‹ Socialisme & anarchisme: études sociologiques. DefinitionsChapitre 1 sur 6 · A» HAMON · texte numérisé non relu

A» HAMON

Le nouf^eau livre que va publier M, A. Hamoriy et pour lequel il me fait t honneur de me demander une préface^ témoigne de la méthode éminemment scientifique de son auteur.

C*€st en effet au coin de cette méthode que sont frappées toutes ses productions.

M. Hamon a certainement ses prédilections politiques et sociales. Mais dans la plupart de ses livres il fait abstraction de ses préférences. Comme Descartes et avec plus de succès que lui, il s'efforce de faire une table rase, de chercher ensuite la vérité et de la proclamer quelle quelle soit.

Et convaincu que, selon une antique exprèssion^ toute science est une langue bien faite, quHl n'y a pas de science possible là où les termes ne sont pas nettement définis, il s'efforce de définir avec une exactitude toute mathématique les exprès^ sions dont il fait usage.

Dans le présent ouvrage il s'efforce de préciser le

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sens des mots socialisme^ communisme, anarchie et des adjectifs qui en dérivent.

Le socialisme na peut-être pas présenté à toutes les époques les caractères qui en font aujourd'hui une doctrine nettement déterminée .

Comme presque toutes les conceptions humaines^ il a dû passer par les périodes métaphysique et conjecturale avant d'arriver à son stade positif. Il été sentimental avant de devenir scientifique ; et il fut une heure où Proudhon le définissait suffisam* ment en disant : « C'est toute aspiration vers Vamé^ lio ration de la société ».

Mais depuis lors Vidée est entrée dans une phase nouvelle ; et elle comporte aujourd'hui une définie tion sinon définitive, du moins en harmonie avec Vétat actuel ou V évolution Va amenée,

M, Hamon a cherché cette définition et nous estimons quil Va trouvée. Quiconque prendra la peine de le lire avec attention, de le suivre dans les recherches qui font de ce livre^ci un livre de pro» fonde érudition, d* analyser ses raisonnements et ses déductions, sera obligé de reconnaître que socialisme, anarchie, communisme, collectivisme sont bien des mots adéquats aux concepts représen^ tés par les définitions qu^il en donne.

Je n'aurais peut-être pas parlé de méme^ il y a

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quinze ans . A cette époque je n'étais pas collectif viste, et je croyais possible d* arriver à une égalité suffisante clés conditions sociales et à t affranchisse" ment économique du genre humain^ sans abandon^ ner le principe de l'appropriation individuelle des moyens de production.

Mais si je n'admettais pas la socialisation du capital, j'admettais Vaction de l'Etat comme cor^ rectif des effets de la concurrence^ et je considérais que par ce seul fait ma doctrine était socialistique. Je lui donnais le nom de socialisme libéral, Socia^ lisme était à mes yeux synonyme d^ intervention^ nisme étataire.

A ce moment^là je n aurais pas consenti à dire du socialisme que c^est une doctrine « diaprés laquelle les moyens de production sont socialisés ; en entendant par moyens de production : le sol, le sous-sol^ les eauXf les immeubles, la machinerie^ l'outillage en général. » Une telle définition m'au^ rait paru trop restreinte.

Je Vaccepte aujourd'hui. Elle n'a plus rien en effet qui puisse me choquer. Sous la poussée des événements^ et devant l'évidence des faits et des conclusions qui en déroulent^ j^ai du y en effet ^ reconnaître moi-même que le collectivisme, considéré comme étape vers le communisme, est seul capable de

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résoudre la question sociale; et d'autre part^ ceux qui se sont attardés dans la doctrine dont je me faisais autrefois le défenseur ont cessé de se récla^ mer du socialisme.

Après avoir défini le socialisme, M. Hamon s'efforce d'en différencier la forme communiste de la forme col' lectivistcllconsidère le vocable acollectivismeib comme s appliquant soit à une doctrine sociale diaprés laquelle ^ seuls, les moyens de production devraient être possédés collectivement, soitàMne forme sociale dans laquelle cette possession collective serait réalisée. Quant au mot communisme, il le réserve à « un sys^ tème de société dans lequel — doctrine sociale d'après laquelle — les moyens de production et les objets de jouissance y c'est-à-dire toutes les choses appro^ priables par VliommCy sont possession commune. »

Peut-être sur ce dernier point quelques réserves seraient^elles justifiées^

M, Hamon, en effet, dans le livre même, s'exprime ainsi :

a On remarquera d'ailleurs que, quelle que soit la doctrine d'après laquelle la propriété est sociali" sée, l'esprit humain ne peut concevoir une forme sociale d'où la propriété individuelle serait com^ plètement exclue^ oà le vêtement, par exemple, ne serait pas propriété individuelle, »

PRÉFACE il

Ceci semble contredire sa définition.

