, ancien rédacteur des Nowiny, a été autorisé à publier à Saint-Pétersbourg. Il faut rapprocher de ce fait l'ouverture d'un nouveau théâtre polonais à Oranienbaum, près de Saint-Pétersbourg. Cette dernière ville en a déjà un et il est question d'en créer un autre à Moscou. Ce sont là les premiers symptômes d'un changement de système de la part des Russes. Auront-ils l'habileté d'aller plus loin dans cette voie?
L'AVENIR DE LA POLOGNE D*OU LUI VIENDRA SON INDÉPENDANCE
(Ce qui se dit en Pologne à ce sujet.)
Depuis un siècle les Polonais ont donné de leur sang plus que tous les peuples de l'Europe. Au moment où le troisième partage du royaume allait faire disparaître les derniers vestiges de la Pologne, Kosciuszko soutint une lutte mémorable où Ton vit comment doit mourir une nation qui n'a que des gloires' dans son passé. Quand une génération, contrainte d'expier les fautes de ses devancières, sait tomber avec noblesse, elle impose au* monde le respect, elle lègue de grands exemples à ses descendants et leur conserve le droit de réclamer un jour l'héritage dont la force seule les a dépouillés.
Pendant les guerres du premier Empire, la légion dolonaise, rangée autour des aigles impériales, s'illustra sur tous les champs de bataille. En créant le grand-duché de Varsovie, Napoléon préparait à la France l'alliée la plus fidèle qu'elle pût avoir en Europe. Au moment de ses désastres il dut regretter de ne pas en avoir fait un État puissant.
Alexandre P' ne fut pas moins prodigue de promesses que Napoléon, il déclara que le partage de la Pologne avait été un attentat dont les conséquences morales n'avaient cessé de peser sur l'Europe et qu'il avait à cœur de le réparer par la formation d'un royaume jouissant d'une pleine autonomie. A Tentendre, la Russie seule pouvait xoener à Men cette ^entreprise. Ces intentiayDus iiienyeillantes j>arureat suspectes. Il était clair que le Tsar voulait avant tout empêcher le prince de Metternich d'exécuter son plan et de .reforjojar un royaume de Pologne jsous le patronage de TAntriche^ Aussi le ccoigrës de Vienne ne permit paM à la fiuasÂe de s'annexer tout le territoire polonais; il laissa la Galicie à l'Autriche et rendit à la Prusse 1^ grand-duché de Posea. La Russie qm prit le reste eut uéanxnoins la plus grande ftartie 4u territcôre polonais. Alexandre donna à cette prormce le titre de Royaume et la dota d'une constitution^ d'une diète et d'une adnuju4Btr<atiûii
l'avenir BK la POLOGNE 259
dfetindie^ «i même temps, il laissa les Polonaàs des provinces annexées (Lithuanîe, VofHiynîe, Po- <dolie, Ukraine) %ravaiîier Hbremeat wi développement de leur Rationalité. Le gouvernement rirsfie resta dans «es disposîtâoBS pendant tes '^n^ années qui suivirent.
Les souvenirs des guerres de Tïapt3lêon étaient «icore vîvaces, îes idées libérales ^i «e faisaient jour en France sous la naonarchfe tîonstitutionnefle se répandirent en Pologne. ïl s'y forma un parti ^'opposition qui devint une menace pour la x)oliti^e russe. Les concessions des Tsars ne parurent plus suffisantes aux patriotes polonais. Ceux-tà comptaient toujours sur le secours des grandes pmssancesqui, au congrès de Tienne, s'étafent mtjnftrées sympatiiiques à leur pays et Toussent reconstitué sî la Russie n'eût pas été seule à en tirer profit. Ia révolution qui éclata * Paris «n 1830 fat te i^nal du soulèvement. Pendant de longs mois Tannée însurrectionneTle lutta tsontre lés Russes, croyant 1x)ujours que la France et rAngleterre lui viendrafent «n aide. "Niooïms, empere?ur autoritaire 1^ en fat, et qm se considérait comme le représentaititBn Europe du principe de la monarchie aîîsoteè, n'était pas tiomme à ménager le» insurgés. Tous les privilèges des Polonais furent supprimés et l^îsage de teur langue fut interdit. Le royaume de Po^<^e eut le
sort que rAntriche infligea vingt ans plus tard à la Hongrie insurgée.
Alexandre II était, à son avènement, animé d'intentions bienveillantes à l'égard des Polonais. Wielopolski, administrateur du royaume, allait enx)btenir un régime qui eût rendu Tautonomie administrative à la Pologne, quand soudain éclata la révolution de 1863. La répression fut atroce. Elle égala tout ce que la barbarie la plus sauvage a jamais pu imaginer. Le gouvernement laissé à ses propres inspirations n*eût pas osé pousser les choses à ce point. Ceux qui ont le pouvoir sont souvent retenus par la crainte d'amasser des haines et de provoquer de nouvelles crises. Malheureusement le parti russe qui se disait libéral, mais qui était révolutionnaire avant tout et rêvait l'anéantissement de la nationalité polonaise, devint Tâme de la répression et fit exécuter par Tcherkaski, Milutine et Samarine, son plan d'extermination.
On sait les atrocités qui furent alors commises par les Russes sur les Polonais, par des Slaves sur des Slaves. Il n*y a certainement pas un Polonais noble ou paysan qui n'ait eu un père ou un frère pendu ou déporté en Sibérie, et qui le croirait? Moins de vingt ans ont suffi pour apaiser ces ressentiments et aujourd'hui, dans tout le royaume de Pologne, le Russe est certainement moins antipa-
l'avenir de la 1»0L0GNB / 261
thique que FAllemand. C'est quele sentiment patriotique chez le Polonais prime tous les autres et que les Russes qui se sont montrés assez barbares pour martyriser la Pologne sont restés impuissants pour la dénationaliser, tandis que les procédés des Prussiens, dans le grand-duché de Posen, et l'envahissement du royaume de Pologne par les Allemands, ne laissent aucun doute sur le sort des Polonais du territoire russe le jour où les Prussiens seraient leurs maîtres.
