Voy. Social Problems, p. 154 (Kegan Paul
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nomie politique et sur les faits généraux du développement social et industriel ».
Dans son dernier chapitre, après avoir soutenu que le libreéchange appliqué au sol ne peut qu’accroître les grandes propriétés et aggraver les maux résultant du propriétarisme, M. Wallace développe sa propre solution du problème, qui peut être résumée comme suit. — L’État seul doit être propriétaire du sol. Les tenanciers de l’État doivent avoir un bail perpétuel, mais en conservant la liberté absolue de culture, de vente ou d’échange de leurs lots; la sous-location doit être absolument interdite et les hypothèques extrêmement limitées. La propriété de l’État ne doit pas être purement nominale comme actuellement en Angleterre, mais elle doit comprendre un fermage proportionné à la valeur inhérente du sol. Le montant de ce fermage sera déterminé comme suit. — Une évaluation exacte de chaque parcelle de terre du Royaume-Uni sera faite, et la valeur locative ainsi déterminée sera divisée en deux parts, l’une représentant la valeur inhérente du sol qui dépend de sa nature même, des moyens de communication, du voisinage des marchés, etc., et l’autre consistant en « valeur additionnelle » donnée au sol par les propriétaires et les occupants, et provenant des constructions, clôtures et améliorations permanentes.- La première part serait le « fermage » payable désormais à l’État et soumis à une révision périodique; la seconde part, que M. Wallace appelle le « droit du tenancier » {tenant right), lui reviendrait exclusivement.
Comme, à l’avenir, la sous-location sera absolument interdite, le « droit du tenancier » sur tous les terrains non occupés actuellement par leurs propriétaires devrait être mis en vente. Les tenanciers actuels auraient le driit de préférence, et, s’ils ne pouvaient pas s’arranger à l’amiable avec les propriétaires, la question serait tranchée par des tribunaux locaux spécialement nommés à cet effet. En cas de nécessité, la somme fixée pourrait être avancée au tenancier par des sociétés de prêt autorisées ou par l’autorité municipale; elle serait remboursée par un fermage à terme. Une fois le « droit du tenancier » acquis, l’acquéreur devient le tenancier de TÉtat, sujet au fermageimpôt, et il peut à son gré aliéner son droit.
M. Wallace * diffère de la plupart des partisans récents de la
1. Cependant miss Helen Taylor, la belle-fille de Stuart Mill, a trouvé moyen de concilier ces contradictions de façon à lui per-
nationalisation du &ol, en ce qu’il admet « que les propriétaires > actuels et leurs héritiers naturels doivent être dédommagés ». , Il pense que cela pourrait être fait d’une façon équitable par ^ l’État en assurant, au propriétaire ou à ses héritiers vivants ou à * naître avant la mort dudit propriétaire, une annuité équivalant au « revenu annuel de la part de sa propriété » appropriée par l’État Cette proposition émane évidemment chez M. Wallace ; d’un sentiment de justice que ne connaît pas M. George, qui, ; partant du principe que les propriétaires sont des voleurs, ne voit pas pourquoi on les dédommagerait parce qu’on les a " privés de leurs moyens de voler. Le seul principe vrai en ce ■ point est celui proclamé par Stuart Mill, quand il dit, à propos du changement radical apporté aux lois agraires de l’Irlande;
« Les intérêts pécuniaires existants sanctionnés par les lois doivent être respectés. Une indemnité est certainement due aux propriétaires en échange des droits nuisibles qu’on les oblige d’abandonner. » M. Wallace s’efforce de prouver que son système de compensation ne ferait aucun tort aux propriétaires actuels, mais il est bien difficile de démontrer que la propriété d’une annuité de 100 livres due pendant une, deux ou même trois vies est égale en valeur pécuniaire à la propriété absolue d’une terre d’un revenu annuel de 100 livres. La différence réelle de revenu existerait en ceci que, si ce propriétaire est un homme prévoyant, il capitalisera une partie de ces 100 livres et son revenu sera diminué d’autant.
M. Wallace ne détermine aucune limite à l’étendue de terre que peut occuper un seul individu, estimant que la prohibition de la sous-location rendra toute autre mesure législative superflue. Mais le professeur T.-W. Newman, un de ses disciples les ; plus distingués, voudrait rendre illégale la possession de plus de 500 acres par la même personne. Ce Gracchus moderne a. moins d’égards que M. Wallace pour les intérêts existants. Il 1 compare les propositions de M. Wallace à l’offre que fit lai sibylle au roi Tarquin. Si ces propositions ne sont pas admises, , les conditions seront plus dures, la fois suivante.
mettre de prendre une part active et dans la Société formée pour ’ soutenir les idées de M. Wallace et dans celle inspirée par les écrits de M. George. Elle fait aussi partie du comité de la Fédération i sociale démocratique.
1. Dans le programme de la Société de la nationalisation du sol, , cette annuité n’est admise que pour les propriétaires actuels et i leurs héritiers vivants au moment où l’acte sera passé.
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Le côté le plus original et le plus caractéristique au projet de M. Wallace est le remède qu’il propose pour combattre l’accroissement de la population dans les villes et pour ramener les familles dans les campagnes, en offrant à chacune d’elles le droit de choisir une parcelle de terre à bon marché. « Tout Anglais, dit-il, devrait pouvoir, une fois dans sa vie, choisir une portion du sol pour l’occuper lui-même. Son droit de choisir sera naturellement limité aux terrains vagues ou aux terres arables; il faut qu’elles aient accès à un chemin public; que le lot ait une superficie de un à cinq acres; le droit ne pourra s’exercer sur tout domaine dont on aura déjà enlevé un dixième et ne s’appliquera en aucun cas aux petites propriétés ; et, finalement, il devrait respecter les alentours immédiats de la demeure du propriétaire qui ne doit pas être soumis à des tracasseries inutiles. » Tous les différends (et ils seraient nombreux) qui pourraient surgir à la suite de ce curieux projet, séduisant sous beaucoup de rapports, seraient tranchés par des tribunaux locaux du même genre que les sous-commissions établies par le Irish Land Act. M. Wallace estime qu’au maximum, un million et demi de familles profiteraient de ce droit de préemption pour occuper trois millions d’acres ou un dixième de toute la partie arable du sol anglais, pendant les dix premières années.
Une société nommée Land nationalization Society s’est formée, sous la présidence de M. Wallace, en vue de poursuivre la mise à exécution de ce projet. Dans son discours, à la troisième réunion annuelle de cette Société, juin 1884, M. Wallace a soutenu que le remède proposé par M. George, savoir l’appropriation complète de la rente territoriale au profit de la communauté entière, n’aurait pas pour résultat de réparer le dommage fondamental causé à la société par le monopole du sol réservé à quelques-uns, ni d’assurer à tous le libre accès à la propriété de la terre. « Ce projet, dit-il, ne donnerait pas la terre au cultivateur et par conséquent ne ferait pas hausser le salaire. Il contribuerait plutôt à aggraver le monopole du sol, parce que les propriétaires, possédant les habitations et autres améliorations, en même temps que la terre, augmenteraient le taux du loyer de ces améliorations pour se dédommager de ce que l’impôt leur ferait perdre. Ceci ne pourrait être empêché, parce que ceux qui sont maîtres de ce qui est nécessaire à la vie peuvent en exiger tout le prix que sont en état de payer ceux auxquels ces choses sont indispensables. Il est donc abso-
lument impossible d’arriver à un résultat satisfaisant en appliquant le système préconisé par M. George. »
La société fondée par M. Wallace a perdu quelques-uns de ses membres les plus énergiques qui ne purent admettre « ses riiénagements à l'égard des propriétaires et d’autres principes ». Ces dissidents ont constitué, en 1883, la Land Reform Union, société dont nous avons déjà parlé comme ayant organisé les conférences de M. George. Cette société, qui a pris dernièrement le nom de English Land restoration league, s’est inspirée du livre de M. George, Progress and Poverty. Pour le moment^ on n’a formé que deux sections, Tune à Plymouth et l’autre dans la paroisse de Finsburg, à Londres; mais M. Verinder, secrétaire de la ligue, me fait savoir que d’autres sections sont en voie de formation à Garlisle et parmi les résidents anglais et américains à Paris. Il m’apprend aussi que des ligues semblables existent à Hull, Birmingham, Leeds, etc. Ces ligues se séparent de la Société de M. Wallace au sujet de l’indemnité à accorder aux propriétaires; « il est inadmissible, disent-elles, que les citoyens anglais soient obligés de racheter un sol qui leur appartient de droit, ou de dédommager ceux qui accaparé rent le produit de leur Travail, pour la privation du droit de continuer à spolier dans l’avenir ». Conformément aux idées de M. George, elles proposent « d'augmenter l’impôt sur le sol jusqu’à ce point que le revenu tout entier de la terre arrive dans les caisses publiques ».
