DU SOCIALISME
Individualistes purs, loin de se prétendi adeptes du socialisme, ils le repousseï énergiquement. L'étudiant des deux doi trines constate qu'elles n'ont rien d commun.
L'anarchisme communiste a ses suivani en France, Allemagne, Italie, Autriche; en est, moins nombreux, en Grande-Brt tagne, Pays-Bas, Nord- Amérique,Espagn( Belgique. L'anarchisme collectiviste e:
surtout représenté en Espagne, en le Sut Amérique ; là ils forment la majorité df « socialistes n; un petit nombre d'eux s rencontre en Allemagne, en Italie. L'anai chisme mutuelliste n'a plus que quelque représentants en Europe et dans le Nort Amérique.
Ces trois doctrines, de l'espèce « anai chisme», ont en dehors du caractère con mun qui les spécifie « anarchisme », u autre caractère commun qui est: la soci; lisation des moyens de production.
Ce sont ces trois anarchismes (commi niste, collectiviste, mutuelliste) que d'ai
is — parmi eux leurs adeptes — affîrnt être socialistique.
ja question à résoudre est donc : Les irchismes communiste, collectiviste, tuelliste, sont-ils des espèces de la lille « socialisme n? Leurs adeptes sontdes socialistes (1) ?
) Noos (eroni lo démonstration en ce qi ■chistes-coininuaistcs et collectiviates, car ils Bont les nombreux, lea anurcUatas-muluelliste* étabt quasi-
Pour répondre à cette demande d'une façon impartiale, il importe d'interroger les anarchistes-communistes ou collectivistes, ensuite les socialistes non anarchistes, puis les historiens, enfin les auteurs de dictionnaires et d'encyclopédies.
Bakounine, un des pères de l'anarchismecommuniste et collectiviste moderne, s'afBràia nettement « socialiste » dans les divers Congrès de l'Internationale ou de la Ligue de la Paix et dé la Liberté auxquels il prit part. D'après lui « la liberté sans le socialisme, c'est le privilège, l'injustice ; le socialisme sans la liberté, c'est l'esclavage et la brutalité » (1)
(1) Ces assertions figurent dans un vœu qu'il soumettait au .Comité central de la Ligue de la Paix et de la liberté en 1867. Voir p. 59, Œuvres de Bakounine, chapitre <f Socialisme » ; Tol. in-18, Paris, 1895.
434 SOCIALISME ET ANARGHISME
Comme Bakounine, ses adeptes se déclarèrent partisans du socialisme. Nous en avons la preuve dans les circulaires de la Fédération régionale espagnole de l'Association Internationale des Travailleurs (1), dans les Congrès ouvriers (2) et de l'Union ouvrière catalane (3). En 1885 se publiait à Reus Primer Certamen Socialista^ réunion de travaux récompensés à un concours organisé « dans le but de contribuer au développement du mouvement socialiste ouvrier ». Un des mémoires dû à D. Tarrida del Marmol étaitconsacré à définir et exposer clairement « les mots athéisme,
(1) Circulaire n* 6, 2 juin 1881 : « Les ouvriers socialistes révolutionnaires espagnols espèrent... Recevez les saluts fraternels de ceux qui vous souhaitent anarchie et collectivisme. »— Circulaire n« 2, 14 octobre 1881, même formp de salut.
(2) ({ Le Congrès ouvrier (24 au 26 septembre 1881, Barcelone) se déclare collectiviste quant à la propriété,
'anarchiste et autonomiste quant à l'organisation sociale.» (Manifeste publié après le Congrès.)
(3) Celle-ci se décida à l'unanimité pour le « socialisme anarchiste ». (Congrès du 25 mars 1881.)
ANÀRGHISME, FRACTION DU SOCKàLISME ? 135
anarchie et collectivisme (1) considérés comme bases de l'émancipation du quatrième état » . Dans ce même volume, sous le titre « Organisation et aspirations de la Fédération des Travailleurs de la région espagnole » on lisait (p. 9) que « ses aspirations se condensent en ces mots anarchie, fédération et collectivisme ». Sur le même sujet figurait un autre mémoire où nous trouvons ces lignes (p. 32) : « Dans le camp socialiste, deux tendances se firent alors sentir: celle appelée anarchique, celle appelée autoritaire. »
En 1887, Torgane des anarchistes-collectivistes espagnols, El Productoj\ écrivait que, en Espagne, les travailleurs « socialistes », sont divisés en quatre parties :
1° les anarchistes-collectivistes ; 2° les anarchistes-communistes ; 3° les possibilistes ; ^ 4*» le parti ouvrier. Actuellement, un des livres de propagande des partis anarchistes collectiviste et communiste d'Espagne
(1) Les paçes 92 h 94 sont sur l'anarchie seule.
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i36 SOCIALISME £T ÀNARCHISMË
est Stgundo Certamen Socialista^ renfermant des études sur Tanarchie de Sergio de Gosmo et surtout de Ricardo Mella qui a écrit : « Aujourd'hui, le principe anarchique triomphe définitivement dans le camp socialiste.... (1) »
Les Portugais, marchant dans l'orbite tracée par les Espagnols internationalistes, furent eux aussi des anarchistes-collectivistes et communistes (2). Ainsi le journal A RévoltUy qui en 1892 et 1893 se publiait à Lisbonne, portait le sous-titre de « revue hebdomadaire du socialisme anarchique »
Passons au Nord-Amérique, car le Sud- Amérique n'est qu'un écho de l'Espagne ou de ritalie. Les journaux, les revues, les brochures sont là-bas, en Brésil, eli
(1) UAnarchia nella Scienza e nell Evoluzione^ p. 18. Traduction italienne d'une étude de R. Mella qui se trouve dans Segundo Certamen SocialUta,
(2) En une brochure de propagande anarchiste-collec* tiviste et communiste, Da Propriedade^ en 1872, Eduardo Maia écrit :« La doctrine de l'Internationale se résume en ces deux affirmations les plus importantes du « sociaisme » moderne : l'anarchie %i le collectivisme... »
ANARGHI8MB, FRACTION BU SOCIALISME? iB7
Argentine, en Uruguay, le plus souvent d'auteurs espagnols — nous venons de voir leur opinion — et italiens — nous verrons plus loin leurs idées à ce sujet.
Donc, passons au Nord-Amérique. En 1887, à Chicago, étaient exécutés quatre hommes ; A.-R. Parsons, Spies, Engel.
Adolphe Fischer; Lingg s'était suicidé; Samuel Fielden, O. Neébe, Michaël Schwab étaient condamnés à la prison à vie.
Ces « martyrs » de Chicago — ainsi ils sont nommés par les adeptes de toutes les écoles socialistiques — s'affirmèrent anarchistes-communistes. Ce fut pour l'anarchie que tous furent condamnés et maints exécutés. Or, en leurs plaidoiries devant la cour, nous lisons : « Nous ne sommes « pas des bétes. Nous ne serions pas des « socialistes si nous étions des bétes « (Spies) (1) Le socialisme, tel que
(1) C'est aussi dans ce discours de Spies que nous IrouTons : <( Seul le socialisme peut développer rindiyidualité, car alors Thumanité sera indépendante économi^ement... L'anarchisme, ou « socicdisme », signifie la
i3S SOCIALISME ET ANARCHISME
a nous le comprenons, signifie que terre et « machinerie seront possédés en commun « par le peuple (Schwab) (1).... Déjà, au- « jourd'hui, le socialisme est sur le banc « des accusés dans cette cour (Engel)C2).
c< Dès ce moment, je devins un socialiste « J'ai défendu les principes du socialisme,.
<£ et pour cela, non pour une autre raison, « je suis ici et serai condamné à mort
« (S. Fielden)(3) Je suis jugé ici com-
« me socialiste. Je suis condamné comme « socialiste (A.-R. Parsons) (4) Tout
réorganisation de la société sur des principes scientifiques et l'abolition des causes qui produisent vices et crimes... » {The Chicago Martyrs, pp. 10, 11, 12, 4« édition, 1894.)
(1) Op. cit., p. 14.
(2) « C'est ma ferme conviction, dit-il encore, que dans un temps court comparativement, la grande masse des prolétaires comprendront qu'ils peuvent seulement par le socialisme briser leurs liens... L'attorney statal a dit : « L'anarcbie est en jugement. » Ànarchisme et socialisme, se ressemblent, selon mon opinion, autant qu'un œuf ressemble à un autre. » (Op. cit., pp. 25 et 26.)
(3) Op. cit., p. 30. A la page 45, on lit: « Si ma vie doit être prise pour la défense du socialisme et deTancu^chie... je vous la donne avec bonheur. »
(4) « Aujourd'hui, dit Parsons, il y a deux genres dis" tiucts de socialisme dai^s le mouvement ouvrier mondial*
« anarchiste est socialiste, mais tout socia- « liste n'est pas nécessairement un anar-
« chiste (A. Fischer) (1) » Dans la
boiiche de O. Neebe, nous trouvons souvent ces mots: « Nous socialistes.... (2).»
Rappelons pour mémoire qiieSolidaF'ity, journal qui se publia à New- York en 1892 et J893, auquel collaboraient Van Ornum, W. Holmes, W.-G. Owen, J. Edelmann, anarchistes-communistes notoires, portait un sous-titre indiquant que cet organe était consacré à la défense du
Un est connu comme anarchisme, sans gouvernement politiqfue ou autorité ; l'autre est le socialisme d'Etat ou /?«ternalisme ou contrôle gouvernemental de chaque chose.. » {Op, cit., pp. 80, 81.)
(1) On lit encore de Fischer : « La philosophie du socialisme est une philosophie générale et comprend plusieur^ doctrines subordonnées distinctes... (Parmi elles l'anarchisme, cela résulte du contexte)... Politiquement nous sommes des anarchistes et économiquement des communistes ou socialistes. » (Citation faite par Domela- Nieuwenhuis dans l'article « Le Socialisme en danger. » Société nouvelle, 1894).
(2) Op. cit,, p. 19. Observons que les condamnés de Chicago usent des termes « anarchie » et « anarchisme» pour parler du communisme anar chique.
140 SOCIALISME ET ANÂBCHISME
socialisme anarchique. Un May day Mani" festo de 1892 à New- York est signé : Un groupe de « Socialist-Anarchists ». En septembre 1893 se réunissait à Chicago une Conférence d'anarchistes-socialistes et toutes les gazettes (1) du communisme et du collectivisme anarchiques en rendaient compte. Or le comité d'organisation, sous la signature de son secrétaire W. Holmes, avait lancé le 5 août 1893 une circulaire où nous lisons: « Les anarchistes-socialistes se proposent de tenir une conférence internationale en cette ville (Chicago)... Nous nous appelons nousmêmes anarchistes-socialistes parce que nous croyons comme anarchistes à la complète souveraineté deTindividu....; comme socialistes, nous croyons dans la fondamentale proposition du socialisme c'est-àdire : que les moyens de production fournis par la nature doivent être à la libre dis position de tous ceux qui désirent en user.»
(1) Freedom (de Londres), La Révolte (de Paris) notamment.
ÂNARCHISME, FRACTION DÛ SOOlALlSME ? Hl
La brochure The Chicago Martyrs^ où nous puisâmes les citations de Spies, Engel, etc, est une des brochures de propagande les plus répandues par les anarchistes-communistes de la Grande- Bretagne. La quatrième édition publiée par le « Glasgow Anarchist Communist Group » contient une préface d'après laquelle le groupe se considère comme « socialiste » révolutionnaire. Liberty^ journal du communisme anarchique, comme cela figure sur la couverture, a publié : « Comment et pourquoi je devins socialiste », de J. Sketchley. Collaborent à cette feuille, éditée par J. Tochatti, nous dit l'annonce, « tous les meilleurs écrivains et penseurs dans le mouvement socialiste ». D'ailleurs, ce journal a édité des brochures, et Tune, due à un anarchiste, Conrad Naewiger, a pour titre : Why I am a Sotialist and an Atheist (1). D'autres opuscules de la
(1) Pourquoi je suis un socialiste et un athée.
même collection sont dus à des social-démocrates, tel celui signé G. Bernard Shaw:
Why I ara a social démocrat. Citons encore, Why I am an anarchist-socialist^ par Errico Malatesta qui collabore aussi à The Torchy feuille anarchiste-communiste. Icelle édita des brochures de William Morris qui s'affirme non-anarchiste, qui fut fondateur de la Socialist ^League et auteur de News front Nowhere^ œuvre considérée par tous comme communiste anarchique. Le groupe freedom^ dont Kropotkine fait partie, a publié, dans les « Freedom Pamphlets », deux brochures (1) de Malatesta, où cet anarchiste revendique le titre de socialiste* Ce même groupe publie une feuille mensuelle, Freedom^ dans laquelle nous voyons un Russe, W. Tcherkesov, affirmer que le communisme anarchique est le seul socialisme (2). Nous possédons
(1) A Talk about Anarchism-Communism bettveen ttvo workers. — Anarchy
(2) <( Socialisxa or Democracy^ , Fr««c2om , j uin et j uillet 1 8M» 4
ANARGHISME, FRACTION DU SOCIALISME ? i43
diverses réclames distribuées dans les rues en Grande-Bretagne pour annoncer des meetings anarchistes et nous voyons figurer ces mots « anarchist-socialism ».