Depuis nos désastres de 1870, les Polonais ont perdu tout espoir d'obtenir un appui de la France, et ils savent qu'ils ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes ; aussi ont-ils vivement souhaité un rapprochement avec la Russie. C'était leur intérêt, surtout devant la menace d'une guerre prochaine. — Qu'un conflit survienne entre l'Allemagne et la Russie, un nouveau partage du territoire polonais entre les deux Empires serait à coup sûr la question capitale du traité. Qu'on suppose la Prusse victorieuse, — hypothèse qui semble être la plus généralement admise par les Polonais, — avant de s'étendre le long de la mer Baltique, au-delà du Niémen, et de contester à la Russie la légitime possession des provinces baltiques, oii la population allemande jouit d une grande influence, les Prussiens ne manqueront pas de s'assurer tout le cours de la Vistule • et de
262 SLAVES EX TKUTON&
reprendre le territoire c^u^ils possëdaieiibt avant 1806 et qui comprenait Yarso^^ie. Cette annexion Leur procurerait de grands avantages économiques* — La Yistule, qui descend des Carpatea, passe à Cracovie et à Varsovie et traverse des régions riûhes en bois et en céréales^ devrait ôtr^; un grand courant €ommeï*cial et une source d^ prospérité pour la Prusse royale. Mais la Prusse ne dispose que du cours inférieur du fleuve, ea aval de La place ferte de Thorn ; en amont ce fleuve appartient à la Russie^ La ligne douanière et le système économique de la Bussie sont des entraves à la circulation des produits qui pourraient profiter de cette grande "^ie navigable. Cette situation est anormale. L'annexion à la Prusse du re^aAime de Pologne jusqu'à la Vistuler transformerait le» conditions économiques de toutes ces régions et donnerait à Tindustrie prussienne, outre quelques millions de consommateurs, un pays, où l'industrie et les mines sont déjà entre les mains d'Allemands.
LMntérôt économique de la Prusse est de toute évidence, il n'en est pas de même de son intérêt politique. Cette annexion peut présenter certains dangers. D'après la constitution de TEmpire d'Allemagne, il y a un député au Reichstag par 100,000 habitants. La représentation polonaise qui compte déjà dix-huit députés s'augmenterait certainement
coupé les ailes à tout organe politique. On peut citer encore pour mémoire le Kurjer Codzienny (Courrier quotidien) qui essaie de marcher sur les traces du Courrier de Varsovie. H nage entre deux eaux, fait du positivisme à outrance, mais n'a qu'un très petit nombre de lecteurs. Le Kurjer Poranny (Courrier du matin) est le journal des faits divers, des sinistres, des nouvelles à sensation ; il est bondé d*annonces.
Journaux commerciaux. — La Oazeta Polska * (Gazette polonaise) s'occupe surtout des intérêts économiques et agricoles et fait passer la politique au second rang ; elle est la propriété de M. Eronenberg, banquier. Dans le même ordre d'idées, la Oazeta handlowa (Gazette du Commerce) qui est l'organe d'un groupe d'Israélites ; et les Nowiny (les Nouvelles), journal des intérêts matériels, qui appartient aussi à des juifs. Les Nowiny^ la Prawda * (la Vérité) et la Przeglad Tygodniotoy (Revue de la semaine) sont des organes radicaux de la nuance la plus accentuée ^.Le radicalisme fait journellement des adeptes dans le royaume de Po-
^ La Gatette Polonaise a été fondée par M. Kraszewski et est dirigée par M. Léo, avocat.
* La Vérité a pour rédacteur en chef M. Okonski, qui écrit sous le pseudonyme de Swietochowski.
* Ces trois journaux sont les feuiUes préférées des étudiants de rUniyersitéé
2&4 SULVBS BT TBUTONS
logne ; c'est le résultat des doctrines nihilistes qui s'infiltrent dans les classes ouvrières par le contact des Busses et des idées socialistes qu'apportent avec eux les Allemands. On s'étonnera que les Russes tolèrent des journaux qui insinuent en Pologne les idées qu'ils sont obligés de combattre en Russie. Cette contradiction peut s'expliquer. Les Russes re^ doutent plus pour la Pologne la tradition polonaise catholique que les tendances socialistes ; incapables de russifler le royaume tant que la population est conservatrice, ils voient avec plaisir les feuiUes radicales démoraliser les masses; ils savent qu'ils viendront alors plus facilement il bout de la cace polonaise*
U existe encore d'autres publications qui méritent d'être mentionnées. Je me borne à une simple nomenclature :
VAthe^ieimt, la plus importante des revues de Varsovie, fondée par M. Spasowicz, l'avocat le plus distingué de Saint-Pétersboui^ et dirigée par. M. Chmielowski.
La Kronika rodzinna (chronique de la famille) a pour rédacteur en chef, le poôte Odyniec, l'ami de Mickiewicz.
Le Przeglad hatolîchi (revue catholique) est exclasîrement coRsacisé aux ifrtéréts veligieiHu
LA SBBSSX DK YASSOTIB Sâ5
he Zwiastim (le ppopliète)^ reyoe protestasta^ créée par le pâateor Otto.
L'Izraelita, revue israélite progressiste, dirigée par M. Peltin. — Il eûile aussi ime feuille talnuididte en jargon >aif*
Journaux illustrés : Tyçodn^ iUustrùunmy
(rHebdomaâalre illustré).'^ Tyçodnik powëzeehnf (l'Hd>âoidadaire unÎTerael). -^ Klosy (les épis), Gr'e^ le plus réipaudiu -^ Bhtsacz (le MeniB)^ -«- ^or^ra (Faurore). >
Il 7 a, ^1 outre, un grand nombre de remaes scientifiques, litléraicea, laédicales, agricoles, éecits» m polonais.
Les journaux polonais sont aitm très nombimaL en province, mais Us s<Hit sotiniis à: une censure plus capricieuse encore qiie ceUe de Vôrsoyie et la mauvaise admiAistratîoit des postes rurales: est vam ^trave continuelle à leur {H^ogrès.
Les journalktes de Varsovie ont un mérite raie en Russie. Ils (Mit lesntains nettes et ne connaissrat d'autres roaUes que ceux payés par leurs abonnéa*. On ne saurait comparer leur situation à celle fatte à leurs «onfrères dans les autres pays. En butte aux tnûcasseries de radministration, ils n*ont pour arme queJeurphiaie, et encore la censure la brise-t-elle chaque jour; ils se plaignent de ne ve^ cevoir aucun secours de Taristocratie polonaise
266 SLAYRS BT TEUTONS
dont ils servent la cause et dont rintérêt véritable serait de les seconder. En revanche» Taristocratie reproche à plusieurs de ces journalistes de critiquer à tout propos les efforts qu'elle fait pour améliorer le sort des travailleurs et pour aider les indigents. Cette façon de se créer aux dépens des riches une popularité dans la classe ouvrière peut éveiller dans les masses des sentiments de jalousie ^et est très préjudiciable à la paix sociale et à la cause polonaise.