Une ligue écossaise pour la restitution du sol a été fondée également en 1884, sur les mêmes principes. Les deux ligues semblent s’inspirer, en quelque mesure, du mouvement socialiste chrétien; seulement ce qui est considéré dans le programme anglais comme un droit abstrait prend dans le manifeste écossais la dénomination suivante : « un don nouvellement conféré par le Créateur à chaque nouvelle génération qu’il appelle à l’existence ». Le manifeste écossais a la bonté de déclarer qu’il ne veut pas élucider la question de savoir combien les propriétaires devraient payer à ceux qui si longtemps ont été « injustement déshérités ».
Une tentative a été faite pour fonder une ligue semblable en Irlande, à Belfast, et M. Michael Davitt, le premier fondateur de la Land League, quoiqu’il ne se soit pas rattaché directement à la Irish Land restoration Society, est connu depuis longtemps comme partisan du système socialiste opposé aux « vues réactionnaires » de M. Parnell, qui vise surtout à faire posséder le
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soi par les paysans eux-mêmes. Il se produira peut-être bientôt une scission sur cette question parmi les réformateurs agraires irlandais, mais M. Parnell a tous les fermiers avec lui. Ils veulent obtenir leurs terres pour rien, et ils n’entendent pas payer à l’État — fût-ce même à une République irlandaise — un fermage destiné à remplacer les impôts actuels. Il est possible que les ouvriers ruraux, qui commencent à s’apercevoir qu’ils n’ont pas beaucoup gagné aux changements récents de la législation agraire et que les fermiers sont des maîtres bien plus durs que les propriétaires, deviennent partisans du programme socialiste; mais leur idéal actuellement est une meilleure habitation et la propriété d’une parcelle de terre. Quand ils auront le suffrage, il est possible qu’ils arrivent à faire entendre leur voix, mais ils manquent « du nerf de la guerre », qui est essentiel à la réussite de toute agitation en Irlande.
Certainement dans aucune des trois parties du Royaume-Uni, ni les fermiers, ni les ouvriers agricoles n’appuieront la demande de nationalisation du sol. En Ecosse, le pays où ce système aurait le plus de chance de succès, la Highland Land law reforrn Association, qui réunit en septembre 1884 les divers clans écossais à Dingwall,pour s’occuper des malheureux petits cultivateurs (croftC7's) des Highlands, a une bien plus grande influence que la Ligue écossaise pour la revendication du sol. Son programme n’est pourtant pas socialiste dans le sens propre du terme. Elle demande simplement une loi semblable à Vlrish Land Act, pour permettre aux crofters de recouvrer des droits sur le sol qu’ils ont récemment perdus. Des changements radicaux apportés dans les lois agraires anglaises sont très généralement réclamés; mais les opinions diffèrent complètement sur ce que doivent être ces changements; En 1882 le congrès des Trades Unions émit un vœu en faveur de la nationalisation du sol, mais ce vœik fut retiré en 1883, à Nottingham; et, en 1884, le congrès d’Aberdeen se prononça en faveur d’une loi « qui donnât plus de sécurité aux tenanciers, qui accordât une indemnité pour les ' améliorations, et qui mît le sol mieux à la portée du peuple », mais il rejeta un amendement approuvant le principe de la nationalisation du sol. Les congrès des sociétés coopératives n’ont donné aucun appui aux projets excluant le principe de la compensation aux propriétaires.
Il est certain que la compensation aux propriétaires ferait surgir un problème difficile à résoudre : sans compensation, la nationalisation du sol est d’une injustice criante et n’a pas
chance d’aboutir; avec compensation, les avantages sont douteux, et reculés indéfiniment. Ceci naturellement ne s’applique ■ pas aux pays nouveaux qui font des concessions de terrain de première main. Certainement il semble désirable que, dans nos ' colonies par exemple, l’État ne concède pas la pleine propriété des terres disponibles; aussi il est pro-bable que le mouvement de la nationalisation du sol, assez actif dans la Nouvelle-Zélande ; et dans la Nouvelle-Galles du Sud, réussira mieux qu’en Angle- terre. Il y a beaucoup à dire aussi en faveur de la « munici- ^ palisation » des terrains dans le voisinage des grandes villes . où l’augmentation de valeur naturelle est souvent énorme; et il y est surtout important de ne pas permettre aux droits privés de mettre obstacle aux mesures que réclame le bien général de la ' communauté. Je ne m’arrêterai pas à approfondir cette question et je passe au second mouvement socialiste que je me propose de faire connaître.
Le socialisme chrétien date en Angleterre de 1848, lorsque Charles Kingsley, Frédérick Denison, Maurice, Tom Hughes,
M. Ludlow et d’autres publièrent un journal, le Socialiste chrétien, ainsi que des séries de petites brochures, et formèrent une société d’encouragement pour les associations coopératives. Les promoteurs de ce mouvement ne semblent pas avoir été influencés par les écrits de Lamennais, un des premiers socialistes chrétiens des temps modernes, dont les attaques violentes contre le système capitaliste n’ont jamais été dépassées; ils s’inspirent encore moins des réformateurs utopistes tels que Cabet et Saint- Simon. L’idée d’introduire le Christianisme en tant que principe dirigeant dans le monde économique semble s’être présentée spontanément à l’esprit de quelques hommes d’Église sincères et désintéressés, comme le seul moyen de remédier à la détresse et au mécontentement général qui existaient alors en Angleterre, et qui avaient fait entendre des accents menaçants, lors de l’agitation chartiste. Ils n’avaient pas en vue un système socialiste bien défini; mais ils étaient profondément convaincus des inconvénients de la concurrence illimitée, et ils craignaient surtout l’influence prédominante de l’école de Manchester préconisant un système social qualifié par Kingsley, dans son langage véhément, de (( conception de Funivers, étroite, prétentieuse, hypocrite, anarchique et athée ». « Je ne vois qu’une chose, disait Maurice, la concurrence donnée comme loi à l’univers est un mensonge. Le moment est arrivé pour nous de prouver que ; e’est un mensonge par la parole et par les actes. Je ne vois
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qu’un moyen de salut, c’est l’association pour le travail, au lieu de l’association pour la grève. » « Je crois, disait Kingsley, que ce n’est pas lïntérêt, mais bien le dévouement qui est la seule basé sur laquelle la société puisse se fonder avec espoir de prospérité et de stabilité. »
Us diffèrent des socialistes ordinaires en ce qu’ils ne demandent pas à l’État la réforme du système social actuel. Maurice pourtant avait émis l’opinion que l’État ne pouvait pas être communiste; « par essence et par la loi, disait-il, sa mission est de protéger les intérêts et les propriétés individuelles. Ce n’est qu’accidentellement et sortant par là de sa sphère propre que l’État est parfois obligé de consacrer un autre principe, comme c’est le cas pour le travail des enfants dans les manufactures, tandis que l’Église est essentiellement communiste, reconnaissant la propriété et les droits individuels, mais comme n’étant pas son ouvrage. » Maurice voyait donc dans l’union de l’État avec l’Eglise la vraie fusion des principes du communisme et de la propriété. Il est vrai que Kingsley se reconnaissait publiquement comme chartiste, et dans une de ses lettres, écrite sous le pseudonyme fameux de « Parson Lot »,il disait que sa seule querelle avec la Charte venait de ce qu’elle ne poussait pas les réformes assez loin ; seulement il expliquait immédiatement sa pensée, en ajoutant que l’erreur commise par les chartistes était de croire qu’ils pouvaient changer le cœur des hommes comme on modifie un acte du Parlement. Il était alors prêt à approuver tous les articles de la Charte ; mais jamais ni lui ni ses disciples ne cherchèrent dans la politique le moyen d’améliorer le sort des prolétaires. Ils n’ont jamais réclamé l’aide de l’État pour leurs sociétés coopératives. Des hommes isolés se sentent bien impuissants. Ils peuvent « boycoter» les mauvaises boutiques se livrant à l’usure; encourager les associations et s’adresser exclusivement à elles; les riches pourraient fournir des ateliers vastes et salubres à un prix modéré; mais, au fond, ce sont les ouvriers eux-mêmes qui doivent lutter pour leurs droits, aidés surtout de « Celui dont l’amour paternel est la seule base vraie de la fraternité humaine ».
