‹ Socialisme, communisme et collectivismeChapitre 15 sur 24 · L'Onjanisalion du travail · texte numérisé non relu

L'Onjanisalion du travail

4. C'est vers 1834 qu'on voit les anciennes sociétés polilic^ues (le la Restauration prendre un caractère netteipent

naient J 'agitation, — le drapeau communiste comme une panacée, réclamant la suppression de l'héritage, l'abolition de l'intérêt, la gratuité du crédit, le partage des propriétés foncières, l'organisation d'ateliers sociaux sous le contrôle de l'Etat où les travailleurs seraient rémunérés par des salaires « conformes aux besoins de chacun », et où la prospérité de tous naîtrait de la satisfaction individuelle : programme chimérique auquel Louis Blanc prêtait la fièvre de son style et la chaleur de ses objurgations et qui plaçait la question sociale dorénavant à la base de toute réforme politique.

Dépassant Louis Blanc dans le domaine de l'utopie, Cabet traçait, dans son Voyage en Icarie, le tableau enchanteur d'une communauté très voisine de celle de Morus, et, après avoir enthousiasmé bien des esprits sur le continent, entraînait un certain nombre de fanatiques en Amérique pour y réaliser ses plans chimériques.

socialiste. La « Société des Droits de l'homme », une des plus puissantes de l'époque et fondée par des républicains, déclarait « vouloir avant tout la refonte de la société pour arriver à une répartition plus équitable de la richesse, à l'égalité du bien-être. L'extension des droits politiques, disait-elle, le suffrage universel, peuvent être d'excellentes choses, mais comme moyen seulement, non comme but. » V. Thureau-Daugin, Histoire de la monarchie de Juillet, t. IL

On sait la lamentable fortune (|ui attendait là les Icariens^.

Au moment même où Cabet faisait franchir à ses idées et à quelques-uns de ses disciples l'Océan , la révolution de 1848 éclatait et fournissait au socialisme et au communisme un champ d'expérience inespéré. Opinion et gouvernement, entraînés par le flot démocratique qui avait miné puis renversé la monarchie de Juillet, étaient ralliés aux idées de réforme radicale de la société, et à la pensée que ces réformes devaient s'accomplir dans et par la démocratie laborieuse, armée tout à coup du sufTrage universel -. L'engagement pris par le gouvernement provisoire, dès le 23 février, « de garantir l'existence de l'ouvrier par le travail », la création d' « ateliers nationaux », la limitation par décret de la journée de travail, l'institution d'une c Commission de gouvernement pour les travailleurs » qui siégea au Luxembourg, sous la présidence de Louis Blanc et de l'ouvrier Albert, furent les premiers gages donnés par le nouveau pouvoir à l'entraînement socialiste. Les événements qui suivirent sont

1. V. sur les Icariens, Histoire du socialisme, de Malon, p. 163.

2. « Le suffrage universel veul comme complément le bien-être universel; ilest contraJiotoire que le peuple soil à la fois misérable et souverain. » ^Tocqueville.)

bien connus et ne peuvent pas entrer dans le cadre de cette étude. La réaction contre les tendances communistes fut d'autant plus violente quon avait cédé avec plus d'imprudence à un courant dangereux. Le socialisme égalitaire, refoulé à la suite de plusieurs émeutes, parut pour longtemps noyé dans le sang des journées de Juin, et sous le régime de compression qui suivit.

Sans disparaître, il subit dans cette crise une transformation profonde. Plusieurs de ses partisans les plus dévoués contribuèrent autant que ses ennemis à modifier le caractère fondamental de la doctrine. Soit lassitude de vues générales trop vastes et que l'expérience avait démontrées irréalisables, soit nécessité de se simplifier pour vivre, et hâte d'acquérir des résultats tangibles, hâte qu'encourageaient les progrès universels du régime démocratique, — soit enfin l'influence de la transformation générale des idées qui, de l'idéalisme du commencement du siècle, sont revenues par le positivisme et le darwinisme à des données bien plus objectives \ elle perdit beaucoup

1. « Marx, dit avec justesse M. Bourdeau dans un excellent article sur le socialisme allemand {Revue des Deux Mondes, l®' mars 1891), appartient à ce mouvement {général de dure et froide réaction contre l'idéalisme et le socialisme romantiques, si marquée dans cette seconde

de sa largeur ancienne, de son esprit humanitaire et de ses aspirations vagues dans leur universalité. Elle se confina plus que par le passé dans les questions intéressant exclusivement la lutte du capital et du travail, de la richesse acquise et des non-propriétaires, et abandonna quelques-uns des grands horizons

moitié du xiï'' siècle, réaction née sous l'influence des sciences naturelles et de l'industrie en progrès ; il est de l'école de Bûchner, le vrai philosophe du socialisme contemporain; il invoque pareillement Darwin. >»

V. aussi Engels (qui fut l'ami dévoué de Marx), Die Entwicklung des Sozialismus von der Utopie zur Wissenschaft (1883). Marx écrivait : « La révolution de 1848 a sonné le glas de la philosophie idéaliste allemande... Les philosophes ont inleiprété le monde de différentes manières : il s'agit maintenant de le changer. » Pour se rapprocher du but et revenant à certaines des anciennes visées socialistes, le socialisme allemand s'est cependant, surtout dans ces derniers temps et notamment par l'organe de Bebel (V. son ouvrage très répandu Die Frau), occupé de la condition des femmes, sentant que sans l'intervention passionnée de celles-ci, il n'est pas de réforme sociale profonde possible. C'est par un instinct semblable et pour recruter de nouveaux adhérents qu'il s'adresse actuellement aux populations agricoles, en modérant dans son programme ce qui pourrait les eiïrayer. Une fraction du parti socialiste français, qui s'intitule volontiers intégraliste, et qui a pour chef M. Benoît Malon, cherche aussi de nouveau à étendre son action « hors des rapports de classes », à « tous les opprimés, à tous les exploités de la religion, delà famille et des préjugés ». Socialisme intégral, passim.

qu'elle avait envisagés au début du siècle. Par là elle devait se dépouiller tout d'abord d'une partie de son influence sur la direction générale de l'opinion, et au contraire agrandir son pouvoir sur les classes laborieuses, notamment sur la portion la plus nombreuse et la plus malheureuse des populations ouvrières, sur le prolétariat, devenu, — soit par le sufi'rage universel, soit par la concentration résultant de l'organisation industrielle et l'action de la presse à bon marché, organe elle-même des chefs de partis, — un agent fondamental de la vie nationale.

Le mutuellhme de Proudhon qui, au milieu de ses nombreuses contradictions et de ses incohérences de doctrines, fit illusion par la vivacité de sa dialectique, et tint une si grande place dans les polémiques d'avant et d'après 4848, comme plus tard le collectivisme préparé par les écrits de Colins, Yidal et Pecqueur, et définitivement érigé en système par les socialistes allemands de l'école de Lassalle et de Marx ' tous deux de race Israélite, qui devaient avoir sur le développement du socialisme contemporain une extraordinaire influence ^, se donnèrent surtout

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