Chapitre VIII
lane "Ibeureuse 2)e meure.
Le chez-soi est le fondement sur lequel repose le bien-être individuel et collectif. L'homme sans foyer domestique est privé par là même d'une des sources essentielles du bonheur en ce monde. La puissance d'un peuple dépend, dans une large mesure, de l'humble coin de terre qui a vu naître chacun des citoyens qui le composent. Les anciens Romains, dont le gouvernement était un chef-d'œuvre de stabilité et de puissance, juraient par les dieux de leurs logis ; ils aimaient et chérissaient la vie de famille. L'observateur Jacob Reis remarque ce qui suit : "Du chez-soi dépend notre caractère moral ; nos libertés civiles et politiques y ont leurs racines ; la vertu, la virilité et le patriotisme y croissent également." Un grand nombre de maux et de désordres sociaux sont attribuables à la désertion du home ou à la négligence des devoirs domestiques.
Conformément à la volonté de Dieu, tout enfant vient au monde dans une famille; dès son entrée dans
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la vie, il a droit au cœur et au bras d'une mère. Si la irère vient à lui manquer, une autre femme devra la remplacer; car l'enfant ne peut se fortifier que réchauffé par un cœur de femme.
Qu'est-ce qu'un foyer domestique? Le foyer, dironsnous bien simplement, c'est un homme et une femme unis par les liens sacrés du mariage qui vivent, environnés de leurs enfants, sur une propriété bien à eux — oij il y a beaucoup d'air, de lumière et de l'eau pure en abondance, autant pour le moins qu'il en faut aux chevaux et aux vaches dans les grands établissements d'élevage. Le père, la mère et l'enfant, vivant parfaitement unis sous le même toit, sont, en quelque façon, le reflet de la Très Sainte Trinité. Tout dans cette demeure doit briller par la plus irréprochable propreté. "Une porcherie", dit Jacob Reis, en termes plus qu'énergiques, "fera, en peu de temps, un pourceau même de l'homme créé à l'image de Dieu". Et, faisant allusion aux conditions peu hygiéniques de nos maisons à plusieurs logis, il ajoute : "Pour un peu d'or, nous avons réduit le noir en esclavage, et pour de l'or aussi nous laissons périr le blanc dans ses misérables taudis. Il nous tarde tellement d'être riche que nous avons mis de côté toute autre préoccupation; nous avons même oublié les devoirs de la fraternité humaine dans notre empressement à nous vouer au culte du veau d'or". Dans ces dernières années, onze et demi pour cent de l'argent prélevé, pour taxes, dans la ■«'ille de New York ont été employés à soulager la pauvreté ou, plutôt, le paupérisme, et les besoins de l'in-
digence n'ont cessé de s'accroître en cette ville, avec le temps. Ceci est un triste commentaire de notre moderne vie de famille. Et, pourtant, ce ne sont pas ks matériaux qui manquent en notre pays pour y créer de beaux chez-soi et bâtir de gentilles maisonnettes ! Toutefois, le nombre des familles heureuses est encore relativement considérable sur le sol américain. Là où ils existent, les hommes et les femmes sont peu enclins à -former des clubs, à consacrer leurs soirées aux jeux de boule, à former des comités de réception et autres <^adas sociaux. Le "clubisme" ne favorise guère le développement de la vie de famille. Mieux vaudrait la disparition de tous les clubs du pays que la désertion d'un seul foyer.
Ce que nous venons de dire de la demeure familiale ne regarde que l'ordre purement naturel. I\'''ais, nous ne sommes plus au temps du paganisme ; nos habitations ont été sanctifiées par le divin Rédempteur et élevées à la dignité de foyers chrétiens. Le Christ a créé, en vivant sur la terre, l'asile sacré du bonheur domestique. Durant les trente premières années de sa courte existence, il vécut au sein d'une famille humaine. La maison de Nazareth, dans laquelle notre divin Sauveur demeura, était des plus modestes; les soucis et les peines y pénétraient chaque jour; et, pourtant, cet humble logis est resté comme le type le plus pur et le plus élevé du foyer heureux, précisément parce que les meilleurs et les plus saints personnages y habitaient.