Le rapport entre l’œuvre des socialistes chrétiens, tels que Maurice, Kingsley et leurs amis, et le mouvement coopératif, d’où est sorti l’organisation coopérative actuelle, est signalé par M. E.-V. Neale, qui prit part au mouvement socialiste chrétien en 1848, et qui est maintenant le vénérable secrétaire général de rUnion coopérative. Dans une lettre publiée par le profes-
seur R.-T. Elyi, M.Neale dit que « les deux mouvements étaient indépendants à leur origine, mais que, depuis, ils se sont rapprochés jusqu’à un certain point )>. Les pionniers de Rochedale, qui donnèrent la première impulsion aux sociétés distributives en 1844, étaient owenites, plutôt que chrétiens, et ce n’est qu’au commencement de l’année 1850 que fut fondée la Société pour V encouragement des associations ouvrières, sous la présidence de M. Maurice.
La plupart des sociétés fondées par les chrétiens socialistes à Londres ont périclité^ par suite de différentes causes, et, comme le dit M. Neale, « sans le progrès continu de la coopération dans le Nord, le mouvement aurait échoué en Angleterre ». Les efforts des chrétiens socialistes n’ont pourtant pas été complètement vains. G est grâce à eux qu’on modifia très heureusement, en 1852, la loi sur les sociétés de prévoyance, et, quand on fît les premiers pas vers l’organisation actuelle, c’est à l’influence de Maurice et de Kingsley qu’il faut attribuer le caractère élevé et largement chrétien de ce mouvement.
Les chrétiens socialistes d’aujourd’hui en Angleterre soutiennent qu’ils ne font que mettre en pratique les enseignements de Maurice et de Kingsley, quoique les plus avancés ajoutent qu’ils s’inspirent également des vues économiques de Karl Marx, de Lassalle et de Henry George. Beaucoup d’entre eux ont des tendances bien plus radicales que leurs frères du continent soit ceux de l’école de l’évêque Ketteler, soit de celle du Stocker, La section extrême est représentée par la guilde de Saint-Mathieu, fondée il y a sept ans, dans le but de rendre l’Église plus vivante et plus forte au sein des populations.
Dans une lettre récente, le Rév. Stewart D. Headlam, le doyen de la guilde, me disait : « Notre position vis-à-vis de Maurice et de Kingsley est celle de disciples enthousiastes. Nous savons que quelques-unes de leurs tentatives ont avorté, mais nous cherchons à mettre leurs principes en pratique plus fidèlement que ceux qui travaillent seulement en vue de la coopération. » Quoique ne prétendant avoir aucun titre pour parler au nom des chrétiens socialistes en général, M. Headlam continue : « Je crois pouvoir dire qu’un chrétien socialiste admet à peu près
1. Voy. son French and German Socialism in modem Urnes (1883* p. 252).
2. Voy. le manuel coopératif édité par Thomas Hughes, Q. G., el E.-V. Neale, et publié par le comité central coopératif.
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ceci : L’Église, c’est-à-dire le corps entier de tous les hommes baptisés, doit être considérée comme une société fondée pour faire prévaloir la justice, et quand ce principe sera reconnu par tous, inférieurs et supérieurs, la répartition de la richesse sera toute différente de ce qu’elle est actuellement. Cependant, considérant que l’État est aussi une institution sacrée, nous réunissons tous nos efforts pour obtenir des lois conduisant à une répartition meilleure : par exemple la suppression de la propriété individuelle du sol; le rétablissement immédiat de l’impôt de quatre shillings sur la valeur actuelle, la confiscation de toute augmentation naturelle de valeur; l’impôt progressif sur le revenu; les écoles gratuites où la nourriture serait gratuite, etc. Nous démontrons à tous les chrétiens, qui seraient atteints par ces mesures, qu’elles peuvent seules les amener à la vraie vie fraternelle, ce qui, dans l’état de civilisation compliquée actuelle, leur serait impossible avec la meilleure volonté du monde ; nous croyons que toutes les petites sociétés, coopératives, communistes et autres, vivront aux dépens d’autrui, aussi longtemps
que durera l’anarchie actuelle J’ai toujours trouvé que la
première chose à faire était de convaincre un chrétien que Jésus-Christ était un ouvrier séculier et que le royaume des deux dont il parlait signifiait l’Église sur la terre. Si vous pouvez mettre fin à cette mondanité, qui est toute la religion de tant de personnes, la bataille serait plus qu’à moitié gagnée L »
M. Headlam a découvert ce que M. de Laveleye a si clairemer/t montré, à savoir : q.ue Je ^christianisme, quoiqu’il contienne
1. M. Headlam a développé ces opinions devant une partie de la Secular Society, dans une conférence publiée ensuite en brochure : Le travail séculier de Jésus-Christ, de ses Apôtres et de l’Église anglaise, 11 met en relief le côté séculier des actes et des discours de Jésus; il réduit presque à rien le côté surnaturel dé ses miracles, qu’il compare aux triomphes de la science sur la nature, et il soutient que l’Église — tout au moins la guilde de Saint-Mathieu — et la Secular Society travaillent dans le même but : le bien de l’humanité sur cette terre. D’un autre côté, la guilde est ce qu’on appelle High Church, plutôt que Low Church. La facilité que possède M. Headlam de voir le bon côté (comme il le comprend) des personnes avec lesquelles il diffère complètement au point de vue théologique, sa courageuse attaque contre la loi sur les blasphèmes, et ses plaidoyers éloquents en faveur de la suppression du dernier obstacle religieux à l’égalité, le serment parlementaire, sont dignes des plus grands éloges.
E. DE Laveleye.
en germe les idées socialistes, met obstacle au plein développement du socialisme, en inculquant la patience et la soumission et en montrant la récompense au delà de la tombe. M. Headlam, au lieu de chercher à effacer le sentiment religieux, comme le font les socialistes révolutionnaires, s’efforce de réveiller « le mécontentement divin » en sécularisant le christianisme.
Les chrétiens socialistes avancés demandent le « désétablig^ sement » de l’Eglise et sa réorganisation sur des bases démocratiques. Ils s’imaginent que leurs principes seraient admis paf la généralité des pasteurs nouvellement nommés. Ils pensent que, dans les doctrines et les traditions de l’Eglise, convenablement interprétées, il existe un levier suffisant pour soulever les masses, dont ne disposent point les « sécularistes » avec leur « morne doctrine » ; ils attendent avec confiance un réveil religieux tout pénétré de la morale sociale nouvelle , qui deviendra, d’après M. George, « une foi si profonde, si claire et si intense que l’égoïsme disparaîtra devant elle »; ils croient aussi que la réédification de la société sur des données socialistes s’accomplira d’elle-même, d’ici à peu de temps, sans aucune violence matérielle ; et ils espèrent même voir s’amollir les cœurs des propriétaires et des capitalistes au contact de la charité néo-ehrétienne, au point de leur faire abandonner spontanément tous leurs biens aux pauvres. ‘
Comme je l’ai déjà fait remarquer, les chrétiens socialistes de l’extrême gauche acceptent intégralement les doctrines de M. George sur la nationalisation du sol et rejettent l’idée de la compensation due aux propriétaires. Ils soutiennent que le principe d’élever l’impôt sur la terre au niveau du revenu annuel, quoique appliqué aussi vite que possible, sera inévitablement établi si lentement, que le dommage causé aux propriétaires sera bien moindre qu’on se l’imagine. Ils refusent toute compensation, en accusant même les propriétaires de vol et de spoliation. A ceux qui font observer que les droits des propriétaires et des capitalistes, quelque nuisibles qu’ils puissent être, ont eu la sanction des lois et même celle de l’opinion publique, du moins avant l’avènement de la révolution sociale, et par conséquent, que les détenteurs de ces droits ne doivent pas êtie considérés comme des voleurs et privés de leurs propriétés légales sans dédommagement, les chrétiens socialistes répondent que Jésus a chassé les changeurs du Temple, alors que leur présence y était sanctionnée par les autorités religieuses et n’offensait pas l’opinion publique. Bref, les marchands furent
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privés violemment de leurs droits reconnus sans compensation, et, en outre, qualifiés de voleurs. De plus, ils citent les attaques véhémentes du fondateur du christianisme contre les classes « aisées » de la société juive, lorsqu’il les accusait des mêmes iniquités reprochées aujourd’hui aux riches. Cette argumentation n’est pas sans force comme argumentum ad Christianum^ mais même un chrétien peut répondre, d’après moi, que le prophète de San Francisco n’est pas le prophète de Nazareth, qu’il ne dispose pas de la colère divine et qu’il ne lui appartient pas d’agir ou de parler avec une autorité suprême.
