ACTE QUATRIÈME
Et qu'il m*a chargé de lui obtenir une permutation avec n'importe qui... Il veut aller au Sénégal, en pleine fièvre jaune !.. Enfin, il faut ton consentement, et tu vas donner, ici, ta signature, (il lui remet une lettre ouverte.) C'est Sa
demande au ministre.
l'a M IR AL, rejetant sur la table la lettre qu'il a parcourue.
Rassure-toi, Richard, il ne partira pas...
RICHARD
De mieux en mieux ! Pourquoi cela ?
l'amiral.
Mais, est-ce qu'elle l'aime, — elle?... (Avec dureté.) Et si elle ne l'aime pas, que m'importe! (Mouvement de Richard.) Croistu m'apprendre les sentiments de Georges? 11 me les a luimôme virilement avoués 1 Et c'est alors que j'ai emmené ici ma pauvre enfant. . . Je les ai séparés... Eh bien, elle a pour lui beaucoup d'amitié, elle le regrette certainement un peu, elle est souvent triste, parce qu'en vérité notre vie est trop solitaire. Elle s'ennuie peut-être !... Mais rien ne me dit qu'elle aime Georges. Pourquoi donc le faire partir?
RICHARD
L'éloignement est le grand remède. Je veux qu'il parte: il souffrira moins.
l'amiral, amèrement.
Tu as souffert quinze ans aux colonies. Pourquoi y restais-tu?
RICHARD, surpris.
C'était très différent! Mon métier de marin...
l'amiral.
Eh bien, qu'il reste et qu'il souffre ! C'est son métier d'homme.
J'exige, entends-tu, le départ de Georges.
L*Àlll1IAt.
Et iDoi, commandant, jusqu'À nouvel ordre, je vous le fifuse!
RICHARD, irrité.
En vérité!... Peux- tu m*expliquer ta conduite?
l'amiral, après réflexion.
Je crois, en effet, le moment venu, puisque tu veux absolument qu'il parte !... Écoute ceci, Richard : il y a longtemps que je me suis dit à moi-même ce que tu me répétais l'autre jour encore : le cœur de l'enfant reste libre ; elle aimera!... Et je n'ai pas éloigné ton neveu! (Mouvement de Richard.) Ai-jc souhalté qu'il l'aime et qu'elle l'aime? je ne peux pas le dire... par moments peut-être... je n'en sais rien! — J'ai souhaité sûrement que, si elle venait à aimer, ~ ce fût lui!...
RICHARD
Kerguen !
l'amiral.
Et si enfin elle l'aime, ~ et voilà ce qui me reste À savoir, —alors, n'ayant plus rien à craindre, plus rien à espérer... (Avec effort.) oui, je serai heureux!
RICHARD
Heureux ! — Deviens-tu fou? — Comment et pourquoi ?
Parce qu'elle a droit à la liberté, à l'amour, au bonheur, et que je l'aime assez pour vouloir les lui rendre : je les lui ai volés! Parce que, maintenant, je les lui dois deux fois : comme père, et comme larron! Parce que toutes les pensées terribles qui criaient en moi, souvienst'en,— la nuit de mes noces, — sont devenues les compagnes muettes mais inséparables... de ma vie, et s'appellent des remords! Parce que, depuis ce moment, Richard, je n'ai plus osé regarder droit au fond de tes yeux où l'a-