Ces petits placards émanent de groupes anarchistes; ceux dont nous parlons viennent de Leicester et datent de 1892.
Dan$ une autre pièce émanant des groupes anarchistes communistes de Wallsall(1892), nous lisons : « Nous, anarchistes-socialistes, nous n'aurons... » En 1893, « The Aberdeen Revolutionary Socialist Fédération »
changea ce nom en celui de « The Aberdeen Anarchist-Gommunist Group ».
Dans un appel aux femmes émanant du groupe londonnien du Coinmonweal (vers 1892), nous voyons encore l'expression :
« Nous, socialistes-anarchistes... »
En Allemagne, depuis 1895, le journal Der SozialistçoTieXe sous-titre « organe du socialisme anarchique ». Auparavant — en 1892-1893 — tout en ayant même attitude, son sous-titre était « organe des socialistes indépendants » ou « organe de tous les
144 SOCIALISME ET ANABCHISME
révolutionnaires ». Son éditeur, alors Werner, connu comme anarchiste, publia une « bibliothèque socialistique » où nous trouvons divers opuscules dus à P. Kropotkine, P. Kampfmeyer, etc. Le journal des anarchistes-communistes et collectivistes autrichiens fut Die Zukunft\ en sous-titre : <i Organe des socialistes indépendants. »
En Danemark, les socialistes indépendants ont un organe, Arbedjereny dont le directeur est Nicolaï Petersen et le public, souventes fois, considère cette feuille comme anarchiste et elle Test dans les mêmes conditions que Der Sozialist ou Die Zukunft.
Dans un petit chef-d'œuvre de clarté, Anarchia^ E. Malatesta, le communiste italien, écrit : « La véritable anarchie ne peut pas exister sans solidarité, sans socialisme... De ce que nous venons de dire, il est évident que l'anarchie, telle que la conçoivent les anarchistes, telle que seulement elle peut être comprise,
est basée sur le socialisme... (1). » Dans une autre brochure du même Malatesta nous lisons : « Les socialistes sont divisés en deux grandes fractions, correspondant à deux courants d'idées. Les uns, les autoritaires; les autres,lesanarchistes.. . (2).» On trouverait encore même manifestation socialiste dans Fra Contadini (Entre Paysans), opuscule de Malatesta qui fut moult fois publié en toutes les langues.
Un des éditeurs fut à Londres, en 1890, le groupe anarchiste « L'associazione »
qui publia une série de brochures — cinq — sous le titre générique de « propagande socialiste ». Un autre éditeur à* Entre paysans fut le journal socialiste (3)
(1) On lit encore : « Nous pouvons justement dire que e est synonyme avec socialisme... Nous combattons
our l'anarchie et pour le socialisme parce que l'anarchie et le socialisme doivent être mis en pratique aussitôt que possible... » (pp. 30, 31, 36 dePédition anglaise).
(2) La Politica parlamentare nel moifimento socialista p. 17.
(3) Édité en 1891 à Terni et en 1892 à Firenze, il portait le sous-titre « périodique socialiste ». Son programme était une déclaration socialistique contenant cette ligfne :
146 SOCIALISME BT ANÂRCHISMB
italien La Plèbe qui faisait paraître une bibliothèque « composée d'une série de -petits volumes in-32 d'opuscules socialistes très bien choisis ». Parmi ces opuscules figuraient UAnarchia, de Ricardo Mella, Anarchia e CommunismOf de Gafiero. A Milan, en 1891, s'éditait une « bibliothèque populaire socialiste » renfermant, à côté d'œuvres de social-démocrates, des travaux d'anarchistes, tels Prigione e Battaglie^ de Pietro Gori. De même, des œuvres de social-démocrates et d'anarchistes sont recommandés, comme bro-
« Avant tout, nous sommes socialistes. » Cependant cette feuille socialiste ouvrait une souscription en faveur des quatre anarchistes garrotés à Xérès. — Cette déclaration de principe d'un « périodique socialiste », La Plèbe (n* du 18 octobre 1891), se retrouve textuellement dan^ un journal anarchiste qui se publiait à San Paulo (Brésil). Elle figure à la première page de VAt^veniret n» 1, année 1, 18 novembre 1894, sous le titre; « Ce que nous sommes, ce que nous voulons ». Dans le n<* 2 de cette même feuille, Pietro Gori expose « ce que sont et veulent les socialistes-anarchistes ». Cette qualification est opposée à celles de socialistes légalitaires et de républicains socialistes. It'Avvenire se publiait mi-italien, miportugais.
chures de propagande, par la feuille socialiste Uguaglianza Sociale (Marsala); par la gazette communiste anarchique Operaio (Tunis). D'ailleurs, en ces journaux, les termes anarchistes et socialistes sont synonymisés (n^' des 24 septembre 1893, 27 novembre et 18 décembre 1887).
* L'anarchiste Luigi Molinari, dirigeant à Mantoue le journal anarchiste LctFavilla
^ (1893), éditait une « bibliothèque de propagande socialiste anarchique ».
En avril 1894, à Ghieti, on jugeait Camillo di SciuUo, rédacteur du Pensiero^ feuille anarchiste-communiste. Interrogé, il se déclara socialiste-anarchiste. Le défenseur était Pietro Gori qui plaisanta l'accusateur public de vouloir s'opposer « à la marche irrésistible du socialisme anarchique dans la société moderne » (1). La même année, un groupe d'Italiens lança
(1) Biblioteca del Pensiero. — Il nottro Procetso, la Difesa de Pietro Gori, pp. 27, 30. Ghieti, 1894. — Dans la plaidoirie de Gori, à chaque instant revient Pexpression «c sociatliste-anarcbiste ».
i48 SOCIALISME ET ANARCHISME
une circulaire, projet de Federazione irt" iernazionnle fra socialisti-anarchici-rwo' luzionari (1). Son but était de propager les principes socialistes anarchiques. Tout récemment encore, Michèle Robertucci publiait, sous le titre de Superiovità délia formula socialista-anarchica (2), un véritable éloge du socialisme anarchique.
Nous y découpons ces lignes : « L'anarchie n'est que le complément du socialisme : Tous deux ne représentent pas une antithèse, mais ils se complètent et se résolvent en une synthèse parfaite. L'anarchie pour nous équivaut à la vraie liberté et le socialisme sonne à notre oreille comme la véritable égalité ; la première se réfère à la question politique, le second à la question économique. » Il nous faudrait citer presque toute la littérature
(1) Cette circulaire fut publiée aussi en anglais dans Liberty de Londres, The Solldarity de New -York, El Despertar de New-York et, si notre mémoire est bonne, dans quelques journaux du Sud-Amérique et de l'Espagne.
(2) Questione sociale de Paterson (U. S. A.), 15 juillet
AlfARCHISME, FRACTION DU SOCIALISMII ? 149
des anarchistes-communistes italiens, si
nous voulions relever les affirmations de
^4eur socialisme (1) qui se fit bruyamment
en le procès célèbre de Cipriani et <"
compagnons, le 14 octobre 1891. à Roi Le défenseur Vittorio Lollini in l'évangile du « Partito Socialista-R zionario-Anarchico italiano » dont fai partie Cipriani et ses autres clients, « suivis comme association de maifai seulement parce qu'ils professaien théories anarchiques ». Expliquant, '
(1) Retalons taotcfois que E. Hilano, dans Prin ait' Anarchia, — brochure dont la premiire édi publiée par le Sempre Avanli, — parle de» deux é socialisme ; v De l'une font partie les socialiste» vistes légalituires, de l'autre, les socialistes comm anarchistes, n Fréquemment il dit : Les socielisti chiBtes. — L'Amico deï Pojiolo (Uilan 1894) avait titre : « Journal d«s socialistes-anarchistes », al la Lotla Mociale (Uilan 189Ï] avait celui-ci : « Revi tiSqne du sociBlIsme anorcbique. t
(2) Voir la brochure Gli Anarckiei loao Mai pp. 6, 9, 11. Cette brochure, qui «st In plaidoirie lini, fui publiée par VEmancipaiioni, journal rép qui, en la préface, se défend d'être anarchiste. 1 de ce procès que Cipriani est un aoctalislc-annrc)
150 SOCIALISME ET ANARCUlSxME
quant cet évangile élaboré au Congrès de Capolago en 1890, V. Lollini put dire :
« Donc les socialistes-anarchistes veulent abolir la propriété individuelle etTÉtat... » En un manifeste italien, sans date, mais postérieur à 1890 et antérieur à 1894, nous lisons : « Les socialistes-anarchistes au peuple italien. » Parmi les signataires, je trouve les noms de Amilcare Gipriani^ Enrico Malatesta, Saverio Merlino, etc.
Actuellement, en Italie, Pietro Gori et Luigi Fabbri publient une revue II PensierOj Luigi Molinari en publie une autre, UUnwersità Popolare où chaque jour s'affirme le socialisme des anarchistes italiens. En ces revues à côté des communistes anarchistes, collaborent d'autres écrivains socialistes.
A ce point de notre démonstration, nous pouvons justement dire que \ious avons prouvé péremptoirement que les anarchistes-communistes et collectivistes de langue espagnole, anglaise, allemande, italienne, prétendent relever du socialisme.
ANÀRCHISMB, FRACTION DU SOCIALISME ? i^i
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De même font les anarchistes-communistes de langue française. Alors que VAi^enir de Genève publie la brochure Anarchie de Malatesta, nous voyons VEntre Paysans du même publié par la Réçolte et divers groupes communistes-anarchistes en France. D'ailleurs, lorsque, en 1879, parut le Révolté, Torgane anarchiste de Kropotkine, Reclus, etc., il portait en sous-titre « organe socialiste » et cela jusqu'en 1884. Quelques ans plus tard, en 1886 ou 1887, nous voyons P. Kropotkine conférencier sur r« Anarchie dans l'Evolution socialiste », conférence éditée en une brochure de propagande (1). Mais à Londres, du 14 au 19 juillet 1881, n'y eutil pas un congrès international anarchiste
(1) En icelle nous lisons : « Pourquoi parmi tant d'autres écoles socialistes venir fonder encore une école de plus, Técole anarchiste?... Encore faut-il savoir à qui incombait la gérance du patrimoine commun, et c*est sur cette question que les écoles socialistes se trouvent surtout divisées, les unes voulant le communisme autoritaire et nous autres nous prononçant franchement pour lo communisme sinarchlste,.. » (pp. 1, 1^),
15â , SOCIALISME ET ANARCHISME
OÙ les Français étaient largement représentés (1) ? Et ce congrès a donné un nom au parti : « Association internationale des Ouvriers socialistes révolutionnaires ».
Un groupe communiste-anarchiste, dont faisaient partie S. Merlino, E. Malatesta, C. Malato, etc., avait, en 1892, entrepris la publication de brochures sous le titre général de « Propagande socialiste-anarchiste révolutionnaire». Le premier opuscule publié fut Nécessité et bases d'une entente^ par S. Merlino qui s'y affirma « avant tout socialiste » (2). L'un des membres de ce groupe, C. Malato, avait, longtemps auparavant fait paraître les Tra-vailleurs des villes aux travailleurs des
(1) Il y avait même à ce congrès un moucliurd à la solde du préfet de police Andrieux ôt auteur de motions passablement incendiaires. — Dix ans plus tard (1891) paraissait à Londres la Tribune Libre « organe international, socialiste, révolutionnaire, anarchiste ».
(2) « Nous, dit-il page 10, communistes et collectivistes, nous sommes avant tout socialistes, c'est-à-dire que nous voulons détruire la cause de toutes les iniquités, de toutes les exploitations, de toutes les misères, de tous les crimes : la propriété individuelle.,, n
ANARCUISME, FRACTION DU SOCIALISME? i^3
champs (1) où on peut lire : « Socialistes !
Communistes ! diriez-vous, oui, certes, nous le sommes... » Oyez encore Sébastien Faure dans son livre La Douleur universelle (2), Jean Grave dans les Temps
(1) Cela est pagfe 22 de l'édition de 1893, imprimerie de Vlnaurgé à Lyon, portant au haut du titre les motl^ « Publication anarchiste. » — Dans son livre si attrayant, De la Commune à l'Anarchie, G. Malato déclare qu'il est socialiste (p. 244). Du texte il ressort qu'il considère « l'anarchie yt comme une école du socialisme.
(2) Le texte des pages 351-355 montre qae Faure considère sa doctrine anarchique comme socialistique. n dit : « Or, dans le grand mouvement socialiste qui caractérise notre fin de siècle, les divergences de vues sont nom* breuses ; quelques-unes sont de minime importance mais d'autres tout à fait fondamentales. Les dernières ont créé deux partis bien distincts, absolument opposés l'un à Tautre. Ces deux partis correspondent à deux courants symétriquement opposés : le courant libertaire ou anarchiste et le courant autoritaire ou étatiste, entre lesquels toute conciliation est parfaitement irréalisable... Le conflit éclata entre les socialistes autoritaires et dociles et les socialistes libertaires et indisciplinables... » S. Faure, parlant en homme de parti non en homme de science, voit, pensons-nous, des différences fondamentales irréductibles où l'examen impartial des théories montre que la différenciation est relativement minime. Mais même en admettant le bien fondé de cette opposition conçue par S. Faure, nous constatons qu'il se réclame du mouvement socialiste. Cette différence fondamentale, si elle existait
154 SOCIALISME ET ÀNARGHISMB
nouveaux (1) ou la brochure V Anarchie et la Révolution (2), signée du pseudonyme de Jacques Roux.