J’emprunte en partie ces détails au rapport publié récemment par la guilde de Saint-Mathieu. Pour préciser mieux encore l’attitude prise par la guilde vis-à-vis du socialisme et du christianisme, j’ajouterai le passage suivant : « Les deux propositions fondamentales de la doctrine socialiste sont certainement des principes chrétiens : premièrement tout homme doit travailler; il ne devrait pas exister de classe oisive, de classe où l’on consomme sans produire; pas de corps privilégié admis à jouir du produit du travail des autres sans donner en échange Téquivalent; ceci n’est-il pas dans la doctrine chrétienne? L’obligation de travailler proclamée par saint Paul : Qui non laborat nec man~ ducet % si elle était appliquée à la société moderne, produirait une révolution sociale. Dans une société réellement chrétienne, toute nourriture devrait être supprimée pour ceux qui, volontairement, vivent dans la paresse : dans la société moderne, un homme est souvent honoré en raison inverse de sa production utile. Secondement, le produit du travail doit être réparti d’après un système beaucoup plus équitable qu’actuellement. Le propriétaire et le capitaliste, prétendent les socialistes, acca-
1. Thess., III, 10. — Herbert Spencer dans son livre Corning Slavery cite ce texte comme étant « simplement une explication chrétienne
de la loi universelle de la nature c’est-à-dire qu’une créature
Incapable de se suffire à elle-même doit disparaître ». Seulement dans la phrase suivante il dit que la loi chrétienne doit être « mise à exécution, même par la force ». L’Apôtre a certainement voulu énoncer une règle morale de conduite et non pas une loi physique : personne ne doit manger le pain d’un autre gratuitement, mais on doit travailler comme le faisait saint Paul lui-même, nuit et jour, afin de n’être pas à charge à autrui. Ces mots devraient être traduits par : « qu’il ne mange pas le pain de la charité ». C’est une allusion faite aux aumônes que l’Église collectait pour les pauvres. (B. Wordsworth.)
parent une beaucoup trop grande part de la valeur créée par le travail. »
Ces revendications, disent-ils, rappellent exactement le mot de saint Paul ; a L’agriculteur qui laboure la terre doit être le premier à en recueillir les fruits », texte souvent cité par les prêtres catholiques de ITrlande à Fépoque de la Land-league, et ils comparent les accusations socialistes contre le capital aux discours des prophètes hébreux et des apôtres chrétiens ^
En règle générale, les socialistes chrétiens ne fondent pas leur socialisme sur l’économie politique. Une petite brochure, intitulée la Grammaire du Socialisme^ explique les idées un peu confuses de la section modérée de ces socialistes. Sa devise : (c Vous êtes frères; pourquoi vous faire mutuellement du mal? » indique l’esprit qui l’inspire. L’idée générale est que de grandes richesses accumulées sont une mauvaise chose, car il est impossible, pour un homme riche, sans violer le sentiment de fraternité, de jouir de ses richesses, quand il y a tant de misères et de détresse autour de lui. La conclusion pratique est que la force de l’opinion publique doit décider les riches à distribuer spontanément leur superflu aux pauvres
Le cœur de ces hommes vaut mieux que leur tête. Ils attaquent la Société de la charité organisée, et patronnent la charité aveugle, « en la comparant au soleil qui éclaire indifféremment le bien et le mal ». Citons encore le Church Reformer, organe de la guilde de Saint-Mathieu : « Nous avons appris notre socialisme, non
1. Ils citent Jér., II, 34; V, 26; XXII, 13; EccL, V, 13, etc.; I Tim., VI, 9; Jacques, V, 1-4, etc.
2. Pour expliquer mieux encore les sentiments qui animent la section modérée, je citerai le passage suivant extrait d’un sermon sur le socialisme chrétien par le Rév. J.-W.Horsley, M. A., chapelain de la prison de Glerkenwell, prêché devant la guilde de Saint-Alban : « N’est-ce qu’un rêve, et les rêves ne s’accomplissent-ils jamais, quand je vois faire par un grand nombre ce que peu d’entre vous essayent maintenant, devenir pauvres pour l’amour des pauvres et devenir ainsi plus réellement riches? Je vois la malédiction transportée de la pauvreté à la richesse, de l’humilité à l’orgueil. Je vois les « workhouses » tombant en poussière et les prisons devenir des ruines; les hôpitaux gratuits; partout des orphelinats et des hospices, des guildes fondées pour chaque métier et chaque profession ; la pauvreté appelant les bénédictions et les richesses ne se distinguant que par des œuvres ae philanthropie, de sacrifice et d’amour. » M. Horsley croit pour l’avenir en un système de socialisme d’iLtat; mais les chrétiens doivent agir sans en attendre l’avènement.
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pas dans Das Kapitalj mais bien dans le Nouveau Testament; Jésus de Nazareth et Paul de Tarse sont nos maîtres, et non pas Karl Marx et Frédéric Engels. » Cependant le Church Reformer elle Christian Soeialist, journal représentant le groupe avancé, prétendent également trouver dans la Bible les théories scientifiques de Karl Marx et de Henri George.
Cependant un des membres de la guilde, le Rév. professeur Symes, du University college, de Nottingham, est un économiste connu. Dans une conférence intitulée : Socialisme par l'impôt, faite devant un auditoire d’ecclésiastiques au Charing Cross hôtel, en janvier 1884, M. Symes réduit franchement la question d’une distribution plus équitable de la richesse à la formule suivante : « Prendre aux riches pour donner aux pauvres. »
Il justifie cette formule, au point de vue moral, en disant que « un homme a un droit naturel au produit de son travail, mais, s’il a besoin de l’aide d’autres hommes, ceux-ci ont également le droit de poser leurs conditions ».
C’est exactement ce que disent les propriétaires, les capitalistes et les industriels, mais le professeur veut que ces paroles soient dites par la nation tout entière. La nation a le droit de dire à l’industriel : « Vous pouvez vivre au milieu de nous et pro^ fiter des avantages de notre civilisation, mais, si vous faites une grande fortune, nous vous en prendrons une bonne partie pour soulager les victimes de notre système social si compliqué. Si vous n’acceptez pas nos offres, il ne manque pas sur la terre d’endroits où vous pourrez développer votre égoïsme à votre aise. » Voilà, brièvement exposée, la justification morale de l’impôt sur le riche au profit du pauvre. Au point de vue économique, il faut distinguer les impôts suivant qu’ils frappent la rente, l’intérêt ou les salaires. L’impôt sur la rente est excellent. Ce n’est qu’un simple transfert de richesse. Il ne rend pas par Jui-même le sol moins productif et ne fait pas hausser la rente, excepté là où la terre aurait été louée à très bas prix. Quoique approuyant le projet de M. George d’imposer la terre de façon à absorber presque la totalité de son revenu et considérant ce projet comme un idéal à atteindre, M. Symes donne de sages conseils sur la façon d’appliquer une taxe aussi énorme.