Dans tout foyer il doit y avoir une mère ; car, sans
cePe-ci, le séjour de l'homme est morne et suinte l'ennui. C'est elle qui doit gouverner l'intérieur d'une maison et lui donner le cachet et le confort d'un véritable chez-soi. Alais il appartient à Dieu d'occuper la première place dans la demeure de l'homme et de régner sur les cœurs de ceux qui l'habitent. Il devrait y avoir, dans l'appartement le plus convenable, un petit autel surmonté de l'emblème de notre salut où d'une image de la Très Sainte Vierge et décoré de fleurs et de bougies, où tous les membres de la famille pourraient se réunir, s'agenouiller et réciter en commun la prière du matin, celle du soir, le chapelet ou quelques autres prières.
Les trois supports ou pilliers de la demeure heureuse sont un père digne, une mère pieuse et des enfants obéissants.
§ I. Xe père.
Nous donnons au chef de la famille le doux nom de père. Celui-ci est de droit divin, la tête dirigeante ou le roi du foyer domestique ; il y préside à la place de Dieu; son autorité, par conséquent est divine; il ne peut y renoncer à plaisir ni s'en désister en faveur de sa femme. Ce n'est pas un despote ni un tyran; il a charge d'âmes et gouverne avec sagesse ceux que la Providence lui a confiés; ils leur donne des ordres et les dirige parce qu'il les aime et veut les protéger. En lui reposent le pouvoir et le devoir de faire régner le bonheur en son propre foyer.
Il serait à souhaiter que tout homme marié fut pro-
priétaire. Un petit coin de terre qui nous appartient et une modeste maisonnette l'emportent de beaucoup, à nos yeux, sur les somptueux appartements où nous sommes à loyer. D'ailleurs, i! n'est pas si difficile que l'on pense d'acquérir une habitation, fût-ce dans une ville populeuse. Le ciel vient toujours au secours de ceux qui savent s'aider eux-mêmes. Soyons économes, ne gaspillons pas notre argent en frivolités et en vains plaisirs et nous trouverons le moyen de nous installer un jour au l'autre dans notre propre maison. Une habitation à soi est plus indispensable que toutes les mode<î nouvelles et tous les conforts. En tous cas, pères de familles, quelle que soit votre condition, permettezrous de vous donner un conseil relativement à l'endroit que vous habitez. Aimez ce lieu où vivent votre femme et vos enfants. Consacrez à l'embellir, à le rendre coquet, tout le temps que vous laissent vos occupations journalières ; quittez-le le moins souvent possible, c'est là que vous trouverez tous les plaisirs et les distractions qui vous sont utiles. Chaque fois que le devoir vous oblige d'en sortir, revenez-y avec un empressement mêlé de joie et de gaieté. Si les soucis et 1er déceptions viennent parfois vous visiter à l'atelier ou à votre travail, chassez le nuage qu'ils ont mis à votre front et laissez les plaintes à la porte quand vous rentrez au logis ; vous retrouvant avec les vô^ très, soyez cet époux et ce père qui fait rayonner le bonheur autour de lui. Entrez chez vous le sourire sur les lèvres et de bonnes paroles à la bouche. Vos enfants ne sauraient comprendre vos épreuves, ni. par
conséquent, s'associer à vos tribulations. Asseyez-vous joyeusement à votre table; mangez le repas frugal que votre épouse a préparé pour vous ; prêtez une oreille bienveillante à l'innocent babillage de vos enfants et laissez voir le plaisir que vous éprouvez à vous trouver au milieu d'eux. Après la prière du soir récitée en commun, quand le temps est venu pour les enfants de se retirer et quand enfin ils sont plongés dans le doux sommeil du jeune âge, alors, mais alors seulement, dites vos angoisses et vos espérances à l'épouse de votre cœur en qui vous pouvez prudemment vous confier et dont la sympathie et le solide bon sens vous donneront à la fois encouragements et conseils.
"Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé «on Eglise !" Souvenez-vous des promesses que vous lui avez faites en face de l'autel du Seigneur. Aimez-la comme la prunelle de votre œil ; elle vous est plus précieuse que l'univers entier. Fermez l'œil sur ses petits défauts ; elle n'est pas un ange ; comme vous, elle a scF imperfections. Votre compagne peut être un peu grondeuse, parleuse assurément; mais, consolez-vous en songeant qu'elle n'est pas la seule femme au monde qui aime à parler. Laissez-lui l'entière administration de sa cuisine ; il ne sied pas à un homme de mettre son nez dans la marmite ou le pot-au-feu. Donnez à votre épouse assez d'argent pour entretenir la maison sur un pied convenable et ne l'obligez pas à vous voler pour attacher les deux bouts ; mais qu'elle vous rende compte de ce qu'elle reçoit et de ce qu'elle dépense.
C'est votre droit de savoir comment votre argent est employé. Celui qui a une épouse pieuse et industrieuse possède un trésor inestimable : "Celui qui a une femme vertueuse, commence à établir sa maison ; il a un secours qui lui est semblable, et un ferme appui où il se repose." (Eccles. XXXVI. 26).
Maris chrétiens, conservez à l'épouse que vous avez choisie la partie la plus tendre et la plus délicate de votre affection et de votre amour. Elle donnera à votre vie plus de jours ensoleillés que tous les honneurs et les distinctions de la terre. C'est Dieu lui-même qui vous l'a destinée : "Le père et la mère donnent les maisons et les richesses; mais, c'est proprement !e Seigneur qui donne à l'homme une femme sage". (Prov. XIX. 14). Laissez-lui voir l'intérêt que vous portez à son travail et la sincère gratitude que vous en éprouvez. La vie d'une femme de maison est dure et pénible. L'argent se gagne plus aisément qu'il ne se dépense sagement. Avec les quelques dollars que vous lui donnez chaque semaine il lui faut subvenir à toutes les dépenses du ménage. Seule une femme, avec l'ingéniosité qui la caractérise, est capable d'accomplir une telle merveille. Rappelez-vous, de plus, que, si vous avez à travailler huit à dix heures par jour, votre compagne n'en est pas pour cela à se reposer ; son travail ne cesse jamais : des premières lueurs de l'aube a une heure avancée de la nuit, elle est occupée à cuire, laver, frotter, raccommoder et coudre. Quelle monotonie dans les occupations journalières de la femme, comme la variété y fait défaut !
Avouons franchement que ses labeurs constituent, dans leur ensemble, une longue et pénible corvée. Rien d'étonnant qu'une bonne vieille grand'mère ait pu dire qu'elle ne désirait qu'une seule chose au ciel; "S'asseoir, mettre un tablier net, avoir un long repos eL une bonne tasse de thé."
Votre foyer ne peut être heureux si vous n'êtes pas tempérant. L'épouse d'un ivrogne est extrêmement digne de pitié et son chez-soi devient un véritable enfer. Si, d'un côté, la question sociale ne saurait être agitée, soit au point de vue moral, soit au point de vue économique, sans qu'on ait à se préoccuper de la tempérance, il faut ajouter que, de l'autre, le bonheur de la vie familiale dépend, dans une large mesure de la sobriété du père. Si le mari aime la coupe enivrante, comment la paix et le confort pourront-ils babil er sous son toit? Seul l'homme tempérant peut contribuer à faire et à maintenir sur une base solide "l'heureuse demeure".
§ 2 Xa /iDere De ifamtUe.