Donc, les théoriciens du communisme et du collectivisme anarchiques se réclament, en tous les pays, du socialisme.
Selon eux, leurs adeptes sont une secte socialiste. Cela est maintenant avéré, irréfragablement démontré. Au risque d'ennuyer le lecteur par la compilation de textes, nous avons tenu à les donner, à indiquer minutieusement les sources car, autant qu'il est possible, nous aimons à
même, n'empêcherait point que l'anarchisme communiste-collectiviste ne puisse être considéré par le sociologue, le philosophe, comme une doctrine relevant du socialisme. L'anabaptisme, que l'on peut regarder comme fondamentalement différent du catholicisme, n'en est pas moins, comme ce dernier, une modalité du christianisme.
(1) « Ce sont, écrit-il, les anarchistes seuls qui sont les héritiers directs du socialisme d'autrefois..,. » L'article est intitulé : « Les Anarchistes sont les seuls socialistes, » (N« 22, 1" année des Temps nouveaux ^ 28 septembre 1895.)
(2) Nous y lisons, page 2 : « Le livre de Kropotkine Paroles d'un Révolté^ marque une date dans l'histoire den dpctrifies socialistes... r>
ANARCHIEMEr FRACTION DU SOCIALISME."^ >o5
ce que le lecteur se fasse lui-même une opinion d'après les preuves mises sous ses yeux.
Cette prétention des anarchistes-communistes et collectivistes est-elle admise par ceux que n'altère point l'esprit de parti ? L'histoire a-t~elle ratifié cette prétention pour une certaine secte anarchiquô d'être une secte socialiste ? Interrogeons d'abord les socialistes qui affirment eux-mêmes ne pas être anarchistes. Tel Nicolas Barhato, le condamné des conseils de guerre de Sicile en 1894. En sa défense — et il encourait la prison perpétuelle sinon la mort, et ses affirmations courageuses sur l'anarchie ne pouvaient être que circonstances aggravantes pour les juges militaires — en sa défense, disje, il revendiqua l'anarchie comme une école socialiste, « combattant sous un drapeau un peu différent du sien » (1). Tel
(1) n Mais ni le* suprême* besoins, ni les resaenlinienls ne doivent altérer l'eiprit d'un vrai aacialiste, nu point ^e lui faire ((^■"d^ir que noua avons, dan* l'aventure ,
i56 SOCIALISME ET ÀNÀRCHISME
Bernard Shaw qui, en réfutant Tanarchisme, montre par son argumentation même qu'il s'agit d'une fraction du socialisme (1).
En 1885, à Londres, William Morris, le D"^ Aveling et d'autres fondaient la Socia^ list League. Elle avait naturellement des
des compagnons anarchistes sincères : leur conception anarchique contient une partie de l'idéal que le socialisme s'efforce de représenter sous diverses formules et de réaliser par divers moyens... Ce n'est pas ici le lieu de penser à des distinctions d'école, et d'anathématiser les frères anarchistes... Puissent les communes douleurs unir les militants sincères des diverses écoles du socialisme. . . » (// socialismo difeso da Nicola Barbato al tri'banale di guerra, p. 8, Roma 1895, éditeur : h'Asino), h'Asino est un journal socialiste. Il annonça et recommanda une « petite bibliothèque socialiste » (no du 18 juin 1895) où se trouvent des brochures d'Klisée Reclus, de s. Merlino, entre autres Individualismo nell anarchismo. Cette même bibliothèque est recommandée par // Socialista (Naples), 1" décembre 1895.
(1) The Impossibilities of Anarchism, publié dans les « Fabian tracts » par the Fabian society. — Nous y voyons que B. Tucker, le champion américain de l'anarchisme individualiste, dénie à Kropotkine, Reclus, Most, Spies, etc., le droit de se dire anarchistes. Ce sont des communistes, des socialistes, non des anarchistes, dit-il dans son livre : Instead of a Booh,
ilNAnCUIBUB, FRACTION DU SOCIALISME? toi
conférenciers et parmi eux nous notons les anarchistes-communistes Frank Kitz, G.-W. Mowbray qui rédigea en 1895, à Boston, The Rebel, David NicoH qui, à ShefUeld, publiait à la même époque The Anarchist, enfin H. Charles qui purge !
travaux forcés une peine à lui inflif pour le complot de Walsall, organisé | la police (1). Lorsque la Socialist Lea^ fut dissoute, ses membres, se joignis d'une part à la social-démocratie, d'au part au communisme anarchique.
Ouvrons la première année de The i bour Annual pour 1895, édité par un cialiste, Joseph Edwards. Nous trouvt des portraits de socialistes et parmi ( celui de Edward Carpenter qui est noi rement connu comme anarchist«-comn niste. Sa biographie comme socialiste figure ainsi que celle de J.-H. Kenwort anarchiste connu. Même ce dernier
(1) Cf. à ce sujet les Tfvèlations probantes de l'ex-] cier Mac latj're dans Rtyaold'i Neivtpaptr de 1895.
io8 SOCIALISME ET ANÀRGHISME
placé dans la « Socialist Lecture List » (1). Dans la deuxième année (1896) de ce même almanach, sont les biographies des anarchistes David NicoU, H.-B. Samuels, James Tochatti, Louise Michel, Tolstoï ; puis dans la liste des brochures de pro»
pagande socialiste sont les Liberty Lyrics de Panarchiste L.-S. Bevington, Life in English Prisons de D. NicoU, An anar^ chist on anarchy d'Elisée Reclus, etc., etc. Emmi les journaux socialistes sont The Anarchiste Freedom^ Liberty, The Torch. Rappelons enfin que Albert Metin contant en cet annuaire la situation du socialisme en France, y parle des communistes anarchistes et de leurs journaux L« Sociale^ les Temps nouveaux. A Glascow, la « Social démocratie Fédération » organisa en 1892 une conférence faite par Agnès Henry, du groupe anarchiste « Freedom » de Londres, ainsi que l'indique un petit prospectus : icelui annonce encore
(1) Cf. Labqur annual, pp. 57, 61^ 117, 167,
ÀNARGHISME, FRACTION DU SOCIALISME ? i59
que diverses chansons socialistes seront chantées pendant la soirée.
Consultons maintenant le Hollandais Domela-Nieuwenhuis, alors qu'il était une des têtes du socialisme contemporain.
Son opinion est catégoriquement exprimée (1):- « Un anarchiste est-il socialiste, oui ou non ? Et ceci, d'après nous, ne se -demande même pas. Quel est en somme le noyau, la quintessence du socialisme ?
La reconnaissance ou la non-reconnaissance de la propriété privée ?... Tous deux, anarchistes et socialistes, ont le même ennemi : la propriété privée... Il existe donc un point de départ commun pour les socialistes et les anarchistes.., »
Si d'aucuns récusaient Domela-Nieuwenhuis sous prétexte qu'il est devenu anar-
(1) Domela-Nieuwenhuis partage l'opinion de Tucker ; pour lui anarchisme et communisme sont des conceptions qui s'excluent ; mais s'en tenant aux termes habituellement employés, il estime que l'anarchisme communiste est une école socialiste. — Cf. pp. 31, 33, 34, 38 de la brochure Le Socialitme en danger, tirage à part d'une étude publiée en 1894 dans la Société nouvelle.
chiste lui-même, nous citerions le témoignage d*un adversaire déclaré, Rienzi. De sa critique de Tanarchisme (1) il ressort que les anarchistes communistes ou collectivistes poursuivent le même but que les socialistes en suivant des routes différentes ; même textuellement Rienzi Técrit et la déduction logique est qu'un anarchisme est une fraction du socialisme. La même conclusion est fatalement déduite de la brochure du socialiste Le Français (2), encore qu'il la termine par une excommunication (3).
(1) L'Anarchisme^ par Rienzi, traduction Âug. Dewînne p. 37, 1893.
(2) « Depuis une dizaine d'années surtout, un nouveau régiment (les anarchistes), est venu s'adjoindre à l'armée révolutionnaire socialiste. . . Lorsqu'on parcourt la littérature anarchiste... on s'aperçoit promptement qu'aucune de leurs critiques et revendications politiques et économiques contre l'ordre social actuel ne diffère dans la forme ni dans le fond de celles exposées depuis longtemps par les socialistes qui les ont précédéâ... » (Où vont les anarchistes ? p. 15.)
(3) « Les anarchistes tournent en réalité le dos au but vers lequel l'armée révolutionnaire socialiste dirige ses efforts... Les révolutionnaires socialistes ont, eux aussi.
Rienzi et Le Français, par la négative, nous donnent des preuves que Fanarchisme communiste est du genre « socialisme ». Moult autres preuves positives gisent en la première année (1885) de la Question sociale^ « revue des idées socialistes », dirigée par Argyriadès, En eflfet, s'y lisent des études, des correspondances d'Elisée Reclus, de Jean Grave, de Saverio Merlino, de Johann Most (1). Puis, ces lignes émanant de la direction : « Nous annonçons l'apparition de trois nouveaux journaux socialistes révolutionnaires anarchistes, V Insurgé^ L'Audace^ Le, 18 mars (p. 95)... Nous avons reçu de New- York un article intitulé : Auguste Reinsdorff et. la Propagande par le fait^ par le socialiste allemand bien connu, John Most...
Nous sommes d'avis que l'intérêt de la
non seulement le droit, mais le devoir de décliner désormais toute solidarité avec des théories qui n'ont de socialiste que l'étiquette et dont les procédés de propagande ne sont autres que ceux pratiqués par la bourgeoisie ellemême... » (p. 32, op. cit.) (1) Cf. pp. 16-18, 137-142, 161-165, 157, 158, 186-189.
i62 SOCIALISME ET ANARCHISME
cause chère au compagnon Most ne pourrait que gagner, si les écrivains de deux fractions socialistes voulaient s'abstenir dans leurs écrits, de s'invectiver mutuellement (p. 160) (1). »
Pour mémoire : en 1890, la revue socialiste — à tendances marxistes prononcées, y écrivaient surtout Guesde, Lafargue — ' Vidée nouvelle organisait un meeting international et sur l'affiche rouge se voit le nom du socialiste-anarchiste A. Gipriani. En une brochure d'Achille Le Roy, Liberté de Vamout% faisant partie de la « Bibliothèque socialiste internationale », se trouve la chanson anarchiste Le Père La Purge (2). Sous la direction de Gabriel De la Salle, à Paris, de 1892 à 1894, se publia Y Art social^ revue socia-
(1) La Question sociale recommandait une série de livres, brochures et journaux « socialistes ». Dans cette liste, des brochures de Jehan Le Vagre (Jean Gravé), Elisée Reclus, Kropotkine, Bakounine, Emile Gautier, Louise Michel, puis un «programme socialiste-anarchiste^ réorganisation sociale, tactique, devoirs des socialistes w^ les journaux de Lyon L'Affamé, Le Drapeau noir, etc. (2) Cf. Le Péril anarchiste^ par F. Dubois, pp. 72-73.
ANARCHISMEy FRACTION DU SOCIALISME? 163
liste (1). Parmi les collaborateurs : les anarchistes A. Veidaux, Théodore Jean, Paul-Armand Hirsch et le socialiste-blanquiste Albert GouUé. En son article « La Descendance de Vindex » il affirma que les anarchistes appartenaient à « l'armée socialiste » (p. 170, année 1893).
Les treize années de VAlmanach de la Question sociale (2), VAlmanach socialiste (3), nous donneront encore des preuves positives, aussi catégoriques que
(1) En la déclaration-programme, on lit : « L'Art social est ouvert à tous ceux qui. . . auront le courage de mettre leur vaillance et leur talent au service de Tidée socialiste. »
(2) Cet Almanach, « rédigé par les écrivains les plus autorisés du socialisme et l'élite de la littérature sous la direction de P. Argyriadès », a parmi ses collaborateurs Jean Ajalbert. B. Lazare, V. Barrucand, 0. Mirbeauqui écrivent dans les Temps nouveaux. Il y a aussi les noms de Louise Micbel dont l'anarcbisme est célèbre et de Gipriani. A la fin de chacun des volumes de cet almanach figure une liste de journaux socialistes et parmi eux sont les journaux anarchistes-communistes et collectivistes de diverses contrées. A la page 71 de l'année 1891, sous le titre « Socialisme en Espagne », on lit: « De cette manière existaient deux courants socialistes : l'un de caractère anarchiste... l'autre socialiste marxiste. »
(3) Cet almanach, année 1896, publié sous la direction
iC4 SOCIALISME ET ANÀRCUISME •
celles à nous fournies par la Revue so^ cmfe(l), Désiré Descamps (2), P. Boilley(3), et d'autres encore (4). La présence de ces noms d'anarchistes notoires, la publica-
de Maurice Charnay, rédacteur au journal socialiste La Petite République, contient quarante portraits dont dix d'anarchistes : JeanGraye, Léon Tolstoï, Zo d*Axa, V. Barrucand, P. Kropotkine, Bakounine, P. Adam, Louise Michel, Elisée Reclus, Bernard Lazare. Le texte était signé de Y. Barrucand, qui collabore à la Sociale y de Gipriani, Zo d'Axa, Paul Adam, etc.