Cet impôt, appliqué trop subitement, ne serait pas seulement très dur pour les propriétaires, mais il ébranlerait la confiance dans toute espèce de propriété et amènerait un si grand changement dans la demande des produits que, tout en étant fort
désirable en principe, une quantité d’habiles ouvriers souffriraient tout autant que les propriétaires.
Quant aux impôts sur l’intérêt, M. Symes admet que le capital est indispensable au travail. Un impôt sur l’intérêt ferait fuir les capitaux à l’étranger et serait donc funeste. Un impôt sur les profits du commerce ou des professions libérales ne soulève pas les mêmes objections économiques, car il est beaucoup plus facile de transporter ailleurs le capital que les capacités. Par conséquent, M. Symes recommande un impôt progressif sur le revenu qui serait successivement augmenté.
Le curieux résultat de la « morne science », même maniée par un pasteur socialiste, est donc que l’impôt sur les profits, sur les produits du travail et sur le revenu de l’homme laborieux est jugé bon, tandis que l’impôt sur « la postérité apocryphe » de l’infâme capital, le résultat de la spoliation et le rapport des oisifs, est reconnu impraticable. Cependant l’analyse économique de M. Symes est correcte en principe, mais le point de savoir s’il est opportun d’établir un impôt sur les bases qu’il propose (à part la question de justice, la plus essentielle de toutes) dépend de beaucoup de considérations, notamment de celle-ci : que ferait l’État des sommes énormes prélevées ainsi? En ferait-il à la longue meilleur usage que les particuliers, à qui on les aurait enlevées?
M. Symes veut qu’on emploie les deniers publics à améliorer les habitations des pauvres et le sort de leurs enfants. « Différant en ceci de la Fédération sociale démocratique^ il entend louer ces demeures améliorées au plus offrant », mais le taux des loyers ne serait pas un prix de monopole. L’influence du monopole et de la rareté ne cesserait pas complètement d’agir sur les loyers fixés par la concurrence, puisqu’il n’y aurait pas moyen de fournir une quantité illimitée de maisons dans des situations convenables. D’après M. Symes, il faudrait construire dans chaque localité des maisons en proportion du nombre des indigents.
Le taux des loyers diminuerait naturellement à mesure que le nombre des maisons augmenterait, mais il est certain que ce système imposerait à l’État d’énormes sacrifices. Peut-être ceci n’est-il point une objection aux yeux du professeur Symes, car plus loin il dit qu ’il serait désirable que le gouvernement crée lui-même, fût-ce à perte, des ateliers qui remédieraient en partie aux fluctuations de l’industrie moderne ». Mais commeiD les ateliers de l’État arriveraient-ils à ce résultat? Naturellement
LE SOCIALISME EN ANGLETERRE
si l’État procurait de l’occupation aux ouvriers sans travail, l’incertitude de trouver un emploi disparaîtrait provisoirement pour eux; seulement à quel prix et quelles en seraient les conséquences? Ce seraient les contribuables, et par conséquent la nation tout entière qui en pâtirait, car M. Symes admet que, « somme toute, la dépense serait plus grande que le gaspillage inhérent à l’industrie moderne ». Et ce n’est pas tout; au moment où, par suite d’un encombrement du marché, les industriels diminueraient leur production, le nombre des ouvriers privés d’emploi, et demandant de l’ouvrage à l’État, augmenterait sans cesse. L’État serait obligé de faire des commandes, non pour satisfaire des besoins réels, mais pour donner du travail, et l’équilibre entre l’offre et la demande serait indéfiniment éloigné* Il est certain que la désorganisation irait croissant et que les collectivistes auraient beau jeu pour demander que l’État prenne en mains et administre tout : terre, capital, machines et crédit, dans le pays entier.
11 est impossible de mesurer exactement l’influence de ce mouvement sur le clergé de l’Église anglicane. M. Headlam me dit qu’il est certain que cette influence gagne du terrain, quoiqu’il ne puisse pas, admet-il, nommer cinquante ecclésiastiques s’intitulant « chrétiens socialistes ». La liste des membres de la guilde de Saint-Mathieu contient maintenant 119 noms, dont 45 appartiennent au clergé. Il est certain que les assertions de M. Headlam sont prouvées par l’attention ci^oissante accordée par l’Église dans ses congrès aux idées socialistes, parla renaissance des guildes et par des communautés religieuses, dont lés principes sont socialistes, et parla fondation de quelques communautés communistes dans le sein même de l’Église. Parmi les dissidents, le socialisme chrétien fait aussi des progrès, quoiqu’ils n’aient pas fondé de corporations socialistes organisées, comme la guilde de Saint-Mathieu, et ils ne partagent pas non plus ses opinions très particulières sur la nature du vol. Le Parker a dit, à l’ouverture de la session d’automne (1884) de l’Union congrégationaliste : « Le sol ne peut pas rester toujours réparti comme il l’est actuellement en Angleterre. Mais les nouvelles lois agraires, en introduisant un partage du sol plus démocratique, doivent être dictées par le niveau moral actuel du peuple, et, par conséquent, elles ne peuvent consacrer aucune injustice i l’égard des propriétaires, »
Il doit avoir ajouté que ni lui ni son parti (« ne soutiendraient aucune mesure de spoliation publique ». Il dit aussi à ses audi^
leurs : Prenez garde que le mot chrétien ne devienne « le manche du couteau socialiste ».
J’ai maintenant à signaler un mouvement socialiste conduit par un groupe d’hommes qui diffèrent totalement de tous les autres socialistes anglais et qui appellent lord Salisbury « un voleur », M. Chamberlain, « un marchand d’esclaves » et les chefs des Trades unions, cette aristocratie des travailleurs, « vils instruments payés par les capitalistes ». Ils disent que M. George « attaque des moulins à vent », qu’il n’est qu’un réformateur bourgeois, croyant aux vertus du libre contrat et de la concurrence. Ils se moquent des socialistes chrétiens et <c méprisent profondément le monde à venir avec son étalage théâtral »; ils acceptent Das Kapital comme leur Bible et ils s’attendent à voir « surgir » un monde nouveau, où régnera, comme le dit leur meilleur écrivain, M. Belfort Bax, « le communisme coopératif en fait d’industrie, la république internationale en fait de gouvernement et l’humanisme athée en fait de religion ». Ils sont convaincus que ce monde nouveau sortira « des tortures d’agonie de la Révolution ». Ce groupe de personnes, dont les plus connues sont le fameux poète et artiste M. William Morris ^ et miss Helen Taylor, la belle-fille de J. S. Mill, appartient à une' société nommée Fédération sociale démocratique.
Cette Société fut fondée en 1881, d’abord sous le nom de Fédération démocratique. Elle semble avoir été inspirée par le succès de la Land-league irlandaise, et elle agissait, au commencement, de concert avec cette association. Ce n’est que vers
1. M. Morris a écrit, dans le style charmant qui le caractérise, une petite brochure intitulée Art et Socialisme, dont certaines parties méritent l’attention. Voici ce qu’il demande en faveur du travail : (t II est juste et nécessaire que tout homme ait à faire un travail qui en vaille la peine et qui soit agréable en lui-même; en outre, ce travail devrait être fait dans des conditions qui- ne le rendent ni trop fatigant ni trop anxieux. » Ceci est un idéal certes très désirable, mais est-il vraisemblable qu’il soit réalisé par les armées industrielles dirigées par l’État que M. Morris et ses amis voudraient enrôler au moyen de la conscription universelle? M. Morris dit que nous avons abandonné Tart il y a trois siècles pour ce que nous croyons être la lumière et la liberté, et il s’est trouvé que le petit nombre seul en a profité. Croit-il réellement qu’en abandonnant les lumières et la liberté que nous possédons telle quelle actuellement, nous ramènerons une nouvelle renaissance dans l’art? Le régime socialiste, quel qu’il soit, n’est certainement pas compris de façon à encourager l’individualité*
LE SOCIALISME EN ANGLETERRE
1883 que \di Fédération se déclara ouvertement socialiste, en publiant son manifeste sous forme de brochure ayant pour titre le Socialisme rendu intelligible, La Fédération fait une propagande des plus actives au moyen de brochures, de conférences, de meetings publics dans les parcs et ailleurs, et édite un journal intitulé Justice et une revue mensuelle : To Day {Aujourd'hui), Je ne puis indiquer exactement le nombre de ses membres. En réponse à une enquête sur ce sujet, M. G. Fitzgerald, secrétaire assistant, m’écrit, le 3 septembre 1884, ce qui suit : « Nous avons maintenant vingt et une branches; six nouvelles sont en forma tion et en outre plus de vingt classes de pionniers , comme nous les nommons, composées de jeunes gens qui étudient le socialisme pour devenir le noyau de branches futures dans leurs localités respectives. Depuis octobre 1883, nos progrès sont remarquables. Il n’est pas possible de donner le nombre même approximatif de nos adhérents, parce que des milliers d’hommes qui voudraient se joindrè à nous reculent devant la crainte de perdre leur travail, comme cela arrive malheureusement trop souvent. M. Hyndman, un des membres les plus actifs de la Fédération, en défend le programme par la parole et la plume. Récemment il discuta en public avec M. Bradlaugh la question desavoir « si le socialisme serait profitable au peuple anglais». C’est M. Bradlaugh qui relativement défendait ^ss droits de la propriété M. Hyndman est l’auteur de nombreux écrits dont le plus considérable est un livre intitulé les Bases historiques du socialisme en Angleterre^ publié pour favoriser l’œuvre de la Fédération.