Avant l'insurrection de 1863, il y avait en Russie plusieurs journaux polonais, notamment le Tygodnik Petersburgski, journal hebdomadaire, et le Slowo, à Saint-Pétersbourg, le Courrier de WU^ no, à Wilna ; pour la première fois, depuis cette époque, il vient d'apparaître un journal polonais en Russie, le Kraj (le Pays), que M. Pilz, ancien rédacteur des Nowiny, a été autorisé à publier à Saint-Pétersbourg. Il faut rapprocher de ce fait l'ouverture d'un nouveau théâtre polonais à Oranienbaum, près de Saint-Pétersbourg. Cette dernière ville en a déjà un et il est question d'en créer un autre à Moscou. Ce sont là les premiers symptômes d'un changement de système de la part des Russes. Auront-ils l'habileté d'aller plus loin dans cette voie?
L'AVENIR DE LA POLOGNE D*OU LUI VIENDRA SON INDÉrENDANCE ?
(Ce qui se dit en Pologne à ce sujet.)
Depuis un siècle les Polonais ont donné de leur sang plus que tous les peuples de l'Europe. Au moment où le troisième partage du royaume allait faire disparaître les derniers vestiges de la Pologne, Kosciuszko soutint une lutte mémorable où Ton vit comment doit mourir une nation qui n'a que des gloires' dans son passé. Quand une génération, contrainte d'expier les fautes de ses devancières, sait tomber avec noblesse, elle impose au* monde le respect, elle lègue de grands exemples à ses descendants et leur conserve le droit de réclamer un jour l'héritage dont la force seule les a dépouillés.
Pendant les guerres du premier Empire, la légion dolonaise, rangée autour des aigles impériales, s'illustra sur tous les champs de bataille. En créant le grand-duché de Varsovie, Napoléon préparait à la France l'alliée la plus fidèle qu'elle pût avoir en Europe. Au moment de ses désastres il dut regretter âe ne pas en avoir fait un État puissant.
Alexandre P"" ne fut pas moins prodigue de promesses que Napoléon, il déclara que le partage de la Pologne avait été un attentat dont les conséquences morales n'avaient cessé de peser sur l'Europe et qu'il avait à cœur de le réparer par la formation d'un royaume jouissant d'une pleine autonomie. A l'entendre, la Russie seule pouvait mener à bien cette entreprise. Ces intentiflyo^ lienyeillantes parurent suspectes. Il était clair que le Tsar youlait avant tout empêcher le prince de Metternich d'exécuter son plan et de .veîorxuer un royaume de Pologne sous le patronage de l'Autriche. Aussi le congrès de Vienne ne permit pas à 3La &ua8ie de s'annexer tout le territoire polonais; il Iflôssa la Galicie à l'Autriche et rendit à la Prufl0e te grand-duché de Posen. La Bussîe fui {>ztt le mfite eut néanmoins la plus grande fiartîe 4hl tenMme polonais. Alexandre donna à cette fi»triMe le iitra âe Royaume et la dota d'aae '"onstitationi d'une diète et d'une admjniiBtratiûn
l'avenir BE la POLOGNE 259
'dfetincte; -en même temps, il laissa tes Polonais des provinces annexées (Lithuanie, Vtsihynîe, Po- 4olîe, Ukraine) toivaîî'ler libremeat ara développement de leur BatioŒialiifcé. Le gouvernement rasse rei^a dans «es dispositiORS pendant les ^nze «dinées qui suivirent.
Les souvenirs des guerres de TSapeléon étalent ^encore vivaces, les idées libérales fui se faisaient Jour en France sous la naionarchie oonstitutîonnefie <se répandirent en Pologne. ïl s'y forma un parti ^'opposition ^i devint une menace pour la î)olitiçie russe. Les concessions des Tsars ne parurent plus suffisantes aux patriotes polonais. Ceux-ta comptaient toujours sur le secours des grandes pmssauces qui, au congrès de Tienne, s'étaient montrées syropatiiiques à leur pays et l'eussent reconstitué sî la Russie n'eût pas été seule à en tirer profit. La révolution qui édata A Paris en 1830 ftrt le iSgnal du soulèvement. Pendant de longs mois Tarmée însurrectionneïte Wtta tsontre les Russes, croyant 1x)ujours quela France «t l'Angleterre lui viendraient en aide. "Nicolas, empereur autoritaire ifîl en fut, et ^ se considérait eomme le représentant en Europe du principe de la monarchie ateolttè, n'était pas bomme à ménager tas insurgés. Tous les privilèges desPcAraais furent •supprimés et l^ïsage de leur langue ftrt interdît. Le royaume de Pologne eut le
il n'y a pas de presse là où l'écrivain n'a pas le droit de discuter librement les intérêts politiques et économiques en vue d'éclairer l'opinion publique.
L'apologie du gouvernement est la seule littérature politique qui soit autorisée. Un journaliste serait mal venu à critiquer un acte administratif ou à donner des informations de nature à soulever la moindre question politique ; la censure renverrait au bureau du journal les épreuves successives couvertes de ratures, si elle n'en interdisait pas complètement la publication. Un poète qui s'était permis de qualifier Néron de tyran m'a dit qu'il avait été prié de changer la rime et de trouver un mot moins offensant, attendu que c'était une atteinte à la majesté du Tsar que de traiter de la sorte un empereur. . . Quand le zèle bureaucratique arrive à ces extrêmes, le grotesque l'emporte sur Fodieux.
La presse polonaise est plus particulièrement fen butte aux tracasseries de ce genre. Entre chaque ligne la censure cherche une allusion. Il faut un grand courage et une parfaite habileté pour tenir une plume à Varsovie. Mais il y a une telle vitalité dans l'élément polonais de cette ville et une si grande activité économique qu'en dépit de toutes les entraves plusieurs journaux
importants ont trouvé moyen de se maintenir.
