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Socialisme et Catholicisme

Ils disent cependant que cet astre se voile ; Que les clartés du siècle ont vaincu cette étoile ; Que le monde vieilli n'a plus besoin de toi ! Que la raison est seule immortelle et divine ; Que la rouille des temps a rongé ta doctrine, Et que, de jour en jour, de ton temple 'en ruine, Quelque pierre, en tombant, déracine la foi ! Mais pareil à l'éclair qui, tombant sur la terre. Remonte au firmament sans que rien ne l'altère, L'homme n'a pu souiller ta loi de vérité !

Lamartine, Hymne au Christ.

LORSQUE Léon XIII, peu après son élévation au Souverain Pontificat, s'inspirant de douloureux et très significatifs événements, entre autres de l'assassinat barbare d'un pacifique souverain, Alexandre II, empereur de Russie, signalait d'une voix haute et sûre au monde entier le grave péril que lui faisait courir la marée montante du socialisme, et la forme toujours plus aiguë qu'il allait revêtant partout, un grand nombre taxèrent d'exagération ce tableau, y virent même le rêve d'un esprit malade, qui, hostile à tout progrès moderne de la société, essaie de la reconduire en arrière en évoquant devant elle le spectre de maux imaginaires.

Ne valait-il pas mieux répéter avec Gambetta que la question sociale n'existait pas ? Cependant — chose inouïe — un jeune empereur, Guillaume II, à peine monté sur le trône, publiait, comme pour répondre aux sages conseils du Pontife, deux rescrits fameux par lesquels, après avoir dénoncé l'existence de la question sociale, il affichait l'intention bien arrêtée de se

consacrer, de son mieux, à la solution dece grave problème, en demandant le concours de tous les hommes de bonne volonté et, en premier Heu, celui de l'Église (J).

Grand fut l'étonnementde quelques-uns; ilstrouvaientétrange que le chef d'un des plus puissants États modernes vînt, tout à coup, joindre sa voix à celle d'un vieux prêtre qui, non seulement professait une religion différente de la sienne, mais qui en outre ne représentait plus, du moins à leur sentiment aucune force ou influence dans la société actuelle. En effet — et cela explique leur surprise — à leurs yeux la Papauté, agonisant depuis la fin de la première moitié de ce siècle, avait reçu un coup mortel et décisif, le 20 septembre 1870, quand les Piémontais s'étaient emparés de Rome, la capitale du monde catholique.On assistait donc aux derniers|moments d'un pouvoir qui s'évanouissait ; et alors que faire d'un cadavre ?

Hommes à courte vue, ils ne s'étaient point aperçus du travail silencieux que la Providence était en train d'accomplir ! Elle avait permis que l'on s'attaquât à la Papauté, même avec plus de violence et d'astuce que par le passé ; qu'on lui arrachât jusqu'au dernier lambeau de terre dont elle avait obtenu possession, non par une vaine ambition de régner, mais seulement par la nécessité de déployer librement et indépendamment son action en tous lieux ; elle avait permis tout cela, disons-nous, afin de faire mieux connaître au monde, à l'aurore des temps nouveaux, la mission toute divine d'un pouvoir auquel Dieu a promis son assistance jusqu'à la consommation des siècles. Et de cette assistance constante et pleine d'amour, aucun siècle peut-être n'a eu d'aussi nombreuses et si évidentes preuves que le nôtre.

L'incrédulité, funeste héritage du siècle dernier, se répand de plus en plus ; la philosophie matérialiste et naturaliste se donne libre carrière, étouffant les sentiments les plus nobles du cœur humain ; le sentiment religieux paraît s'affaiblir tous les jours davantage ; et voilà que Dieu suscite un grand Pape, Pie IX, plein d'une foi enthousiaste,d'un zèle dévorant,qui, par sa parole, par l'exemple constant d'une vie pure et sainte, par l'effusion d'une charité qu'on ne rencontre que chez les plus grands saints, ébranle les masses et leur donne la première impulsion

I. Ces deux rescrits, adressés l'un au prince de Bismarck et l'autre au ministre du commerce Berlepsch, portent la date du 4 février 1890.

pour revenir lentement, mais sûrement dans le sentier de la vérité, de la vertu et de la pratique religieuse. Mais dans l'intervalle, l'œuvre de corruption sociale a porté ses fruits, et une grande partie de la société, eiïrayée par les difficiles et nouveaux problèmes qui se dressent devant elle, a peine désormais à distinguer le vrai du faux.

Il faut donc un esprit éclairé, calme, bien équilibré, qui, possédant une vaste science et un très vif désir de sauver le monde civilisé du plus grand péril qu'il ait peut-être jamais couru — convaincu de pouvoir seul y réussir par la force de son autorité suprême — adresse la parole, avec une égale affection, aux peuples et à leurs gouvernants, et les persuade que dans ses enseignements seuls ils trouveront un moyen efficace de salut, puisqu'ils s'inspirent des plus purs préceptes de l'Evangile.

