‹ Socialisme et CatholicismeChapitre 81 sur 91 · I. Epist. Enc. Quod Apostolici muneris^ 28 décembre · texte numérisé non relu

I. Epist. Enc. Quod Apostolici muneris^ 28 décembre

Eh bien ! on ne saurait exprimer à quel point, les sociétés catholiques peuvent leur être utiles, si, les voyant hésitants, elles les invitent à venir à elles et le leur rendent facile, et si, quand ils seront devenus plus sages, elles leur assurent l'appui et l'aide, dont ils auront besoin. Vous voyez, vénérables Frères, par qui et par quels moyens cette cause si difficile demande à être traitée et résolue. Que chacun remplis.se le rôle qui lui est assigné, et cela sans délai, de peur qu'en différant le remède, on ne rende incurable un mal déjà si grave. Que les gouvernements s'y prêtent au moyen de lois utiles et de sages mesures ; que les riches et les patrons se rappellent leurs devoirs ; que les ouvriers dont le sort est en jeu poursuivent leurs intérêts par des voies légitimes, et puisque la religion seule, comme nous l'avons dit dès le début, est capable de détruire le mal dans sa racine, que tous se rappellent que la première condition à réaliser, c'est la restauration des mœurs chrétiennes, sans lesquelles même les moyens suggérés par la prudence humaine comme les plus efficaces seront peu aptes à produire de salutaires résultats. Quant à l'Église, son action ne fera jamais défaut et sera d'autant plus féconde qu'elle aura pu se développer avec plus de liberté ; ceux dont la mission est de veiller au bien public, doivent se pénétrer plus que tous autres de cette vérité. — Que les ministres du sanctuaire déploient toutes les forces de leur âme et toutes les ressources de leur zèle, et que, sous l'autorité de vos paroles et de vos exemples, vénérables Frères, ils ne cessent d'inculquer aux hommes de toutes les classes les maximes de l'Évangile ; qu'ils travaillent de tout leur pouvoir au salut des peuples, et par de.ssus tout qu'ils s'appliquent à nourrir en eux-mêmes et à faire naître dans les autres, dans les plus élevés, comme dans les plus humbles, la charité, reine et maîtresse de toutes les vertus. C'est, en effet, d'une abondante effusion de charité qu'il faut principalement attendre le salut ; nous parlons de la charité chrétienne, qui résume tout l'Évangile et qui, toujours prête à se dévouer au soulagement du prochain, est un antidote assuré contre l'arrogance du siècle et contre l'amour immodéré de soimême (i). »

I. Epist. Encycl. Rerum novarum. — Nous avons été ravis de voir renouveler ce magnifique appela la charité clirétienne, par un illustre économiste italien, non catholique. Luzzatti. Dans un petit opuscule, paru ces jours-ci. dans lequel il résume les diverses

Et nous voici arrivés, à la suite de Léon XIII, à la conclusion de notre ouvrage. Avant peu, par l'infiltration immanquable de l'hégélianisme dans tout le corps social, il ne subsistera plus que deux principes : la vérité chrétienne et la doctrine socialiste. Suivant que la génération que nous voyons grandir, s'attachera à l'un d'eux ou à l'autre, on verra se résoudre le problème dans l'un ou l'autre des deux sens. Si c'est dans un sens favorable à l'ordre, on jouira d'une vie sociale tranquille et prospère ; si c'est dans le sens contraire, tout le fruit de longs siècles de civilisation sera perdu, et il ne restera debout sur les ruines universelles qu'une population matérielle et violente (i), et cette population qui ne voudra tolérer aucun joug et qui repoussera le concours de la vraie classe dirigeante, sera

