‹ Socialisme, communisme et collectivism, coup d'oeil sur l'histoire et les doctrinesChapitre 19 sur 24 · I. te Capital, éd. fr., pasnm · texte numérisé non relu

I. te Capital, éd. fr., pasnm

par la force, « la grande accoucheuse des sociétés » — à la conquête du pouvoir politique... Ce devait être là T œuvre de « T Association interaationale des travailleurs », dont il fut l'un des promoteurs et Fun des chefs les plus actifs (1866) et sur laquelle nous reviendrons brièvement un peu plus loin.

Collectivisme agraire.

Les collectivistes, agraires aussi bien qu'industriels, admettent Tabsurdité ou la chimère d'une mise en commun de tous les biens, meubles ou immeubles, avec la faculté laissée à chacun d'en jouir dans une certaine proportion impossible à formuler a priori^ et ils prétendent par là se séparer nettement des sectes communistes. Ces dernières, disent-ils, ne tiennent pas compte du principe fondamental du socialisme, qui est que le travail étant la base de toute valeur, doit être rémunéré par la possession. On arrive ainsi à distinguer, dans la propriété, deux catégories, Tune légitime aux yeux des socialistes, celle qui a pour point de départ le travail individuel et qui est fondée sur ce travail même ; l'autre qui a pour sources des causes indépendantes de l'activité

COLLECTIVISME AGRAIRE. iOS

personnelle et qui constitue une appropriation illégitime*.

Ainsi, dans la propriété foncière, il faudra reconnaître deux sources d'appropriation : la première est le travail du pionnier ou du cultivateur qui manipule et transforme le sol : les fruits de ce travail doivent légitimement appartenir à celui qui a exercé Teffort et il serait à la fois injuste et malhabile de Ten dépouiller : l'autre provient de causes auxquelles l'initiative individuelle du maître actuel du sol est étrangère : la fertilité propre de la terre, la proximité de fleuves ou d'eaux naturelles, le voisinage des côtes, la densité de la population qui peut cultiver le sol et demande à en consommer les produits, le développement des moyens de transport qui favorisent leur expédition, donnent à celui qui possède certains domaines un privilège incontestable sur celui qui n'a aucune propriété foncière, ou qui même

1. Certains collectivistes ne repoussent pas avec autant de netteté le communisme. G. de Paepe, qui prétend avoir Tun des premiers baptisé le nouveau système, le considère comme un acheminement vers un communisme rationnel. Il l'appelle un communisme relatif. Il critique avec beaucoup de justesse le caractère absolu de la définition du travail individuel, « source de la richesse et légitimation de l'appropriation ». Y. Revue socialiste, mai 1890. Nous parlerons aussi plus loin des desiderata communistes de Técole de Colins.

i06 LE SOCIALISME.

possède des champs ou des terrains placés dans des conditions moins favorables. Le système de propriété actuelle ne fait aucune distinction entre ces diverses sources de richesse : le possesseur jouit entièrement de tous les avantages que lui cause l'exploitation de son bien, les transmet par héri* tage à ses descendants et la communauté est à ja« mais spoliée de Taccroissement de richesse qui est dû en grande partie à ce que les Allemands ap* pellent des conjonctures sociales^ c'est-à-dire à un ensemble de faits d'ordre économique, politique, démographique, sur lesquels l'initiative individuelle du propriétaire du sol n'a eu aucune influence ^ De là, disent les collectivistes, l'injustice capitale de notre ordre social et celle à laquelle il faut remédier avant tout si l'on ne veut pas que les propriétaires actuels du sol finissent par absorber peu à peu, — au détriment des non propriétaires, — toutes les richesses et réduisent les classes salariées à un véritable servage.

La théorie de Ricardo sur la rente du sol, ajoutent-ils, que Stuart Mill appelait X^pons asinorum des économistes, n'est qu'une mise en équation d'un fait qui frappe tous les yeux. D'autre part, Ricardo n'insistait, pour expliquer la rente, que

1. G*est le bénéfice provenant des causes de cet ordre que les Anglais nomment Vuneamed incrément^ l'accrois- ^e^lent de y^^leur non gagnée,

CÛLbËClriylSMÈ AGRAIRE. iO^

sur les inégalités de fertilité des différentes terres. Son raisonnement ne s'applique-t-il pas aussi justement aux conditions de plus-value autres que le plus ou moins de productivité naturelle : les moyens de communication, la sécurité générale, le développement des grands centres de population, la marche entière enfin de la civilisation qui rend de plus en plus nécessaire à Thumanité la terre cultivable ou bâtissable, limitée en quantité et se raréfiant de plus en plus à mesure queles hommes, multipliés et assiégés de besoins plus nombreux et plus impérieux, réclament plus vivement des aliments, des matières premières, des habitations ? Ne s'applique-t-il pas aussi bien ou mieux encore aux carrières, aux mines, aux houillères d'où provient « le pain de Tindustrie »< qui sont limitées en quantité et représentent de vrais monopoles dont le privilège va toujours croissant à mesure que croissent la population et la production?

C'est la théorie de la rente de Ricardo reprise et étendue par des écrivains à tendances socia^ listes, qui a servi de fondement à tous ceuxqui, depuis une cinquantaine d'années, ont cherché, au nom d'un principe scientifique, à bouleverser le régime de la propriété ; à Colins, le réformateur belge qui, l'un des premiers, en 1835, dans son livre le Pacte social^ à réclamé la mise en coUec-

tivité du sol, à Pecqueur, à Proudhon, à Karl Marx; plus récemment â Henry George, à Russel Wallace, aux socialistes rationnels belges, et à leurs disciples français ou étrangers*. C'est elle qui servait de justification à Herbert Spencer, lorsque, dans un passage bien des fois cité de son livre Social statics^ il écrivait : « Priver les autres hommes de leurs droits à l'usage de la terre, c'est commettre un crime qui ne le cède en perversité qu'au crime de leur ôter la vie, ou de les dépouiller de la liberté personnelle... Même un partage égal de la terre entre ses habitants ne pourrait engendrer une appropriation légitime. Le sol est le patrimoine commun des générations et cette théorie de cohéréditéde tous les hommes est en harmonie avec la plus haute civilisation... Il est peut-être difficile, mais l'équité commande de la réaliser '. »

1. « Nous bâtissons sur Ricardo comme sur notre plus solide fondement, » écrit le socialiste Gronlund, Tauleur du récent ouvrage The Coopérative Commonwealthy très répandu en Amérique et eu Angleterre.

2. Le cardinal Manning écrivait de même récemment : c( La question de la terre est la question maîtresse. Il y a une loi naturelle et divine antérieure et supérieure à toute loi humaine, en vertu de laquelle tout peuple a le droit de vivre des produits du sol qui porte le berceau de ses enfants et la tombe de ses pères. Il y a là un droit plu$ élevé, plus ancien que tout droit personnel. » Sans aller aussi loin, M* Secrétan, Fauteur des Droits de Vhumanitéy

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