En réalité ce qui distingue le communisme du collectivisme t c^est le mode de répartition des richesses. Dans le collectivispie^ le produit du travail est acquis à Vouvrier sous la forme de salaire, et V acquisition par chaque individu des objets de consommation se fait comme aujourd'hui. Dans le communisme, tout salaire disparaît et le consommateur prend au tas les objets dont il a besoin sans avoir à les payer, La consommation n*a plus d'autre mesure que les besoins de chacun,

M, Hamon, il est vrai, écrit plus loin : « La différenciation du communisme et du collectivisme git en la

répartition des produits , Dans le premier système, les objets de jouissance sont possédés en commun ; la formule de répartition des produits est : à chacun selon ses besoins. Dans le second système, les objets de jouissance sont possession privée^ indivis duelle; la formule de répartition des produits est : à chacun selon ses œuvres. Dans les deux systèmes les moyens de production sont possession collective ou commune ».

Ceci suffit pour préciser Vidée qu'il se fait des deux systèmes. Pourtant j'e me perntettrai de lui proposer une modification à ses définitions du communisme et du collectivisme. Je dirais :

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COMMUNISME : variété du socialisme* Système de société dans lequel — doctrine sociale diaprés laquelle — en outre des moyens de production, sont possession commune lés moyens de jouissance, c>st-à-dire toutes les choses appropriables par rhomme jusqu'au moment où ils sont entrés dans la consommation.

COLLECTIVISME ; variété du socialisme. Système de société dans lequel — doctrine sociale d'après laquelle — > seuls, les moyens de production sont possédés collectivement, les produits étant virtuellement, même pendant leur séjour en magasin, la propriété de ceux qui doivent éventuellement les acheter.

Ainsi libellées^ les définitions me paraîtraient plus précises. Etant données toutefois les explications fournies par M. Hamon, les siennes peuvent être considérées comme suffisantes telles qu^ elles sont présentées.

En ce qui constitue V anarchie , aucune discussion n'est possible, et la définition de Hamon est rigou^ reuse lorsqu'il la formule comme il suit :

« ANARCHIE : Etat de société sans gouverne^ ment, sans pouvoir, sans autorité constituée, »

« ANARCHISME : Système^ doctrine ou théorie — ou ensemble de systèmes, de doctrines, ou de

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théories — relatif aux sociétés en Etat d* anarchie. »

On se demandera peut-être s* il était bien néces^

; saire de se livrer à des recherches aussi longues et

aussi laborieuses pour arriver à défiûir des idées sur

lesquelles plus ou moins tout le monde semble être

d^ accord.

Cette utilité ne me paraît pas contestable, et elle apparaît dans la seconde partie, du travail où M, Hamon établit, avec une rigueur absolue de démonstration, que si toutes les doctrines anarchie ques ne sont pas d^ordre socialistique, certaines d'entre elles et les plus répandues, Vanarchisme communiste et Vanarchisme collectiviste, le sont.

Or cest là ce quHl importait d'établir solidement, pour en finir avec les divisions violentes qui séparent actuellement les écoles anarchistes des écoles socia^ listes.

Rien ne met les individus aux prises avec plus de force que les discussions sur les voies et moyens. Deux hommes poursuivent un but commun : Véga^ lité et la liberté économiques. Mais Vun croit y arriver plus vite et plus sûrement par des mesures auto* * ritaires, tandis que Vautre espère un résultat plus certain et plus rapide de V action libre des individus. Aussitôt deux écoles apparaissent qui se lancent Vanathème à la grande joie des ennemis du progrès.

C^est contre cet état de choses fâcheux que tous nous datons nous élever. Réunir en un faisceau compact toutes les forces de V avenir pour les opposer à celles du passé, c''est hâter Vheure d^une humanité meil^ leure. Aucun effort ne saurait être qualifié d^ inutile qui vise à ce but»

Moi-même je m^y suis employé dans V ouvrage que f ai publié en 190k L'Anarchie et le Collectivisme.