La femme est appelée sans aucun doute à devenir l'un des principaux facteurs dans la solution des problèmes sociaux. Des économistes modernes ont même prétendu que la question sociale du jour était à un degré plus ou moins prononcé la question de la femme. (Die Frauenfrage). Si celle-ci remplit la mission que Dieu lui a confiée, si elle sait déployer ses nobles facultés intellectuelles et physiques en présidant comme une reine à l'intérieur du logis chrétien, en y or-
donnant chaque chose avec ce tact, ce savoir-faire et cette déhcatesse de goût qui la caractérisent, nos foyers posséderont alors un attrait si puissant que, non seulement ils donneront le confort à ceux qui y demeurent, mais qu'ils arracheront les hommes aux séductions dangereuses d'un monde corrompu. Pour devenir une maîtresse de maison accomplie, pas n'est besoin d'une éducation universitaire. C'est une grande erreur pour une femme de s'imaginer qu'elle ne peut être la véritable compagne de son mari, son bras droit, eu qu'elle ne peut faire son bonheur qu'en étant intellectuellemnt son égal. Elle aurait tort également de penser que, à moins de posséder la science et la culture intellectuelle du sexe fort, elle ne pourra exercer aucune influence sur son époux, ni aucune autorité sur ses enfants; avi contraire, les hommes évident à desseins les femmes savantes quand ils songent sérieusement à se choisir une épouse. Le raffinement intellectuel ne convient pas aux femmes ; il les rend souvent désagréables en leur faisant perdre, dans une large mesure, cette modestie qu'il fait si bon voir en elles. La graduée des collèges, le bas-bleu, la conférencière, est généralement peu féminine d'allures et de caractère ; c'est une virago instruite, peut-être, mais sans charmes assurément. Ce que l'homme admire, ce qu'il aime avant tout, même chez la fille illettrée, c'est un cœur large et débordant d'affection ; il reste froid et indifférent pour ces "êtres féminins" farcis de science et de littérature. En un mot, ce que l'homme préfère en la femme, ce qu'il recherche avant tout, ce n'est pas
l'élégance du langage, ni la subtilité de l'esprit, mais la bonté.
Maintenant, on peut se demander quelle éducation, la femme doit recevoir afin de remplir dignement ses devoirs de ménagère chrétienne. D'ordinaire, un cours élémentaire, dans une école paroissiale ou dans un couvent, suflfit amplement à cette fin. Il faut de plus qu'elle sache parfaitement son catéchisme, qu'elle le comprenne et qu'elle en puisse donner une explication convenable. Il serait à désirer qu'elle eût à sa disposition, pour les consulter au besoin, quelques bons ouvrages où le texte cathéchistique est commenté et expliqué. Elle doit aussi connaître et comprendre les cérémonies de la messe, savoir ce qui est requis à l'administration des sacrements, ne pas ignorer les différents évangiles du dimanche et des fêtes d'obligation et posséder de solides et sérieuses notions d'histoire sainte et ecclésiastique.
La soi-disante éducation supérieure est un objet de luxe, inoffensif, tout au plus, pour les jeunes fille? très riches. Généralement parlant, il y a perte de temps et d'argent à faire apprendre aux jeunes personnes la peinture et la sculpture. Nombreux sont les salons où l'on voit s'étaler d'affreux barbouillages dus à quelques pinceaux féminins. Forcés de s'extasier devant ces monceaux de couleurs, les messieurs sont cruellement mis à la torture et obligés de décerner des louanges, sur la "richesse du coloris", "la perfection du dessin", "l'harmonie des lignes", "la perspective", "le clair-obscur", etc., et que sais-je, à l'auteur qui rougit
modestement et déclare avec une grâce incontestable qu'elle n'en est encore qu'à ses premiers "essais" ! ! !