Voilà la mission toute spéciale du nouveau Pontife ; voilà pourquoi à Pie IX succède Léon XIII. S'appliquant, quand il n'était encore que simple évêque, à l'étude du problème social, suivant pas à pas tout le mouvement démocratique actuel, il n'a rien eu plus à cœur, arrivé au Souverain-Pontificat, que de diriger toutes les forces vives de la société vers la solution de ce problème, et c'est à ce but qu'il veut sagement que, par des études sérieuses et profondes, tende dès ses plus tendres années, la jeunesse, surtout celle qui se destine au sacerdoce (i).

Nous sommes à l'époque des investigations scientifiques qui, pour n'être pas toujours bien dirigées, n'en décèlent pas moins la noble passion du vrai. L'Église doit se tenir au premier rang, et comme par le passé, s'assimiler les nouveaux temps en s'y assimilant elle-même. Tel est le but de Léon XIII, et il ne

I. Le problème social n'a cessé d'attirer l'attention du Souveiain-Pontile actuel depuis sa première jeunesse. On peut afifirmer en toute vérité que sur ce point il a devancé les temps. Aussi, dans un grand nombre d'écrits, le cardinal-archevêque de Pérouse at-il traité à fond et avec une science profonde cette importante question. Elevé au Pontificat, il n'a pas perdu un instant de vue le grave problème, et s'est remis à en examiner avec sollicitude, en tout ou en partie, les divers points, lui consacrant plusieurs de ses actes dont les principaux sont les suivants :

Encyclique : hiscrutabili, 21 avril 1878.

Enc. : Quod Apostolici tmi/ieris, 28 décembre 1878.

Enc. : Diuiurnum, 29 juin 1881.

Enc. : Esti nos, iS février 1882.

Ene. : Immortale Dei (De civitatum constitutione Christiana), i novembre 1885.

Enc. : Sapie/itiae christianae {T>QY)v&.ec\p\x\sc\\'mm christianorum ofificiis), 10 janvier

Enc. : Rerum novarum (De conditione opificur»), 15 mai 1891.

Lettre apostolique aux peuples et aux princes de Vu livers, 2d juin 1894.

s'écarte pas un seul instant de cette voie. Ce qu'il faut avant tout, c'est sauver la société qui marche à sa ruine. Ainsi le prétendu cadavre atteste sa vitalité.

Faut-il s'étonner que des chefs d'État intelligents, justement effrayés du péril que courent leurs peuples, désireux de le conjurer et de leur rendre la paix et la prospérité, cherchent l'aide, le concours de celui qu'ils voient le plus apte à leur faire atteindre sûrement un aussi noble but ?

Mais pourquoi tant s'alarmer, disent les timides ; le mal est passager, et en tout cas il n'est pas encore arrivé au moment psychologique.

L'histoire du passé et du présent prouve, malheureusement, le contraire.

La question sociale ne date nullement d'hier ; elle est, au contraire, aussi vieille que le monde (i). Née au milieu des inégalités tyranniques du paganisme, elle se propagea rapidement au sein d'une société agitée, avide de nouveautés. Elle n'envahit, d'abord, que les classes inférieures et misérables, mais elle n'en réclamait pas moins l'attention des meilleurs esprits de cette époque. Leurs faibles remèdes ne furent point de force à conjurer une de ses premières et plus terribles explosions : la guerre sociale. C'est un peu plus tard que le christianisme naissant se montra et fit ses premières preuves, en paralysant, avec une force surhumaine, les funestes effets de la lutte et en sauvant d'une ruine certaine le monde entier. Depuis lors jusqu'à nos jour-:, tantôt plus et tantôt moins, selon que la société rejette une partie plus ou moins grande des enseignements du christianisme, la question ne cesse de réapparaître sur la scène du monde. La seule et la plus grave différence avec le passé, c'est que la question se présente aujourd'hui sur une plus vaste échelle et plus puissante que jamais.

Et cela se conçoit ; le socialisme forme aujourd'hui un tout parfaitement organisé et complet. Aux vagues aspirations, aux

I. Nous employons ici l'expression « question sociale » dans un sens impropre, c'est-à-dire dans celui de socialisme. En réalité, la question sociale diffère du socialisme, comme la cause de l'effet. La première a sa source dans les divers maux qui tourmentent toutes les classes de la société, et plus particulièrement la classe ouvrière ; le second est tout un système, tout un ensemble de doctrines plus ou moins antisociales, par lesquelles on prétend résoudre la question. Mais comme, avec les remèdes qu'il propose, le socialisme, au lieu de résoudre la crise, ne fait que la rendre de plus en plus aiguë, il finit par ne faire plus qu'une et même chose avec elle, de sorte que l'on peut à bon droit employer les deux termes l'un pour l'autre.

