‹ Smilis: drame en quatre actes, en proseChapitre 58 sur 69 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

i^elles que vous choisissez sont toujours faites pour porter le diable en terre.

Ah I berce, berce et chante Le nom de mon ami.

Hélas I tu me Tas endormi, Méchante, Méchante !

Vous en parliez assez souvent, autrefois, des bois, des fleurs, de la merl... Eh bien! la voilà, la mer, et le reste ! Et Dieu merci, c'est assez joli ! Et, elle est assez près, la merl... Et cette terrasse! un vrai balcon au-dessus de Teau ! et à une belle hauteur ! Tellement qu'on se croirait dans le royaume du père La Lune, autrement dit le haut de la mâture ! Il y pourtant là de quoi se distraire, rien qu'à regarder!... Des chansons, vous en savez trop, et de tant vous répéter ce qu'elles racontent, cela vous entretient dans vos rêveries de malade. L'amiral le dit : il a raison.

Je veux, n'ayant au monde Que mon chagrin d'amour.

Je veux m'endormir à mon tour.

Sous l'onde,

Sous Tonde I

Celle-là, c'est toi qui me l'as apprise. (Eiie se lôve, aidée de Martin). Ne m'as-tu pas conté que c'est avec ces couplets que tu essayas de m'endormir pour la première fois, quand j'étais toute petite.

MARTIN

J'en conviens, j'en conviens I Ça n'est peut-être pas une raison pour la chanter aujourd'hui à tout propos ! Il y a des moments où les chansons deviennent plus tristes, parce qu'elles semblent se rapporter aux gens qui les disent... Votre santé inquiète l'amiral ; moi, la sienne aussi

me tourmente! Depuis plus d'un mois que nous flommesL à la campagne, vous êtes là tous deux à regarder la mer comme des gens à qui elle a tout pris, et qui attendent sur le bord un bateau qui ne reviendra jamais!... Voilà pourquoi je n^aime pas vos chansons !

Tu deviens bien méchant pour moi, Martin. Voilà que tu me reprends mes chansons, à présent.

MARTIN

Moi! je reprends quelque chose!... Moi, je serais méchant pour vous !... Je ne vous reprends rien; chantez ! chantez ! Le bon Dieu m'est témoin que je me jetterais à la mer pour vous aller pécher les étoiles!... Quant à les rapporter, par exemple, c*est une autre affaire! après tout, voilà l'histoire : il n'y en a pas d'autre ! on ne sait jamais ce que vous voulez! l'impossible, quoi! des bêtises !... Moi, je fais ce que je peux.

Il 8*éloigne comme pour sortir.

C'est vrai, Martin; aussi, je t'aime I...

MARTIN, s'arrètant.

Le voilà, le mot qui fait tout faire... même les grosses bêtises. (Revenant.) Tcucz, quand on est jeune, on croit que c'est difficile de mourir et même impossible !... mais regardez la grosse madame Nerval : elle semblait d'assez forte santé, celle-là! Eh bien! elle a passé! C'est pour dire qu'où meurt; que c'est dans les choses possibles, et que vous devriez bien — pour vous-même et aussi pour lui, — être un peu plus souvent de bonne humeur.

Tu as raison, Martin, mais comment faire?

MARTIN

Comment faire?... il y avait pourtant des gens qui

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