ACTE DEUXIEME
pendant vingt jours, le temps de la prendre pour femme... et alors... tu yois où j*en suis!...
RICHARD
Alors, sacrebleu!... il aura suffi d'un sentiment pour tuer ton courage ! Un soldat sera tombé pour avoir respiré un lis I Une fillette, avec deux paroles, peut renverser un homme de ta taille! et moi, forcé de partir, je vais te laisser à terre ! Souviens-toi qu'un marin doit avoir la force d'âme... l'héroïsme en habitude! et rappelle ta volonté pour commander ta douleur !
l'amiral.
...Elle pouvait avoir huit ans. Le jardinier lui était venu apporter un rouge-gorge pris de la veille. L'enfant le regarda tout le jour tristement, et, le soir, elle ouvrit la cage, elle prit dans sa main l'oiseau qui frémissait et le couvrit de baisers : « Je t'aime, je t'aime, » lui disait-elle, « et je voudrais bien te garder près de moi, dans ma chambre, où tu chanterais pour moi seule, pour moi toute seule ! mais ton nid t'attend, envole-toi I » — Voilà ce que j'aurais dû faire, la couvrir de baisers d'adieu et la donner à l'amour!... Tu vois, Richard, c'est ma fille.
RICHARD
Adieu, Kerguen. Il faut que je parte. Je vais au devoir 1
l'amiral, relevant la tète.
Au devoir!... Et tu pars sans m' avoir dit le mien !
Ils se serrent la main; Richard s'éloigne.
RICHARD, près de sortir, se retournant.
Au revoir, amiral!
L'amiral demeure accablé, la tête dans ses mains. Rideau.