‹ Smilis: drame en quatre actes, en proseChapitre 29 sur 69 · L'AMIRAL, SMILIS · texte numérisé non relu

L'AMIRAL, SMILIS

l'amiral.

Enfin! (a va à sa rencontre.) Oh! ma chère, chère mignonne ! (il la presse sur son cœur.) M'aimez -VOUS bien,

dites?...

Oh! mon amil... — Mais... c'est la première fois que vous me dites : vous,.. Pourquoi? et pourquoi me demandezvous si je vous aime, le jour où, par la cérémonie du mariage, je vous appartiens pour toujours, sans que personne puisse me reprendre à vous?

ACTR DEUXIÈME 37

L'AMIRàL.

Oui^ un lien nouveau vous attache à moi, de plus près que jamais.

Quel bonheur I nous voici mariés !

l'amiral.

Redis-le : quel bonheur !

Oui, c'est un grand bonheur; et que j'ai tant désiré!

l'amiral.

Répète-moi cela!

J'avais si peur d'être mariée à un autre! Oh! depuis longtemps j'avais pensé : je ne veux pas me séparer de lui ; c'est ma destinée de lui appartenir; je ne le quitterai jamais !

l'amiral.

Jamais!

Et depuis que notre mariage est décidé, ah! je suis bien heureuse!... Voyez- vous, je vous aurais toujours aimé, sans devenir votre femme! mais j'ai vu avec joie cette fête, parce qu'elle m'a donnée à vous en face de tous. J'avais compris que la petite étrangère pouvait vous être reprise ; cela vous faisait peur, — et à moi aussi. J'ai bien entendu quelquefois de méchantes personnes qui murmuraient : • Que lui est-elle? Rien! » et j'ai voulu vous être quelque chose. Mais mon cœur ne saurait vous appartenir davantage aujourd'hui qu'hier.

l'amiral.

Céleste figure!... Ma vie est en vous, vous êtes mon àme. Si vous m'aviez laissé pour un autre, si vous vous

étiez retirée de moi, c*est donc mon âme qui m^eût quitté, et votre départ eût fait ma mort...

Oh! mon ami!

l'amiral.

Et à présent, tu vas me donner la vie, la vie enchantée par la tendresse et par la beauté... Sais-tu combien tu es belle?;.. On te l'a dit souvent, n'est-ce pas?... Car vous êtes belle, le savez-vous, bien belle! — Mais tu trembles, tes yeux semblent près de pleurer... Qu'as-tu?

SMILIS, se levant lentement.

Je ne sais, je ne peux m' expliquer... Quand vous me dites vous, je ne sais ce que j'éprouve ! C'est comme un regret... comme si vous vous éloigniez de moi tout à coup... comme si je l'avais mérité !

l'amiral.

Oui. ..oui.. .il vient de me sembler tout à coup que vous n'êtes plus le même pour moi ! Certainement, vous me disiez tous les jours les mêmes choses, mais autrement, plus doucement; vous m'avez dit souvent que j'étais jolie, mais vous me faisiez un mérite plus grand des qualités que vous formiez chaque jour vous-même dans mon cœur et dans mon esprit. Vous me répétiez bien souvent que vous les préfériez à tout pour moi, et chacuae de vos paroles était toujours également tendre, calme, — paisible... Et à présent, vous me paraissez tout changé, et je ne sais pourquoi cela m'étonne et me donne envie de pleurer.

l'amiral.

Tout n'est-il pas changé, dès aujourd'hui?... Ne vous effrayez pas. ma chère mignonne!... Tout le monde ne vousa-t-il pas appelée : Afculame?... Vous voyez bien qu*il

Page 1