(1) C'était le Bulletin mensuel de la Fédération dea travaiUeurB socialistes de l'Est, à Dijon. Il publia des extraits de ^n/re Paysans, de 'MQlB.ie8Xei,\a Peste religieuse, de Most, des articles de P. Kropotkine (année 1890).
(2) Manuel d'instruction morale socialiste à l'usage des écoles et des familles, publié en 1894 par les partis ou- Triers d'Arméntières et de Roubaix. A la page 2 on lit : (( Les nombreux récits qui accompagnent le texte ne son pus de nous pour la^plupart... En effet, qui pourrait s'exprimer avec plus de talent et d'élégance que nos philosophes, nos économistes, nos sociologues, nos poètes: Reclus, Kropotkine, Louise Michel, Malon, Blanqui, etc.»
(3) Dans son livre sur Les Trois socialismes, édité chez F. Alcan, M. Boilley examine le socialisme anarchique.
(4) Notamment le journal La Manifestation du Premier Mai, organe officiel international du comité général d'organisation du 1**' mai. En 1895, parmi les articles insérés on lisait les signatures des anarchistes A. Yeidaux, £. Malatesta, B. Lazare, A. Gipriani, etc. L'article de Kropotkine, parvenu trop tard, fut publié dans le Parti
— - - - I I M I I ^ir a ■ ■ — — - ■ - ■ -
tion de quelques-uns de leurs portraits, rinsertion de leurs études dans des livres, des brochures ou des journaux destinés à la propagande nous semble une indéniable preuve que les directeurs socialistes de ces almanachs, P. Argyriadès, M. Charnay, D. Descamps, que la Fédération des travailleurs socialistes de l'Est, etc., considèrent comme faisant partie de la doctrine socialiste quelques-unes des idées professées par ces anarchistes. Pour ces socialistes — de fractions diverses dans le socialisme (1) — les anarchistescommunistes sont des socialistes. 11 ne
Ouvrier, La commission d'organisation de ce journal sur le Premier mai était surtout une émanation des groupements socialistes ouvriers ; syndicats, bourses du travail. Dans la Petite République du 14 novembre 1895 nous lisons : « C'est bien ce soir... qu'arrivera notre amie, la citoyenne Louise Michel... » L'articulet n'est pas signé, donc Louise Michel est considérée comme l'amie du journal, et l'amie d*un journal socialiste ne peut être que socialiste. D'ailleurs, dans le numéro du 15 novembre de ce même journal, E. T. écrit : KLa population parisienne a fait à Louise Michel, à ce gi'and cœur, à la vaillante socialiste, une réception qui l'a profondément touchée. » (1) P. Argyriadès était du conûté révolutionnaire cen-
i66 SOCIALISME ET ÀNARCHISME
nous paraît pas que Ton puisse douter un instant que ce ne soit là leur opinion. S'il en était autrement, ils ne publieraient point leurs portraits, ils n'inséreraient point leurs articles.
Dans VAçant'Garde^ journal hebdomadaire M socialiste, syndicaliste, révolutionnaire » qui se publie maintenant (1905) à Paris, nous voyons des communistes anarchistes notoires comme C. Malato, Emile Pouget collaborer à côté de collectivistes non anarchistes comme Hubert Lagardelle, etc. Dans le Réveil des Côtes-du-* Nord (Saint-Brieuc), qui s'intitule socialiste, souventes fois on y préconise la lecture des Temps Nouveaux^ la feuille anarchiste de Jean Grave, Charles Albert et on conseille la propagation d'opuscules que cette feuille édite.
tral (groupement blanquiste). M. Charnay n'est, croyonsnous, inféodé à aucun groupe ; la Fédération des trat^allleurs socialistes de l'Est est affiliée au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (groupement allemaniste) tous sont membres du Parti Socialiste actuel. P. Boillej est un socialiste réformiste*
On peut dire avec exactitude que maints de ceux qui s'affirment socialistes soit parlementaires, soit révolutionnaires sont fortement imprégnés d'anarchisme. Aussi, aucuns dans le nouveau parti socialiste de France jettent à la tête de quelquesuns de leurs coreligionnaires Fépithète d'anarchistes. On put le voir lors d'une récente et bruyante polémique (1).
En Allemagne, les anarchistes-communistes portent le nom de socialistes. La fraction socialiste non anarchiste est presque exclusivement composée de socialdémocrates qui excommunient les anarchistes. Aussi, il est malaisé de trouver dans la littérature * allemande socialiste non anarchiste la preuve que le communisme et le collectivisme anarchiques sont des espèces du genre socialisme. Cependant le D^ Friedlander (2), un socialiste
(1) Cf. L'Avant-Garde n" 1 à 9 (avril, mai, juin 1905) La Petite République, V Action (mêmes dates).
(2) Cf. Socialisme libertaire et socialisme autoritaire, par Domela-Nieuwenhuis, p. 640. (Société nouvelle, no* Tembre 1895.)
non anarchiste, classe catégoriquement les doctrines des anarchismes communiste ou collectiviste dans le genre socialisme.
La difficulté est aussi grande pour l'Espagne et le Portugal où, en dehors des anarchistes, n'existe qu'une infime minorité socialiste. Elle est social-démocrate et excommunie les socialistes-anarchistes.
Toutefois, en le journal ouvrier El Porvenir social (21 août 1895, Barcelone), nous constatons que les communistes anarchistes sont considérés comme socialistes. En 1890, à Cadix, existait une feuille, El socialismo^ qui fréquemment s'érigeait en défenseur du collectivisme anarchique. Enfin en une brochure, Los partidos Socialistas espanoles, due à J. Llunas et éditée en 1892 par le journal démocrate catalan La Tramontana^ je lis que. « les partis socialistes existant en Espagne se classent en...: 5^ anarchistes sans qualification économique ; 6** anarchistes communistes; 7® anarchistes coUecl^ivistes ». Cette môme année se publiait,
paraît-il, en Portugal, VEcco Socialista qui défendait les doctrines de Tanarchisme.
JLie socialisme belge est, en dehors de l'anarchisme, inféodé à la social-démo^ cratie allemande. Aussi est-il plus facile, dans la littérature socialiste non anarchiste, de trouver des excommunications que les preuves par nous cherchées. Pourtant, VÉtoile socialiste (1) nous en fournit quelques-unes. Le 2 septembre 1895 s'y lisent ces caractéristiques lignes: « Ces deux œuvres {Société Future^ Douleur Universelle) pacifiques sont, en effet, très remarquables et constituent pour la propagation de ridée socialiste un apport considérablement précieux. » Parmi les collaborateurs de cette revue socialiste, signalons les anarchistes P. Kropotkine, Louise Michel, Zo d'Axa, C. Malato, W. Grane, A. Cipriani, E. Malatesta.
Nous avons interrogé les socialistes —
(1) D'abord à Gharleroi, cette « revue hebdomadaire du socialisme international» sepublia ensuite à Bruxelles.
170 SOCIALISME BT ANARCHISME
de fractions diverses, oh combien ! — quasi en tous pays. Ils nous ont répondu.
Et de leurs réponses, il est inéluctablement inféré qu'un anarchisme est une école du socialisme.
Mais encore cette ultime preuve que personne ne récusera, son auteur étant César De Paepe, Tillustre apôtre du socialisme. Oyez cet hosannah (1) qu'il entonna pour célébrer l'anarchie :
« L'idéal de la démocratie ne peut être que l'anarchie ; non pas l'anarchie dans le sens de désordre, de confusion, mais anarchie dans le sens qu'indique l'étymologie du mot (de a^ privatif, et arche j commandement, autorité, pouvoir, gouvernement). L'an-archie, c'est donc l'absence de tout gouvernement, de tout pouvoir. Oui, l'anarchie, voilà où doivent nous conduire, en fin de compte les aspirations de l'homme vers une liberté toujours plus grande et vers une égalité de
(1) Nous le trouvons, sans indication de source, dans le Supplément littéraire de la Révolte^ 1«' vol., p. 342.
AMAnCHlSHB, FBACTIOM DU SOCIALISME ? 171
plus en plus rigoureuse. Oui, l'anarchie, voilà où nous devons aboutir un jour, traînés par la puissance du principe mocratique, par la logique, par la fat de l'histoire.
» L'humanité, partie de la monar absolue, forme primitive et la plus preasive du gouvernement, marche, passant par la monarchie conatitutionu' par le pouvoir présidentiel, par le ] verneinent de l'assemblée, par la lé lation directe, vers l'anarchie, forme Bnitive et la plus élevée de la lib( Telles sont les destinées de l'humai telles sont les tendances révolutiûnui qui lui sont inhérentes.
» Qu'est-ce, en effet, que la Révolul si ce n'est l'amoindrissement conatan l'autorité au profit de la liberté, la truction progressive du pouvoir au p de l'affranchissenieat des individus qu'est-ce que le constitutionaîismt présidence, le parlementarisme, le suff, universel, sinon des étapes de la rév
1*72 SOCIALISME ET ÀNARGHISME
tion, cette éternelle voyageuse? Et qu'est* ce enfin que la législation directe, si ce n'est un pont jeté entre le gouvernementalisme et l'anarchie, entre la vieille société gouvernementale et politique et le nouveau monde industriel économique ?
C'est un fait historique incontestable que la liberté grandit à mesure que la puissance gouvernementale s'amoindrit et vice versa, que le pouvoir s'accroît en raison inverse de la liberté. Donc, pour porter la liberté au plus haut degré (et c'est là la tendance de la démocratie) il faut réduire le gouvernement à zéro...
» Le but ultérieur que poursuit la révolution, c'est l'anéantissement de tout pouvoir ; c'est — après une transformation de la société — l'élimination de la politique par l'économie sociale, de l'organisation gouvernementale par l'organisation industrielle, c'est l'anarchie.
» Anarchie, rêve des amants de la liberté intégrale, idole des vrais révolutionnaires I Longtemps les hommes t'ont calomniée
ANÀRCHlèME, FRACTION DU SOCIALISME? 173
et indignement outragée ; dans leur aveuglement ils t'ont confondue avec le désordre et le chaos, tandis qu'au contraire le gouvernement, ton ennemi juré, n'est qu'un résultat du désordre social, du chaos économique, comme tu seras, toi, le résultat de l'ordre et de l'harmonie, de l'équilibre, de la justice. Mais déjà les prophètes t'ont entrevue sous le vodle qui couvre l'avenir, et t'ont proclamée l'idéal de la démocratie, l'espoir de la liberté, le but suprême de la révolution, la souveraine des temps futurs, la terre promise de l'humanité régénérée !... C'est pour toi que succombèrent les hébertistes en quatre-vingt-treize ; ils ne songeaient pas que ton heure n'était pas venue ! Et dans ce siècle, que de penseurs ont eu le pressentiment de ta venue et sont descendus dans la tombe en te saluant, comme les patriarches en mourant saluaient le rédempteur. Que ton règne arrive, anarchie! »
Il est évident que De Paepe était anar-
n4 SOCIALISME ET ANÂRCHISME
t chiste, car s'il ne l'eût pas été, il n'eût pas ainsi glorifié l'anarchie. Il est non moins évident qu'il était socialiste; Il se déduit de là qu'il n'y a pas antinomie entre le socialisme et un anarchisme puisqu'on peut être à la fois socialiste et anarchiste (1). En conséquence il existe un anarchisme, fraction du socialisme.
De cet examen sans passion et sans parti pris — car il nous est absolument indifférent que le socialisme ait ou n'ait pas une division dénommée « anarchisme »
— de cet examen, dis-je, des socialistes
— individus ou groupes — d'écoles diverses, de nationalités variées, nous pouvons conclure : Parmi les divisions du 6ociallsme figure un anarchisme.
C'est à cette môme conclusion que se sont rangés les historiens du socialisme.
Favorables, défavorables à icelui ou impartiaux, la plupart d'entre eux, sinon tous,
(1) Un autre illustre socialiste, Blanquî, n'a-t-il pas dit: « I^'anurchie est l'avenir 4e l'humanité,)»
FRACTION DU 80CIALISMB ? 176
ont classé les anarchismes commu»' et collectiviste dans l'histoire du s lisme.