Ce livre, comme son titre l’indique, est principalement historique, mais il contient deux chapitres, l’un sur « le travail et la plus-value », l’autre sur *« la grande Industrie et les machines » qui traitent presque entièrement des questions d’économie politique. L’ouvrage, et surtout la partie économique, comme Tau-
1. Le texte exact de ce débat a été publié par la Société des publications des libres penseurs à Londres. Plusieurs des arguments de M. Bradlaugh étaient indiscutables et n’ont pas été discutés. En voici un exemple : a Supposez que je cherche à exciter un mouvement contre votre système collectiviste : votre gouvernement socialiste m’accordera- t-il des salles de conférences où je pourrai l’attaquer, une presse d’imprimerie pour publier mes livres et mes écrits, où je préconiserai une révolution renversant votre socialisme? Si non et si le sol, les machines, le capital et le crédit appartiennent à l’État, que devient la liberté de la parole? *
teur le dit lui-même, est tiré des écrits de Karl Marx, de Rodbertiis et de Friedrich Engels. La partie historique est une esquisse du développement social de l’Angleterre depuis le XV® siècle jusqu’aux temps modernes ^ C’est nécessairement un tableau très sombre, et M. Hyndman n’y a laissé par-ci par-là quelques points clairs que pour rendre les ombres encore plus, noires. Gomme étude scientifique, ce travail est défiguré par les mauvais sentiments attribués gratuitement aux propriétaires, aux capitalistes, aux libre-échangistes et généralement à toutes les personnes avec lesquelles M. Hyndman n’est pas d’accord. Dans la partie économique, on trouve, assez mal exposées du reste, toutes les théories de Karl Marx que M. de Laveleye a fait connaître dans un précédent chapitre.
En premier lieu vient la théorie de Marx sur la valeur, que M. Hyndman formule comme suit ; « La force du travail de l’homme appliquée à la production des choses nécessaires, dans notre état social actuel, constitue la base de la valeur d’échange; la quantité de cette force-travail nécessaire pour produire ces choses et les apporter à l’échange, constitue la mesure de leur valeur relative d’échange, et cette force-travail elle-même est mesurée par le temps employé. En termes plus simples, on peut dire que le travail est la seule source de la valeur, et la durée du temps nécessaire pendant lequel le travail applique les méthodes les plus perfectionnées , pour produire un objet utile, est la mesure de la valeur d’échange de cet objet.» L’erreur principale de cette théorie est d’ignorer la part qui revient à l’utilité d’un objet pour en déterminer la valeur. Cette théorie admet qu’un objet doit être utile pour avoir une valeur quelconque, mais elle soutient que sa valeur est proportionnée uniquement à la somme de travail nécessaire pour le produire; tandis que M. de Laveleye a prouvé que la valeur vient réellement de l’utilité, en comprenant également dans ce terme l’élément de rareté* H n’est pas facile d’énoncer en quelques mots la loi concernant la valeur telle qu’elle est expliquée généralement par les économistes d’aujourd’hui, mais je crois pouvoir dire que là où la rareté n’exerce pas son influence, et quand un objet peut être multiplié indéfiniment, sa valeur normale tendra à égaler les frais de production, parmi lesquels le salaire, y compris les
1. Un travail très intéressant, quoique malheureusement incomplet, sur la période depuis 1760, se trouve dans le livre de M. Arnold Toynbee : Industrial Ravolution in England, 1884*
LE SOCIALISME EN ANGLETERRE
'rais généraux d’administration, est un élément important, mais îon pas le seul. Même dans ce cas, les frais de production, obéissant aux fluctuations de la loi de l’offre et de la demande, tie seront pas toujours les mêmes. Si la demande augmente, les prix de revient diminuent, quand il s’agit d’objets manufacturés où la matière première n’a que peu de valeur, mais il augmente s’il s’agit de produits agricoles; et cette demande elle-même est déterminée par Futilité de cet objet dans notre état social actuel. S’il s’agit d’un objet qui ne peut pas être reproduit, sa valeur dépendra uniquement de son utilité sociale relative.
Secondement, se présente la fameuse théorie sur la « plusvalue )), à laquelle on attache une grande importance et qui peut être brièvement exposée en résumant l’explication qu’en donne M. Hyndman : — Le travail seul a cette remarquable faculté d’être par lui-même une source de valeur d'échange additionnelle; par le fait de sa consommation, il crée plus que sa valeur propre ou son prix de revient. L’ouvrier, privé des moyens de production, est obligé de vendre sa faculté de travail, pour ce qu’on voudra bien lui en donner. Par conséquent , le capitaliste, par suite de la concurrence, est à même d’acheter le travail pour un salaire dérisoire, qui suffit tout juste à permettre au travailleur d’exister et de perpétuer sa race. Seulement, l’ouvrier, en travaillant trois ou quatre heures, a créé une valeur-travail égale à son salaire de toute la journée, et le produit des six ou sept heures de travail qu’il fournit en outre constitue le surplus de valeur qui rend le capital fécond et qui fournit au capitaliste, au propriétaire, au banquier, à l’agent de Change, au marchand et au négociant, bref, à tous les hommes oisifs, les moyens de vivre aux dépens de la part du travail non rémunéré. Ainsi, le capital n’est pas le résultat de l’épargne, ni des privations, comme le disent les économistes orthodoxes; il est le produit du travail non payé.
M. Belfort Bax, qui expose les idées de Karl Marx beaucoup plus clairement que M. Hyndman, nous dit que, a pour l’œil humain, les privations de M. Rothschild sont au-dessous du minimum visible ». Certainement, il n’y a pas grand mérite de sa part, mais tout ce que le millionnaire accumule n’en est pas moins un capital qu’il se prive de dépenser improductivement.
Il n’y a rien de nouveau dans la révélation de la plus-value. Tout le monde sait que l’ouvrier ne reçoit pas la valeur totale du produit de son travail. Aussi longtemps que le soi et le capital seront dans les mains de quelques individus et non pas
de tous, et que certaines aptitudes commerçantes spêcialert n appartiendront qu’à la minorité, les ouvriers qui ne possèdent i pas les conditions de toute production devront en payer l’usage ^ Il est mutile de discuter ici « la loi d’airain » des salaires quon cite toujours à l’appui de la théorie de la plus-value* ' e Laveleye a déterminé nettement la part de vérité qu’elle renferme. Il n’y a qu’un point à- examiner. M. Hindman dit que # ^ salaire plus élevé obtenu par quelques ouvriers d’élite
n inîirme pas la théorie du salaire-famine. Le travail compliqué nest que le multiple du travail simple. « Il résulterait de ceci! que (( 1 ouvrier d’élite » qui gagne trente shillings par semaine ! aurait besoin de trois fois autant de nourriture pour entretenir sa force-travail que l’ouvrier qui ne gagne que dix shillings ' pour le même nombre d’heures de travail. Et encore : comme ' la valeur d’un objet dépend de la quantité de force -travail, elle ■ est mesurée par le temps socialement nécessaire pour la pro- ^ dmre; le travail de l’ouvrier d’élite, dans le cas ci-dessus, ne vaudra pas plus que celui de l’ouvrier ordinaire, quoique le capitaliste, considéré pourtant comme très avisé, aura payé trois lois plus pour se le procurer.
