Voy. son discours d^ouverture à la Société de statistique
LE SOCIALISME EN ANGLETERRE
Résumons brièvement sa réponse. M. George établit que, dans toute société qui pr*ogresse, la rente absorbe tout le bénéfice de la production augmentée, tandis que la rémunération du travail et du capital est stationnaire ou même va en diminuant. Son remède consiste à faire du sol une propriété nationale, et il l’applique en confisquant la rente par le moyen de l’impôt. Par « rente » M. George entend le revenu annuel total du sol, moins « les améliorations récentes dûment constatées ». Il s’ensuit que Touvrier s’est trompé en supposant que « son maître est son ennemi » ou, du moins, que c’est son maître qui reçoit « la part du lion » des profits de son travail. Le profit peut se diviser en trois éléments : la compensation pour les risques à courir, la rémunération de la surveillance et le revenu du capital. D’après M. George, le premier de ces éléments ne doit pas être considéré dans la répartition de la richesse, puisque le risque disparaît dans la totalité des transactions; le second est très justement nommé « salaire » et doit rentrer, pense-t-il, dans la catégorie des salaires du travailleur ordinaire; quant au revenu du capital, d’après M. George, il est également soumis aux lois du salaire, baissant ou augmentant avec le taux de celui-ci. De tout ceci, M. George conclut que la division primitive de la richesse se fait en deux et non en trois parts; le capital n’est qu’une forme du travail, et ce qu’il faut chercher, c’est la loi en vertu de laquelle le produit se divise entre la rente et le salaire. En acceptant la loi de Ricardo sur la rente, M. George découvre comme corollaire que le salaire dépend aussi des limites de la culture du sol, mais en sens inverse de la rente, en sorte que, si la limite de la culture se restreint, la rente s’accroît et le salaire diminue. En définitive, il prétend que l’augmentation de population, les progrès techniques, bref, tout ce qui augmente les forces productives du travail, tend à faire augmenter la rente et non le salaire. Il résulte de tout ceci que le patron, capitaliste ou non, et l’ouvrier n’ont pas, vraiment, d’intérêts opposés, mais que le manufacturier et son ouvrier sont tous deux exploités par l’ennemi commun, le propriétaire du sol.
Il n’est pas nécessaire de discuter en détail la série d’arguments spécieux par lesquels M. George arrive à ce résultat surprenant. Les critiques de son livre ont été très nombreuses. M. de Laveleye y a consacré quelques observations dans un chapitre précédent de ce volume et un examen complet dans le Contemporary Review de novembre 1882. Le travail récent de M. John Rae sur le « Socialisme contemporain » contient un
long chapitre où ü critique vigoureusement Progress and Po^i vertyK M. Mallock aussi a relevé le gant jeté parle prophète^ de San-Francisco. Au nombre de ces critiques, nous citerons! encore le duc d’Argyll, lord Bramwell, le professeur Fawcett,j M. Frédéric Harrisson, feu M. Arnold Toynbee et le professeur^ I F. Walker. Le dernier livre de M. George, intitulé Social Probleyns, qui a moins de prétentions scientifiques, est, somme? toute, plus acceptable et aussi plus intéressant que son précé-dent ouvrage. Il faut cependant remarquer que M. George yi émet des idées révolutionnaires plus avancées qu’autrefois. 111 semble recommander maintenant la répudiation de la dette! publique, qui repose, tout comme la propriété du sol, « sur l’idée absurde qu’une génération peut lier la génération suivante 2».
Avant de parler des sociétés qui se sont formées pour poursuivre l’application des idées de M. George, il faut donner un i aperçu du plan rival de nationalisation du sol proposé par M. Alfred Russel Wallace, le célèbre naturaliste.
En 1882, M. Wallace publia son livre Land ISationalization; its necessity and ils aims, « La nationalisation du sol, sa nécessité et son but », pour démontrer qu’ « un système rationnel d’occupation {occupying ownership) , sous le domaine éminent de l’État, » serait un remède complet aux maux causés par le système actuel de propriété absolue, et pour expliquer comment ce changement pourrait être effectué, « sans faire aucun tort aux propriétaires existants » et « sans amener les résultats fâcheux supposés inséparables d’un système de nationalisation du sol». Dans les premiers chapitres de son livre, M. Wallace discute les causes de la misère qui persiste côte à côte avec la richesse croissante et explique les souffrances résultant du propriétarisme en Irlande, en Angleterre et en Écosse, par des cita-^ fions et des résumés d’auteurs connus. Il fait voir ensuite la différence entre le système d’occupation et celui du propriétarisme, et il cherche à prouver que « le bien-être et le bonheur du cultivateur augmentent en proportion de l’intérêt qu’il possède î dans le sol ». La méthode de M. Wallace est inductive et il cite i des faits, mais il invoque aussi le raisonnement déductif de M. George comme « étant basé sur les principes admis de l’Éco- ;
1. Voy. son livre Property and Progress, ch. i (Murray, London.