Journaux politiques. — Il faut citer en première ligne la Gazeta Warszawska * (Gazette de Varsovie) qui représente les tendances conservatrices de cette petite noblesse de province (szlachta), qui vit dans ses domaines, administre elle-même ses terres, forme le fond de l'aristocratie polonaise, et qui compte près de dix mille fkmilles dans le royaume de Pologne. Le Wieh « (le Siècle) défend les mômes intérêts avec beaucoup de hardiesse et avec une tendance religieuse plus accentuée. Le Slowo (la Parole), organe des conservateurs libéraux, s'adresse aux mêmes lecteurs. Toutefois, son directeur, M. Sienkiewicz, romancier bien connu par les nouvelles qu'il publie sous le pseudonyme de Litwos (le vieux Lithuanien) donne à cette feuille un caractère positiviste, inconnu jusqu'ici dans le journalisme polonais, — l'étude objective des faits, le réalisme s'imposant en tout et excluant toute préoccupation deTidéal. Avec M. Sienkiewicz, le naturalisme vient de faire son entrée dans la littérature
1 La Qatettê de Varsovie est le plus ancieD Journal polonais. Elle a été créée au siècle dernier, par un jésuite, le P. Lnskina, et d^uis plus de cent ans elle- est la propriété de la fiimille de Leszuiowski. Son directeur est M. Kenifr, Tun des plus éminents publicisles polonais. Cette feuille est à la fois modérée et progreasiste,. et est unÎTerseilement esUnéeu .
* Le Siècle a pour rédacteur eâ ehisf M. Zaledd, «focai.
tact avec rOccident par de nouvelles "lignes de communication. — Une xinion commerciale^ douanière et postale entre V Allemagne, V Autriche et la Pologne donnerait à ces trois pays la prédominance sur tous les marchés du monde. La Russie seule ferait les frais de cette transaction, car exclue des centres commerciaux de TEurope centrale, elle n'aurait d*autre ressource que de s'é* tendre vers TAsie. »
Dans une brochure publiée dernièrement à Leipzig sur le même sujet et dont on trouvera dans les annexes une analyse complète, l'auteur faisant allusion aux conclusions de Sarmaticus qu'on vient de lire dit : « Ce projet de fondation d'un » État polonais pour le cadet de la maison de » Habsbourg, état qui servirait pour toujours de » mur entre rAlIemagne et la Russie, a gagné » beaucoup de parti'ians dans les cercles civils » et militaires d'Allemagne. Les Prussiens ayant » assuré la sécurité de leurs frontières seront san tisfaits s'ils obtiennent simplement le rembour- » sèment de leurs dépenses. — L'Allemagne doit » laisser à l'Autriche son alliée tous les avantages » matériels, car toute la force de la jeune monar- » chie allemande doit être concentrée là où la » Sentinelle du Rhin, livrée à ses propres forces, » devra recommencer la lutte contre Vennemi
coupé les ailes à tout organe politique. On peut citer encore pour mémoire le Kurjer Codzienny (Courrier quotidien) qui essaie de marcher sur les traces du Courrier de Varsovie. Il nage entre deux eaux, fait du positivisme à outrance, mais n'a qu'un très petit nombre de lecteurs. Le Kurjer Poranny (Courrier du matin) est le journal des faits divers, des sinistres, des nouvelles à sensation ; il est bondé d'annonces.
Journaux commerciaux. — La Oazeta Polska * (Gazette polonaise) s'occupe surtout des intérêts économiques et agricoles et fait passer la politique au second rang ; elle est la propriété de M. Eronenberg, banquier. Dans le môme ordre d'idées, la Oazeta handlowa (Gazette du Commerce) qui est l'organe d'un groupe d'Israélites; et les Nowiny (les Nouvelles), journal des intérêts matériels, qui appartient aussi à des juifs. Les Nowiny^ la Prawda * (la Vérité) et la Przeglad Tygodniowy (Revue de la semaine) sont des organes radicaux de la nuance la plus accentuée ^. Le radicalisme fait journellement des adeptes dans le royaume de Po-
1 La &autte Polonaise a été fondée par M. Kraszewski et est dirigée par M. Léo, avocat.
s La Vérité a pour rédacteur en chef M. Okonski, qui écrit sous le pseudonyme de Swietochowski.
* Ces trois Joomauz sont les feuilles préférées des étudiants de rUniversité.
254 SULVSS BT TEUTONS
logne ; c'est le résultat des doctrines nihilistes qui s'infiltrent dans les classes ouvrières par le contact des Russes et des idées socialistes qu'apportent avec eux les Allemands. On s'étonnera que les Rossea tolèrent des journaux qui insinuent en Pologne les idées qu'ils sont obligés de combattre en Russie. Cette contradiction peut s'expliquer. Les Russes re* doutent plus pour la Pologne la tradition polonaise catholique que les tendances socialistes ; incapables de Fiissîâer le royaume tant que la population est conservatrice» ils voient avec plaisir les feuiUes ntdicales démoraliser les masses; ils savent qu'ils viendront alors plus facilement ii bout de la zace polonaise.
Il existe encore d'autres publications qui méritent d'être mentionnées. Je me borne à une simple nomenclature :
L'Athe^ieunt^ la plus importante des revues de Varsovie^ iondée par M. Spasowicz, l'avocat le plus distingué de Saint-Pétersbourg et dirigée par. M. Chmielowski.
La Kronika rodzinna (chronique de la famille) a pour rédacteur en chef, le poôte Odyniec^ l'ami de Mickiewicz.
Le Przeglad hatolicki (revue catholique) est exclushmnent consacBé amt iirtëi'^ yelifieïau
LA JKBSSSS I» VABSOYIB SSS
he ZuHMtun (le piroi>hète); revue protestante créée par le paateor Otto,
Tu'Izraelita, revue iso^aélite progressiste, ùixigé» par M. Peltin. — U existe aussi ime feuille t^lnmdiâte en jar^pn }mL
Journaux illustrés : Tyçodnik iUustrowan$f
(rHebdomaâaire illusÉré). — Tyçodnik powszeeJmt ^^Hebdomadaire tiniTersirî). «^ Elosy (les épi§f)^ Gr'e^ le plus rélpaudu. -^ Musacz (le lienid)^ -*^ Zorza (raurore). >
U y a, en outre, un grand nombre de remes sdentiâques, Utléraires, laédicales, agricoles, é^itmmt polonais.
Les journaux polonais mA mmA Iras nombuent en proTince, mais Ite soiit soumis à : nue censure plus capricieuse encore que céUe de Varsovie et la mauvaise administration des postes roEsdes; %a^ mie entrave continuelle à leur progrès.
