LU INTRODUCTION.— LES PROGRÈS DU SOCIALISME
nistre autrichien, M. Albert Schæffle, les classes dirigeantes les écouteraient, car elles ne peuvent se soustraire aux sentiments de justice égalitaire que l’Evangile met dans leurs âmes. Les lois agraires irlandaises arrachées par M. Gladstone même à la Chambre des lords, montrent bien comment le socialisme peut obtenir pacifiquement les conquêtes les plus décisives. Il est probable qu’il s’introduira ainsi peu à^eu dans les lois, par l’influence croissante de ce que l’on appelle le socialisme d’Etat. Sa faiblesse vient de ce que, confiné principalement dans le cercle des classes ouvrières, il trouve rarement des organes parmi les hommes instruits tels que l’étaient incontestablement Lassalle et Marx. Si, comme jadis en Israël, surgissaient des prophètes enflammés de la soif religieuse de la justice, le christianisme social, s’emparant des âmes, pourrait amener des transformations profondes dans l’ordre économique. Mais le triomphe durable d’une révolution socialiste violente est impossible. Toutefois, comme le nihilisme, semblable à une lave ardente, fermente partout dans les couches souterraines de la société et y entretient une sorte de fureur satanique de destruction, il est possible que dans l’une de ces crises, où l’autorité est impuissante et la force répressive paralysée, on voie, ainsi que le prédisent le poète Hégésippe Moreau dès 1833, et récemment encore M. Maxime du Camp, nos capitales ravagées par la dynamite et le pétrole d’une façon plus sauvage et surtout plus systématique que Paris ne l’a été en 1871.