Ibid
Ce qui est certain, c'est que Ton vit toute espèce de gens adopter plus ou moins les doctrines hégéliennes ; incroyants, démagogues, révolutionnaires y trouvèrent ou crurent y trouver le moyen d'arriver sans peine à exécuter leurs desseins. Aussi vit-on découler de la même source différents systèmes, les uns ouvertement antichrétiens, d'autres pseudo-chrétiens, qui devinrent, jusqu'à un certain point et pour quelque temps du moins, philosophie d'État, acquérant ainsi les moyens d'étendre leur influence délétère non seulement sur toutes les institutions qui en dépendaient, mais encore sur tous les rangs de la société, et de se propager non seulement en Allemagne mais encore dans toutes les autres nations. Ainsi en France nous retrouvons des doctrines presque identiques chez Proudhon, qui s'en servit pour poser les bases de l'anarchie, protestant non seulement contre la société, telle qu'elle est organisée actuellement, mais encore contre toutes les sociétés idéales, imaginées par les philosophes et par les socialistes ses prédécesseurs. Quant aux systèmes de ces derniers, il en stigmatisa les côtés faibles d'une manière parfois heureuse, mais pour nous offrir en échange une nouvelle organisation sociale qui renferme la quintessence de ce qu'a jamais pu rêver de plus impie et de plus absurde un esprit dévoyé: il y met l'impiété comme base philosophique de tout l'ordre idéal et fait de l'anarchie la plus pure la formule sociale. Cette impiété il la pousse jusqu'à la haine formelle de Dieu en tant que tel, de même qu'il pousse l'anarchie jusqu'au point de vouloir la société sans aucune sorte de lois ni de droit, ni de propriété, soit individuelle, soit commune; l'État sans aucune autorité, ni souverainieté, propre ou déléguée, ni dans les mains d'un souverain, ni dans celles du peuple; sans aucun pouvoir, ni législatif, ni exécutif La révolution devient pour lui une protestation contre la société actuelle et une recherche de la science nouvelle, de la science anarchique (^).
I. « Dieu et l'humanité sont deux ennemis irréconciliables, par conséquent, le premier devoir de l'homme éclairé et intelligent est de chasser sans trêve de l'esprit et de la conscience, l'idée de Dieu. L'athéisme doit désormais faire la loi dans les mœurs et dans les intelligences. L'athéisme de Spinosa et de Hegel et non l'athéisme grossier. sans respect pour la justice et l'humanité, en un mot, l'athéisme qui est Xtdéaliimeilex'é à sa plus haute puissance, le point culminant ! Rappelez-vous seulement et n'oubliez jamais que la piété, le bonheur, la vertu et de même la patrie, la relii,uon, l'amour ne sont que des masques. Les prêtres doivent se persuader que le seul vrai péché, c'est la misère... La propriété est une idée contradictoire, et la négation de la propriété entraînant celle de l'autorité, j'ai déduit de mi définition « la propriété est le vol », un cord-
De son côté Mazzini se mit à propager en Italie des théories presque identiques à celles de Hegel, dans le but d'arriver un jour à la formation d'une république humanitaire universelle. « L'humanité, disait-il, est le Verbe vivant de Dieu ; l'esprit de Dieu la féconde et il s'y manifeste toujours plus pur, toujours plus actif, d'une époque à l'autre; un jour par le moyen d'un individu, une autre fois par le moyen d'un peuple. De travail en travail, de croyance en croyance, l'humanité acquiert, peu à peu, une notion plus claire de sa propre vie, de sa mission, de Dieu et de la loi. Dieu s'incarne successivement dans l'humanité... Nous croyons à l'humanité, seule interprète de la loi de Dieu sur la terre... le peuple est en communication directe avec la divinité sans intermédiaire de prêtre, ni de maîtres ou souverains... les idées de nationalité et d'unitarisme ne sont que des mots féconds et magiques, comme les espérances et les formes des monarchies constitutionnelles sont des moyens de marcher vers le bien-être et le progrès indéfini, sont le vestibule du temple de Vunitarisme humanitaire, de la république idéale humanitaire (^).
En Allemagne l'œuvre entreprise par Hegel fut complétée par son disciple Feuerbach. Le maître avait transformé le monde transcendental en rationnel ; Feuerbach, comme Ta très bien remarqué Rae, abolit ce qui lui paraissait être du transcendentalisme dans le domaine de la raison (2). Il admit donc avec Hegel que le ciel et Dieu n'étaient que des illusions subjectives, des projections fantastiques de l'être humain, mais il ajouta que l'intelligence prise comme une entité abstraite, et la raison, considérée comme un principe unique et universel, étaient
laire non moins paradoxal, à savoir, que la wazV forme de gouvernement est ï anarchie... Adieu Pape, adieu Roi, adieu Dictateur, adieu Empereur ! Désormais il n'y a plus d'autorités ni temporelle, ni spirituelle, ni révolutionnaire, ni légitime... J'ai toujours travaillé à décatholiciser le peuple et surtout à renverser, avec le trône de Pie IX, le trône de S. Pierre, parce que, la papauté démolie, le catholicisme reste sans vigueur, la bête morte, plus de venin !... Notre principe est : V athéisme en religion, V anarchie en politique et la non-propriété en économie politique ! 'f) V. De la création de l'ordre dans V humanité. — Système des contradictions économiques ou Philosophie des misères.
— Confessions d'un révolutionnaire, par I. Proudhon. Paris, 1843, 1846, 1849.