Si, cornme cela semble résulter de certains passages du livre Das ' Kapital, dans le cas du travail plus compliqué, il faut considérer les dépenses occasionnées par l’éducation spéciale qu’il a néces- ] sitée, il est certain que, réparties sur le salaire plus élevé de cet
ces dépenses n’équivaudront guère a a dilierence de son salaire avec celui du travailleur ordinaire.
Quant aux machines, M. Hyndman estime qu’elles n’ajoutent aucune valeur aux objets, sauf l’équivalent de la dépense nécessaire pour les réparer. Naturellement, il admet qu’avec la meme quantité d efToi io humains, la machine produit beaucoup plus de richesse que le travail manuel, mais rien de cette ^ richesse, prétend-il, ne va aux ouvriers. Au contraire, en aidant a 1 accumulation du capital, les machines ne font que resserrer leurs chaînes. L’effet direct et indirect des machines est de dé- 1 precier toujours plus la valeur de la force-travail. Leur intro- I duction est la cause du renvoi de nombreux ouvriers ne connaissant qu’un seul métier, et elle crée ainsi un excès de population en regard d’un accroissement de a richesse », une armée industrielle de réserve, « prête à être absorbée par le capital » dans le tourbillon de la production, aux époques
a expansion des affaires, pour être jetée saus travail dans les rues au moment de la crise.
LE SOCIALISME EN ANGLETERRE
n est vrai que les machines font baisser le prix des produits; mais, comme le salaire des ouvriers est diminué en proportion, ils n’y gagnent rien et la plus-value croissante va au capitaliste. Une grande partie des assertions de M. Hyndman, sur les résultats de l’emploi des machines et de la grande industrie, au point de vue des ouvriers, est vrai ; mais il n’est pas exact de dire que les machines n’ajoutent rien à la valeur. Premièrement, dès qu’il y a un monopole quelconque, — et même, en dehors des brevets et des coalitions, n^est-ce pas un monopole quand l’homme intelligent et entreprenant adopte les machines les plus perfectionnées et devance ainsi ses concurrents? — les machines augmentent la valeur en échange; et, secondement, le point important est la valeur d’usage, les utilités créées par les machines auxquelles la civilisation moderne doit la plus grande jÿartie de ses richesses nouvelles. Quoiqu’il soit vrai que les ouvriers n’aient pas eu la part qu’ils auraient dû avoir dans cette augmentation, il est inexact de dire qu’ils n’en ont pas profité du tout. Ils jouissent du bon marché des objets de consommation, et il n’est pas vrai que leur salaire ait diminué proportionnellement. Nous avons vu, au contraire, les salaires en argent augmenter rapidement pendant les cinquante dernières années, tandis que tout baissait de prix.
Il est inutile de discuter davantage les théories de M. Hyndman. M. de Laveleye les a réfutées en parlant de Karl Marx. Mais quoique l’analyse de M. Hyndman soit erronée, son tableau du temps présent poussé au noir et ses vues d’avenir fausses, il n’en est pas moins vrai que notre système industriel actuel est loin d’être parfait. Le mécontentement croissant qu’inspire la répartition actuelle de la richesse ne se borne pas aux pauvres et aux socialistes démocrates : la conviction va croissant que les ouvriers n’obtiennent pas la part qui leur revient dans le produit de leur travail, que parfois non seulement l’industriel fait des bénéfices excessifs et que le salaire des ouvriers est honteusement minime, mais que le système actuel, qui crée un antagonisme permanent entre le patron et l’ouvrier, et qui met ce dernier à la merci de l’autre, est radicalement mauvais. Gomment remplacer ce régime par un système meilleur? Telle est la question vitale qui se pose aujourd’hui. Voyons la réponse qu’y donnent les socialistes démocrates.
Le but de la Fédération se trouve exprimé d’une façon très concise dans son manifeste intitulé ; Socialisme rendu intellU gihle {Socialisme made plain). Gomme nous l’avons vu, elle adopte
E. DE Laveleye. — Socialîsmê, 81
les théories de Karl Marx et s’appuie sur cette proposition fondamentale, réfutée par M. de Laveleye : « Toute la richesse vient du travail », « la richesse est due tout entière au travailleur. » Ils prétendent que tout le sol de la Grande-Bretagne est réparti entre trente mille personnes, ce qui est absolument inexact Ils réclament donc la nationalisation du sol.
« Nous voulons que le sol à la campagne comme dans les villes, les mines, les parcs, les montagnes, les landes soient possédés par le peuple et pour le peuple, afin qu’il en use comme cela lui convient. La poignée de voleurs qui les détiennent actuellement n’ont aucun droit, sauf celui de la force brutale, vis-à-vis des millions d’hommes qui en sont privés. »
Après tout, ce ne sont pas les propriétaires qui sont les plus grands criminels. Ils ne reçoivent que € 60 000 000 sur un total de £ 1 000 000 000 volés aux travailleurs
« Les quelques milliers de personnes qui détiennent les titres de la dette, nationale reçoivent gratuitement € 28 000 000 produits par leurs concitoyens; les actionnaires de nos grands chemins de fer, accaparés par eux, reçoivent une somme encore plus considérable. C’est surtout la classe des capitalistes, des prêteurs d’argent, des fermiers, des exploiteurs des mines, des entrepreneurs, des intermédiaires, des chefs d’industrie, cette classe de marchands d’esclaves modernes qui, par leur argent, leurs machines, leur capital et leur crédit, usent de toutes les ressources de la civilisation actuelle pour pressurer toujours davantage l’esclave du salaire, en lui faisant produire à leur profit une plus-value toujours croissante. Aussi longtemps que les moyens de production, soit les matières, soit les objets manufacturés, seront le monopole d’une classe, les ouvriers se verront forcés de vendre leur travail, dans les fermes, dans les
1. Le rapport fait pour le Parlement en 1872 donne un nombre total de propriétaires dans les trois royaumes unis de 1 173 724. A part ITrlande, il y avait en Grande-Bretagne (en chiffres ronds) 234 000 propriétaires de 1 à 100 acres, 47 000 propriétaires de 100 acres et plus, tandis qu’il n’y avait pas moins de 816 000 propriétaires de moins d’une acre. Ces derniers devaient être surtout des propriétaires de maisons de villes, car leur revenu approximatif s’élève à € 35 000 000.
2. A part même la théorie qui dicte l’expression « volé aux travailleurs », il est à remarquer que les chiffres d’après lesquels on a calculé ce total de 1 000 000 000 L. st. ne sont nullement admis par les statisticiens les plus compétents.
LE SOCIALISME EN ANGLETERRE
mines et dans les fabriques, à un prix à peine suffisant pour les faire subsister. La terre doit être à l’avenir une propriété nationale, tout comme les autres sources de la richesse »
« Nous demandons, comme « moyens préliminaires d’arriver à un régime meilleur », l’adoption immédiate des mesures suivantes :
« La construction obligatoire d’habitations saines pour les artisans et les ouvriers agricoles en proportion de la population; ces habitations livrées à un prix ne dépassant pas les frais de construction et d’entretien.
. « L’éducation obligatoire gratuite pour toutes les clas.^)s, avec un repas substantiel par jour.
« La journée de travail limitée à huit heures au plus dans tous îes métiers.
« L’impôt progressif établi sur tout revenu dépassant i 300 par an.
« La reprise par l’État de tous les chemins de fer avec ou sans indemnité. — (L’indemnité est un détail, à négliger si possible.)
« L’établissement de banques nationales qui absorberont toutes les institutions privées, tirant profit des opérations financières et de crédit. — (Le système d’absorption n’est pas expliqué.)
« L’extinction rapide de la dette nationale. — (Il n’est pas dit comment, mais il est probable que « extinction rapide » signifie « répudiation ».)