Ainsi fait Sidney Webb qui écrit tuellement : « La description des orj sations socialistes anglaises serait d'aill incomplète sans la mention de la se< anarchique quoiqu'elle soit inBnitési on nombre... {i^ »
Ainsi font les auteurs de The New P parmi lesquels nous trouvons un con niste-anarchiste, Walter Crâne, le cél artiste. Ainsi fait l'abbé Winterer le Socialisme international, coup i sur le mouvement socialiste de à 1890, dont la deuxième partie est sacrée aux anarchistes, des social u inorganisés » ainsi que le coni
(1) SacialUnt in Engisnd, «ecoBde édition, 1893, | 5S. A la pag« 8 on lisait oUe pbrara caractériitiqD noire déraonatrolion : « Le mouTement aihillite, mtma, n'a pas un caractère aocialiits (aoJt colleol : aolt anarchiste), mai* il lemble plntât ré[ormiiU t 'administration et la politique. »
1^76 SOCIALISME BT ANABCHISME
l'établit (1). Ainsi fait J.-G. Bouctot dans son Histoire du Communisme et du Socialisme (2). Ainsi fait Benoît Malon dans son Histoire du Socialisme où il parle des deux nuances qui existent parmi les socialistes italiens — nuances existant partout en Europe : celle des « collectivistes autoritaires. » et celle des « anarchistes révolutionnaires (3) ». Ce même auteur, dans son Socialisme intégral (4), parle encore de Tanarchisme, comme une fraction du socialisme. Ainsi fait E. de Laveleye dans son Socialisme contemporain^ où nous voyons textuellement que Bakounine répandit le « socialisme anarchique », qu'il fut « Tapôtre du socialisme international anarchique » dans
(1) Voir p. 257.
(2) Pp. 69, 73, 79, 81, 84.
(3) Cité par E. De Laveleye (Socialisme contemporain ^ pp. 267-268). — B. Malon donne les programmes de ces deux nuances.
(4) Vol. I, pp. 194-201. « Socialisme russe et socialisme anarchiste » est le titre d« paragraphe vi du cba» pitre IV,
tout le midi de l'Europe, que « chaque année les socialistes portugais se réunis* sent en congrès. Leur programme est un anarchisme modéré... » (1). Ainsi fait Georges Renard dans le Socialisme actuel en France^ où nous le voyons considérer le socialisme « comme un tronc qui se divise en deux maîtresses branches dont chacune se subdivise à son tour en deux grands rameaux ». L'un de ces rameaux est « le communisme anarchique (2) ».
(1) Cf. pp. 223, 227, 267, 271, 272, 275, 278, 335, etc., neuvième édition, 1894. — M. J. Garin, dans un ouvrage impartial mais contre les doctrines anarchiques, L'Anarchie et les Anarchistes^ considère Tanarchisme comme une fraction, une secte socialiste (p. 143). Nous ne parlons ici (jue d'ouvrages non imprégnés d'esprit de parti ; aussi passons-nous sous silence VAnarchia e gli Anarchici de £. Sernicoli (2 vol., 1894) où l'auteur classe, contrairement à la vérité, tous les socialistes parmi les anarchistes.
(2) Revue socialiste y p. 234, septembre 1887, vol. VI. — Négateur en 1895 du caractère socialiste aux anarchistes communistes ou collectivistes, Georges Renard, en 1887, consacrait un chapitre entier de son étude sur le Socialisme actuel en France à l'examen du a communisme anarchique » (chapitre vi, pp. 472 à 480, de la Repue socialiste y novembre 1887). On y lit que les anarchistes
1*78 SOCIALISME BT ANÀRGHISM9
Ainsi font H. -M. Hyndmann dans les So^ zialistische Monatshefte (septembre 1897), J. Bourdeau dans la Revue politique et parlementaire (10 janvier 1897), qui classent Tanarchisme communiste comme une école du socialisme.
Ces historiens, dont quelques-uns socialistes — tels Sidney Webb, Benoît Malon, H. -M. Hyndmann et Georges Renard — » n'auraient pas placé dans leur histoire du socialisme les anarchistescommunistes et collectivistes s'ils ne les avaient considérés comme socialistes.
Nous ne penôons pas que quelqu'un puisse valablement soutenir le contraire. S'il n'en était pas ainsi, on se demanderait vainement les raisons pour lesquelles un anarchisme figure dans une histoire consacrée au socialisme seul.
De même que les historiens ont classé un anarchisme dans le socialisme, de
sont « les enfants terriblei du socialisme », qu'ils sont « combattus par les autres partis socialistes »à
même dans les dictionnaires et les encyclopédies celui-là est considéré comme une division du second. Littré dit que le communisme, le collectivisme sont des socialismes ; logiquement il s'en déduit que le communisme, le collectivisme sous forme anarchique au libertaire sont des socialismes. Maurice Lachârtre, dans son Dictionnaire universel^ écrit textuellement « Anarchisme : Opinion de certains politiques socialistes ^ d'après lesquels la société pourrait se gouverner seule sans gouvernement établi. » Le [Dictionnaire d^économie politique de Léon Say, après avoir défini le collectivisme d'après B, Malon, ajoute : L'auteur distingua neuf formes de collectivisme qu'il intitule :
.•• colinsien... marxiste... anarchique...
De là résulte que l'anarchisme collectiviste est socialiste. Dans la Grande Encyclopédie^ au mot « Anarchisme », G. Platon s'exprime ainsi : « L'anarchisme, en accu* sant la tendance extrême (du collectivisme) à se défier de toute autorité, trahit le
IBO SOCIALISME BT ANÂRCUIB.
point faible du socialisme démocratique...
Centralisation,, direction pour les anarchistes c'est pouvoir ; or, qui dit pouvoir, et rhistoire semble le prouver, dit oppression... Entre Fagression isolée de l'anarchiste et l'attaque d'ensemble concertée et implacable du collectivisme, y a-t-il une autre différence qu'une différence de tactique... » UEncyclopœdia Britannica^ VEncyclopœdic Dictionary^ VEncyclopœdia americana classent l'anarchisme comme une des formes du s'ocialisme.
Ainsi donc, que l'on interroge les communistes et collectivistes-anarchistes, les socialistes de diverses écoles en tous pays, les historiens du socialisme, les dictionnaires et le^ encyclopédies, tous répondent de même. Ne se souciant point des intérêts du moment, des nécessités de la politique quotidienne, envisageant les choses avec une sérénité que ne possèdent point moult de ceux jetés dans la fournaise de la lutte politique, ils affirment tous que le socialisme se divise en
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systèmes divers, dont le commu le collectivisme, chacun se divii même en variétés, dont l'anarchi
Historiquement, nous l'avons c dans les |)age3 précédentes, un an (communiste, collectiviste) est fr; socialisme. Il y a un anarchisme « socialisme ».
C'est donc avec juste raison q du procès des anarchistes à Liè^ M' Emile Royer, en une éloque doirie (1) put dire : « Les anarchi partie de la grande famille s< Leur idée révolutionnaire fond:
comme celle des collectivistes, nécessité de modifier l'actuelle ré des richesses en abolissant d'ui plus ou moins complète la propri viduelle. »
(1) prononcé en faveur de Jules Moineau au dire du Figaro. — ce plaidoyer fut pubi sons forme d'une luxueuse plaquette ia-S" d ckei l'éditeur Deman, à Bruxelles. Elle n' Tente. Le PUbéUn le donna en 1895.
ANARCHISMF., FRACTION DU SOCIAI
Pour que, rationnellement, 1< QÎsnie et le collectivisme ai soient classés parmi les socia n'est pas nécessaire qu'il y ait i doctrines. Par contre il est néo suffisant, qu'il y ait entre elles caractères communs.
A priori, il est évident, la ter l'indique, qu'il s'agit de docl systèmes sociologiques, relatîfi ciétés animales, humaines. Il donc de savoir si des anarchisn muniste, collectiviste) ont d; doctrines des communs caract celles ordinairement désignée socialistiques. Pour cela, il im bord de connaître ce que l'on e
socialisme, par communisme et collectivisme anarchiques.
Ainsi que le constate E. de Laveleye, la définition du socialisme n'a point, jusqu'ici, été donnée d'une façon claire, précise, satisfaisante. D'une étude critique des diverses explications proposées il ressort que le socialisme est essentiellement un système — ou une doctrine — social d'après lequel sont socialisés les moyens de production (1).
L'analyse des divers systèmes que leurs auteurs, leurs adeptes, leurs opposants ont appelé socialistiques, conduit à cette constatation qu'un caractère commun — celui-là seul — les unit. Ce caractère, c'est la socialisation des moyens de production (2). Lisez, en effet, les programmes du Parti ouvrier français (3), du
(1) Voir p. 75.
(2) On entend communément par moyen de production : le sol, sous-sol, les eaux, immeubles de toute nature, outillage de toute sorte.
(3) Cf. les compte rendus des Congrès de Marseille
Parti ouvrier belge, du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire français (1), et maintenant du Parti Socialiste Français.
Lisez les actes des Congrès c'a l'Int^mntionale (Bruxelles 1868, fiàle Congrès ouvrier de la Fédéi nale espagnole (Saragosse 11 Congrès des social-démocrate à Saint-Gall en 1887 (4), de la du Labour indépendant part 1893) (5), de la Convention Labour party (Chicago 1889) ( manifeste de la Socialist Leag Fabian Society (8), et toujour
1ST9, du Havre ISSO, de Reims IBSl, de Aiiaanach du Parti ouvrier pour 1893, p (1} Cf. JVo(r<! Programme, par 3. I et 5.
(2) Cf. Communitm and Soctalism, par
(3) E$iraclo de las actaa del legundo de ta Fédération régional eipanola. — 4 pp. 115 à 117.
(4) Le Socialitme inlernalionat, par l'ai
(5) Socialitm in England, par Sidney '
(6) Cf. Labour annuat for 1895.
(7) The aanifetlo, p. 6.
(8) Cf. Sidae; Webb, op. cil., p. 12.
verez que ces groupements socialistes ont un idéal varié avec un seul commun caractère : la socialisation des moyens de production. C'est aussi Tessence du socialisme rationnel de Colins. .
De même dans les conceptions du socialisme exprimées — catégoriquement ou implicitement — par K. Marx, F. Engels, J. Guesde, B. Malon, P. Lafargue, Léo, S. Webb, H. Brissac, et tant d'autres encore, on trouve le même caractère commun: socialisation des moyens de production. A proprement parler, c'est le seul rapport commun ; les uns sont réformistes, les autres révolutionnaires ; les uns appètent après la conquête des pouvoirs publics; les autres n'en veulent point ; les uns veulent l'Etat, les autres le suppriment. Si, en les détails, s'accentuent encore les différenciations d'hommes à hommes, de groupes à groupes, il n'en est pas moins certain qu'un lien rattache tous ces hommes, tous ces groupes entre eux et ce lien c'est la même appétence
de socialiser les moyens de production.
Ainsi s'est formé rationnellement un genre de doctrines sociales appelé « socialisme », dont l'essence est cette socialisation même des moyens de production.
Je ne pense pas que quelqu'un puisse nier cette essence. Je ne crois pas qu'il soit possible d'infirmer avec des preuves que ce n'est pas là le seul commun caractère reliant entre elles toutes les doctrines socialistiques du présent et du passé (1).
Nous venons de déterminer brièvement ce qu'on entend par socialisme, il nous reste à connaître ce qu'on entend par communisme et collectivisme anarchiques.
Le fait de qualifier ces termes « communisiÀe » « collectivisme » indique qu'il y a au moins un communisme, au moins
(1) L'étude des divers systèmes socialistiques de Thomas Moore, Gampanella, Restif de la Bretonne, Morelly, Cabet, Fourier, Owen, Godwin, etc., etc., montre toujours ce seul et unique caractère «ommun
188 SOCIALISME ET ANÀRCHISME
un collectivisme non anarchiques. Donc nous devons logiquement rechercher la signification de ces termes indépendamment de leur qualification. Ensuite nous rechercherons la modification — s'il y en a une — qu'ils subissent en devenant anarchiques.
En faisant cette recherche tant pour le collectivisme que pour le communisme (1) on trouve que, par essence, ce sont des doctrines sociales d'après lesquelles :
pour le premier terme les moyens de production sont possédés collectivement; pour le second, la propriété totale est commune. Dans le collectivisme subsiste la possession individuelle des objets de jouissance ; dansle communisme, cette propriété individuelle n'existe point. En ces deux genres de systèmes sociaux une même portion de propriété est collective ou commune, c'est-à-dire est socialisée. Cette portion; ce sont les moyens de production.
(1) Voir pp. 81 et 86.
190 SOCIALISME BT ANÂRCHISME
n'y aurait pas de gouvernement, pas d'autorité constituée avec matérielle sanction.
C'est là son essence comme nous l'écrivîmes dans les pages précédentes, comme on Ta lu sous la plume de César De Paepe.
Nous remarquons que l'anarchisme est un genre de doctrine essentiellement politique, morale. Son essence est l'absence d'autorité constituée.
Il résulte de cette différence de plan dans lequel se meuvent d'une part le collectivisme et le communisme (plan économique), d'autre part l'anarchisme (plan politico-moral), que l'on peut combiner ces deux genres de doctrines sans altérer l'essence de chacun d'eux. En effet, cette essence n'est pas de même nature, n'agit pas dans le même ordre d'idées. L'esprit humain peut concevoir un genre de doctrine d'après lequel il n'existe pas de gouvernement et diaprés lequel les moyens de production sont socialisés. Nous ne pensons pas que, théoriquement^ l'on
puisse démontrer que, ayant antinomie entre la non-exûstence du gouvernement et la socialisation des moyens de production, il s'ensuit que l'esprit humain ne peut avoir rationnellement une telle conception (1). Jusqu'à ce que cette démonstration soit irréfutablement faite, — et selon nous elle ne peut l'être — nous devons logiquement admettre qu'il peut exister un genre de doctrine préconisant un état de société ;
1** Sans maître, sans autorité constituée, avec matérielle sanction ; '
2^ Avec les moyens de production socialisés.