incertaines théories, a succédé un système qui, tout en revêtant des fornnes diverses dans ses manifestations, conserve dans sa base une parfaite uniformité. Aucun pays n'échappe à son action délétère, quoique dans des proportions diverses, et le monde tout entier est pris, pour ainsi dire, comme dans un immense filet aux mailles d'acier,dont il lui est impossible de sortir. Au cri des socialistes de France répond celui des socialistesd'Allemagne, d'Angleterre, d'Espagne, de Russie, d'Italie, de Suisse, de Belgique, des deux Amériques, et partout s'élèvent des plaintes identiques contre l'organisation socialeactuelle: partout s'affirment les mêmes revendications.

Ainsi au congrès socialiste de Gotha, tenu en 1875, le parti des ouvriers allemands (i) ayant pour chef Bebel, proclame que le produit total du travail appartient à la société, et que les instruments du travail doivent devenir la propriété collective de la société ; puis il veut que la loi de fer du salaire soit détruite par la suppression du salariat; que toute inégalité politique et sociale soit abolie ; que l'on crée partout des associations de production pour l'industrie et pour l'agriculture; que l'on adopte le suffrage universel obligatoire et direct ; que la législation soit l'œuvre du peuple ; que la décision de la paix et de la guerre lui soit réservée ; que le service militaire soit universel; que les milices nationales remplacent les armées permanentes ; que les lois restreignant la liberté complète de la pensée et le droit d'association et de réunion soient supprimées; que l'administration de la justice soit gratuite et appartienne au peuple ; que l'instruction devienne obligatoire et soit donnée gratuitement; que l'État seul ait le monopole de l'éducation, laquelle doit être générale et égale pour tous ; que la religion, enfin, soit déclarée objet d'intérêt privé.

Le même langage fut tenu au Congrès de Marseille (2), où un

1, Socialistische A rbeiter- Partez Deutschlands : Ce parti est né de la fusion de celui de Lassalle, d\i A llgemeine Deutsche A rbeiter Verein,a.yec celui de Bebel, le DemocratischArbeiter VereinAjSi différence entre la doctrine de Lassalle avec celle de Bebel consiste en ce que la première semble vouloir opérer la réforme sociale sans détruire l'Etat tel qu'il existe, mais seulement en réclamant son intervention, tandis que la seconde fait appel à la révolution pour arriver au triomphe de ses idées.

2. Congrès tenu à Marseille, le 2 octobre 1879. \^oir Les doctrines des Coftgrès oîivriers de Frafice, par Olivier de Ceinmar. Paris, Pion, 1880. — Pièces justificatives. Document C, pages 210-220.

Les mêmes théories se trouvent énoncées dans la réunion tenue à Londres, le 13 octobre 1869, par la ligue des travailleurs agricoles. Ainsi parmi les résolutions adoptées il est dit : i» que le monopole de la propriété foncière est la cause de tous les

citoyen montant à la tribune déclare, au nom de ses collègues, que la propriété individuelle ne peut offrirla satisfaction nécessaire aux intérêts légitimes des ouvriers ; que l'impôt progressif ou fixe retombe toujours sur eux ; qu'aucun accord n'est possible avec ceux qui détiennent injustement la fortune publique; que par conséquent il est nécessaire de demander que l'appropriation collective des instruments du travail se réalise par tous les moyens possibles.

Dans les Congrès suivants, il n'y a aucun changement essentiel ; on accentue, on détermine mieux les revendications, les aspirations ; mais la base reste toujours la même. Il est donc suffisamment manifeste que la maladie dont toute la sociétésouffre est identique, puisque les caractères essentiels que l'on y constate sont identiques.

Quoi de plus naturel, par conséquent, qu'en présence d'une telle situation, il se soit levé dans tous les pays des hommes qui, s'intéressant, par dévouement ou par devoir, à la conservation de l'ordre et du bien public, aient cherché et cherchent encore le moyen de les protéger efficacement ? Mais tous n'ont pas procédé de la même façon. Plusieurs d'entre eux, et au premier rang un français, M. Le Play (^), n'ont ni accepté,

maux moraux, politiques et sociaux ; 2° que pour remédier à ces maux, le sol doit être rendu à son légitime propriétaire, qui est le peuple ; 3° que l'Etat gardera le sol au nom du peuple... Et dans la résolution finale émise au Congrès socialiste de Gand en septembre 1877, le Congrès déclare : «indispensable que l'Etat, qui représente tout le peuple entier et organise dans son sein la commune libre, devienne le propriétaire unique du sol et des autres instruments du travail. » (V. Le Socialisme contemporain, par M. l'abbé Winterer, député au Parlement allemand, Paris, Palmé, libraire-éditeur ; Rixheim Sutter, libraire 1878, p. 85, 87, 90, ) La lecture de cet intéressant travail est extrêmement utile à quiconque veut suivre le développement du socialisme dans le monde entier.