« La nationalisation du sol et l’organisation d’armées industrielles et agricoles, sous le contrôle de l’État et basées sur les principes coopératifs. »
On ne parle pas d’indemnité pour les propriétaires actuels, ni pour les capitalistes ou les possesseurs d’une richesse quelconque, probablement parce qu’on entend n’en point accorder, iis doivent être expropriés, sinon par des procédés sommaires, du moins par l’impôt progressif. Ceci est expliqué encore plus clairement dans le Bjésumé des principes socialistes signé par tout le Comité exécutif de la Fédération démocratique, où, après que le but de la Ligue a été développé, il est dit : « Est-ce une confiscation? Non; c’est une restitution. Ceux qui demandent une compensation pour les spoliations du passé et crient à' la confiscation, parce qu’on leur refuse le droit de voler à l’avenir, devraient se rappeler que les hommes à qui il faudrait accorder un dédommagement sont ceux qui succombent de misère, depuis ’eur berceau jusqu’à leur fin prématurée et misérable, afin que les capitalistes et les propriétaires puissent vivre dans le
luxe et les excès. Pour les morts il ne faut plus de dedommagement pourvu que les vivants ne crient pas vengeance en leur nom ’ Notre premier principe comme socialiste est que tous IwenV être bien nourris. Pour en arriver là, nous préparons une révolution que nos ennemis cherchent a eloigner par tou»
NTnous'y trompons pas, les moyens que ces socialistes veulent mettre en œuvre pour réaliser leur idéal, sont ce que 1 on a co« Rappeler le vol et le pillage. C’est une guerre de « classes » dans 'le sens terrible du mot, a laquelle ils convien
Je"nK;ux pas discuter en détail « les moyens préliminaires d’arriver à un régime meilleur », mentionnes ci-dessus. Je Jroirque quand on comprendra qu’ils supposent la confiscation et la Spoliation, l’immense majorité de la classe ouvrièie de ce pays les regrettera. Les trois premiers articles de la nouvelle Charte ne sont pourtant pas nécessairement révolutionnaires
Sri sens p4re d„ m..;
s’ils apporteraient une amélioration à 1 état de choses aciuei. Prénom d'abord le point concernant les demeures du pro taire « hàties en proportion de la population et louees à prix ne dépassant pas les frais
A moins que les terrains ne soient pris par lEtat corn « dépouilles de la guerre », ce qui semble, il est vrai, sous-eptendu il est peu probable que l’Etat, avec tous ses intermediaires son incompétence et ses dépenses exagérées, soit un
a°-ence’ propre à bâtir économiquement de bonnes maisons
oSvrières^ouées à bas prix. En tout cas 2^7®*
mêmes de M. Hyndman sur le salaire-famine, le lesultai plus clair, étant données les conditions économiques actuelles, ïerlil d’augmenter encore les profits des « marchands d esclaves », en^éduisant la rémunération du travail, h n en est pas moins vrai que toutes les personnes un peu réfléchies se préoc- Mpent des ^moyens d’obvier à la façon déplorable dont sont lo"és la plupart des ouvriers, tant en ville qu à la campagne. La question est hérissée de difficultés, mais il me semble quo pourrait prendre des mesures efficaces, en modifiant les lois de façon à obliger les propriétaires de ces maisons a se conformer aux rè-lemenls hygiéni^ques, ou bien à les céder à 1 Etat, moyennant un prix équiUble, sans mettre en œuvre les lourds rouages
de la mLhine gouvernementale dans ®2ée avec
construction. Quant à « l’éducation gratuite » combinée avec
LE SOCIALISME EN ANGLETERRE
<c un repas substantiel par jour », cette mesure, toujours d’après les principes de M. Hyndman, ne serait qu’un supplément ajouté au salaire des parents, et, naturellement, ce que ceux-ci auraient de moins à payer pour subvenir à l’entretien des enfants serait prélevé sur le salaire, en vertu de la « loi d’airain ». Je crois pourtant qu’on pourrait avantageusement appliquer le système de M. Hyndman en faveur des familles très pauvres. Le danger serait d’affaiblir le sentiment de responsabilité des parents vis-à-vis des enfants; mais ce sentiment est déjà très faible, dans la classe indigente; et ce danger serait plus que contre-balancé par l’avantage d’élever une génération mieux nourrie et plus instruite, qui aurait à l’avenir un idéal de vie {Standard of life) plus élevé. Quant à la journée de travail de huit heures, rien de plus légitime et de plus désirable si l’industrie ne devait pas en souffrir. H faudrait un règlement international, autrement une loi semblable ferait aux ouvriers plus de mal que de bien.
Il est inutile de discuter longuement les autres mesures proposées. En admettant que leur adoption soit chose désirable, ce qui n^est pas, il y a une question préalable à poser : la nation et les ouvriers eux-mêmes sont-ils préparés à décréter le nouveau régime, au moyen de la spoliation exercée aux dépens non seulement des riches et des classes moyennes si injustement calomniées, mais aussi aux dépens de milliers, et même de millions des soi-disant « esclaves du salaire »? Les ouvriers qui ont placé leurs économies, gagnées à la sueur de leur front, dans les sociétés de construction, dans les caisses d’épargne, dans les sociétés de secours de toute espèce, dans les magasins coopératifs où ils ont du crédit, se verront expropriés absolument comme les Rothchilds eux-mêmes. Le petit propriétaire, le fermier qui a mis son capital dans sa terre sera traité comme le duc de Westminster. Tous ceux qui ont quelque chose à perdre le perdront et seront, sous le nouveau régime, dans la même situation que ceux qui auront été des paresseux et des mendiants toute leur vie. Où donc sont ceux qui, dans ces conditions, consentiront à la confiscation proposée?
Cependant, à part l’atteinte si injustifiable que porteraient à la morale le» moyens proposés, chose plus funeste que le dommage matériel, le but à atteindre est-il en lui-même si désirable? Moins d’heures de travail, plus de loisirs, une répartition plus égale de la richesse, la substitution d’un « système intelligent de coopération » au système actuel de « lutte désordonnée pour
l’existence », tout cela semble bien séduisant. Mais voyons s’il est probable qu’on obtienne pareil résultat, et, sans tenir compte des dépenses premières, à quel prix ce régime pourra-t-il être maintenu?
Les socialistes démocrates n’ont jamais essayé d’expliquer comment fonctionnerait l’Etat collectiviste, soit qu’ils ne s’en rendent pas compte eux-mêmes, soit qu’ils craignent, en l’expliquant, de montrer son absurdité. Tout ce qu’ils disent se réduit à ceci : la terre, les mines et toutes les matières premières, les chemins de fer, les moyens de navigation et de communication, les manufactures, les machines et tous les instruments de production, bref, tout le sol et tout le capital du, pays doivent être concentrés|dans les mains de l’Etat démocratique, et la production, la distribution et l’échange doivent s’accomplir au moyen d’armées industrielles et agricoles sous le contrôle de l’Etat. La concurrence sera remplacée par un immense monopole gouvernemental et l’échange s’effectuera sans profit pour personne. Tout objet sera taxé comme étant l’équivalent d’autant d’heures de travail et sera échangeable contre des billets de banque du travail, comme le suggère Rodbertus Personne n’ayant de capital à lui, chacun devra s’enrôler au service de l’Etat. Les socialistes démocrates prétendent qu’alors environ deux heures de travail suffiront pour créer la quantité de biens réclamés par le bien-être général. Il y aura, disent-ils, une immense économie dans les frais de surveillance et de distribution. Les surveillants, y compris, je suppose, toute la hiérarchie des employés du gouvernement occupés à organiser le travail, seront rémunérés sur la même base que les simples ouvriers. Cette seule clause, qui n’est que la conséquence logique des théories socialistes sur la valeur, nous permet de juger de l’absurdité de-tout le système.
A ceux qui sont habitués au régime social actuel, ajoute M. Bax il peut sembler injuste qu’un habile praticien, un avocat, un artiste, un auteur ou un compositeur ne soit pas plus rémunéré qu’un travailleur ordinaire. Ce n’est qu’un exemple entre mille qui démontre combien l’habitude fausse le sens moral. Le sens moral non perverti dit, au contraire, que l’homme mieux doué par la nature et occupant un niveau plus