Ce genre de doctrines- qui est composé par les anarchisme& communiste et collectiviste admettant la socialisation des moyens de production appartient à la
(1) Nous n^avons nul besoin de savoir la praticabilité ou non de cette conception ; nous n'avons nul besoin de savoir, si une telle conception réalisée donnerait une société bonne ou mauvaise. Nous ne jugeons pas les doctrines, nous cherchons à les pénétrer, à connaître leur nature essenlieUe.
classe du socialisme. Le communisme, le collectivisme, en devenant anarchiques, ne cessent pas de communiser, de collectiviser les moyens de production ; ils restent donc socialistiques et leurs adeptes sont des socialistes. Ces doctrines sont, au point de vue poKtico-moral, anarchiques (1) ; au point de vue économique, socialistiques. Les adeptes sont à la fois socialistes et anarchistes.
Le socialisme est un terme qui sert à désigner certains genres de doctrines — ou de systèmes — sociales unies entre elles par le caractère' commun de la socialisation des moyens de production. Nécessairement, il comprend des doctrines diverses au point de vue moral et politique. L'esprit humain, si diversifié, a pu — aisément, cela se conçoit — bâtir des systèmes variés dans le plan politico-moral et ayant tous entre eux ce caractère
(1) Dans la Conquête du pain^ p. 38^ Kropotkine prend Tanarchie pour idéal d'organisation politique.
ANARCHISME, fraction DU'SOCIALISME? 193
commun que les moyens de prcrduction sont socialisés. On conçoit qu'il avoir des doctrines préconisant le tisme d'un seul ou d'une secte ot classe et aussi la socialisation des r de production ; d'autres réclama] jours cette socialisation mais voul gouvernement plus ou moins 1 d'autres ne voulant pas de gouveri du tout ; d'autres acceptant Dieu très le niant et le chassant, d'autres naissant ou niant la patrie, etc. Pai genres de doctrines que le soci comprend sont le communisme et lectivisme, et ils ne cessent pas d tenir à cette classe quand ils se S' sent en anarchiques et en non a ques, cette dernière subdivision s< géant encore.
Il résulte de là que si tous les c nistes et collectivistes-anarchistei socialistes, tous les socialistes r pas anarchistes.
Si nous considérons l'ensemble <
194 SOCIALISHB ET ANARCHISME
ces genres de doctrines sociologiques classés sous le terme socialisme, nous percevons un phénomène de même ordre que celui perçu en considérant l'ensemble des doctrines sociologiques cataloguées sous le terme de classe : christianisme.
Sous ce nom, il est* des multitudes de doctrines — oh ! combien diflFérentes, en apparence souventes fois contradictoires — de sectes toujours adversaires, maintes fois ennemies farouches. Pour le spectateur impartial, pour le philosophe, pour le scientiste que Tesprit de parti n'a pas altéré, c'est justement que ces doctrines, ces sectes ont été rangées dans le christianisme.
Les Ebionites, les disciples de Jean, les vaudois, les Anabaptistes, les frères moraves, les luthériens, les calvinistes, les presbytériens, les quakers, les anglicans, les mennpnites, les wesleyens, la Free Church d'Ecosse, les Grecs orthodoxes, les catholiques romains, etc., sont des chrétiens. Et pourtant quelle opposi-
ANARCHISHE, FRACTION DU GOCIALISHE ? 1&5
tion entre ces groupes divers, tous n vant de la doctrine du Christ ! Que d' communications suivies tantes et quar fois de morts par le bûcher, de m< dans les cachots ! Combien de lut de combats sanglants, de vies enlevé Il fut un temps oii te. catholicisme rom dénia le titre de chrétiens aux calvinis' aux luthériens. Il y avait, disait-il, a] gonisme de doctrines, opposition de p ' cipes fondamentaux. Cela n'empêcl point que pour le philosophe, le sa\ de cette époque ; cela n'empêche pi que, pour tout le monde maintenu luthérianisme, calvinisme, cathoUcii romain sont des enfants d'un même pè le christianisme.
De même qu'il serait contraire à la rite historique et rationnelle de prêtent par exemple, que l'anabaptisme n'est un christianisme; de même il est contr à la vérité historique et rationnelle de | tendre que les anarchismes commun et collectiviste ne sont pas des socialisn
Gela serait contraire à la vérité, car nous avons démontré que, historiquement et rationnellement, le socialisme comprend le communisme et le collectivisme anarchiques.
ANARCUISHE, FRACTION SU SUCIALISMB ? 197
En vain, on objecterait que l'anarchiste collectiviste ou commilniste a une tactique différente — ennemie même si l'on veut — des socialistes étatistes, coHectivistes autoritaires ou autres.
En vain on objecterait que tous ces derniers condamnent la propagande par dynamite ou par poignard, alors que les adeptes des premières doctrines la préconisent (1).
En vain on objecterait que « la violence est un facteur plus réactionnaire que révolutionnaire », que « la violence individuelle n'atteint pas le but et est nuisible et condamnable en.tant qu'elle offense les
(1) p. hagarde. Renie locialiâte, mai 1895. — G. Renard, PelUe République, 25 jain 1S95.
sentiments de justice de la masse » (1), Si les anarchismes communiste et collectiviste avaient pour essence la violence, ces objections seraient valables. Mais il n'en est pas ainsi et nul ne peut raisonnablement prétendre que cela est. Ainsi que le portent les petits prospectus, distribués par les anarchistes-communistes de Grande-Bretagne pour annoncer les meetings, Tanarchisme n'est pas la bombe (2).
Un peu partout dans le monde il existe
(1) Liebknecht, Déclaration des social-démocrates à la réunion de Saint-Gall, 1887.
(2) La lecture, môme rapide, des livres ou brochures de Kropotkine, Grave, Reclus, Merlino, Malatesta, etc., le prouvent péremptoirement. Cf. les Tempt nouveaux, 26 octobre 1895, article de P. Dechape.
Dans la Freiheit du 25 janvier 1902 (New-York), nous lisons une lettre ouverte au président Roosevelt, dans laquelle il est dit : « Le vrai anarchiste est poussé vers l'anarchisme par l'amour pour son prochain et n'a jamais rêvé tuer ou blesser quiconque." La révolution qu'il désire doit se faire par la force des choses, sans écoulement de sang. — Les anarchistes combattent non contre les hommes, mais contre les règlements funestes des hommes. Ils veulent le règne de la paix et du bonheur par la liberté personnelle de ch^cuh. »
des individus qui s'intitulent anarchistescommunistes ou que Fopinion publique qualifie tels et qui repoussent l'emploi de la violence. J.-K. Kenworthy, J.-H. Bell (1), par exemple, solit de ceux-là et aussi Léon Tolstoï dont l'œuvre n'est qu'une éloquente protestation contre la violence.
Tous ces adversaires d'icelle ûe seraient pas anarchistes si elle formait l'essence \ de l'anarchisme. Or, ils le sont — tous s'accordent pour les qualifier ainsi — donc la violence n'est pas l'essence de l'anarchisme. Elle constitue un moyen dont certains anarchistes font usage, elle n'est pas un principe des anarchismes communiste et collectiviste. D'ailleurs, textuellement, cela fut dit par deux des « Martyrs » de Chicago, les anarchistescommunistes Spies (2) et A.-R. Parsons (3).
(1) Cf. The Torck, 1894-1895.
(2) « Anarchisme ne signifie pas meurtre, vol, incendie, etc... ; anarchisme signifie paix et tranquillité pour tous. » (The Chicago Martyrs, p. 11, 4* édition.)
(3) « Une folle colère contre les tyrans et un vague
200 SOCIALISME ET ÀNÀRCHISME
Donc Tanarchisme n'a pas pour essence la violence, si d'aucuns le prétendaient, contre eux protesterait Tœuvre entière des penseurs qui ont édifié les doctrines des anarchismes communiste et collectiviste.
Donc, elles ne valent point ces objections. Elles sont insuffisantes pour autoriser l'exclusion du genre « socialisme »
des espèces « anarchismes ». En eflfét, quelque divers que soient les moyens pour atteindre un but, cela n'empêche point que le but puisse être identique et que tous ceux qui veulent l'atteindre, ce but identique, ne soient liés entre eux par un caractère commun : le but luimême. Cela n'empêche point que tous
désir de détruire et de tuer ne sont pas les caractéristiques de la philosophie connue comme anarchisme
L'anarchisme c'est l'opposé complet des idées de force et de violence. La force, en violant les droits des individus, est tout entière répudiée, force légale, nationale aussi bien que la force irresponsable des individus... » {The Philosophy of Anarchism. — Anarchism, p. 171, Chicago, 1887).
ceux-là appartiennent à une même classe, désignée par un terme commun à tous.
Alors que les quakers, au nom de la doctrine de Jésus» se refusaient à user de violence, les catholiques, au nom de la doctrine de Jésus, employaient icelle pour amener à leur foi les idolâtres et les hérétiques. Si aux quakers et aux catholiques on appliquait le même raisonnement que nous voyons appliquer aux anarchistescommunistes par ceux qui les chassent du socialisme, on serait inévitablement amené à dire qu'ils n'appartiennent pas au même genre. On dirait quakérisme et catholicisme ne peuvent être Tun et l'autre des christianismes ! Cette logique déduction est contraire à la vérité. Qui la soutiendrait ferait sourire tous Jbs hommes assez imprégnés de philosophique sérénité pour envisager sans passion ces doctrines diverses. De même, le raisonnement des excommunicateurs des anarchistes-communistes et collectivistes fait sourire ceux qui, sans l'ardeur de la quo-
2Q2i SOCIALISME ET ANARGHISME
— ^——— —————— » I — — . —— ^— — yi I
tidienne lutte, envisagent avec Fimpassibilité du philosophe les hommes et les choses.
Mais bien plus, ces objections sont d^autant moins valables qu'il est des socialistes — non anarchistes, adversaires farouches même — qui préconisent, qui célèbrent la violence, non seulement collective mais encore individuelle. Clairement, Karl Marx dit dans son Capital : « La violence est l'accoucheuse de toute vieille société enceinte d'une nouvelle. La violence est un facteur économique î » (1) Oyez encore cette citation du même Karl Marxempi;untéeà la Neue Rheinische Zeitung: « 11 n'y a qu'un seul moyen de diminuer, de simplifier, de concentrer les souffrances mortellement criminelles de la société actuelle, les sanglantes souf-
(1) Dans les Deutsch-Franzôsischen Jahrbûcherf il écri* Tait encore : a La violence matérielle ne peut être abolie que par la violence matérielle ; la théorie eller-même devient violence matérielle dès qu^elle conquiert la masse. »
fpances de gestation et de la nouvelle, c'est le terrorisme révolutionnaire » (1).
, S'agit-il de violence collective ou individuelle? Les deux peuvent s'entendre, car pour maintes personnes le terrorisme russe, qui resta si longtemps purement
individuel, est révolutionnaire.
Quoi qu'il en soit, si les socialistes Karl Marx et F. Engels se bornaient à conseiller la violence collective, nous voyons le socialiste Le Français trouver légitime le régicide et autres exécutions sommaires, (2) actes de violence individuelle non douteux. Sans doute cet auteur distingue et repousse certains autres actes de violence individuelle, mais la distinction est sinon byzantine, au moins fort délicate.
En 1885, le 7 février, sont décapités les anarchistes Auguste Reinsdorflf (3) et
(1) Nous pourrions encore citer F. Engels dans The Condition of the working class in England.
(2) Le Français, pp. 21, 22, op. cit.
(3) Il mourut en criant : « Vive l'Anarchie I » (Cf. pp. 7, 8, Almanach anarchiste pour 1892, par Sébastien F-aure).
204 SOCIALISME ET ANAHCHISMB
Kuchler, qui avaient tenté de tuer Guillaume P'. Alors la Question sociale de P. Argyriadès écrit : « Nous saluons ces deux martyrs de la Révolution, certains que leur mort sera glorieusement vengée » (p. 60). Ouvrons VAlmanach du Parti ouvrier pour 1893 (fraction gués- ]
diste) et nous voyons dans les éphémérides « socialistes » célébrer les exécutions sommaires des nihilistes russes, les explosions de dynamite des mêmes a socialistes russes ». Ces auteurs d'actes de violence individuelle sont qualifiés de « justiciers ». Lors du meurtre du général Séliverstoff par Padlevy^ski, un socialiste, Ferdinand Grégoire, aida à la fuite du meurtrier qu'il appelle un « justicier (1) » ; ainsi le dénomma encore un député socialiste, Ferroul. Le calendrier du Vorivaerts (année 1896) enregistre avec un soin minutieux tous les régicides et autres crimes
(1) Cf. France sociale et politique^ par A. Hamon, année 1890, t. II, p. 391.
politiques dans les éphémérides de l'année, façon adroite de glorifier la violence individuelle. Dans VEgalité du 5 novembre 1882, de Jules Guesde nous trouvons ces lignes : « Ce n'est pas sur la question de la dynamite que nous nous séparons des anarchistes, prêts que nous sommes à employer, comme ces derniers, toutes les ressources que nous fournit la science pour notre œuvre d'affranchissement de l'humanité ». Dans les feuilles socialistes telles que La Petite République^ L'Humanité, Z,McitOK(1904-4905), on peut trouver plus ou moins nettement exprimé l'éloge des « exé- . cuteurs » des gouvernants russes : Bobrikoff, de Plehve, le grand duc Serge, etc.
