‹ Socialisme et CatholicismeChapitre 47 sur 91 · Rae, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Rae, loc. cit., p

aspirations des classes ouvrières, si on le corrige de ses imperfections, et qu'il faille le renverser et le détruire.

La cruelle et implacable loi des salaires nécessaires n'est ni aussi implacable, dit Rae, ni aussi cruelle que Lassalle l'a dépeinte. Personne n'a jamais pensé que le strict nécessaire à la subsistance de l'ouvrier soit une limite immuable et inflexible. Dans les conditions normales, elle n'est pas circonscrite aux besoins de la vie prise purement et simplement, mais de la vie qui est devenue habituelle aux ouvriers et qu'ils regardent comme nécessaire.Il est certain qu'aujourd'hui l'ouvrier a plus de besoins qu'autrefois, ce qui est preuve de conditions meilleures, puisque les besoins croissent à mesure que les conditions s'améliorent.

De son côté l'augmentation des besoins augmente la consommation,quî à son tour fait croître la quantité des produits et en élève le prix. On obtient donc ainsi deux heureux résultats: une hausse des salaires causée par une plus grande demande de travail et une augmentation des capitaux due à l'augmentation de la production et au prix meilleur qu'on en retire.

, En résumé, la mesure des salaires correspond à la demande du travail ; celle-ci dépend de l'accumulation des capitaux, qui découle de la production accumulée de biens et de la demande qui en est faite ; quant à l'accumulation de la production, elle augmente en proportion de la productivité moyenne du travail. Raisonner ainsi, dit Rae, c'est paraître tourner dans un cercle. Mais cela est vrai dans un certain sens, car la marche de l'industrie suit une voie circulaire ; en outre c'est faire mieux toucher du doigt ce que disaient les anciens économistes, à savoir que la mesure des salaires dépend du concours des capitaux comparé à la population. Ce raisonnement démontre en outre que le capital est un élément plus élastique qu'ils ne le croyaient et qu'il se reforme et se corrige continuellement en s'adaptant aux diverses conditions industrielles et même à celles de la population, et finalement qu'il est déterminé, lui aussi, par le grand et principal facteur de toute industrie : par la productivité générale du travail (i).

I. « En voici assez, ajoute Rae, pour prouver qu'on doit chercher la mesure naturelle des salaires non dans le coût de production de la subsistance, mais dans la mesure de la production des biens. Le bien-être des travailleurs dans certains pays est plutôt une conséquence qu'une condition de la mesure plus élevée des salaires qui découle à son tour de la grande productivité de ces contrées. Les principes qui règlent la mesure des salaires sont beaucoup plus souples que ne le suppose Lassalle. » Loc. cit. , p. 356 sq.

Quelque vraies que soient ces considérations, il ne faut pas oublier cependant que l'augmentation trop rapide de la production provoquée en vue d'améliorer les conditions générales, a engendré partout au contraire un manque d'équilibre auquel ont contribué plusieurs facteurs dont les principaux sont l'excessif bon marché des produits de toute sorte, le manque de temps nécessaire pour épargner, ce qui a fait que les capitaux se sont trouvés absorbés par cette grande et rapide production bien avant qu'ils aient eu le temps de se reformer, et finalement le nombre excessif de gens qui, ne voyant rien d'anormal dans cet accroissement de productivité, ont cru que la condition d'ouvrier présentait de telles garanties de prospérité qu'il était bon d'abandonner pour elle toute autre profession. Une grande crise fut le résultat de cet ensemble de faits, et aucun pays n'a su y obvier en limitant graduellement sa productivité, quitte à lui faire reprendre plus tard une marche ascensionnelle.

Tous ont préféré au contraire produire autant que par le passé, et comme en attendant la constitution des États modernes avait rendu inévitables de grosses dépenses, entre autres le coûteux entretien des armées permanentes, il en est résulté une telle augmentation de charges qu'en fin de compte chacun a vu ses ressources épuisées ; la productivité en a ressenti le contre-coup qui s'est répercuté aussi sur les salaires. Ceux-ci, tout en se maintenant à un certain niveau, ont commencé à paraître trop bas, car ils ne répondaient plus aux besoins qui avaient commencé à se développer chez les ouvriers pendant le temps de la grande productivité.

On voit donc qu'il faut revenir sur ses pas et adopter bien des mesures déjà signalées en partie et d'autres que nous indiquerons plus loin.

Il faut noter en outre que Lassalle,quand il parle avec tant de conviction de l'état de misère désespérée dans lequel les ouvriers doivent fatalement rester, est absolument dans le faux, car dans un état social bien ordonné, la tendance des salaires, nous l'avons vu, est plutôt vers la hausse que vers la baisse, avantage inappréciable, car plus l'ouvrier sera content de son sort,plus il apportera d'énergie au travail; il épuisera moins ses forces, et en moins de temps il donnera un produit plus considérable et par conséquent plus rémunérateur.

Le principal, dans la question qui nous occupe, est de ne

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jamais perdre de vue que la prospérité des États dépend moins de la quantité des produits possédés que de leur juste répartition, car les produits sont faits pour les hommes et non les hommes pour eux. On ne doit donc pas chercher purement et simplement la richesse ; ce qu'il faut,c'est procurer le bien-être du grand nombre. Si donc une nation n'est pas plus riche par la simple augmentation des capitaux, elle le devient lorsque ceux-ci par une circulation rationnelle, par mille combinaisons et emplois divers, arrivent à répandre une aisance toujours plus grande sur la population qu'ils doivent faire vivre.

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