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LA TEMPÉRANCE

Nous venons élever la voix en faveur d'une noble et patriotique cause, celle de la tempérance.

Tempérance ! Que de fois ce mot a été prononcé par des voix pieuses et éloquentes, du haut des chaires de vérité !

Tempérance ! Que de pensées se détachent, que de sujets de méditation découlent de ce mot, auquel tous les peuples et nations, à quelque culte ou religion qu'ils appartiennent, donnent le même sens et la même signification !

Tempérance ! Voilà bien un mot qui est le meilleur synonyme d'ordre, d'économie, de bienêtre, de santé, de longue vie, de richesse, de dignité personnelle, d'union dans les familles, de grandeur individuelle et de grandeur nationale.

Aussi, personne plus que notre clergé et notre épiscopat n'a mieux compris la valeur de ce mot: (( Tempérance)), et de tout temps, ils ont dirigé avec succès des croisades anti-alcooliques, de même qu'ils se sont toujours mis à la tête des mouvements sociaux et religieux qui assurent le bonheur du peuple et protègent la moralité publique. Et dans cette nouvelle campagne contre l'ivrognerie, nos saints évêques ont poussé la condescendance

jusqu'à inviter des laïques à élever conjointement avec eux leur voix, aux pieds des autels, pour exalter et glorifier la tempérance.

Pour parler elficacement de tempérance, pour en faire ressorlir tous les profits et avantages, il nous faut mettre en regard les tristes ravages et les déplorables conséquences de l'ivrognerie, il nous faut dire hautement, sans détour et sans fausse honte, le mal que ce vice honteux, que ce ver rongeur de l'intempérance cause, tant à l'individu et à la société, qu'à la nationalité canadienne.

Entrons de suite dans le vif de notre sujet, en débutant par une question dont la réponse fera voir l'étendue de celte épidémie sociale qui a engagé l'épiscopat et les citoyens bien pensants à jeter un cri d'alarme au milieu de nos populations et à organiser une active et courageuse campagne contre l'hydre ignoble de l'ivrognerie.

Savez-vous quel est le montant des dépenses annuelles occasionnées par le commerce de boissons et de liqueurs enivrantes dans notre pays ? — Le croiriez-vous ?

Nous dépensons chaque année, pour l'usage des boissons alcooliques ($100,000,000) cent millions de piastres, tel que le font voir, d'une façon irrécusable, les statistiques officielles du Canada.

Cent millions de piastres ! C'est presque le budget du Parlement fédéral pour les dépenses

LA MORT PREMATUREE

générales du pays depuis l'Atlantique jusqu'au Pacifique,

$100,000,000 I c'est plus que le montant total du capital payé des 25 banques les mieux cotées du pays.

Cent millions de piastres ! C'est en moyenne, la valeur totale de la propriété taxable et non taxable de onze comtés de la province, y comprenant les terres défrichées et celles en bois debout, maisons, granges, écoles, collèges, couvents, presbytères et églises.

Cent millions de piastres ! dépensées non pour les nobles fins de l'éducation, de la colonisation, du rapatriement, ou d'œuvres de charité, mais jetées au vent et à l'eau, ou plutôt, pire que cela, employées pour acheter.... quoi ?— La maladie, la folie, la gêne, le chagrin, les larmes, la honte, le déshonneur, la mort prématurée, précédée de tous les tourments et de toutes humiliations.

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