D'ailleurs nous savons des socialistes, qui s'affirment non anarchistes, et qui sont de grands admirateurs des « dynamiteurs » oudesK poignardeurs ». A quoi bon les nommer? D'aucuns sont très connus ; en les intimes épanchements ils avouent que ces criminels ont bien agi, légitimement. Quelquefois même
narrent les projets anciens qu'ils forgeaient sous l'Empire, et ces projets étaient de propagander par le couteau ou la bombe (1). Les criminels guillotinés, garrottés, pendus, décapités sont des martyrs pour moult socialistes non anarchistes (2). Nous constatons impartialement ce qui est, sans apprécier ces genres de propagande violente, car en cet examen cette appréciation n'a aucune utilité. Obser-
(1) Ainsi ce projet d'un internationaliste avec des camarades, projet qui n'eut même pas un commencement d'exécution. Attirer un garçon de banque un jour de grosse recette, le faire disparaître par un quelconque moyen, le voler et avec l'argent organiser une explosion quelconque contre Napoléon III. Cela me fut conté par le D' Jaclard, qui était un des auteurs de ce projet. Les nihilistes russes, approuvés par les socialistes qui réprouvent les anarchistes-bombistes, ont été amenés par les nécessités de la lutte à tuer pour voler comme le voulaient faire les internationalistes ci-dessus.
(2) Cf. l'article « L'anarchisme et les syndicats », par F. Pelloutier, dans les Temps nouveaux, 2 novembre 1895 ; En plein Faubourg, par Henri Leyret. — Les anarchistes pendus, en 1887, à Chicago, sont revendiqués comme socialistes par les social-démocrates des Etats-Unis. Ainsi, en 1897, ils célébrèrent leurs mémoires par un grand meeting, le 11 novembre, et cela se fit encore les années suivantes.
ÂNARGHISME, FRACTIOItf OU SOCIALISME? 207
vons aussi que d'autre part nous connaissons des communistes anarchistes qui considèrent les « dynamiteurs » comme auteurs d'actes que Ton doit blâmer, réprouver.
Donc, anarchistes communistes et collectivistes comme nombre d'autres socialistes non anarchistes préconisent ou admettent la violence collective ou même individuelle. De la démonstration précédente résulte que la tactique violente n'est môme pas un point de différenciation entre les anarchistes-communistes ou collectivistes et les autres socialistes. Mais l'eût-il été, cela n'eût pas autorisé l'exclusion, hors du socialisme, des anarchismes collectiviste et communiste ainsi que nous le vîmes. En conséquence, quelle que soit la façon dont on envisage ces objections, on voit qu'elles ne portent point|.
En vain, on objecterait que le but du socialisme est la législation directe (1),
(1) A, Veber, Revue soeialisie, juillet 1895.
208 SOCIALISME ET AJVARCHISME
alors que ce n'est point celui de Tanarchisme collectiviste ou communiste.
L'affirmation est erronée, car si la législation directe est le but d'un socialisme, elle n'est pas le but du socialisme. J'en veux pour preuve que le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire — une des plus importantes fractions du socialisme français — a pour but une société communiste où l'être sera émancipé complètement. La législation directe ne figure que dans son programme d'attente (1). Le Parti socialiste, actuel, en France, est composé, d'après son programme même de communistes aussi bien que de collectivistes. Et l'idéal de société rêvé par nombre de ses adhérents ne comprend pas la législation directe, puisqu'ils appètent après une société sans lois et sans maîtres. J'en veux pour preuve les socialistes C. DePaepe etRienzi, ayant pour idéal — l'idéal est naturellement le but àattein-
(1) Cf. Noire Programme, par J. AUemane.
dre — une société sans gouvernement, sans pouvoir (1). J'en veux pour preuve G. Renard dont ces lignes : « Les socialistes sont orientés aussi vers le développement intégral de l'individu, vers la disparition graduelle de toute contrainte extérieure, vers un état social où tout gouvernement serait devenu inutile parce que chacun ferait ce qu'il devrait sans autres maîtres que ^a conscience et sa raison. Seulement ils considèrent que pour atteindre à cet idéal, il faut une longue éducation solidariste et que des lois sont encore nécessaires pour un temps indéterminé ; ils n'espèrent point arriver d'emblée à une société parfaite; ils bornent leur ambition à faire une étape sur la route sans fin où marche l'humanité (2) ».
(1) Rienzi écrit : « Le socialiste scientifique se contente de franchir la première étape de la route, au bout de laquelle il voit Thumanité radieuse et, au loin, tout au bout de rhorizon, nous apercevons Tindividu souverain des anarchistes. » (P. 47, op. rît,)
(2) Peiiie République, 25 juin 1895.
2i0 SOCIALISME ET ANARGHISME
Donc Tobjection ne vaut, car si le âdt que Tanarchisme communiste ou collectiviste n'a pas pour but la législation directe avait pour résultat la mise de ces anarchismes hors du socialisme, il faudrait rejeter aussi de la classe socialisme le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, G. De Paepe, Rienzi, G. Renard et combien d'autres. Avouons que ce résultat logique serait absurde et alors éclate Terreur de présenter la législation directe comme but du socialisme.
En vain, on objecterait — simple affirmation r— que toutes les doctrines socialistiques tendent à l'organisation du travail tandis que les doctrines communiste et collectiviste anarchiques n'admettent pas d'organisation (1).
L'affirmation est erronée. L'anarchisme communiste ou collectiviste tend à une organisation du travail « non pas par une
(1) A. Veber, loc. cit. — G, Renard, loc. cit, — P. Lagarde, loc. cit.
force étrangère, mais s'organisant luimême », lisons-nous dans la Révolte (1).
« L'anarchie, pour De Paepe — et la Mêvolte l'a reproduit — n'est-elle pas l'élimination de la politique par l'économie sociale, de l'organisation gouvernementale par l'organisation industrielle ?» En les anarchismes communiste et collectiviste, il est donc une organisation, différente certes de l'organisation imaginée par une autre doctrine du même genre socialisme, mais quand môme organisation sans qu'il y ait sanction d'une quelconque autorité constituée (police, magistrature, etc.)
Prétendre que les anarchismes communiste et collectiviste ne veulent pas d'organisation, c'est prêter à ceux qui ont formulé les doctrines une extraordinaire ' bêtise, que oient par avance les noms de ses auteurs : Kropotkine, Proudhon, Reclus, Merlino, Malatesta, Malato, Grave,
(1) VAnarehit, par k. Ranc, extrait de VEnet/ géaérale, publié dam le sapplément littéraire de volte, vol. 1, p. 30.
212 SOCIALISME ET AXARCHISME
R. Mella, etc. Qui dit société, dit association, dit entente ; où il y a entente, il y a inévitablement organisation. L'esprit humain se refuse à concevoir une société inorganisée où tout irait à vau-l'eau. Ce n'est pas là Tidéal des anarchistes communistes et collectivistes car ils parlent de « libres fédérations », de « producteurs librement associés (1) », de « giyoupes autonomes » existant dans Tétat d'anar-
chie (2). S'il y a des groupements, il y a nécessairement association, par suite entente et fatalement organisation. Elle est libre, voilà tout.
Notons encore que nous constatons ce qui est dans les théories et que ce n'est pas le lieu ici d'apprécier si cette organi-
(1) Cabancl et Labigaud, Solution de la question sociale par le communisme anarchiste,
(2) Dans sa plaidoirie, M° E. Royer a dit, avec preuves
à l'appui : « Les anarchistes veulent réaliser l'ordre par , la libre entente et la fédération libre du simple au composé. Libre entente entre les individus, libre entente entre les groupes, libre entente entre les communes, libre entende entye les peuples. » {Op. cit., p. 18.)
sation est utopique ou de réalisation possible.
Le communisme anarchique veut si bien une organisation que pour S. Merlino « c'est Tâme même, l'essence de l'anarchie qui veut dire société organisée sans autorité (1) ; que pour les ouvriers espagnols « le devoir le plus important de l'anarchie est d'organiser l'administration (2) » ; que pour ces anarchistes, l'anarchie est en somme « une organisation sociale purement administrative » (3).
En le chapitre « Autorité et Organisation »
de la Société future (4), Jean Grave montre que l'anarchisme communiste réclame une organisation, « accord qui se forme en vertu 4© leurs intérêts entre les individus groupés pour une œuvre commune ».
Dans sa Nueva Utopia^ Ricardô Mella
(1) Nécessité et bases d'une entente, p. 7.
(2) Estudio filosofico sociale, second volume de la Bi^ bliotheca del Proletario, avant 1885.
(3) Cf., pp. 11-13, Primer certamen socialisia, Reus,
(4) Pages 201-211.
prouve ce même vouloir d'organisation (1).
Lisez Anarchia (2) de Malatesta, la ^hilo- Sophie de Vanarchisme (3) de A.-R. Parsons, la Conquête du pain (4) de P. Kro-
(1) « L'organifi^ation du travail y est simple... Différentes associations se dédient à la culture...; il est des groupements coopératifs d'organisation plus en harmonie avec la nécessaire division du travail. Ces groupements font partie de grands nucléus fédératifs dont l'objet est de conserver et de favoriser la solidarité des éléments composants... d'établir et de fixer les nécessités de la production, de l'échange, de la consommation. Les fédérations (industrielles) sont immenses et s'étendent par tout le territoire en parfaite harmonie avec les fédérations agricoles, scientifiques et artistiques... )> (Pp. 213 à 215 et suiv., Segundo certarnen socialistaj 1890.)
(2) Cf. pp. 29 à 35, édition anglaise.
(3) « Nous savons par expérience que l'homme est un animal grégaire qui coopère, s'unit en groupes, travaille mieux ainsi que seul. Gela provoquera la formation de coopératives, communautés dont nos actuelles tradesunions sont les embryons. Chaque branche d'indusU>ie aura saûs aucun doute (dans la société anarchique) sa propre organisation, réglementation, etc. ; il s'établira des méthodes de communication directe entre chaque membre de chaque branche d'industrie dans le monde et aussi s'établiront d'équitables relations avec toutes les autres branches... Aucun grand pouvoir central... ne serait au-dessus des diverses organisations ou troupes... » (P. 173, op. cit.)
(4) Citons notamment : « La libre entente, la libr« or-
ANARGHISME, FRACTION DU SOCIALISME ? 21b
potkine et vous verrez nettement, sans conteste possible, que les doctrines communiste et collectiviste anarchiques exigent une organisation.
D(Mic, des faits précédents il résulte l'existence d'une organisation dans les anarchismes collectiviste et communiste.
Par suite de cette existence démoptrée, l'affirmation que ces doctrines ne veulent pas d'organisation est fausse et sans base ; par suite tombe l'objection qui est tirée de cette affirmation erronée. Conséquemment, de ce chef l'anarchisme com-
ganisatîon remplacent cette machine coûteuse et nuisible (le gouyernement) et font mieux (P. K. cite comme modèle Torganisatioa syndicale des bateliers de Hollande)... Remarquons ainsi qu'en prenant pour point de départ les besoins de Findividu, on arrive nécessairement au communisme comme organisation permettant de satisfaire tous ses besoins... Le communisme — c'est-à-dire ime vue synthétique de la consommation, de la production et de l'échange et une organisation qui réponde à cette vue synthétique —devient ainsi... Le seul fait d'avoir touché à la propriété bourgeoise implique déjà la nécessité de réorganiser de fond en comble toute la vie économique... » (Pp. 175, 243, 244, 264.)
2i6 SOCIALISME ET ANÂRGHISME
muniste ou collectiviste ne peut être exclu du socialisme.
En vain, on objecterait que « le socialisme se différencie de l'anarchie par ce fait principal que le socialisme veut des lois et que Tanarchie les rejette toutes, même les contractuelles (1) ».
Cette affirmation est erronée et l'anarchisme communiste ou collectiviste ne se différencie point encore par là du socialisme. Loin de rejeter les lois contractuelles, les doctrines communiste et collectiviste anarchistes les réclament impérieusement. Ces lois sont sans sanction physique, sans obligatoriété coercitive; elles sont volontairement observées, sans qu'une contrainte matérielle quelconque oblige qui que ce soit à s'y soumettre. « L'anarchie, écrit A. Ranc..., c'est le contrat se substituant à la souveraineté, l'arbitrage au pouvoir judiciaire... Ce sont les citoyens contractant librement,
(1) A. Veber, loc. cii, v
non pas avec le gouvernement, mais ent:
eux... (1) ». a A l'organisation autoritaire, lisons-nous dans le Manifeste anarchiste (S les anarchistes se proposent desubstitu< l'organisation volontaire, le libre contr spontanément formé et perpétuellement di soluble ne liant les hommes que par communauté des intérêts, par la réciproa des convenances, des affinités et des symp thies. » Si dans la Société future de Je; Grave, on parcourt « l'Autonomie seh la science », on perçoit aisément que doctrine communiste anarchique réclan te contrat, des lois aussi, mais pas d lois comme celles conçues par les auto:
taires, des « lois sociales n'ayant d'aut autorité que les lois naturelles, expliqua
(1) Eact/clopédU générale, 1869. — L'article du sénati A. Raac fut repnbllé en 1886 dana le Glaneur artarcAii D* 2, et ultérieurement dans le SupplémtHllittéraire de Révolu.
