Mazzini, Prose. — Art. Dio-Legge. Della Giovane Italia
2. Louis-Marie Feuerbach, né à Anspach (Bavière), en 1804 et mort en 1872, fut l'un des plus fervents disciples de Hegel. Il écrivit beaucoup sur la philosophie, ne laissant passer aucune occasion d'attaquer la propriété et la religion. Ses principaux ouvrages sont : L'Histoire de la Philosophie moderne, 1833 ; La Philosophie de Leibnitz, 1837 ; La Philosophie elle Christianisme, 1839; L Essence du Christianisme, 1841 ; La Philosophie de l'avenir, 1863.
également des illusions. Il n'y a rien de réel en dehors de l'homme de chair et d'os, qui sent et qui pense, aussi conclut-il en ces termes : « Dieu fut ma première pensée, la raison la seconde, l'homme la troisième et dernière (i). »
Dans La Religion de V avenir, qui est le résumé de ses idées rédigé par son frère Frédéric et qui forme le véritable catéchisme des socialistes et des anarchistes, il dit: « L'homme seul est notre Dieu, notre père, notre juge, notre rédempteur, notre vraie demeure, notre loi et notre règle, l'alpha et l'oméga de notre vie et de notre œuvre politique, morale, publique et domestique. Il n'y a de salut que par le moyen de l'homme... la nature humaine est sainte, saint est V instinct qui nous poîisse au plaisir ; tout ce qui le procure est saint, chaque homme est destiné au bonheur, y a droit, et tout le monde doit l'aider à l'atteindre (2). »
Et maintenant nous pouvons, pour ainsi dire, toucher du doigt toutes les conséquences socialistes et anarchistes qui découlent tant de l'idéalisme que de l'humanisme. En effet, partout où ont été appliqués ces deux principes inséparables, on est arrivé en peu de temps à ne plus reconnaître ni Dieu, ni aucun principe d'autorité, ni propriété, ni devoir. Et pouvait-il en être autrement ? Quels que fussent les systèmes pratiques édifiés sur cette doctrine philosophique, ils devaient nécessairement être tous et sans exception démoralisateurs et dangereux au plus haut point, puisqu'ils reposent tous sur une théorie qui supprime toute antithèse entre la vérité et l'erreur, qui nie la distinction entre le bien et le mal, détruit la responsabilité et la peccabilité de l'homme, circonscrit le bonheur uniquement à ce monde et, détruisant tout droit individuel, fait de l'homme social la véritable unité, l'essence humaine; en fait l'unique Dieu, créateur de lui-même, et lui donne une indépendance souveraine, qui ne saurait tolérer aucun frein, aucune loi. L'individu vient ainsi se fondre dans la communauté, la propriété privée dans le collectivisme, tandis que l'égoïsme, prenant le nom d'amour universel, exige que les individus isolés lui soient impitoyablement sacrifiés (3).
