‹ Socialisme et ChristianismeChapitre 1 sur 15 · ARCHEVÊQUE DE MONTRÉAL · texte numérisé non relu

ARCHEVÊQUE DE MONTRÉAL

A Sa Grandeur Mgr William Stang, Evêque de Fall River.

Mon Cher Seigneur,

Si j'ai pris un peu de temps pour accuser réception de votre beau livre intitulé "Socialism and Cliristianity," c'est que j'ai voulu me rendre compte, au milieu de mes nombreuses occupations, de sa valeur intrinsèque. Je viens donc aujourd'hui vous féliciter, et vous remercier de la gracieuse dédicace que vous avez écrite sur l'exemplaire que vous m'avez envoyé.

On parle partout de réforme sociale sous prétexte que le vieil édifice est lézardé de toutes parts, qu'il n'est plus susceptible de réparation. Il vaut mieux, prétend-on, le démolir pour n'être pas écrasé par lui. Votre Grandeur nous montre bien que l'Amérique n'est pas à l'abri de pareilles préoccupations. Il n'y a pas lieu de s'en étonner. Le socialisme se répand facilement sous une forme ou sous une autre. Se proposant de remédier au mal social en réorganisant

VI I^ETTRE DE MGR BRUCHÊSI

la société sur d'autres bases, il cherche à substituer, plus ou moins rapidement, plus ou moins complètement, la propriété nationale à la propriété privée, et l'action de l'Etat à l'initiative des particuliers.

Le remède est encore dans le christianisme qui trouve sa forme la plus pure dans le catholicisme. C'est que le christianisme social est la preuve vivante pour le peuple que Dieu s'occupe de lui, que l'Eglise cherche à défendre ses véritables intérêts. Votre Grandeur le démontre dans son beau chapitre du mouvement catholique en faveur de la réforme sociale.

En parcourant votre ouvrage, j'ai éprouvé une fois de plus combien cette parole de Taine reste éternellement vraie : "Le christianisme est pour quatre cent millions de créatures humaines, l'organe spirituel, la grande paire d'ailes indispensable pour soulever l'homme au-dessus de lui-même, au-dessus de sa vie rampante et de ses horizons bornés. Toujours et partout, sitôt que ces ailes défaillent ou qu'on les casse, les mœurs publiques ou privées se dégradent."

Je souhaite que votre livre se répande pour ramener la société au christianisme. C'est le vœu que je forme en vous priant d'agréer l'expression de ma reconnaissance et de mes sentiments fraternellement dévoués,

tPAUL, arch. de Montréal.

Page 1