{i) 11 est dû & Emile Gautier et dat^ de ISSS. U édité par le groupe de prope(;aiide auarcliiste de Pu U fut pins tard réédité par un groupe de Bourges et ] nn nouveau groupe de Paris.
2iS gOGIALISMB ET ANARGHISME
les rapports entre les individus et non les régissant ». Combien d'autres textes signés Malatesta, R. Mella, Parsons, etc., ne pourrions-nous citer qui textuelleçient ou implicitement affirment même idée de contrat (1), de lois sans sanction coercitive.
Gela, d'ailleurs, n'a rien qui doit surprendre, car où il y a société, il y a contrat ou ^tacite ou exprimé. Dès qu'au moins deux personnes vivent ensemble, il intervient inéluctablement entre elles une convention, un contrat. L'anarchîsme collectiviste ou communiste admet -— nous l'avons vu — des groupements ; il est fatal alors qu'il y ait contrat entre les groupements. En toute société il en est ainsi et il ne peut pas ne pas en être ainsi. En société anarchique, ce contrat est spontanément formé : il est libre, perpétuellement dissoluble. Aucune force
(1) Proudhon dit formell«iu«nt que Tanarchie est une théorie sociale où l'idée de contrat remplace celle d'autorité. (P. 147, J. Garin, op. ciL)
ANARGHISMR, FRACTION DtJ SOCIALISME? 219
matérielle ne vient obliger à former ce contrat) à maintenir le contrat formé.
Du fait que Tanarchisme ou collectiviste ou communiste veut le contrat, il résulte quç ces doctrines ne se différencient point principiellement, sur ce chef, du genre socialisme et que l'objection portée tombe à faux. Elle ne vaut et on ne peut se baser sur elle pour prononcer Texclu* sion, hors du socialisme, des doctrines anarchiques communiste ou collectiviste.
En vain on objecterait « que Tanarohie êôt incompatible avec la socialisation des moyens de production (1). »
Si les social-démocrates affirment cette incompatibilité , les communistes-anarchistes la nient; môme ils affirment Taccord complet entre le communisme et Tanarchisme. Ces prétentions de Fun et l'autre parti, il ne nous plaît pas de les examiner, de rechercher qui a raison, de savoir s'il y a antinomie entre la social!-
(1) Réunion de Saint-Gall, 1887*
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sation des moyens de production et la forme acratique de la société. Cela n'a que faire en ce mémoire dont le but est de chercher si les doctrines communiste ou collectiviste anarchiques sont socialistiques. S'il n'y a pas incompatibilité, l'objection tombe d'elle-même. Si au contraire les social-démocrates ont raison, il s'en suit qu'il ne peut exister d'individus en même temps anarchistes et communistes. 11 leur faut opter ou pour le communisme ou pour l'anarchie. Cette option, elle est connue, car « avant tout ils veulent l'abolition de la propriété privée (1). » Donc cette incompatibilité existant ne les exclurait pas du socialisme, mais les rejetterait hors de ranarchisme(2).
En résumé, des quelques objections
(1) s. Merliïio, op, cit. L'œuvre entière de Kropotkine, Grave, Malatesta, etc., prouve cela.
(2) On observera que B. Tucker, l'anarchiste individualiste, dénie aux communistes le droit de se qualifier logiquement anarchistes ; Domela-Nieuwenhuis est du même avis et les social-démocrates, par leur affirmation, arrivent au même résultat.
ANARCHI5ME,
opposées à la classiQcatioa des comim nisme et collectivisme anarchiques dai le socialisme, aucune ne reste debou aucune ne vaut, si impassiblement c analyse les cboses. En leur essence, \< doctrines de toutes les écoles sociali tiques — y compris les communisme collectivisme anarchiques — se re semblent. Toutes elles ont ce point coe mun : La socialisation des moyens de pr duction.
Même, avec Le Français, on peut din « Les critiques et revendications pol tiques et économiques des anarchîsti contre l'ordre social actuel ne diffèrent :
dans la forme ni dans le fond de celli exposées par les socialistes d'autri écoles ». Qui lirait la littérature de touti les écoles socialistes en tous les pay percevrait aisément cette analogie, cet identité même sur moult points (1).
(1) Nombreux furent lea auteurs qui conatalèrent cel onidogie et cette identité. Cr. J. Garin, op. cit., fi. \62
222 SOCIALISME ET ANARCHISMB
Chez tous, même critique de la forme sociale actuelle. L'idéation d'une forme sociale nouvelle, la tactique pour y parvenir diffèrent seules suivant les diverses fractions socialistes, suivant les races.
Encore est-il besoin d'observer que les différences gisent surtout en la tactique et que celles qui existent «entre les diverses formes sociales nouvelles sont peu grandes, même lorsqu'il s'agit de l'idéal de social-démocrate comme Rienzi, de socialiste réformiste comme G. Renard et de l'idéal de Kropotkine, de Malatesta.
La dififérenciation provient de la substitution immédiate du principe liberté au principe autorité (Kropotkine, Malatesta) au lieu de la substitution progressive (Rienzi, Renard). Cette différence est donc relativement minime et, si l'on éliminait le facteur temps, elle cesserait d'exister.
Il y a souventes fois si grande analogie en les doctrines que n^était la signature on affirmerait qu'on lit du Kropotkine ou
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du Grave, au lieu de lire du Guesde, du Lafargue ou du F. Engels.
« Nous voulons une société... dans laquelle nous ne supprimerons pas la notion de l'intérêt individuel, mais où nous solidariserons l'intérêt individuel et l'intérêt coUectif si bien que, tout en poursuivant la satisfaction de ses besoins, oti se trouvera avoir travaillé à la satisfaction des besoins de ses semblables. «
L'auteur de ceslignes est JulesGueBde{l}.
Quelque part en la Conquête du pain, en Vo/inarchie, en la Société mourante et l'a~ narchieoTi trouverait même idée exprimée quasi de même façon.
« Dans une société communiste, il n'y aura pas de classe privilégiée, il n'y aura que des travailleurs, des hommes ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs ; par conséquent il n'y aura pas besoin d'État parce qu'il n'y aura pas de classe à défendre : Chacun se défendra lui-
(1) L* Colltrtiritm* ab Pal'tfBourioH, p. Ik.
224 SOCIALISME ET ANARGHISME
même parce que tous seront égaux et j'ajoute parce que personne n'aura intérêt à nuire à autrui... Le seul métier qui existera dans l'avenir, ce sera celui de mécanicien; l'homme pourra passer tour à tour par tous les métiers et cela pour le plus grand bien de son développement physique et intellectuel. »
N'était la forme, on dirait du Kropotkine. C'est Paul Lafargue qui prononça ces paroles (1).
« Nous approchons maintenant avec rapidité d'un degré de développement dans la production où Pexistence de ces classes a non seulement cessé 'd'être une nécessité, mais constitue un obstacle positif à la production. Ces classes disparaîtront inéluctablement de la même manière qu'elles sont nées jadis. Avec elles disparaîtra également l'Etat. La société organisera de nouveau la production sur les bases de l'association libre et égale des
(1) Le Communisme et l'étfolution économique, ^]^. 21 ^Mf
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producteurs et reléguera la machine de rÉtat à la place qui lui convient: le Musée archéologique, à côté du rouet et de la hache de bronze. »
« L'abolition de l'Etat, voici la tâche qui s'impose au révolutionnaire... Il a pour lui toute révolution de l'humanité qui nous impose à ce moment historique de nous affranchir d'une forme de groupement rendue, peut-être, nécessaire par l'ignorance des temps passés, mais devenue hostile désormais atout progrès ultérieur. »
En ces deux citations, même pensée et la première est de F. Engels (1), la seconde de P. Kropotkine (2).
(1) De l'origine de la Famille^ de la Propriété privée et de l'État. — Dans l'avant-propos de Internationales aus-^ dem Volksstaaty Engels écrit qu'il trouve la dénomination de social-démocrate hors de propos pour un parti a dont le programme économique est non seulement complète* ment socialiste, mais directement communiste et dont le but politique final est la disparition de l'Etat, donc également de la démocratie ». (Cité par Domela-Nieuwenhuis dans le Socialisme en danger ^ pp. 27 et 28.)
(2) Étude sur les révolutions^ cité par Domela-Nieuwenhuis. op. cit.
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Combien d'autres textes on pourrait apporter à lappui de cette thèse :
analogie sinon identité entre les doctrines de Tanarehisme communiste ou collectiviste et les autres doctrines socialistes !
Encore ces quelques lignes empruntées à une remarquable brochure : Le Socialisme et les étudiants : « L'individu est Télément essentiel et tout ce qui doit être fait ne peut Tètre que pour le développer encore plus largement dans toutes les directions, aux dépens de toutes les autorités. » N'était la forme concise, sèche, on croirait lire du Sébastien Faure et quelque part dans la Douleur universelle se trouve même idée.
• N'est-elle pas anarchiste cette déclaration : « Les socialîistes veulent la vraie liberté, la vraie égalité, la vraie justice qui ne peuvent être obtenues que dans une société où chacun librement se développerait, condition nécessaire au développement de tous » ? Nul n'eu doute
et pourtant elle émane d'il Socialista (Naples, !•' décembre 1895).
Il se déduit de toutes ces preuves, de toute cette argumentation queTanarchisme collectiviste ou communiste appartient rationnellement au genre socialisme. Rationnellement les communistes et collectivistes sont des socialistes.
Cette démonstration tant historique que rationnelle — nous estimons qu'elle paraîtra convaincante — déplaira sans doute à moult socialistes (anarchistes ou non).
Elle plaira peut-être à maints ennemis du socialisme qui, s'évertuantà voir la seule violence dans Tanarchisme, seront bien aises de pouvoir dauber sur quelques socialistes grâce à leur parenté avec le socialisme anarchique. Peu nous chaut, car notre désir est de dire toujours ce que nous jugeons la vérité sans que nous nous préoccupions des effets d'icelle. Nous avons, en ce sujet, cherché la vérité ; nous pensons Tavoir trouvée et nous l'avons exprimée, Gn cette expression, in«
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soucieux nous fumes des compromissions que suscitent les intérêts politiques ; insoucieux des négations ou des affirmations contraires à la vérité nécessairement provoquées par ces intérêts, qui encore obligent souventes fois à des argumentations byzantines, essais pénibles d'altération de la vérité.
La vérité est que, historiquement, rationnellement, les anarchismes collectiviste et communiste sont des fractions du socialisnie, au même titre que la socialedémocratie, que le communisme autoritaire,! que le collectivisme colinsien, etc.
La vérité est que, politiquement, il y a des communistes et des collectivistes qui sont anarchistes. La vérité est que, économiquement, il y a des anarchistes qui sont communistes, d'autres qui sont collectivistes, tous étant socialistes.
Le socialisme, comme le christianisme, est un genre auquel se rattachent de nombreuses variétés. Même les variétés du socialisme ont actuellement plutôt des
différences apparentes dans les mois que des diflFérences réelles, dans le fond, dans les concepts. 11 y a plus de logomachie que de réelle contradiction dans ces diversités d'opinion aboutissant à un idéal identique.
Certes, si Ton considère les extrémités de la série — par exemple, dans le plan politique un farouche anarchiste, un obstiné autoritaire — on perçoit une dissemblance qui, a priori^ semble fondamental^. Mais, au contraire, envisageant toute la série qui va progressivement du libertairele plus ardent au plus enragé autoritaire, nous constatons alors l'impossibilité d'établir une démarcation , de différend er avec précision deux unités se suivant dans cette série. Toutes les classifications sont artificiellement faites par l'homme pour l'aider en son ^tude des phénomènes mais en réalité, dans la nature elles n'existent point. Natura nonfecit saltus^ vérité aussi bien en sociologie qu'en histoire naturelle.
230 SOCIALISME ET ANARGHISMB
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Du fait que dans le socialisme il ne peut exister et il n'existe pas de fossés infranchissables entre les écoles, il résulte que sans cesse ces écoles évoluent, se modifient. Les adeptes se transforment, changent, allant de l'autoritarisme à Ta* narchisme ou çice versa, du communisme au collectivisme ou réciproquement. Il s'ensuit que, le philosophe constate que, dans le socialisme, tous — quelle que soit l'école — pourraient marcher d'accord, unis à l'assaut de la société actuelle qu'ils estiment de forme mauvaise. Le philosophe constate aussi qu'ils ne le feront pas parce qu'ils sont... des hommes.
Pont- Aven, 1895.
Kerhuel en Gamlez. 1905.
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