I. Frédéric Le Play est le fondateur d'une école économique, dont le système repose uniquement sur l'examen des faits, qu'il groupe, analyse et compare, en remontant directement à leur cause. Il s'agit donc d'un vaste champ d'observation, où tout est pesé avec le soin le plus scrupuleux, et où chaque déduction a pour base l'homme et ses actes, non pas tels qu'on les suppose, mais tels qu'ils sont en réaHté. Cette école compte un grand nombre de disciples qui ont suivi et suivent encore avec amour et fidélité les traces de leur illustre maître ; elle a rendu et semble destinée à rendre de grands services non seulement en France, mais encore dans toutes les autres contrées. Le point fondamental des doctrines expérimentales de Le Play — lequel, soit dit en pa^sant, est l'un des premiers qui aient eu le courage de dire à son pays la vérité tout entière sur lesfameux principes de 1789, et leurs déplorables conséquences — est la constatation des avantages qui dérivent pour la société de la liberté individuelle telle qu'on la rencontre dans la famille. Aussi s'oppose-t-il à ce que l'Etat en vienne à l'opprimer injustement. 11 admet la liberté de tester; il est contraire au morcellement indéfini de la propriété • il soutient les franchises locales ; il rejette l'enseignement obligatoire, laïque, gratuit, et voit dnns la propagation des vérités religieuses le meilleur et le plus sûr moyen

ni repoussé tout en bloc ; s'élevant, au contraire, du simple au composé, du particulier au général, ils ont procédé à un examen attentif de la condition sociale de tous les peuples de l'univers, et de là ont tâché de déduire les meilleurs moyens de réorganiser la société sur des bases solides, en nous montrant, par la plus sûre des méthodes expérimentales, que le salut et le bien-être d'un pays ne peuvent venir que de la constante application de certains principes religieux, moraux et économiques. D'autres, au contraire, ont condamné à priori toute revendication — ce qui était mal, — ou encore, tombant dans l'excès opposé, ils ont cherché — ce qui était pire — à remorquer le mouvement, en appliquant, à leur manière, les nouvelles doctrines, sans séparer le mal du bien, comme si de cette distinction ne dépendait pas précisément la conservation de l'organisme social qui semblait cependant leur tenir tant à cœur.

Aussi avons-nous vu dans plusieurs pays par le fait même des pouvoirs publics, s'introduire tout d'un coup, et sans limites, le suffrage universel sous sa forme la plus étendue, le peuple appelé tout entier à prendre une part très large à l'administra-

pour le développement de l'ordre et du bonheur social. L'ouvrage le plus important de Le Play est, à notre avis, celui qui a pour titre : La Réforme sociale en France, dédîiiie de V ohservatiojt comparée des peuples européens. (Tours, Marne, édit. Paris, Dentu, édit. i^e édition, 1864, 6^ édition corrigée et refondue, 1878. )

Quoique nous ne partagions pas absolument sur certains points les idées de l'illustre auteur, nous n'en faisons pas moins remarquer que cet ouvrage devrait être lu et médité attentivement par tous ceux qui s'intéressent au progrès social. En effet il y est parlé amplement de la religion, de la propriété, de la famille, du travail, des associations, des rapports privés entreles hommes et du gouvernement ; en un mot, de tout ce qu'il y ade plus discuté et controversé à notre époque. Il n'y a pas de pays, on peut le dire, où le travail de Le Play soit ignoré, où il n'ait suscité des éloges, exprimés en termes flatteurs; nous citerons surtout, du moins en partie, le jugement de Sainte-Beuve. Après avoir montré dans Le Play un esprit exact, rigoureux, pénétrant, exigeant pour lui-même, en quête de tout ce qui pouvait corroborer son enseignement et faire avancer la science d'application à laquelle il s'était voué, le critique ajoute : « Au lieu de s'en tenir aux livres et procédés en usage dans son pays, il voyagea, et le fit avec ordre et méthode, tenant note et registre de chaque observation, sans rien laisser d'inexploré ou d'étudiéà demi... Dans ce but il visita une fois le Danemark, une la Suède et la Norwège, trois la Russie, six l'Angleterre, deux l'Espagne, trois l'Italie, une la Moravie, la Hongrie, la Turquie d'Europe, la Carinthie, etc.. ; et quand il séjourna dans les ateliers de l'Oural, il eut jusqu'à 4500 individus sous ses ordres... » Après cela Sainte-Beuve, malgré son esprit souverainement antireligieux, ne peut faire autrement que de se dire profondément impressionné par une constatation de l'éminent voyageur, à savoir que : << L'élément conservateur, le principe calmant et consolant dans tous les cas par lui observés, n'était ni distinct ni séparé de l'élément religieux. Dans tout état de société, partout l'élément religieux lui a paru essentiel à la durée et à la stabilité de la société. » (V. Les nouveaux Lundis, tomes XIX et XX.)

tion de la justice ; le droit d'association et de réunion cesser d'être soumis à un juste contrôle ; les mesures préventives de police abolies ; une licence effrénée de langage et de presse prendre la place d'une liberté honnête et bien entendue ; l'instruction devenir obligatoire, gratuite et égale pour tous ; et le droit même de propriété plus ou moins attaqué, affaibli sous des prétextes spécieux, mais qui ne laissent pas de constituer la plus flagrante des violations.