Ouf! mais revenons à notre sujet. Il est une partie de l'éducation féminine qui mérite d'être très hautement et assidûment cultivée ; c'est la musique vocale et instrumentale. Grâce à cet art, en effet, la femme donnera à sa maison im cachet da gaieté et ne contribuera pas peu à encourager et à consoler les cœurs de ceux qui l'habitent. Enfin, il vaut beaucoup mieux qu'elle se désintéresse des affaires publiques, de l'affreuse politique surtout, et qu'elle ne perde pa? son temps à lire des journaux et des romans.
Il est triste de constater que le travail manuel est tenu en médiocre estime, non par les hommes, mais par plusieurs de nos femmes. Les Européens s'étonnent et s'amusent quand ils entendent les voyageurs américains leur détailler la vie de chaque jour de nos "grandes dames", "Est-il vrai", m'a-t-on demandé souvent, "qu'aux Etats-Unis, les femmes ne travaillent jamais, que leur temps se passe à s'habiller, à boire et manger, à chanter et jouer du piano et que leurs maris, leurs pères, leurs fils ou leurs frères les doivent servir à table?" On exagère évidemment, sur le vieux continent, le désœuvrement de nos aimables millionnaires en jupon; mais, il y a tout de même, quelque chose de vrai dans ces idées qui ont cours en Europe. Plusieurs de nos femmes américaines, celles des familles riches surtout, croiraient se dégrader si on les surprenait à laver la vaisselle, à coudre et à repriser; si l'on apprenait, dans le grand monde, qu'elle
ont pelé les pommes de terre, apprêté le dîner, balayé le plancher et fait les lits! Il est bien plus noble, à leurs yeux, de paraître ignorer ces pénibles détails de la vie, de parler chiffon, théâtres, intrigues mondaines et ne pas même sembler se douter de l'existence d'un poêle de cuisine! Quel est le résultat de ce dégoiit pour le travail de la maison? Grâce à cette vaniteuse incurie de la maîtresse de céans, le service se fera chez elle d'une manière très défectueuse. Les servantes, en ce pays, qui se croient du reste, les égales de la dame de la maison, abandonnées à elles-mêmes, ne font tout simplement que ce qu'elles ne peuvent s'empêcher de faire. Aussi, il faut voir quei désordre règne en permanence, au détriment de la bourse des maîtres, dans leurs départements respectifs. Un peu de vigilance de la part de la maîtresse de maison, une certaine appli-» cation au travail fait de bonne grâce et joyeusement par elle et ses filles, suffiraient pour remettre chaque chose à sa place. Avec de l'argent en abondance, on peut aisément engager des domestiques, mais ceci n'excuse pas les épouses et les mères, fussent-elles millionnaires et duchesses, de s'occuper des importants détails de l'économie domestique. Il y a là, du reste. une question des responsabilité morale ; les maîtres sont tenus de surveiller le personnel de leur maison et d'empêcher, autant que possible, que les désordres ne s'introduisent sous leur toit, au sein de la domesticité.
Les mères de familles devraient occuper leurs jeunes filles au soins du ménage, non seulement pour
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leur apprendre à tenir maison et les former à la vertu, mais encore, dans l'intérêt de leur santé. La femme comme l'homme, quoiqu'à un degré moindre, a besoin d'exercices corporels. L'inaction l'afïaiblit et l'énervé. Le travail n'est pas seulement un devoir, il est de plus un préservatif et un remède pour notre nature dégénérée. Il n'est pas étonnant que l'on ait inventé de nos jours tout un système de "culture physique" destiné à mettre en mouvement les muscles paresseux des jeunes américaines nées dans l'opulence. Cependant, il y a dans la maison paternelle, pour les jeunes filles, une foule d'exercices salutaires et hygiéniques qui, s'ils étaient employés, amèneraient, chez celles-ci, un développement physique très complet. L'exercice qui se produit inconsciemment dans le travail est de beaucoup le plus avantageux. Il est donc convenable et même nécessaire que les mam.ans se fassent aider, par leurs jeunes demoiselles, à pétrir la pâte, à faire la cuisson des aliments, à balayer, laver et époussetter. Ces dififérents travaux du ménage, à part leur utilité présente et future, donneront aux muscles plus de force et de souplesse et à la taille plus de grâce et d'élégance que tous les professeurs de "culture physique".
