‹ Smilis: drame en quatre actes, en proseChapitre 9 sur 69 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

lel eademain, après ça» il s'en vint et me dit de sa voix clairette : • Matelot, huit jours de congé! Va-t'en voir ta maman, et, quand 'tu reviendras, tâche, matelot, d'avoir meilleur courage! » Et sacré nom d'un!... Bref,..

Je reconnais son cœur! Il a gardé ce cœur-là!

MARTIN

Bref, il n'avait pas trouvé ça tout seul, mais voici : il avait raconté au père comment je l'avais reçu avec ma politesse ; et son brave homme de père lui avait expliqué que j'étais neuf dans le métier, triste d'avoir quitté mon endroit. Alors, l'enfant avait dit : « Renvoie-le donc à sa maison! » Et le père lui avait appris ces quatre paroles : « Matelot, huit jours de congé; va-t'en voir ta maman ; et quand tu reviendras, tâche, matelot, d'avoir meilleur courage ! » Et voilà pourquoi l'amiral me ferait a faire l'arbre droit, » comme on dit chez nous !

RICHARD

La petite aussi, parbleu?

MARTIN

Au fond, je ne sais pas lequel des deux m'en ferait faire davantage. Après ça, on n'a pas besoin de savoir. Et lui, donc, si vous croyez qu'il commande avec elle 1 Ah bien, oui! il n'y a pas d'amiral qui tienne!... Il y a des fois où ça me fait l'effet que nous ressemblons à nos deux gros chiens de terre-neuve. C'est fort comme des loups, ces animaux-là, et quand la petite maîtresse leur dit : « A l'eau! » ça se jette net à la mer, pour rapporter quoi?... des baguettes de cerceau! Et à quelles fins, je vous le demande? — Pour une tape sur le museau! (voyant que Richard s'assied.) Est-cc que jc VOUS ennuic?

RICHARD

Je te l'aurais dit ; — mais tu parles bien et tu m'inté-

resses. £t tu peux continuer, si ton service ne Rappelle pas ailleurs.

MARTIN) ayao importance*

Ohl depuis longtemps, mon service a bien changé de figure; et malgré ma tenue (une vieiUe habitude, dont je ne veux pas me défaire!) il n'y a plus ici de matelot ni de second-maître depuis longtemps.

RICHARD

Et dé quel service as- tu été chargé, Martin?

MARTIN

. De Téducation de Smilis.

RICHARD

Est-ce qu'elle n*est pas achevée?

MARTIN

A peu près!... Je ne m'en suis pas occupé seul.

RICHARD

Je le pense!

MARTIN

L'amiral lui a donné d'autres maîtres, et de toutes sortes. Elle danse, elle dessine, elle musique! Ça fait tout bien ! Une sorcière du bon Dieu !... Dire que ça a été commode,Téducation, non. Songez donc!... Deux hommes!

RICHARD

Vous aviez quelque embarras?

MARTIN

Nous avions quelque embarras! Nous disions quelquefois : c II faudrait une femme » , mais nous nous en sommes passés!... Que de soucis, pour cette petite!... Nous avions surtout peur, dans les commencements, de lui donner des airs de petit garçon, de trop l'habituer à la vie de marin pour une fille ; mais nous avions compté sans le diable ! Le diable, c'est elle, qui a changé la question. Au heu que nous l'ayons élevée trop rude, elle nous a adoucis. Moi,

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