Quant à la religion, on est allé si loin sur le terrain de la négation, que non seulement on en a fait un objet d'intérêt privé, mais qu'on a recouru à mille expédients, et souvent odieux, pour empêcher les particuliers eux-mêmes de s'y intéresser.

C'est là un ensemble de faits ou, pour mieux dire, un système qui nous paraît trop dangereux pour ne pas appeler immédiatement l'attention. A ce propos toutefois nous avons hâte de faire de suite une déclaration ; à savoir que nous ne sommes hostiles en principe à aucun progrès, à aucune modification sociale. Non; notre pensée est tout autre et sera vite exposée : nous croyons que tout changement, quel qu'il soit, même le meilleur, ne peut être adopté à la légère et sans que l'on ait bien constaté qu'il a sa raison d'être dans de réels besoins et exigences sociales ; besoins et exigences qui doivent être toujours d'accord avec les préceptes de la morale, de la justice, du bon sens et de l'honnêteté. Nous croyons, en un mot, que la société comme la famille, ne peut être bouleversée impunément, et qu'il ne faut pas développer dans ses membres des appétits supérieurs aux moyens qu'ils possèdent pour les satisfaire.

Du reste l'expérience est déjà faite : quel avantage les masses ont-elles retiré jusqu'ici de toutes ces réformes? Sont-elles peut-être devenues plus heureuses, plus tranquilles, plus contentes de leur sort ? Le malaise social a-t-il perdu de son intensité au moins dans une partie du monde civilisé ? Hélas ! non, il s'est accru au contraire, parce que les bas-fonds de la société, attirés imprudemment à la surface, et n'ayant pas de frein qui les retienne, ont pu agir au gré de leurs caprices. Aussi ont-ils fini par dominer les autres, et particulièrement ceux que les modifications projetées concernaient, et qui, les ayant trouvées inefficaces, ont mieux aimé y renoncer. Il est vrai, par exemple, que nous avons obtenu le suffrage universel, mais il

n'est pas moins vrai que grand est le nombre de ceux qui refusent de s'en servir. Nous avons également le jury, mais combien n'y en a-t-il pas qui ne s'acquittent de leurs fonctions de jurés que par la crainte des peines édictées par la loi !

L'explication de ce phénomène est facile : toutes les réclamations des ouvriers ne sont pas injustes. Mais comment avoir la prétention qu'elles cessent quand, pour toute satisfaction, on donne à l'ouvrier le droit d'aller aux urnes avec la quasi certitude que souvent, son candidat, ou ne sera pas élu, ou que, s'il l'est, il ne sera jamais fait droit aux demandes mises en avant dans l'intérêt de ceux qu'il est appelé à représenter ?

Puis, franchement, qu'arrive-t-il le plus souvent ? Que l'on flatte l'ouvrier jusqu'au jour des élections ; le lendemain, on ne le connaît plus. Aussi, ces réformes ont-elles l'air d'être très utiles à tous, excepté à lui; et alors quoi d'étonnant si, découragé, mécontent, soupçonnant un leurre, il refuse de revenir en arrière et demande aux moyens extra-légaux ce qu'il n'a pu obtenir en restant dans la voie de la légalité ? Voilà comment et pourquoi on arrive aux cercles socialistes pour aboutir ensuite — et nous en montrerons mieux le lien plus tard — aux exécrables forfaits d'un Caserio à Lyon, d'un Salvador à Barcelone, des incendiaires de forêts en Europe et dans les deux Amériques, et à tous ces infâmes projets d'extermination qui vont troublant la paix du monde entier.

Toutefois il est bon de le remarquer, le socialisme n'a pas suivi partout la même voie, ni employé partout la même tactique pour arriver à ces dernières conséquences.