1. La Philosophie et le Christianisme: L Essence du Christianisme ; La Philosophie de l'avenir.
2. La Religion de l'avenir, par Frédéric Fkuerbach. Anspach, 1852.
3. « Sans la philosophie allemande, notamment sans la philosophie de Hegel, a dit son disciple Frédéric Engels, le socialisme allemand, le seul socialisme scientifique qui ait jamais existé, ne se serait jamais produit... » Et il ajoute ailleurs que : « tous les communistes de 1845 étaient des adeptes de Feuerbach et cju'en Allemagne la inajeurç
Ici se présente une question toute naturelle : comment une philosophie aussi nébuleuse, a-t-elle pu être comprise des masses au point qu'elles en soient devenues les fidèles adeptes ? La réponse est simple, quoiqu'elle doive embrasser plusieurs côtés de la question. Et tout d'abord ce qui est certain, — et l'histoire le montre fréquemment — c'est que toute idée, toute théorie commence par rester dans un petit groupe, qui s'en empare, la transforme au gré de ses caprices et la rend plus ou moins compréhensible aux autres. Ce n'est qu'alors qu'elle descend et pénètre graduellement dans les masses, non que celles-ci puissent en mesurer la valeur intrinsèque, mais parce qu'il leur paraît que sa physionomie générale et le groupe qui s'en fait le champion, sympathise avec leurs aspirations, réponde à quelque besoin, encore vague et obscur peut-être, mais qu'elles sentent sourdre en elles. Elles acceptent donc la nouvelle théorie sans se soucier d'examiner si elle est conforme à la raison et à la justice, et il leur suffit de voir que d'autres l'ont embrassée pour s'en prévaloir comme d'un droit ou méconnu jusque-là ou nouvellement acquis. Or dans le cas qui nous occupe la nouvelle théorie, quoiqu'en réalité elle n'ait pour objet que l'humanité et non tel ou tel individu, peut néanmoins, grâce surtout aux enseignements de Feuerbach, être comprise dans un sens différent. En effet, tous ceux qui sont habitués à descendre des théories générales et abstraites aux cas concrets et particuliers, peuvent facilement y voir une sorte d'apothéose de l'homme pris individuellement, d'où ils concluent logiquement que chaque individu porte en lui le principe de toute autorité, qu'il est la source de sa propre félicité et, comme tel, qu'il doit être indépendant, autonome, maître de briser toute entrave qui se trouverait sur son chemin et l'empêcherait d'arriver à ses fins (^). Ainsi se trouve flattée et encouragée la plus
partie de ses adeptes étaient communistes ». Ce à quoi Stein ajoute que : « l'idéalisme hégélien a engendré d'abord le système le plus sensualiste de l'humanisme, qui à son tour a engendré le socialisme ». V. Frédéric Engels, Les conditions des classes ouvrières a?tglaises. Leipsick, 1845. — Les revendications ouvrières, etc., et Rae, /. c. I. Cette différente interprétation du concept hégélien et de celui de Feuerbach, concorde parfaitement avec ce que nous avons dit, savoir que le même principe a donné naissance au Socialisme et à l'Anarchie. Ceux, en effet, qui ont vu dans ce principe la divinisation de toute l'humanité prise en masse, ont abouti sans peine à la statolatrie et au collectivisme. Ceux.au contraire, qui y ont découvert la divinisation de l'homme pris individuellement ont été amenés facilement à lui reconnaître la somme de tous les droits et à défendre que personne pût jamais en restreindre l'exercice pour quelque raison que ce soit. D3 là l'individualisme anarchique.
universelle et en même temps la plus funeste des convoitises, celle à laquelle fit appel le serpent quand il dit à nos premiers parents : « Vous serez comme Dieu ».
Ainsi donc la responsabilité des tendances novatrices qui menacent de bouleverser la société contemporaine, retombe principalement sur ceux qui les suscitent chez les autres au moyen de théories propres à séduire et à corrompre. Ce sont les philosophes matérialistes, les économistes athées qui, en mettant leur gloire dans le doute et dans la négation absolue de certains principes souverains de morale et de religion, viennent ébranler les fondements de l'ordre social et civil, et indiquent aux passions des multitudes la route à suivre. Le peuple, plus logique que ses maîtres, ne s'arrête pas à mi-chemin, comme ceux-ci le voudraient, mais en tire toutes les dernières conséquences, parce qu'il croit avec raison que, si l'on approuve ceux qui ont imprimé la première impulsion, on n'a pas le droit de condamner celui qui se propose de continuer le mouvement et de lui faire achever son cycle. On le voit donc : généralement parlant, ce ne sont pas les multitudes qui font les grandes révolutions. Elles en sont les agents et les instruments matériels, mais elles ne jouent ce rôle que parce qu'elles sont entraînées et éblouies par de coupables doctrines. Il devient chaque jour plus évident que les révolutions dans l'ordre des faits sont précédées d'une révolution dans l'ordre des idées. Le peuple, en général, n'y regarde pas de si près ; pour lui toutes les questions sociales se réduisent en somme à ces deux termes extrêmes : obéir ou commander ; croire et accepter un frein religieux ou ne pas croire et n'en accepter aucun.
Pour l'immense majorité des hommes — quoi qu'on en pense ou qu'on en dise — tout le dilemme consiste à choisir entre le paradis des chrétiens et celui des épicuriens. Suivant que l'on préfère l'un ou l'autre, on sera patient et on supportera les traverses et les sacrifices en vue de biens impérissables et éternels, auxquels la pauvreté conduit plus facilement que la richesse, ou bien l'on ne voudra tolérer ni peines, ni privations d'aucune sorte, mais on mettra au contraire tous ses efforts à égaler, à vaincre, à surpasser ceux que l'opinion appelle généralement les heureux. Or, le paradis que Hegel, Feuerbach, et tous leurs adeptes offrent au peuple, ou du moins celui que ce dernier a choisi par une corruption logique et naturelle, lorsqu'il s'est vu
affranchi, par suite de leurs enseignements, de tout autre lien moral, est précisément le paradis des épicuriens.
