SCÈNE PREMIÈRE
RICEARD, en petite tenue de capitaine de vaisseau, MARTIN, en
petite tenue de second maître*
RICHARD
... Comment I il a du monde à sa table I et il attend du monde? A cette heure-ci?
MARTIN
Oui, ils appellent ça une matinée!
RICHARD
Cest que je ne suis pas en tenue, moi.
MARTIN
Au contraire, commandant...
RICHARD
Oui, c'est juste, l'uniforme est toujours partout bien reçu.
MARTIN
Laissez-moi le prévenir, commandant.
Non, non, reste. J'entends surtout ne déranger personne! Reste donc là. Après quinze ans, je saurai attendre un quart d'heure!... Oui, mon vieux Martin, il y a quinze ans que je n'avais revu la France !... Je débarque... A peine avais-je le pied sur le quai de Toulon, qu'on mo présente un jeune officier... M. Georges Richard... C'était mon neveu!...
MARTIN
Ah! Votre neveu !...
RICHARD
J'arrivais des colonies, lui de Taïti... J'avais laissé un aspirant : je retrouve un lieutenant de vaisseau. Nous causons... nous nous sommes plu, et, dans deux jours, il viendra me rejoindre à Paris, où je ne suis arrivé, moi, que de celte nuit... Et voilà la vie du marin!... Tiens, il y aune demi -heure, une question de service me retenait encore au ministère, et bien que je n'aie pas vu l'amiral depuis quinze ans, bien que je meure d'envie de l'embrasser, je n'ai pas pu venir une minute plus tôt... Déjà quinze ans, mon pauvre Martin !
MARTIN
Quinze et deux, dix-sept !
RICHARD
Qu'est-ce que c'est?
L'âge de Smilis.