Ainsi le socialisme français, tout en créant des systèmes théoriques, a cherché à les concrétiser et à les appliquer immédiatement, afin de les faire accepter des masses. Le socialisme allemand, au contraire, a revêtu une forme plus exclusivement .scientifique ; et tandis qu'en France les socialistes ont cherché, longtemps, à se montrer plus humanitaires que spéculatifs, en Allemagne les choses se sont passées tout différemment. Des hommes savants, voués à la politique ou à l'étude de l'économie sociale, ont levé l'étendard du mécontentement ; mais, au lieu de répéter avec Proudhon et avec Rousseau, que tous les maux économiques provenaient d'une mauvaise organisation sociale, ils ont mieux aimé soutenir que les systèmes économiques actuellement en vigueur étaient la véritable cause de la

corruption sociale. Aussi, tandis que les premiers se sont hâtés de demander la destruction de l'État, les seconds, au contraire, tout en le conservant, ont voulu s'en rendre maîtres pour le réformer à leur manière, moyennant surtout l'application d'un tout autre système d'économie politique. De là cette différence, qu'en France le socialisme est bientôt descendu sur la place publique et, par des émeutes sanglantes, a cherché à atteindre de suite le but qu'il s'était proposé, une radicale transformation sociale ; en Allemagne au contraire il a envahi les diverses écoles économiques auxquelles il s'est présenté comme un problème scientifique à résoudre. C'en était assez pour qu'une lutte implacable et qui dure encore, éclatât entre les partisans de ces écoles dont chacune naturellement a la prétention de posséder, à elle seule, le remède efficace capable de guérir tous les maux de la société.

Les protectionnistes ont affirmé que le salut de la société se trouve dans un ensemble de droits protecteurs et dans une intervention, plus ou moins grande, de l'État. Les soi-disant socialistes de la chaire, pour lesquels le grand remède consiste à prier l'État d'intervenir afin de refondre toute la situation économique, se rapprochent d'eux. Ensuite sont venus les libres échangistes, affirmant qu'il n'y avait qu'un seul moyen de résoudre heureusement tout le problème, accepter la plus ample et illimitée liberté de concurrence et réduire l'action de l'État à la sphère la plus étroite possible. D'autres, enfin, ont poussé les choses jusqu'à demander la complète abolition de l'État.

Mais pendant que les uns et les autres discutaient, et que leurs querelles, franchissant les frontières de l'Allemagne, finissaient par attirer l'attention des économistes de toute l'Europe, le socialisme allemand arrivait tout d'un coup à complète maturité avec un ensemble de doctrines, disons mieux, avec un credo, qui, présenté sous diverses formes et élaboré graduellement, se trouve parfaitement condensé dans le manifeste publié naguère par les centres directifs du socialisme révolutionnaire, lesquels reçoivent leur mot d'ordre de Bebel et de ses acolytes. Ce manifeste, après avoir tracé, sans la moindre réserve, le programme d'action de tout le parti, esquisse à grands traits ce que sera l'organisation de la nouvelle société. Dans celle-ci, pour tout dire en quelques mots, la terre, les maisons, les ateliers,

les machines, tout deviendra la propriété de l'État, c'est-à-dire de la société humaine, et sera administré par lui soit directement, soit au moyen des communes. Toutes les industries, y compris l'agriculture, seront transformées en services publics. Cette nouvelleorganisation pourra,toujours d'après le manifeste, s'effectuer de deux manières.

Suivant la première, l'État socialiste commencerait par s'emparer des grandes industries, en expropriant, pour cause d'utilité publique, les propriétaires actuels, qui seraient indemnisés à des conditions à déterminer, soit au moyen de titres de rente produisant un faible intérêt, soit par une rente annuelle payable jusqu'à la mort du propriétaire. Cela dans le cas d'une solution pacifique de la question. Si, au contraire, les ouvriers socialistes avaient le dessus au lendemain d'une révolution violente, les mesures changeraient, et pourraient être beaucoup plus radicales relativement aux propriétaires. Le manifeste ne nous dit pas explicitement en quoi ce radicalisme devrait consister ; mais de l'ensemble du contexte, corroboré par d'autres documents antérieurs, nous pouvons conclure qu'il n'aurait aucune répugnance pour les énormités révolutionnaires du dernier siècle, réservant le sort qui atteignit alors nobles, riches et clergé, aux propriétaires, aux bourgeois, qui se refuseraient à abandonner volontairement leurs biens aux nouveaux maîtres (I).

Maintenant que nous avons vu ce que prétend le socialisme allemand contemporain et le but qu'il poursuit, il est bon d'ajouter que, dans le domaine scientifique, il a employé les mêmes procédés qu'il avait adoptés au XVI^ siècle, quand il donna pour prétexte de son action la querelle religieuse, c'est-à-dire à l'époque des funestes guerres des anabaptistes. La tactique de ces derniers, véritables précurseurs de nos anarchistes, fut de

T. Manifeste d'octobre iZg^.{V .Osservatore Romano,n.2.^i, 24001. 1894. )Dans son récent et important travail, « Le Socialisme contemporain ».un savant écrivain anglais, John Rae, résume ainsi les derniers desiderata des socialistes : « Ce qu'ils demandent, c'est une démocratie du travail, c'est-à-dire un Etat où le pouvoir et la propriété seront basés sur le travail; où le titre de citoyen devradépendre non delà naissance et du cens, mais de l'exercice d'un métier ; où il n'y aura pas de citoyens qui jouissent sans travailler et de citoyens qui travaillent sans jouir; où tout homme capable de travailler, obtiendra un emploi ; où quiconque travaillera aura pour lui le produit de son travail; où, pour répondre à la péréquation de tout le système, la terre et tous les autres instrunients de production seront donnés en propriété à la société, pendant que la direction de toutes les opérations industrielles reviendra directement à l'administration de l'Etat. )>

flatter d'abord les luthériens, en affirmant qu'ils ne différaient d'eux que sur quelques points assez insignifiants (i).