Mais que de travail et d'adresse n'a-t-il pas fallu pour séduire et entraîner les foules! Le premier soin de Hegel fut de flatter l'amour-propre national, et c'est à cela que visa la grande mission historique que nous l'avons vu assigner à l'Allemagne. Il parvint ainsi à exciter une passion, un sentiment des plus naturels chez tous ceux qui se sentent animés d'intentions généreuses et patriotiques, et qui ont la conscience de pouvoir amener leur pays à atteindre son propre bonheur en faisant par là-même celui des autres. Cette passion, idéalisée, dépouillée de tout ce qui pouvait être en opposition avec le progrès de l'époque, alluma au cœur de la jeunesse allemande le désir de travailler à la reconstitution philosophique encore plus que politique d'une Allemagne qui serait le modèle, le guide, la source de la régénération universelle.
Mais cette tentative, facile et généreuse à première vue, finit par miner Tordre religieux et social de l'Allemagne tout entière. En effet, tandis que, dans le domaine de la philosophie et de la politique, la lutte pour la propagation des idées hégéliennes s'abritait habilement sous les dehors du respect pour les ordres constitués, religion, souveraineté, état, famille, propriété ; dans les classes inférieures de la société on procédait au contraire très rapidement à un vaste travail de démolition, avec le concours des sectes démagogiques, qui toutes — \d. jeune Allemagne en premier lieu, — semaient à pleines mains l'incrédulité et la rébellion. Alors on vit surgir une foule considérable de matérialistes et de révoltés, dont le nombre grossissait sans cesse, grâce aux ouvriers allemands qui, revenant de France et de Suisse, en rapportaient souvent des théories révolutionnaires qu'ils inoculaient au cœur de leurs compagnons.
Un autre élément de propagande fut \ Internationale^ dont il a déjà été question ; elle prit le plus grand soin de faire pénétrer l'esprit nouveau dans les fibres les plus intimes du prolétariat. Aussi, s'il y a quelque chose qui doive nous étonner, c'est l'état de tranquillité relative dont les multitudes ne se départirent pas, en Allemagne du moins, de 1849 à 1870, malgré le travail constant et intense auquel Marx et Lassalle vinrent donner le dernier coup de main, en lui imprimant un caractère concret et pratique,
On en trouve Texplicatìon dans le fait, que les principaux fauteurs du socialisme allemand voulaient que ce mouvement socialiste fût la conclusion dernière d'une évolution philosophique de la société entière, conclusion qui ne pouvait, par conséquent, se manifester qu'avec une lenteur, dont ils s'accommodèrent du reste peut-être très volontiers, afin de ne pas susciter trop de soupçons ni de défiance. Aussi leur fallut-il beaucoup de temps pour achever leur œuvre, d'autant plus que les théories hégéliennes elles-mêmes assignaient comme premier but à atteindre, la formation d'un monde germanique, œuvre qui ne pouvait être accomplie d'un coup. Assurément tous ne concevaient pas de la même manière ce nouveau monde germanique: Tun voulait l'ériger en monarchie, l'autre en république ; ceuxci y voyaient un acheminement à la prépondérance sur les différents peuples, ceux-là un état transitoire devant aboutir à la future société universelle, mais, si chacun partait d'un point de vue différent, néanmoins tous y donnaient également leur adhésion précisément à cause de la souveraine élasticité du système, qui leur permettait d'espérer chacun ce qu'il voulait.
