ORIGINE DU MOT
générale des idées et des progrès de Tesprit scientifique et industriel, la pensée d'une société laborieuse, s'organisant afin d'acquérir le bien-être général de ses membres, s'était peu à peu substituée à l'antique idéal chrétien, d'abord féodal puis monarchique, qui poursuivait des visées différentes. En même temps qu'un sentiment d'optimisme universel, legs de la foi ancienne en une providence paternelle, bienveillante en principe pour l'homme, sa créature, pousèait les âmes vers la conception d'une sorte d'idéal terrestre qui devait se réaliser par la justice et la fraternité, les merveilles naissantes de la mécanique, de la chimie et de la physique donnaient comme un encouragement positif et tangible aux nouvelles aspirations sociales. Grâce à elles, grâce aussi à l'affranchissement du travail définitivement opéré par la Révolution, les richesses se sont multipliées. Le bien-être s'est généralisé, mais moins vite que ne grandissait le désir de ce bien-être, désir excité dans les masses par le développement de l'instruction, la pratique de l'égalité civique, la propagande de la presse et de la littérature démocratiques, le spectacle enfin de l'accumulation des biens terrestres et des Jouissances du luxe dans un certain nombre de mains favorisées par des aptitudes naturelles, des chances d'heureuse fortune ou certaines conditions légales.
Après la chute de Napoléon, des hommes clairvoyants, observateurs judicieux des phénomènes sociaux, interprètes sagaces de l'évolution historique qui avait abouti au xvin® siècle et à la Révolution, ont, parfois avec emphase, mais parfois aussi avec un sens très sûr et d'accord d'ailleurs dans leurs principales conclusions avec les premiers économistes disciples des physiocrates, amion<5é l'orientation nouvelle que devaient subir les institutions et les mœurs : ils ont proclamé la légitimité et la grandeur du mouvement d'organisation pacifique de la planète, la stérilité du militarisme incarné dans l'empire et ses ruines, la sainteté du travail, la fécondité de l'association ; ils ont cherché à relier ces idées nouvelles concernant la tâche laborieuse de l'humanité à un ensemble de vues sur l'ordonnance de l'univers, sur la philosophie de l'histoire, sur les rapports des sexes et la réorganisation de la famille, sur la constitution générale de l'état politique et social; et au début leur œuvre ne manqua ni de portée ni de fécondité. Ils ont imprimé au siècle une vive impulsion. Mais à force d'étendre leur point de vue, ou faute de tenir compte de certaines règles essentielles à l'organisme social, en sacrifiant surtout le principe de l'initiative individuelle, moteur principal de
notre civilisation, et celui de la concurrence, sti-