M. Hamon s'y emploie à son tour en réunissant en volumes de nombreux articles qu' il avait autrefois publiéSf en 1895 et 1897, et quHl complète aujourd* hui.

Il faut V approuver d'autant plus vivement que les discussions qui divisent les . anarchistes des socia-^ listes sont d'ordre presque métaphysique et reposent sur des mots plus que sur des faits.

Les anarchistes se déclarent ennemis de tout gouvernement, mais ils ne se déclarent point ennemis — M, Hamon en fournit des preuves décisives — de tout ordre, de toute administration. Ils veulent seule-' ment remplacer V ordre autoritaire d' aujourd'hui par tordre spontané de demain, le gouvernement des hommes par le gouvernement des choses. Mais sontils si éloignés qu'ils le croient des collectivistes ?

f écrivais il y a un an dans V ouvrage que je viens de citer :

PRÉPÀCE ^^

« Personne au monde, sauf peut-être mon ami Jules Guesde, ne songe à établir la société noui^lle sur des bases simplistes, autoritaires, et à faire du monde une caserne et un couvent. La production ne pourra devenir commune quen se répartissant sur une foule de groupes spontanés, où Vindépendance de V individu serait infiniment mieux garantie que de nos Jours, et où toutes les vocations et toutes les ini^ tiatives seraient respectées.

« Fournière a écrit à cet égard de belles pages dont la lecture ne saurait être trop recommandée. Sous ce rapport, les collectivistes professent au fond les- mêmes espérances que les libertaires les plus résolus,,, »

Alors f A quoi bon des querelles portant sur des questions que nos fils auront à résoudre peut-être ^ mais qui ne se posent certainement pas actuellement pour nous ?

Les collectivistes espèrent de Vavenir un ordre social dans lequel toute les libertés seront respectées ; et sur ce point les anarchistes peuvent se montrer satisfaits, D^ autre part les plus ardents libertaires préconisent Vemploi de moyens révolutionnaires énergiques pour imposer la refonte de V ordre social. C'est même parce quHls n^ admettent pas de trans^ formation sans révolution violente, c est parce quHls

ne croient pas à la possibilité d* opérer un changement social complet par la {volonté réfléchie et légale de tous, quils sont révolutionnaires. Or qui dit Révolution, dit autorité à son degré suprême.

Nous sommes donc tous d^accord sur ces deux points : — V avenir doit être un avenir de liberté ; mais pour y atteindre, il faut que nous utilisions tous les moyens qui s"* offrent à nous et nous paraissent efficaces pour renverser V ordre social actuel.

Que ces moyens soient d'ordre législataire dans les moments où les circonstances ne se prêtent pas aux mouvements révolutionnaires', ou que de préfé^ rence ils prennent le caractère de révolution toutes les fois que les circonstances s'y prêtent, — Peu importe ! Tous sont bons à des degrés divers ; tous à leur heure doivent être employés.

Ensuite on verra à résoudre les questions secondaires ; et comme on sera aux prises avec les faits, on sera mieux à même de le faire que nous ne le serions, nous qui ne pouvons chercher nos solu" tions que dans des hypothèses et des conjectures.

Stackelberg le concevait lorsqu'il y a quelque temps, il affirmait la nécessité pour tous les révolu^ tionnaires de s'unir sous un même drapeau, en dehors de toute église et de toute àhapelle, Hamon donne, à son tour, un puissant levier à quiconque pense de la

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sorte^ en montrant les similitudes existant entre des écoles qui s'anathéniisent et se croient ennemies irréductibles^ alors qu*en réalité elles poursuivent un but commun.

Je ne saurais donc que donner mon entière approbation à V œuvre qui va paraître : e/, m'étant moi" même attaché à une œuvre semblable dans mon livre dernier, je suis très reconnaissant à Vauteur de celui-ci de Voccasion quil me procure d^affirmer une fois de plus le devoir qui sHmpose aux parti"» sans de la Révolution, à quelque école qu'ils appar^ tiennent, de se grouper et de faire face à la réac^ tion.

<c In hoc sîgno vinces », portait le labarum de Constantin, Sous ce signe tu vaincras, dirons^nous à notre tour aux précurseurs qui préparent la société future. Et ce signe, c'est celui de la Révolution sans distinction d'écoles et sans épithète,

Alfred NAQUET.

Alicaute» janvier 1905.

Définition du Socialisme et de ses variétés

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