L'attention générale se tourna donc vers la constitution de l'unité du pays et fit en apparence oublier le reste, nous disons en apparence, parce qu'en réalité on travaillait sourdement en faveur du socialisme. En effet, les socialistes allemands, comme ceux des autres contrées, ne se souciaient guère de l'idée nationale et patriotique ; leur principal but était de se servir de la partie sentimentale, poétique de ce mouvement, pour faire passer sous son égide, en contrebande, une marchandise bien différente ('). Ils comptaient que l'enthousiasme populaire ne se refroidirait pas de si tôt, et que, le but déterminé une fois
I. Voici, selon Marx, partisan chaleureux de Feuerbach et de Hegel, la méthode à adopter pour réussir en Allemagne et ailleurs, dans l'entreprise projetée : « On ne peut grouper les masses que sous le drapeau de la négation. Quand vous présentez des projets entachés de particularisme, vous soulevez des controverses, vous semez des divisions ; vous tombez dans la même erreur que les socialistes français, qui dispersèrent leurs forces imposantes, pour avoir essayé d'adopter des systèmes nettement formulés. Nous nous contentons de poser les fondements de la révolution. Nous lui rendons les plus grands services, en excitant la haine et le mépris contre les institutions actuelles, nous faisons la guerre à toutes les idées dominantes de religion, d'Etat, de patrie et de patriotisme. L'idée de Dieu est la clef de voûte d'une civilisation pervertie, et il faut la détruire ». V. Marx, Les Sociétés secrètes de la Suisse.
atteint, îl en resterait encore assez pour s'en servir à d'autres fins (i).
Aussi arriva-t-il que, l'unité du pays à peine achevée, les forces du socialisme allemand reparurent comme par enchantement et tentèrent de parvenir d'emblée à constituer un État tout-puissant, un Dieu-État, en abattant tous les obstacles au moyen d'hommes tels que Nobiling et Hoedel. Si on n'y réussit pas, ce fut parce que l'organisme social n'était pas affaibli et ébranlé au point qu'on le supposait, quoique l'œuvre de destruction fût déjà commencée ; elle l'était même si bien que l'Allemagne et l'Europe, sans être encore arrivées à une forme de gouvernement socialiste, représentaient déjà un type de société païenne utilitaire, où les faibles sont victimes des forts*
Ceci du reste n'était que logique, car, la personnalité humaine une fois abolie au profit du grand tout humanité, celui-ci devait se substituer à elle et finir par abolir tous ses droits ou peu s'en faut. Les intérêts individuels commencèrent donc à être entièrement méconnus et furent remplacés par ceux de l'humanité; mais comme celle-ci devait nécessairement trouver une personnification, elle s'identifia avec l'État devenu ainsi moteur et centre de toute chose.
Mais quelle ligne de conduite et quelles lois pouvait-on attendre de la part de cet État ? Aurait-il pu devenir le défenseur des opprimés, le protecteur des faibles? Tout au contraire. Ayant admis avec Hegel qu'il n'y a rien au delà du tombeau, et que les destinées de l'humanité sont circonscrites au monde présent, où leurs fins dernières consistent en la plus grande somme de jouissance possible, l'État devait naturellement s'appliquer à diriger les choses de manière à ce que l'humanité personnifiée en lui, concentrât son action, ses efforts, uniquement sur ce point. Et de cette façon elle se trouve lancée en plein dans la lutte pour acquérir la plus grande quantité possible de jouissance et, par conséquent, la plus grande quantité possible de richesse, qui est le moyen le plus apte à se la pro-
i.« Il est impossible, disait Lassalle.de créer une révolution ; on ne peut qu'effectuer et sanctionner une révolution qui est déjà dans les conditions réelles de la société... Chercher à créer une révolution, c'est une folie digne d'hommes peu mûrs, qui ne prennent pas en considération les lois de l'histoire ; pour la même raison, il est également prématuré et puéril de chercher à empêcher une révolution, qui est déjà accomplie dans le cœur de la société. Quand une révolution existe de fait on ne peut éviter qu'elle finisse par exister aussi dans les lois. » V. Hmr. Bastiat, etc.
curer (i). Mais puisque la richesse naît de la production, et que celle-ci est le résultat du travail d'autrui, qui a droit à être rémunéré, il s'agit de régler les choses de manière à ce que les fortunes puissent augmenter avec le minimum de sacrifices possible. Ce qui s'exprime dans le langage économique par la formule, qu'on doit tirer des bras d'autrui un maxiimun de travail en le rétribuant avec un minimum de salaire.
