ORIGINE DU MOT
mulant et condition du progrès, ils ont dévié vers des idées utopiques ou fausses : la hâte même de quelques-unes de leurs généralisations devait les faire s'écrouler dans le vide. L'idée fondamentale qui les avait inspirés, et qui avait sa justesse, a été reprise par des esprits chimériques ou étroits, des tempéraments exaltés ou aigris, exagérée dans ses déductions, rendue dangereuse pour Tordre social : et c'est sous ces diverses formes que nous voudrions la suivre rapidement en constatant la vogue renaissante attachée de nos jours, malgré tant de condamnations et de réfutations, tant de tentatives avortées, tant de déchirements entre les réformateurs, au mot de socialisme, qui actuellement, après de longues périodes de discrédit, reparaît aussi bien dans la bouche de certains représentants des Eglises et des intérêts conservateurs, que dans celle des déclamateurs populaires en quête de succès électoraux ou des simples déshérités de ce monde, avides d'augmenter leur petite part du patrimoine commun ; mot qui, il faut le dire, recouvre bien des idées et des visées différentes sous sa généralité devenue presque banale.
Coup d'œil sur Thistoire du communisme
ANTIQUITÉ. — JUDAÏSME ET CHRISTIANISME. — MOYEN AGE ET RÉFORME. — XVIII® SIÈCLE ET RÉVOLUTION.
Les tendances qui ont été formulées avec assez de précision au commencement de ce siècle par la plume des modernes réformateurs pour mériter une désignation spéciale, sont, est-il nécessaire de le rappeler, dans leur principe, presque aussi anciennes que la civilisation : on en retrouve la trace à toutes les périodes de l'histoire qui les a confondues sous l'étiquette générale de communisme : mais plusieurs de ces traces sont fugitives et n'ont pas eu une grande importance au point de vue du développement général des idées. En matière sociale bien des combinaisons ont été proposées, qui n'offraient qu'un rapport lointain avec l'état de civilisation contemporaine. On peut, dans une histoii'c résumée du socialisme, en tenir
peu de compte : ce sont des curiosités historiques qu'il faut laisser à Tétude des historiens et qui n'ont pas fait une impression assez profonde sur les esprits pour que le philosophe s'y arrête lon-r guement. D'autres tentatives nettement commu^ nistes ont eu un caractère transitoire tenant à des particularités de temps ou de milieu qui les rendent bien intéressantes au point de vue psychologique ou historique, mais qui leur enlèvent la généralité par laquelle elles devraient passer pour de véritables chaînons essentiels du développement de la doctrine. Nous les négligerons également et nous nous en tiendrons ici à un rapide coup d'oeil d'ensemble sur la genèse des idées communistes ou socialistes et la forme qu'elles ont successivement revêtue dans le cours de l'histoire. Pour cela nous diviserons celle-ci en quelques grandes périodes. Nous étudierons sommairement le communisme dans l'antiquité classique, — le christianisme primitif, — le moyen âge et la Réforme, — le xviii'' siècle. Puis nous étudierons le socialisme du xix® siècle, les principales écoles communistes ou socialistes de 1830 à 1848, — le socialisme contemporain; le collectivisme agraire et le collectivisme industriel.
Le « socialisme chrétien » et le « socialisme delà chaire » ou'( socialisme d'Etat » qui, malgré
tf
leur importance contemporaine, sont des branches dérivées plutôt que des formes même du socialisme, ne seront touchés qu'en passant dans ces quelques pages : ils mériteraient à coup sûr
une étude spéciale.