Le vrai nom de Marx est Mordecliaï
2. Proudhon (1809-1865) avait, avant Lassalle, dans ses Contradictions économiques, évoqué et cru démontrer la
pour but de mettre par des combinaisons diverses, (|uoiqne toutes de caractère artificiel, les « instruments de travail » et les moyens de production, autrement dit le capital acquis, à la disposition gratuite des travailleurs manuels ; et la question sociale se présenta comme limitée à ce programme, qui d'ailleurs, si l'on allait au fond des choses, aurait, pour se réaliser, exigé un remaniement complet de l'organisation économique, morale et politique. De philosophique et religieux qu'il] était ouvertement, le socialisme s'est ainsi peu à peu transformé, au moins en apparence, en un système de reclassification so-
« loi d'airain » des salaires. II voulait tout en conservant la propriété, supprimer les mauvais effets du capitalisme par le « crédit gratuit ». On connaît l'échec en 1849, de sa <■<■ Banque du peuple » à laquelle Marx et ses disciples ont fait bien des emprunts. Proudbon avait de même devancé H. George en proposant l'impôt unique surla rente du sol (V. plus loin p. loO). D'autre part il s'était (par l'intermédiaire de l'Allemand Grun) inspiré de la philosophie de Hegel. « C'est avec ces idées, a écrit Grun, qu'il a chargé ses canons contre la propriété. » En général, ses disciples ont eu bien de la peine à tirer quelque chose de cohérent de ses nombreux écrits. « Son œuvre positive est peu de chose, conclut M. Malon. Le soi-disant démolisseur de la trinité propriétaire fut le champion de la plus oppressive des formes familiales et le plus intelligent défenseur de la propriété individuelle. » Au fond ce fut surtout un brillant écrivain, grand remueur d'idées, qui secoua les esprits plus qu'il ne les convainquit.
ciale, modifiant radicalement les rapports des classes au point de vue de la répartition des richesses. Sil a pu par là perdre de son ampleur, il n'a rien dépouillé de son acrimonie : en s'attaquanl à ce qu'il considérait comme l'injustice fondamentale, source de toutes les autres, il a rendu son attaque plus violente, plus concentrée et, par certains côtés, plus dangereuse.
Conformément à cette transformation accomplie dans la doctrine, l'œuvre principale du socialisme depuis le second empire jusqu'à nos jours, a été double : d'abord constituer un parti ouvrier international, une sorte de quatrième état, opposé aux trois états de l'ancien régime, possesseur de la source même de la richesse, le travail, et pouvant par là imposer sa volonté. Echappant aux mesures de compression édictées dans l'Europe entière, profitant de tous les relâchements de la surveillance et de toutes les extensions de droits politiques, s'organisant tantôt dans l'ombre, tantôt dans des congrès publics, abusant des imprudentes avances que lui fit à maintes reprises Napoléon III, partagé entre ses instincts autoritaires et ses vagues aspirations philanthropiques, le parti devait travailler à modifier par la propagande de doctrine ou par la « propagande par le fait », si cela était nécessaire, « l'élément constitutif des phénomènes
industriels ' », à exproprier les expropriateurs, suivant l'énergique expression de Karl Marx, à di'pouiller le capitalisme et la bourgeoisie qui en était l'incarnation, de ses privilèges ; et cela en s'appuyant sur l'union étroite des prolétaires qui, par leur nombre, l'action concertée, n'ayant rien à perdre et tout à gagner dans une transformation sociale, tantôt par le vote, tantôt par les grèves, tantôt par des moyens révolutionnaires, feraient prévaloir pratiquement leurs revendications. — Le second point était de donner à ces revendications un fondement d'apparence scientifique, simple dans sa formule, qui porterait l'évidence dans des esprits aigris par la soutTrance ou l'envie, et avides d'un remède immédiat apporté aux misères sociales. En même temps que conformément à la première partie de ce programme, le parti socialiste dans les divers pays organisait l'action politique et pratique, la formule doctrinale lui était fournie par le collectivisme'^
\. Malon, Exposé de^ doctrines socialistes (1872).
•i. Le mot collectivisme, que le Diclioiinaire de l'Acailt'-mie (1878) ne donne pas, figure pour la première fois dans le supplément du Dictioilnaire de Littré (1877); l'exemple cité par l'auteur est emprunté au Journal des Débuts, iS69 : le mot était employé, depuis longtemps, par les écrivains socialistes, notamment de l'école belge (1850) ; il s'appli(jue actuellement à toute doctrine socialiste poursuivant la destruction de l'appropriation individuelle des
dans rexamen duquel nous devons maintenant entrer.
Bien que le collectivisme ait la prétention de faire un tout, de s'appliquer au système social entier, et aussi bien aux moyens de production fonciers qu'aux instruments de travail, pour plus de clarté, nous en diviserons l'étude en deux chapitres principaux : collectivisme industriel qui s'applique aux moyens de production autres que le sol, et collectivisme agraire, celui qui concerne la propriété foncière; dans ces chapitres nous insisterons beaucoup plus sur l'évolution des doctrines que sur l'histoire des faits ou les transformations des partis socialistes, qui se ratinstruments de travail et des moyens de production, et n'adnnettant la possession individuelle que des fruits à litre de rémunération du travail. V. Leroy-Beaulieu, le Collectivisme, préface, et Malon, Socialisme intégral, p. 318. Celui-ci déPinil le collectivisme : « L'inaliénabilité des forces productives mises sous la tutelle de l'État, ce dernier les conQant temporairement et moyennant redevance aux groupes professionnels, et dans ceux-ci la répartition des produits se faisant au prorata du travail ». M. Malon reconnaît chronologiquement l'existence successive de neuf formes de collectivisme qu'il intitule : emphythéotiquc, industriel, colinsien, internaiionaliste , révolutionnaire, marxiste, anarchiste, agraire ou anglo-américain et réformiste. Cette répartition chronologique nous semble très arbitraire et nous ne nous y conformerons pas. L'auteur reconnaît d'ailleurs que souvent de simples nuances distinguent les ditl'érenls systèmes,
tachent à des événements politiques impossibles à faire rentrer dans le cadre où nous nous sommes (Mifernié, et qui constituent en réalité une partie, non la moins essentielle, de l'histoire contemporaine. Nous indiquerons cependant brièvement tjuelques-unes des conclusions pratiques que les chefs du mouvement socialiste, s'appuyant sur les revendications des classes ouvrières, ont cherché à donner à leurs théories, et les ébauches d'organisation qui en sont résultées.
Collectivisme industriel et socialisme contemporain.