Or, V économie politique, dont le but est précisément de donner des lois pour régler convenablement la richesse de la société, l'économie politique, une fois basée sur ces maximes (2), on devine sans peine combien sera funeste la manière de résoudre les points les plus graves du problème social actuel, c'est-à-dire la question du salaire, des heures de travail, du repos du dimanche, du travail des femmes et des enfants, des accidents, des maladies des ouvriers et ainsi de suite par une progression continuelle qui aboutit en dernier lieu à une haine furieuse entre riche et pauvre, entre patron et ouvrier. Ce dernier, sans même soupçonner qu'un si grand mal est la conséquence immédiate de la première application sociale des doctrines hégéliennes, croit, parce qu'il est imbu personnellement des mêmes théories, que pour lui, l'unique planche de salut consiste dans la rénovatiofi sociale des socialistes hégéliens, c'est-à-dire dans la transformation de la société actuelle en une communauté idéale et universelle de tout le genre humain ; communauté à laquelle on arrivera par l'abolition des anciennes institutions, à commencer par la religion, abolition que Feuerbach résume en ces termes : « Les souverains sont des dieux, et par conséquent doivent en partager les destinées. La dissolution de la théologie en anthropologie dans le domaine de la pensée, est la dissolution de la monarchie en république dans le domaine de la politique. L'État doit être humanisé, doit devenir un instrument aux mains de tous pour le bien-être de tous.
1. Aristote a été l'un des premiers à condamner cette doctrine utilitaire, au sujet de laquelle il s'exprime ainsi : « Ceux qui songent à vivre dans le^ délices au lieu de vivre honnêtement, désirent augmenter infiniment le plaisir. Aussi pour eux tout l'art de bien administrer leurs biens, consiste-t-il dans l'art de les augmenter, afin d'augmenter par là même leurs jouissances ». Politic, liv. I, ch. IK-X.
2. Que ce soit là la fin principale de X économie politique, nous le voyons par la signification même du mot économie, emprunté à la langue grecque : No;j.oc 'oO O'.xou, loi de la maison, ou, si l'on aime mieux, science régulatrice des biens. Ce mot a été ensuite employé pour désigner la science régulatrice de la fortune publique, des biens de la cité, en grec ttoXk;, d'où l'adjonction au mot économie de l'adjectif /<;/iV/V''
Quant à la propriété, comme l'essence de l'homme est l'homme social^ il convient qu'elle devienne sociale^ puisque, actuellement, elle est complètement séparée et ne répond pas du tout aux besoins de l'homme social (^). » Ce à quoi Griin, en bon disciple, ajoute : « Faites avec le dieu pratique, avec l'argent, ce que Feuerbach a fait avec le dieu théorique, humanisez-le^ faites de la propriété une possession inaliénable du genre humain, de tout homme en tant qu'homme {f). »
Quant aux armes matérielles, nécessaires à l'accomplissement de toute cette révolution, c'est, dit Marx, le prolétariat qui les fournira. « Il fera une révolution qui ne sera pas utopique, car elle sera universelle et uniforme, faite au nom de la société tout entière, puisque le prolétariat est une classe qui est revêtue d'un caractère universel et embrasse toutes les autres classes. Il est la seule classe qui ait à sa base un titre humain, au lieu d'un titre historique. Ses douleurs mêmes et les torts qu'il a soufferts n'ont en soi rien de spécial ou de relatif; ce sont les grandes douleurs et les torts qu'a soufferts l'humanité entière. Et ses prétentions sont de même nature, puisqu'il ne demande ni privilèges ni prérogatives spéciales, mais seulement ce que le monde entier peut partager avec lui. Toutefois comme le système actuel est fondé sur l'affirmation de la propriété- privée, le prolétariat est contraint par la société à embrasser le principe opposé, c'est-à-dire la négation de la propriété privée, et naturellement, il introduira ce principe, qui est essentiel à sa vie, dans toute société, à mesure qu'il y acquerra du pouvoir, ce qui est en train de s'accomplir rapidement et inévitablement... La seule émancipation pratique pour l'Allemagne serait une émancipation qui prenne pour base la théorie d'après laquelle l'homme est l'être le plus élevé pour l'homme... En Allemagne un lien ne peut être rompu sans que se rompent tous les autres. L'Allemagne est par sa nature encore trop conservatrice pour pouvoir faire une révolution sans que celle-ci naisse d'un principe fondamental, et sans qu'elle suive ce principe jusqu'à ses dernières conséquences ;