Les journalistes de Varsovie ont un mérite ra»e en Russie. Ils ont les mains nettes et ne connaissait d'autres roubles que c^ix payés par leurs abonnés.. On ne saurait comparer leur situation à celle fadte à leurs confrères dans les autres pays. En butte aux tracasseries de l'administration, ils n'ont pour arme que leur: plonge, et encore la censure la brise-t-elle chaque jour; ils se plaignent de ne le^ cevoir aucun secours de Taristocratie polonaise
266 SLAYBS BT TEUTONS
dont ils servent la cause et dont Tintérêt yëritable serait de les seconder. En reyanche» Taristocratie reproche à plusieurs de ces journalistes de critiquer à tout propos les efforts qu'elle fait pour améliorer le sort des travailleurs et pour aider les indigents. Cette façon de se créer aux dépens des riches une popularité dans la classe ouvrière peut éveiller dans les masses des sentiments de jalousie ^et est très préjudiciable à la paix sociale et à la cause polonaise.
Avant l'insurrection de 1863, il y avait en Russie plusieurs journaux polonais, notamment le Tygodr nik Petersburgski, journal hebdomadaire, et le SlowOt à Saint-Pétersbourg, le Courrier de WiU no^ à Wilna ; pour la première fois, depuis cette époque, il vient d'apparaître un journal polonais en Russie, le Kraj (le Pays), que M. Pilz, ancien rédacteur des Nowiny, a été autorisé à publier à Saint-Pétersbourg. Il faut rapprocher de ce fait l'ouverture d'un nouveau théâtre polonais àOranienbaum, près de Saint-Pétersbourg. Cette dernière ville en a déjà un et il est question d'en créer un autre à Moscou. Ce sont là les premiers symptômes d'un changement de système de la part des Russes. Auront-ils l'habileté d'aller plus loin dans cette voie?
L'AVENIR DE LA POLOGNE D*OU LUI VIENDRA SON INDÉrENDANCE ?
(Ce qui se dit en Pologne à ce sujet.)
Depuis un siècle les Polonais ont donné de leur sang plus que tous les peuples de l'Europe. Au moment où le troisième partage du royaume allait faire disparaître les derniers vestiges de la Pologne, Kosciuszko soutint une lutte mémorable où Ton vit comment doit mourir une nation qui n'a que des gloires' dans son passé. Quand une génération, contrainte d*expier les fautes de ses devancières, sait tomber avec noblesse, elle impose au* monde le respect, elle lègue de grands exemples à ses descendants et leur conserve le droit de réclamer un jour rhéritage dont la force seule les a dépouillés.
Pendant les guerres du premier Empire, la légion dolonaise, rangée autour des aigles impériales, s'illustra sur tous les champs de bataille. En créant le grand-duché de Varsovie, Napoléon préparait à la France l'alliée la plus fidèle qu'elle pût avoir en Europe. Au moment de ses désastres il dut regretter de ne pas en avoir fait un État puissant.
Alexandre P"" ne fut pas moins prodigue de promesses que Napoléon, il déclara que le partage de la Pologne avait été un attentat dont les conséquences morales n'avaient cessé de peser sur l'Europe et qu'il avait à cœur de le réparer par la formation d'un royaume jouissant d'une pleine autonomie. A Tentendre, la Russie seule pouvait jDener à bien cette entreprise. Ces inteutiiKQs Jaienveillantes parurent suspectes. Il était clair que le Tsar voulait avant tout empêcher le prince de Metternich d'exécuter son plan et de .reîorxuer un royaume de Pologne sous le patronage de l'Autriche^ Aussi le congrès de Vienne ne permit pas à la &uasie de s'annexer tout le territoire polonais; il laissa la Galicie à l'Autriche et rendit à la Prusse 1^ ^and-duché de Posen. La Russie f ai prit le reste eut néanmoins la plus grande partie 4u territoire polonais. Alexandre donna à cette province le titre de Royaume et la dota d'oae constitution, d'une diète et d'une adminiiBtratiûn
L'AVSNI« BE la. l>OïiOGNE 259
'dMindbe-; -en môme temps, il laissa les Polonais des provinces annexées (Lithuanie, V-^Ihynie, Po- 4olie, Ukraine) toivalîler Hbremeïit ara développement de leur nationalîifcé. Le gouv^raeiBent r^sse rei^a dans «es dispei^tioBS pendant les ^nze années qui «uivireat.
Les souvenirs •des guerres Se TSapoléon étaient «ncore vivaces, les idées libérales ^i «e faisaient Jour en France sous la naionarchfe icon^itutionnefie <se répandirent en Poiogne. D s'y forma un parti ^'opposition qui devint une menace pour la î)olitiqïie russe. Les concessions des Tsars ne parurent pkis suffisantes aux patriotes polonais. Ceux-ta comptaient toujours sur le secours des grandes pmssances^i, au congrès de Tienne, s '^afent mtnrtrëes «ympatiiiques à leur pays et l'eussent reconstitué si îa Russie n'eût pas été seule à «n tirer profit. La Tévoîution qui éclata A Paris «n 1830 ftrt te s^al du soulèvement. Pendant de longs mois l'armée insurrectionnelle lutta tsontre les Russes, croyant 1x)ujours quelaFrance «ftî'Ânsleterre îuî viendraient «n aide. "Nicolas, empereur autoritaire -^ en fut, et ijm se considérait comme le TeprésentaiA en Europe du principe de la monarchie aîîsokrè, n'était pas bomme à ménager tas insurgés. Tous les privilèges des Polonais furent -supprimés et l^ïsage de leur langue M interdît. Le royaume de Pologne eut le
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sort que FÂutriche infligea vingt ans plus tard à la Hongrie insurgée.
Alexandre II était, à son avènement, animé d'intentions bienveillantes à Tégard des Polonais. Wielopolski, administrateur du royaume, allait enT)btenir un régime qui eût rendu l'autonomie administrative à la Pologne, quand soudain éclata la révolution de 1863. La répression fut atroce. Elle égala tout ce que la barbarie la plus sauvage a jamais pu imaginer. Le gouvernement laissé à ses propres inspirations n'eût pas osé pousser les choses à ce point. Ceux qui ont le pouvoir sont souvent retenus par la crainte d*amasser des haines et de provoquer de nouvelles crises. Malheureusement le parti russe qui se disait libéral, mais qui était révolutionnaire avant tout et rêvait Tanéantissement de la nationalité polonaise, devint Tâme de la répression et fit exécuter par Tcherkaski, Milutine et Samarine, son plan d'extermination.
