ACTE TROISIEME
fêtes, beaucoup do fêtes ! Eh bien, s'il faut le dire, j'aimerais mieux naviguer!
RICHARD, riant.
Ah ! ahl Et l'amiral, lui, est-ce qu'il aimerait mieux naviguer?...
SHILIS.
L'amiral travaille beaucoup... il est fatigué... Le médecin m'a dit plusieurs fois de l'engager à prendre du repos; mais, lui, le travail le distrait... quand il ne travaille pas, alors, il est vraiment malade.
RICHARD
Il s'est remis, m'a-t-il dit, à ses travaux de savant?
Oui, et M. Georges s'y intéresse, mais Martin, qui doit mettre en ordre le laboratoire, n'est pas content du tout ; il dit que ça n'est pas son métier.
Pauvre Martini
Et il a bien un peu raison! Le métier d'un marin, c'est de courir les mers ! — Contez-moi votre voyage, commandant?
RICHARD
Je suis allé et je suis revenu, voilà tout. Ça n'est pas très intéressant !
SHILIS.
Gomment! pas une petite tempête! pas un homme à la mer, sauvé comme par miracle !
RICHARD
Non, rien de tout cela! Pas la moindre aventure!
Ah! c'est dommage! j'aime tant les récits de mer!
M. Georges, qui les conte fort bien, prétend m'avoir redit tous ceux qu'il connaissait! — Ah! quel beau métier que le vôtre, et quels braves gens que tous vos matelots, toujours en péril, et toujours de bonne humeur! Si souvent perchés là-haut, dans les cordes, par tous les temps, làhaut, près du pavillon!... Savez- vous, commandant, ce qui me plaît le plus à bord?
RICHARD
Je ne devine pas.
C'est le salut des couleurs, le soir, au soleil couchant. Je ne peux jamais y penser sans émotion, sans revoir tout en détail. — « Capitaine, il est temps de rentrer les couleurs. » — w Attention pour les couleurs! » (se lovant.) Alors tout le monde se découvre ; tous les mouvements commencés s'arrêtent; tous les regards s'élèvent, fixés sur le pavillon... « Envoyez! » — Coups de clairon ; coups de fusil; on entend le canon du port... Les couleurs descendent lentement le long du màt jusque sur le pont; — et cela veut dire ; encore un jour accompli! que la nuit soit bonne aux matelots! Et bienheureux ceux-là qui peuvent saluer, avec les couleurs de la patrie, — le soleil de la patrie !
RICHARD, à Georges.
Voilà pourtant des choses dont nous ne sommes plus émus, nous autres, à force de les voir.
GEORGES
C'est vrai !
SMILIS, galment.
Tiens, mais au fait, monsieur Georges, vous êtes encore là ! vous étiez si pressé de me quitter tout à l'heure quand j'étais toute seule! A présent que j'ai votre oncle, je ne vous reliens plus.