méthodes proposées par la prétendue science moderne pour résoudre d'une manière complète et rassurante le grave problème social, il invoque, comme moyen efficace, la sublime méthode employée par saint François d'Assise et affirme qu'au milieu d'une lutte si acharnée de classes, de partis, d'intérêts, elle est la seule qui puisse se montrer véritablement féconde. « Que de sagesse, s'écrie-t-il, n'était pas renfermée dans ce sublime moine ignorant ! Comme il rappelle ces autres illustres ignorants de la Galilée, qui dans leur humilité triomphaient des doctes pharisiens de Jérusalem, des splendeurs philosophiques d'Athènes, de la civilisation de Rome, et préparaient les gloires des âges renouvelés ! » Et continuant sur le ton de l'enthousiasme l'apologie de la civilisation chrétienne, l'auteur de l'opuscule fait des vœux pour qu'aujourd'hui eticore, tandis que les uns enveniment les rivalités de classes, et les élèvent au rang d'une fatalité historique ; tandis que les autres divisent en camps ennemis les enfants d'un même pays, et que les représailles du travail se heurtant contre celles du capital, mettent en péril l'unité morale de la patrie qui se brise au milieu de tant de haines ; l'auteur, disons-nous, fait des vœux, pour que ressuscite le Saint d'Assise et que son ombre vienne consoler l'Itahe privée de lumière. Lui seul, affirme l'auteur, puisque la science parait jusqu'ici impuissante, peut faire sentir aux riches qui voudraient s'imposer avec leur opulence et aux pauvres qui voudraient dominer par la force du nombre, la nécessité du pardon, la douceur de l'assistance mutuelle. Lui seul peut fondre ces cœurs endurcis par l'intérêt, tirer de ces pierres l'étincelle d'amour, faire jaillir de ces yeux courroucés une de ces larmes qui enseignent aux mortels les éternels principes de tolérance, de charité, de secours mutuel. Et il conclut : « Oh ! comme il nous trouverait prêts à l'écouter, nous fatigués, nous rongés par le doute scientifique. » V. Prolusione al corso di Economia politica jiella Università di Perugia, par Louis Luzzatti. Février 1895. T. Nous devons ajouter que le gouvernement allemand semble se préoccuper beaucoup du réveil de la foi religieuse dans le peuple. Ainsi, dans une correspondance envoyée d'Alsace au Soleil et reproduite par Y Osservatore Romano (i, 2 avril 1895), nous lisons l'entrefilet suivant : « C'est l'époque des confessions et des communions pascales pour les soldats catholiques. Il faut rendre cette justice à l'armée allemande : toute facilité est accordée aux soldats pour remplir leurs devoirs religieux. Il y a plus : tout ce qui a rapport à l'armée est rigoureusement réglé, et il en est ainsi des confessions pascales. A des heures déterminées, les soldats sont conduits par escouades aux églises désignées. Là, après avoir entendu une instruction de leur chapelain, ils se rendent aux confessionnaux : presque tous se confessent. Les communions se font également en commun. Du reste, l'esprit religieux est maintenu dans l'armée par l'obligation qu'ont les soldats d'assister à la messe les dimanches et les jours de fête. »

victime de quelques individus ambitieux et audacieux, qui, plus forts que la populaceet ne pouvant se frayer un chemin que par l'astuce et les flatteries, se serviront des plus mauvaises passions populaires pour s'approprier ne fût-ce que pour quelque temps et au mépris de toutes les lois, la plus grosse part du butin ('). Tel est l'avenir qui se présente à nous. Si- tous doivent s'en préoccuper, car l'Allemagne n'est pas la seule qui court ce risque, à plus forte raison devons-nous le faire, nous, Italiens (^). On parle souvent de notre bon sens qui nous préserve des doctrines exagérées. Cela est vrai, et la raison en est, que les Italiens, du moins la plupart, restent toujours catholiques au fond de leur âme. Mais laissez l'irréligion et l'athéisme se propager impunément dans nos provinces, et nous donnerons au monde entier le spectacle de la conduite la plus insensée, ce qui serait pour nous d'autant plus honteux et plus triste que nous aurions méprisé la grâce singulière que Dieu nous a faite en nous plaçant autour du centre de la vérité et de la lumière, c'est-à-dire autour du Pontificat Romain (3).

1. « Lorsque, pendant nos jours de révolution, d'énormes butins furent offerts au peuple pour l'exciter à la révolte, quel profit tira la portion pauvre de la société, de tant de délits et de tant de spoliations? La propriété, il est vrai, changea de mains et fut divisée entre un plus grand nombre de possesseurs, mais la plus grande partie du peuple ne fit qu'assister au partage du butin et perdit en outre ces trésors et ces effusions de charité qui le faisaient participer à la fortune des anciens propriétaires. Nous avons acquis un plus grand nombre de propriétaires, mais combien de pauvres n'avonsnous pas aussi en plus! » A. De Villeneuve-Bakgemont, Économie politique, etc., t. I, liv. I, p. 421.

2. Plusieurs pensent qu'il n'existe pas en Italie de parti socialiste proprement dit. Malheureusement il n'en est pas ainsi, et Boglietti l'a fort bien démontré dans un article publié par la Nuova Antologia, septembre 1894. Il en ressort que le socialisme italien, organisé d'abord en parti ouvrier, en 1880, s'est transformé en parti socialiste au Congrès, tenu à Milan en août 1891. On déclara alors qu'il fallait s'organiser pour revendiquer les terres et les capitaux au profit de la collectivité des travailleurs. En 1892, au Congrès de Gênes, le parti s'est appelé parti de classe, indépendant, prôt à attaquer toutes les autres classes qu'il espère abolir quand le prolétariat triompiiera. La lutte est donc engagée, et nous en avons des symptômes alarmants non seulement dans les récentes insurrections de Sicile, de Massa, de Carrare et d'autres lieu.x, mais surtout dans le résultat des dernières élections législatives — 26 mai 1895 — grâce auxquelles les socialistes italiens ont pu envoyer au Parlement dix de leurs adeptes.