La répugnance que l'on éprouve, dans le monde féminin, pour le travail de la maison, est devenue telle que la plupart des jeunes filles, qui gagnent leur vie, préfèrent se placer dans un magasin, un atelier ou une manufacture plutôt que se mettre en service. Pourquoi, dira-t-on, cette répugnance ou même de cette préférence ! "Elles aiment mieux disposer d'elles-mêmes
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cL de leur temps, à leur gré, au moins à certaines heures, et n'avoir pas surtout à se soumettre à une autre femme." L'obéissance plus ou moins inhérente à la domesticité: voilà le grand obstacle qui empêche ces jeunes personnes de devenir servantes. "Mais la soumission", pourrait-on leur répondre, ''n'est pas un déshonneur ni une dégradation". Les hommes travaillent volontiers pour d'autres hommes ; ils obéissent parce que leurs maîtres les payent. Pourquoi les femmes n'en feraient-elles pas autant sous d'autres femmes, dans les mêmes conditions? Le soin des enfants, la cuisine, le lavage, le repassage, etc., n'ont rien, ce nous semble, de plus humiliant que les travaux des ateliers, des manufactures et des magasins. S'il existe une différence, elle est à l'avantage du service à domicile où, quand les maîtres sont ce qu'ils doivent être, l'autorité est plus douce et beaucoup moins exigeante.
La maîtresse de maison, occupée à son travail, ne doit pas pour cela négliger sa toilette et le soin de sa personne, surtout si elle fait la cuisine : elle doit se laver les mains souvent et avec soin, porter un tablier net et avoir la tête couverte d'une coiffe de toile blanche.
La véritable ménagère ne serre jamais rien, à l'automne ou au printemps, qui ne soit parfaitement nettoyé, reprisé, rapiécé ou réparé ; ce n'est plus le temps de raccommoder une chose quand il faut s'en servir. Elle ne laisse aucun objet traîner dans sa maison, sur les meubles, les corniches, les fenêtres et encore moins sur le plancher ; les chaises n'y doivent point servir de
tsbîes, ni les tables de chaises. Si quelque chose tombe par terre, de suite elle le ramasse; les taches sont effacées et le désordre réparé. Il n'est pas de détails qui soient à ses yeux trop mesquins ou trop méticuleux. Elle sait que dans un grand mécanisme le plus petit rouage est aussi important que le plus grand. On chercherait en vain dans toute la maison une seule pièce de linge pour les lits, la table ou la cuisine, qui ne fût prêt à servir; parce que, en bonne ménagère, elle tient sa lingerie dans un ordre parfait. Elle ne peut souffrir un grain de poussière sur les planchettes, un fil d'araignée dans un coin ou la moindre tache sur les vitres. Elle recherche, avant tout, la simplicité, parce que cette qualité est essentielle à la véritable élégance et au bien-être. Ainsi, ne laisse-t-elle pas s'accumuler ou s'entasser dans sa maison ces ouvrages de fantaisie de mauvais goût, ces bric-à-brac inutiles, ces riens coûteux et ces images aux couleurs voyantes et criardes, qui n'ont aucune valeur artistique. Enfin, elle évitp de ruiner l'estomac de ses enfants et de gaspiller Targent de son mari en faisant beaucoup de confitures, quantité de gâteaux et d'autres superfluités culinaires.
Elle sait que la nourriture simple est la plus saine, qne l'homme n'a pas besoin de friandises, mais d'aliments substantiels, pour entretenir ses forces et conserver sa santé.