On sait les atrocités qui furent alors commises par les Russes sur les Polonais, par des Slaves sur des Slaves. Il n'y a certainement pas un Polonais noble ou paysan qui n'ait eu un père ou un frère pendu ou déporté en Sibérie, et qui le croirait? Moins de vingt ans ont suffi pour apaiser ces ressentiments et aujourd'hui, dans tout le royaume de Pologne, le Russe est certainement moins antipa-
l'avenir de la fOLOGNB / 261
thique que rAllemand. C'est que'le sentiment patriotique chez le Polonais prime tous les autres et que les Russes qui se sont montrés assez barbares pour martyriser la Pologne sont restés impuissants pour la dénationaliser, tandis que les procédés des Prussiens, dans le grand-duché de Posen, et l'envahissement du royaume de Pologne par les Allemands, ne laissent aucun doute sur le sort des Polonais du territoire russe le jour où les Prussiens seraient leurs maîtres.
Depuis nos désastres de 1870, les Polonais ont perdu tout espoir d'obtenir un appui de la France, et ils savent qu ils ne peuvent plus compter que sur eux-mômes ; aussi ont-ils vivement souhaité un rapprochement avec la Russie. C'était leur intérêt, surtout devant la menace d'une guerre prochaine. — Qu'un conflit survienne entre l'Allemagne et la Russie, un nouveau partage du territoire polonais entre les deux Empires serait à coup sûr la question capitale du traité. Qu'on suppose la Prusse victorieuse, — hypothèse qui semble être la plus généralement admise par les Polonais, — avant de s'étendre le long de la mer Baltique, au-delà du Niémen, et de contester à la Russie la légitime possession des provinces baltiques, où la population allemande jouit d une grande influence, les Prussiens ne manqueront pas de s'assurer tout le cours de la Vistule et de
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polonaise, renversant toutes les traditions idéalistes que, pendant plus de quarante ans, Kraszewski, poète et romancier si fécond, avait soutenues avec tant de gloire.
La petite noblesse de province est abondamment pourvue par ces trois feuilles qui ont ensemble un tirage supérieur à dix mille exemplaires. Chaque gentilhomme a donc son journal politique.
Citons encore VÉcho qui n*a pas de tendance bien définie et doit à sa neutralité de ne compter que des amis — 4,000 lecteurs ; la Bibliothèque de Varsovie, et la Niwa (la plaine), revues analogues au Correspondant, très lues, très estimées et dont les tendances sont conservatrices et catholiques.
Journaux d'informations. — En première ligne, on doit citer le Kurjer Warszawski * (Courrier de Varsovie), rédigé sur le modèle des journaux américains : la nouvelle quotidienne, les télégrammes, les annonces. Il est à Varsovie ce que le TagUatt est à Vienne. Il est lu surtout dans la ville ; sur 21,000 abonnés, 18,000 sont de Varsovie. C'est une des plus anciennes feuilles du royaume de Pologne et le caractère même de sa rédaction lui a permis de vivre à une époque où le ciseau des censeurs a
A Le Courrier de Varsovie a pour principaux rédacteurs MM. Szjmanowski et Czapelski.
coupé les ailes à tout organe politique. On peut citer encore pour mémoire le Kurjer Codzienny (Courrier quotidien) qui essaie de marcher sur les traces du Courrier de Varsovie, Il nage entre deux eaux, fait du positivisme à outrance, mais n'a qu'un très petit nombre de lecteurs. Le Kurjer Pcyranny (Courrier du matin) est le journal des faits divers, des sinistres, des nouvelles à sensation ; il est bondé d'annonces.
Journaux commerciaux. — La Oazeta Polsha * (Gazette polonaise) s'occupe surtout des intérêts économiques et agricoles et fait passer la politique au second rang ; elle est la propriété de M. Kronenberg, banquier. Dans le même ordre d'idées, la Oazeta handlowa [Gazette du Commerce) qui est l'organe d'un groupe d'Israélites; et les Nowîny (les Nouvelles), journal des intérêts matériels, qui appartient aussi à des juifs. Les Nowîny, la Prawda* (la Vérité) et l2i Przeglad Tygodniotoy (Revue de la semaine) sont des organes radicaux de la nuance la plus accentuée^. Le radicalisme fait journellement des adeptes dans le royaume de Po-
1 La Gatette Polonaise a été fondée par M. Eraszevski et est dirigée par M. Léo, avocat.
* La Vé^rité a pour rédacteur en chef M. Okonski, qui écrit sous le pseudonyme de Swietochowski.
* Ces trois joomaux sont Ui feuilles préférées des étudiants de rUniversité.
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logne; c*est le résultat des doctrines nihilistes qm s*inûltrent dans les classes ouvrières par le contact des Russes et des idées socialistes qu*apportent avec eux les Allemands. On s'étonnera que les Russes tolèrent des journaux qui insinuent en Pologne les idées qu'ils sont obligés de combattre en Russie. Cette contradiction peut s'expliquer. Les Russes re* doutent plus pour la Pologne la tradition polonaise catholique que les tendances socialistes ; incapables de russifier le royaume tant que la population est conservatrice, ils voient avec plaisir les feuiUes nh dicales démoraliser les masses; ils savent qu'ils viendront alors plus Cacilement à bout de la race polonaise*
Il existe encore d'autres publications qui méritent d'être mentionnées. Je me borne à une simple nomenclature :
L'Atfie^ieum^ la plus importante des revues de Varsovie, fondée par M. Spasowicz, l'avocat k plus distingué de Saint-Pétersbourg et dirigée par. M. Chmielowski.
La Kronika rodziyina (chronique de la famille) a pour rédacteur en chef, le poôte Odyniec, l'ami de Mickiewicz.
Le Przeglad hatolichi (revue catholique] est exclasirentent consacré aint intérêts Teligteiuu
LA BESSSB I» TABSOIUE S^
he Zwiasitm Çie prophète); revue protessrUuitt^ créée par le pasteur Otto.
H Izraelita^ revue israéUte progressiste, âiri^ée par M. iPeltin. — Il existe aussi uue feuiUe talnuidiste en jargon >aif*
Journaux illustrés : Tygodnik iUttstrowani^
(rHebdomaâaiife illustré). — Tygodnik pownzeehwft (l*Hd)doiiiadaire uniTersel). — Etosy (les épiff), c*esl le plus répaudu. -^ Elussiez (le lierris)N -^ Zorza (l'aurore). >
Ilya, en outre, nu (rand nombre de revues sdêntiâques, littéraires, xaédicales, agrkxdes, écrite» en polonais.
Les journaux polonais so^ aam teto nombuen, en province» mais Us sont soumis à : une censure plus capricieuse eiicore que ceUe de Varsovie et la mauvaise administration des postes rurades esl uaee eptrave continuelle à leur progrès.