Toutefois quand l'anabaptisme eut fait un certain nombre de prosélytes, les choses commencèrent à changer de face ; les différences insignifiantes devinrent de graves censures des principales conceptions du luthéranisme. Alors s'engagea une lutte qui garda le caractère d'une simple dispute académique tant que l'anabaptisme ne se crut pas suffisamment fort. Mais quand une partie de la population eut été, grâce à ces discussions, bien imbue des nouveaux principes ; quand, entre deux erreurs qui flattaient également les passions humaines, on eut préféré — chose facile à prévoir — l'erreur qui répondait le mieux au caractère de ceux qui ne supportaient plus aucun frein, alors la situation se trouva, comme par enchantement, entièrement changée. A la discussion succéda la lutte ; on jeta la Bible et l'on courut aux armes, la chaire servit à faire des barricades, et la nouvelle Sion, la cité du Seigneur, se transforma en un camp retranché. Ce qui s'en suivit, l'histoire nous l'apprend : développement effréné du sensualisme ; destruction de la famille ; abolition de la propriété ; communauté des biens ; suppression et proscription des sciences, des lettres et des arts ; despotisme monstrueux,affreux carnages; en un mot, un ensemble de faits criminels qui ne trouvent leur pendant, et encore imparfaitement, que dans les horribles exploits de la Commune de Paris (^).

1. L'anabaptisme date de 1521 et remonte à un disciple de Luther, nommé Nicolas Stork. Il commença par déclarer que le baptême administré aux enfants n'était pas valide, et qu'il était nécessaire d'en donner un autre. Après lui, Thomas Miinzer prétendit conclure de l'égahté des fidèles devant Dieu et de la fraternité chrétienne, à l'abolition de toute autorité temporelle, à la spoliation générale, à la communauté des biens. Ces prédications produisirent naturellement une grande efifervescence dans les esprits.effervescence qui se traduisit en actes très funestes. En T524, cette fermentation fit de grands progrès dans l'ouest de l'Allemagne ; peu de temps après, l'insurrection éclatait en Franconie, Alors commença cette terrible lutte connue généralement sous le nom de giierre des paysans, vraie manifestation socialistico anarchiste, comprise dans la première période de la guerre de trente ans.

Consulter à ce sujet le protestant Soudre qui en parle fort en détail, dans son Histoire du Communisme, Bruxelles, 1850, 4"'^ édition, et Meshovius Historiae AnabaftiUicae, sept livres, Cologne, 1617.

2. Soudre conclut ainsi le long chapitre qu'il consacre à l'histoire des anabaptistes : « Tels sont les événements auxquels donna lieu le développement de la secte anabaptiste. Durant les quatorze années qui s'écoulèrent de 1521 à 1535, cette secte a formulé tous les principes professés par le communisme et le socialisme modernes. Réhabilitation de la chair et des passions ; destruction de la famille ; abolition de la propriété ; communauté des biens ; liberté illimitée ; égalité absolue; suppression, proscription des lettres, des sciences et des arts,.. 11 fut donné aux anabaptistes d'apphquer ces doctri-

Or le même phénomène s'est reproduit, de nos jours, du moins en partie, dans le domaine scientifique, où le socialisme a fait semblant d'accepter la discussion tant qu'il n'avait pas achevé son œuvre de propagande, mais lorsqu'il a cru le terrain suffisamment préparé, il a repoussé tout concours et a prétendu régner seul et sans contrôle.

Si l'espace ne nous manquait, ce serait le moment d'établir une comparaison entre la révolution des anabaptistes et la révolution actuelle ; et il ne serait pas difficile de montrer que, dans l'une comme dans l'autre, on est parti, en définitive, du même point ; c'est-à-dire de l'attaque de toute autorité et de toute idée religieuse ; surtout du principe catholique. Même alors, il fut question à' Internationale noire; alors aussi on s'éleva brutalement contre les catholiques et on les déclara responsables de cette effi-oyable révolution, comme s'ils n'en avaient pas été les premières victimes (^).

