‹ Smilis: drame en quatre actes, en proseChapitre 59 sur 69 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

avaient la bonne chance de vous voir sourire, dès qu'ils arrivaient, du temps que nous étions à la Préfecture... Pour ceux-là, on savait sourire, — des yeux et de la bouche 1 on n'avait pas besoin de s'apprendre à l'avance I... Seulement, ils ne viennent pas ici, ceux-là. Il parait qu'ils ont leurs raisons ; ils se font toutes les semaines excuser par leur oncle...ll y a beaucoup de travail à la Préfecture! ...Mais l'oncle vient, et, comme c'est l'oncle, c'est déjà un grand bonheur, et on sait lui sourire, à lui, dès qu'on l'aperçoit au bout de l'allée I...

SMILIS, se levant.

Martin !

MARTIN

Martin ! Cette vieille bète de Martin se fait entendre, à ce que je vois !... On est ici avec les deux vieux et on s'ennuie I Les vieux sont devenus ennuyeux et on ne le leur cache pas ! Oh ! pour moi, ça m'est égal, — quoique came soit pénible. On s'habitue. Mais l'autre, vous n'y pensez donc pas ? Il est malade I Les médecins disent : il travaille trop ! et je dis, moi, que ça doit être aussi un peu pour oublier, en travaillant, le chagrin qui est en lui.

Crois-tu cela, vraiment?

MARTIN

Je ne dis pas que je le crois, mais enfin I c'est bon à vous dire !... Et, dans le temps qu'il se fait du mauvais sang en pensant à vous, je m'en fais, moi, en pensant à lui ! Car il ne faut pas croire que je n'aime plus que vous toute seule 1 J'ai les deux à aimer^ moi 1 Oui, moi, Martin, qu'on finira par oublier tout à fait, si je ne crie pas un peu ! Et je l'aime, lui, comme je vous aime, autant, et peut-être davantage ! hum !... Et pourquoi pas ? Depuis plus longtemps, en tout cas!... Et vous n'étiez pas née, que je l'aimais déjà! et il a plus besoin d'être aimé

que vous, lui, maintenant... Oh 1 il ne faudrait pas être jalouse!... la jalousie, ça fait trop de mal I... Tenez, fautil vous dire toute mon idée?...

Oui, oui... Martini Dis-moi toute ta pensée...

hàrtik.

Vous ne me bouderez pas?

SHILIS.

Parle, Martin, je fen supplie !...

MARTIN

Eh bien, il doit être jaloux 1... Eh oui ! il est jaloux! puisque je le suis, moi!... Je Tétais tellement à Toulon, que le service de Ghine^ où l'on servait le café à monsieur Faide de camp, est tout dépareillé!... Ce jeune homme me faisait trembler les mains. La jalousie, ça ne vaut rien pour la porcelaine!... Il ne faut pas nous en vouloir!... Ça n'est pas le plaisir qu'un autre peut vous faire qui nous fait de la peine... mais c'est l'idée que nous ne pouvons pas, à nous deux, vous faire le même plaisir!... Est-ce que vous me boudez?...

SMILIS, avec fermeté.

Non, Martin, non, au contraire, je te remercie!

MARTIN

Après ça, si je vous avais fait de la peine, vous savez, ça serait par bêtise... Tiens! j'entends la voiture... ça n'est pourtant pas l'heure où il arrive de la Préfecture... Le canon du port n'a pas encore tiré. — C'est lui!... c'est Tamiral... Souriez donc, pour le voir sourire!

Il sort.

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