Les journalistes de Varsovie ont un mérite rttae en Russie. Ils out les mains nettes et ne connaissent d'autres roubles que cmix payés par leurs abonnéa., On ne saurait comparer leur situation à celle faite à leurs confrères dans les autres pays. En butte aux tracasseries de radministo*ation, ils n'ont poiur arme que l»ir:plut^e, et encore la crasure ki brise-t-elle chaque jour; ils se plaignent de né .»ecevoir aucun secours de l'aristocratie polonaise
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dont ils servent la cause et dont Tintérêt véritable serait de les seconder. En revandie, l'aristocratie reproche à plusieurs de ces journalistes de critiquer à tout propos les efforts qu'elle fait pour améliorer le sort des travailleurs et pour aider les indigents. Cette façon de se créer aux dépens des riches une popularité dans la classe ouvrière peut éveiller dans les masses des sentiments de jalousie ^et est très préjudiciable à la paix sociale et à la cause polonaise.
Avant rinsurrection de 1863, il y avait en Russie plusieurs journaux polonais, notamment le Tygoâr nih Petersburgshi, journal hebdomadaire, et le Slowo^ à Saint-Pétersbourg, le Courrier de Wîl' no^ à Wilna ; pour la première fois, depuis cette époque, il vient d'apparaître un journal polonais en Russie, le Kraj (le Pays), que M. Pilz, ancien rédacteur des Nowiny, a été autorisé à publier à Saint-Pétersbourg. Il faut rapprocher de ce fait l'ouverture d'un nouveau théâtre polonais à Oranienbaum, près de Saint-Pétersbourg. Cette dernière ville en a déjà un et il est question d'en créer un autre à Moscou. Ce sont là les premiers symptômes d'un changement de système de la part des Russes. Auront-ils l'habileté d'aller plus loin dans cette voie?
L'AVENIR DE LA POLOGNE D'OU LUI VIENDRA SON INDÉPENDANCE
(Ce qui se dit en Pologne à ce sujeL)
Depuis un siècle les Polonais ont donné de leur sang plus que tous les peuples de TEurope. Au moment où le troisième partage du royaume allait faire disparaître les derniers vestiges de la Pologne, Kosciuszko soutint une lutte mémorable où Ton vit comment doit mourir une nation qui n'a que des gloires" dans sou passé. Quand une génération, contrainte d'expier les fautes de ses devancières, sait tomber avec noblesse, elle impose au* monde le respect, elle lègue de grands exemples à ses descendants et leur conserve le droit de réclamer un jour rhéritage dont la force seule les a dépouillés.
Pendant les guerres du premier Empire, la légion Polonaise, rangée autour des aigles impériales, s'illustra sur tous les champs de bataille. En créant le grand-duché de Varsovie, Napoléon préparait à la France l'alliée la plus fidèle qu'elle pût avoir en Europe. Au moment de ses désastres il dut regretter de ne pas en avoir fait un État puissant.
Alexandre P' ne fut pas moins prodigue de promesses que Napoléon, il déclara que le partage de la Pologne avait été un attentat dont les conséquences morales n'avaient cessé de peser sur l'Europe et qu'il avait à cœur de le réparer par la formation d'un royaume jouissant d'une pleine autonomie. A l'entendre, la Russie seule pouvait xamer à Itiea cette entreprise. Ces xateutimiu; l«enyeillaûtes parureat suspectes. Il était clair que le Tsar voulait avajit tout empêcher le priace de Mettemich d'exécuter son plan et de .reforiuar un royaume de Pologne sous le patronage de l'Atitriche^ Aussi le coingrès de Vienne ne permit pas à la fiuasie de s'annexer tout le territoire polonais; il laissa la Galicie à l'Autriche et rendit à la Prusse Je grand-duché de Posen. La Bussie iguî jprit le iteste eut uéansnoins la plus grande partie ^ territoire polonais. Alexandre donna à cette jfs^yvmce le titre de Royaume et la dota d'ime constitution, d'une diète et d'une admiaustr<ati(30i
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distinde-, «i môme temps, il laissa les Polonais des provinces annexées (Lithuanie, Volhynîe, Poéolie, Ukraiïûe) %ravaiîler Kbremeîit ira développement de leur natîomalîifcé. Le gouvernement russe TestSL dans ises >dispof^tioB8 pendant les 'fainze années qui suivirent.
Les souvenirs €es guerres de TSaipoléon étaient «icore vivaces, les idées libérales fui «e faisaient jour en France sous la monarchw constitutîonnefie se répandirent en Pologne. Q s'y forma un parti d'opposition qui devint une menace pour la politique russe. Les concessions des Tsars ne parurent pïus suffisantes aux patriotes polonais. Ceux-ti comptaient toujours sur îe «ecours t!es grandes puissances qui, au congrès de Tienne, s'^afent montrées sympatiiiques à leur pays et l'eussent recons-fâtué sî îa Russie n'eût pas été seule à en tirer profit. La révolution qui édata * Paris «n 1880 fert le lagnal du soulèvement. Pendant de longs mois l'armée insurrectionnelle îatta contre les Rnsses, croyant toujours quelaFrancei^ l'Angleterre lui viendraient «n aide. "Nicolas, empereur autoritaire isTîl en fut, et qm se consid^^it t5ommeteTei«^ésentarttea Europe du principe de la monarchie aîîsoteè, n'était pas homme à ménager tes insurgés. Toiœ îes privilèges des Polonais forent •supprimés et l^age de teur langue M interdît. Le royaume de Pologne eut le
sort que l'Autriche infligea vingt ans plus tard à la Hongrie insurgée.
Alexandre II était, à son avènement, animé d'intentions bienveillantes à l'égard des Polonais. Wielopolski, administrateur du royaume, allait enx)btenir un régime qui eût rendu l'autonomie administrative à la Pologne, quand soudain éclata la révolution de 1863. La répression fut atroce. Elle égala tout ce que la barbarie la plus sauvage a jamais pu imaginer. Le gouvernement laissé à ses propres inspirations n'eût pas osé pousser les choses à ce point. Ceux qui ont le pouvoir sont souvent retenus par la crainte d'amasser des haines et de provoquer de nouvelles crises. Malheureusement le parti russe qui se disait libéral, mais qui était révolutionnaire avant tout et rêvait l'anéantissement de la nationalité polonaise, devint l'âme de la répression et fit exécuter par Tcherkaski, Milutine et Samarine, son plan d*extermination.