Mais l'histoire a désormais fait ample justice de ces excès, et il n'y a plus aujourd'hui un homme sérieux qui ne reconnaisse la vérité de ce que Tocqueville constate avec tant de justesse : « Quand la passion du bien-être matériel se répand des classes dont il entretient la vanité, dans celles dont il excite l'envie, la révolution sociale est aux portes, à moins que la religion ne s'y oppose. C'est pourquoi, ajoute-t-il, la passion du bien-être matériel ne rencontre aucun obstacle dans la communauté démocratique, si l'on en écarte la religion et si le sentiment religieux venait à disparaître, si le besoin de bienêtre arrivait à prévaloir, alors la liberté périrait (^). »

nés à Mulhouse, en Moravie et à Munster, et partout où leurs tentatives n'échouèrent pas, elles aboutirent à des abominations sans exemple et à un despotisme monstrueux. Il semble que, au moment où l'Europe entrait dans la voie de la civilisation moderne, la Providence ait voulu lui faire expérimenter les doctrines anarchiques qui sont la négation des conditions essentielles de celte civilisation. L'expérience a été décisive ; après cela, on ne peut plus professer ces déplorables erreurs sans méconnaître les enseignements de l'histoire, Loc. <:î7., chap lo. Les A ;/aàa/>iis/es. Que àna.it aujourd'hui Soudre s'il voyait que, en plein dix-neuvième siècle, on revient aux erreurs et aux méfaits d'alors?

1. Après avoir raconté que les catholiques furent réduits à ne pas même oser mettre les pieds dans la dernière église que l'on avait fait semblant de leur laisser, Soudre ajoute que « les cloches furent fondues pour faire des canons, et avec le plomb des toitures, on fit de la mitraille. Les églises furent transformées en magasins et en écuries, et les plus belles choses furent sacrifices à la fureur de ces nouveaux vandales... L'autorité de Matliias était si despotique, si terrible, que la moindre opposition était punie de mort ». V. aussi Wkill, La gjierre da paysans.

2. Alexis de Tocqueville, La démocratie en Amérique. Paris, 1835. — Œuvres complètes, Paris, 1852.

La majorité des économistes allemands, suivis en cela par beaucoup d'autres, ont eu le grand tort de négliger ce point fort important, pour consacrer tout leur temps, tous leurs soins à des questions très souvent insolubles, puisqu'ils faisaient abstraction de tout vrai principe religieux. C'est ainsi que lorsque, en Allemagne, protectionnistes et libre-échangistes se sont mis à rechercher la solution du problème social, ils ont commencé, en oubliant presque tout le reste, à s'entreregarder d'un œil soupçonneux et hostile, s'accusant mutuellement de vouloir ruiner le pays par l'application de leur système. Aussi se sont-ils perdus dans des discussions byzantines laissant champ libre à leurs adversaires, et Ton sait si ceux-ci en ont terriblemerrt profité et en profitent encore.

Tout ce mal est-il réparable ? Dans quelles conditions peutil l'être, et par qui ? Est-il circonscrit au seul domaine économique, ou bien en embrasse-t-il d'autres ? Les socialistes ont-ils tort absolument en tout, ou seulement en partie? Tels sont les points sur lesquels porte toute la question: mais pour y répondre d'une manière adéquate, une chose importe au plus haut point : examiner sans passion la thèse des socialistes, en choisissant la plus complète ; voir où les socialistes se trompent, et dire pourquoi ; établir quelles sont, parmi leurs demandes, celles que l'on peut accepter, quels remèdes peuvent être proposés, et de quels critériums ils doivent relever, c'est-à-dire s'ils doivent rester dans le domaine purement économique, ou remonter plus haut ; en d'autres termes, s'il est vrai que la science économique ne se coordonne avec aucune autre science, et ne reconnaît aucun lien de dépendance, ou bien si elle est subordonnée, elle aussi, à un principe supérieur ; si elle tire, elle aussi, son origine du principe chrétien, comme les autres sciences, et si, en s'înspirant ou en ne s'inspirant pas de ce principe, elle répond ou ne répond pas à la fin qui lui est assignée.

Voilà, dans un court résumé, l'objet de notre modeste écrit, au sujet duquel nous devons donner un dernier avertissement : si nous avons circonscrit notre étude au socialisme allemand, ce n'est pas que l'Allemagne nous paraisse le pays le plus atteint de cette maladie, mais c'est, et nous l'avons indiqué plus haut, parce que nulle part le socialisme ne s'est élevé à la hauteur d'un système plus scientifique et n'a revêtu des formes plus

précises et plus concrètes, que là où il a trouvé, dans Marx et dans Lassalle, ses apôtres les plus habiles et ses théoriciens les plus savants.

Ce sont donc les écrits de ces derniers qu'il faut surtout consulter, puisque là et non ailleurs, se trouve la véritable quintessence de tout le socialisme moderne.

Marx et Lassalle pourront avoir des imitateurs, peut-être même des égaux ; mais ils ne seront jamais surpassés !

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