3. « Si l'Italie n'a pas encore été souillée par de si grands excès elle doit avant tout l'attribuer à un bienfait spécial de Dieu, mais il y en a incontestablement une autre cause: c'est que les Italiens sont demeurés inébranlablement attachés A la religion catholique, c'est pourquoi la licence des maximes impies dont nous avons parlé n'est point parvenue à triompher. Du reste, si les remparts qu'offre la religion vtnait-nl h «"•tre renversés, l'Italie serait immédiatement en proie aux calamités qui ont depuis longtemps frappé les nations les plus grandes et les plus florissante-s. En effet, les mêmes principes ne manquent pas de produire les mêmes effets ; et les germes étant mauvais ne peuvent

Et cependant, nous Italiens, nous sommes les fils de cette terre sur laquelle s'est déroulée la plus glorieuse des histoires. Les Romains de l'empire, type d'une civilisation purement humaine, qui porte dans sa prospérité même et dans l'excès de sa puissance le principe et la cause de sa dissolution, donnèrent un grand exemple de résurrection morale. Ce furent eux qui, accueillant d'un esprit docile les vérités chrétiennes et versant héroïquement leur sang pour en rendre témoignage dans les cirques et les amphithéâtres, rajeunirent et renouvelèrent la vieille Europe, contribuant à la doter, sous la conduite sûre et pacifique des Papes, d'une civilisation inconnue jusque-là, civilisation qui puise directement au ciel sa force et son inénarrable fécondité. Ses œuvres ne s'écrouleront que si l'on renie r esprit qui les a créées; car elles ne sont pas le fruit de l'égoïsme individuel ou collectif et, comme telles, destinées à périr avec leurs auteurs, mais elles demeurent la noble et légitime conquête de l'incessant travail de l'homme que la volonté divine a établi roi de la création, afin qu'il s'en serve comme d'un instrument, et non qu'il en fasse son but final.

Quant à ceux qui parmi nous. Italiens, n'auraient pas encore le bonheur de voir et de comprendre la force bienfaisante et vigoureuse de l'inspiration chrétienne, qu'ils s'instruisent en interrogeant l'histoire et en contemplant le spectacle des tendances actuelles. Qu'ils voient l'utilitarisme, le sensualisme, les instincts égoïstes qui envahissent de toutes parts le monde civilisé ; qu'ils voient l'anarchie athée et altérée de jouissances, s'avancer au fracas des bombes et au crépitement des incendies ; qu'ils se rappellent les désordres et les scènes sanglantes qui ont tout récemment attristé l'Italie et l'Europe ! Et cependant ce n'est là encore qu'une faible image des maux qui nous me-

produire que des fruits de même nature. De plus le peuple italien abandonnant la religion catholique, devrait s'attendre à un châtiment plus terrible, parce qu'il mettrait par l'énormité de l'apostasie le comble àl'énormité de l'ingratitude. Car ce n'est ni le hasard ni la volonté des hommes qui a donné à l'Italie le privilège d'avoir été admise à prendre part, dès l'origine, au salut apporté par Jésus-Christ ; d'avoir abrité dans son sein le siège de Pierre ; d'avoir pendant le cours des siècles joui des immenses et divins bienfaits, qui par eux-mêmes découlent du catholicisme. Aussi devrait-elle grandement craindre pour elle l'effet des menaces adressées par l'Apôtre aux peuples ingrats : Lorsq u' îine terre est souvent abreuvée de pluie et produit des herbages utiles à ceux qui la cultivent, elle reçoit la bénédictioii de Dieu ; mais quand elle ne produit que des ronces et des épines, elle est en aversion, et menacée d'être maudite, et destinée a2ifeu. » Epist. Encycl. Etsi nos — aux Evêques d'Italie — 15 février 1882.

nacent, si l'on ne met à temps un frein à ce déchaînement de convoitises audacieuses et subversives ! Celui qui peut efficacement les contenir et les abattre est au milieu de nous.

Le fléau du socialisme ne sera arrêté et vaincu que par le même pouvoir et la même vertu qui jadis arrêtèrent et vainquirent Attila : par le Pape et la Croix.

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