On sait les atrocités qui furent alors commises par les Russes sur les Polonais, par des Slaves sur des Slaves. Il n'y a certainement pas un Polonais noble ou paysan qui n'ait eu un père ou un frère pendu ou déporté en Sibérie, et qui le croirait? Moins de vingt ans ont suffi pour apaiser ces ressentiments et aujourd'hui, dans tout le royaume de Pologne, le Russe est certainement moins antipa-
l'avenir de la fOLOGNB ,261
thique que rAllemand. C'est que'le sentiment patriotique chez le Polonais prime tous les autres et que les Russes qui se sont montrés assez barbares pour martyriser la Pologne sont restés impuissants pour la dénationaliser, tandis que les procédés des Prussiens, dans le grand-duché de Posen, et Tenvahisscment du royaume de Pologne par les Allemands, ne laissent aucun doute sur le sort des Polonais du territoire russe le jour où les Prussiens seraient leurs maîtres.
Depuis nos désastres de 1870, les Polonais ont perdu tout espoir d'obtenir un appui de la France, et ils savent qu'ils ne peuvent plus compter que sur eux-mômes ; aussi ont-ils vivement souhaité un* rapprochement avec la Russie. C'était leur intérêt, surtout devant la menace d'une guerre prochaine. — Qu'un conflit survienne entre l'Allemagne et la Russie, un nouveau partage du territoire polonais entre les deux Empires serait à coup sûr la question capitale du traité. Qu'on suppose la Prusse victorieuse, — hypothèse qui semble être la plus généralement admise par les Polonais, — avant de s'étendre le long de la mer Baltique, au-delà du Niémen, et de contester à la Russie la légitime possession des provinces baltiques, où la population allemande jouit d une grande influence, les Prussiens ne manqueront pas de s'assurer tout le cours de la Vistule et de
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reprendre le territoire qu^ils possédaient avant 18Û6 el qui comprenait Varsovie.. Cette aunexioa leus procurerait de grands avantages économiques^ ^ La Yistule, qui descend des Carpaises, passe à Cracovie et à Varsovie et traverse des r^oas rLdies en l)ois et en céréales^ devrait être? un grand courant commercial et une source de prospérité pour la Prusse royale. Mais la Prusse ne dispose que du OEMurs inférieur du fleuve^ ea aval de la place &rte de Thorn ; en amont ce fleuve appartient à la Russie. La ligne douanière et le système économique de la Bussie sont des entraves à la circulatioa dea proéuits qui pourraient profiter de cette grande ^^ie navigable. Cette situation est anormale* L'annexioa à la Prusse du r^aume de Pologne jusqu'à la Vistaie, transformerait les conditions économiques de toutes ces régionis et donnerait à Tindustrie prusaiejusie, outre quelques milMons de consommataursy un pays ou Tindustrie et les. mines sont déjà entre les mains d'Allemands.
LMntérêt économique de la Prasse est de toute évidente, il n'en est pas de même de son intérêt politique. Cette aanexion peut présenter certains dangers. D'après la constitution de l'Empire d'Allemagne, il y a un député au Reichstag par 100,000 halaùLtanls. La représentation polonaise qui compte déjà dix-huât députés s'augmenterait certainement
(fa» ni9i!i£fire' notait i& r0i% par suKisï ^ (s^^U^
situais^ parfementâire déjà- âffftcile^ 1^ gmiv^o^
l^&irm. Ôto s«râi€ alors e^nduH à placer es» terrt^ toiire^ sfQm ait Mgfm^ âpéeial et à M re&seir te droit d'être représenM; au; p^n^ëffîentL Genx qisS pftHfencfefilfc péiiétr^r * lies seerefer db Ghaacelier, eraienlf (fum Bst ctmi? de Berlin ne manq^oerait pa&r àe fermer axxjz dépens êert» Itam^^^ m^ pefM royaume; tats9«ll de rEmpire* df A^ms^e; ^i M' âoimeraiC se» softMs, yerserait' ses pes3oar(n»$>aû budget impé^ irfeiï «* feraîf partie du ZoMVerein.. — €d«ir(!^iine tout!» ppéfi» k offirir à> tel petit roi d)8S^ps^9^ailemaiidev di^n^ là' Pirtïœe' jugerait iiëGesssHre' dé s^aMmces te» âsste et (ffui' fimut^ra^ \à vm: détîoioiBfligeiaëi^
le» Po^lonai^ redoutent beaucoup (mt^ eombins^ sm<. Le^ jour où? elle serait rëatits^âe^. le goovernenmnt priie^en ne manquerait pas dis fovoriser le déve^ l^fUpewsèïA des colonies agriKudiesi; attemandei^;: eit oiftre; Félëment juif qm se foieibnaMrpeir à peu pamoi tesPolbiïais,.dfeviendraitall^iiia»d<dtè»qw^iriiiâi$^^ prussienne' serait préponefêrantisv les^Ptitonais^cte'lia Lithuanie eif delà K^tMnieBlismelkevfUi^'i^tersGrent sujets russes, étant séparés de leurs compalrioteii^ seraient lliyrés sans défense à £a^ propagandis rnsse. LaP)niSBe n&maiiqu6BSGi6pasdeâUi&trJueetÉtat
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polonais une configuration qui le priverait de toutes ressources économiques. Il végéterait alors dans un état perpétuel d'impuissance et de misère. Privé de tout rôle politique, il n'aurait aucune signification et ne pourrait jamais reprendre les traditions du passé. Cette combinaison équivaudrait pour les Polonais à un quatrième partage.
Les propriétaires fonciers trouveraient à l'annexion du royaume de Pologne à la Prusse l'avantage de ne plus payer de droits pour l'entrée de leurs blés en Allemagne, mais le préjudice serait incalculable pour la classe ouvrière qui trouve dans Tindustrie ses moyens d'existence. Les usines déjà si nombreuses auxquelles le régime douanier russe assure le monopole du marché russe, seraient privées de ces débouchés; elles entreraient en concurrence avec l'industrie de toute l'Allemagne et finiraient par être ruinées. On a vu que depuis plusieurs années la classe moyenne prend un développement considérable en Pologne, grâce au progrès du commerce et de l'industrie. Cette transformation sociale est très favorable à l'avenir de la Pologne. Le progrès de cette classe moyenne, de ce tiers état, serait gravement compromis par la ruine de l'industrie.
Les Polonais' ont longtemps tourné leurs regards vers Saint-Pétersbourg, pour voir si le salut leur