‹ Socialisme et CatholicismeChapitre 48 sur 91 · CHAPITRE XVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIL

L'augmentation de la population. — La fausseté de la théorie de Malthus. — Les vrais remèdes. — L'Église et le célibat ecclésiastique.

NOUS avons vu que certains socialistes et plusieurs économistes attribuent le malaise économique actuel à une trop rapide augmentation de la population, augmentation qui, à leur avis, a influé puissamment sur l'abaissement des salaires. Nous avons exposé l'ensemble des causes d'où dépend ce douloureux phénomène, et nous ne croyons pas nécessaire d'y ajouter celle-ci ; car s'il y a augmentation dans la classe des ouvriers, en ce sens que beaucoup d'entre eux ont eu assez peu de jugement pour déserter les autres professions, celle de l'agriculture en particulier, afin d'aller s'établir dans les villes, il est certain également que la crainte d'une augmentation excessive de population est loin d'être justifiée par les faits. Elle ne l'est ni ne peut l'être, pour longtemps du moins, comme le prouve cette simple mais cependant très concluante considération,que les nouvelles voies ouvertes dans les continents récemment explorés et la pénurie relative d'habitants dans plusieurs de ceux qui étaient connus depuis longtemps, offrent et offriront pour une longue période d'années un immense débouché à une exubérance de population (j).

Ceci posé, nous ne croyons pas inutile de nous arrêter un peu plus longuement à l'étude d'une question qui embrasse plusieurs autres aspects et que Malthus a eu le mérite de présenter et de résumer mieux que personne (2). Il établit ce

1. Il suffit de rappeler à ce sujet les énormes étendues de terre de l'Amérique septentrionale et méridionale, celles de l'Australie, de la Nouvelle-Guinée, de Sumatra, de Bornéo, celles de l'Asie, de l'Afrique centrale, etc., lesquelles attendent encore le travail de l'homme.

2. Beccaria, le vénitien Ortes et le raodenais Ricci, célèbres économistes tous les trois, avaient déjà, avant Malthus, exprimé des idées presque identiques tant sur la question du principe de population, que sur la direction à donner à la charité.

principe, que la population, si elle n'est entravée par aucun obstacle, doit doubler dans l'espace de vingt-cinq ans et augmenter, de période en période, dans une proportion géométrique de 2, 4, 8, 16, 32, et ainsi de suite (ï). Or comme, d'autre part, à ce qu'il affirme, l'augmentation des moyens de subsistance ne suit pas la même proportion, mais procède seulement d'une façon arithmétique, c'est-à-dire de i à 2, de 2 à 3, de 3 à 4, et ainsi de suite, un moment vient où il se produit, entre les deux progressions, un manque d'équilibre terrible, lequel peut aller jusqu'à ce point que personne n'aura de quoi vivre (=^). Mais alors comment paralyser un si dangereux développement ? En y mettant des obstacles. Mais lesquels ? Les uns, dit Malthus, sont accidentels et les autres sont une suite inévitable de la loi naturelle ; cependant il faut encore en ajouter un autre : l'abstinence du mariage. Il s'agit ici, continue-t-il, d'un acte de vertu, mais la religion chrétienne est précisément celle qui fait consister notre bonheur présent et futur dans l'exercice des vertus qui nous préparent à la plus sublime félicité, et c'est pourquoi cette même religion nous demande de soumettre nos passions à l'empire de la raison, ce qui est le premier mot de la prudence.

Comme on le voit, Malthus cherche à ne se montrer ici ni immoral ni irréligieux, ce qui n'empêche pas son système — nous le démontrerons bientôt — d'avoir les conséquences les plus immorales (3).

Du reste, si d'un côté, dans certaines parties du monde, nous constatons une forte augmentation de population, de l'autre, nous sommes loin d'une augmentation trop exagérée, très loin même de l'augmentation géométrique dont parle Malthus, et nous trouvons la confirmation de notre assertion dans l'Amérique du Nord, qui sert également de point de départ à son raisonnement. Là, la population, dans l'espace d'un siècle, — et les statistiques en font foi — a doublé au moins quatre fois ('^).

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