S'il est vrai de dire que la question sociale de l'heure présente est, dans une certaine mesure, celle de l'alcoolisme, nous devons ajouter que la réforme en fa-
vfur de la tempérance doit commencer, non dans les débits de boisson, mais par la cuisine et la table. Ce ne sont pas ces femmes anti-alcooliques, qui s'agitent et se trémoussent devant l'opinion publique, mais bien celles qui restent chez elles, préparent leurs dîners avec soin et s'appliquent à rendre leur demeure heureuse et coquette qui sont les véritables apôtres de la tempérance. Le repas bien servi sur une nappe blanche comme la neige et le sourire d'une femme aimée auront plus d'attrait pour le pauvre ouvrier que les banquets dispendieux de son patron qui se terminent à minuit, chez Delmonico.
Honneur et respect à la femme chrétienne qui connaît son devoir et l'accomplit ! Pauvre peut-être et d'une humble condition, elle n'en est pas moins pour les siens et ceux qui la connaissent une véritable bénédiction. L'épouse industrieuse, simplement mais proprement vêtue, malgré son chapeau fané et sa chaussure usée, est plus digne de respect et d'admiration que la grande dame habillée de soie et de satin, couverte de bijoux, qui gaspille son temps en visites superflues, en correspondances inutiles et en devoirs imaginaires. "Les faveurs sont trompeuses et la beauté rct vaine, mais la femme qui craint le Seigneur sera louée."
§ III Xes Enfants.
La transgression du quatrième commandement de la loi de Dieu est la source d'un grand nombre de nos misères dans la famille et la société. Ce précepte, en efTet, renferme une promesse de bonheur pour la vie
présente; ceux, donc, qui n'y conforment pas leur conduite s'exposent à des châtiments temporels. Voici les paroles que nous trouvons au livre de l'Exode : 'Honorez votre père et votre mère, afin que vous vi^ viez longtemps sur la terre que le Seigneur vous donnera" (C. XX. 12.) Nos plus insignes bienfaiteurs en ce monde sont assurément nos parents. Nul ne peut leur être comparé. Comment apprécier, par exemple, les tendres soins d'une mère pour l'enfant qu'elle nourrit de son lait et auquel elle prodigue le plus inaltérable dévouement? Tobie rappelle, en ces termes, à son fils, ce qu'il doit à celle qui lui a donné le jour: "Mon fils, honore^ votre mère tous les jours de votre vie ; car vous devez vous souvenir de ce qu'elle a souffert et à combien de périls elle a été exposée lorsqu'elle vous portait en son sein."
J'ai entendu, il y a quelques années, un missionnaire au Nord-ouest Canadien peindre en termes émus la cruauté d'un certain nombre de sauvages à l'égard de leurs parents devenus vieux, et reconter comment ces misérables abandonnaient de pauvres vieillards quand ils transportaient ailleurs leurs mobiles habitations. Une telle conduite est contre nature et fort au-dessous de celles des brutes, comme on peut s'en convaincre par ce que disent les naturalistes de la cigogne. Cet oi' seau, quand il devient vieux et incapable de voler, est nourri, soigné et protégé par ses congénères. Si un ennemi se présente, si un danger se déclare et qu'il faille laisser la place, on peut voir les jeunes cigognes s'empresser autour de l'impotent volatile, l'aider à fuir, cou-
vrir sa retraite, en quelque sorte, et lui trouver un refuge où elles le cachent et le mettent à l'abri. Les enfants doivent assister leurs parents devenus vieux ou infirmes: "Mon fils, soulagez votre père dans sa vieillesse, et ne l'attristez point durant sa vie. Que si son esprit s'afïaiblit, supportez-le, et ne le méprisez pas à cause de l'avantage que vous avezsur lui." (Eccles. III. 14) Les enfants bien élevés regardent leurs parents comme quelque chose de saint et de fort au-dessus d'eux. Ils ne leur causent jamais de peine ou d'inquiétudes volontairement ; ils se donnent bien garde de faire connaître leurs défauts et ne permettent à personne de leur manquer de respect ou d'en parler en mauvaise part. Ils obéissent avec amour et joyeusement aux auteurs de leurs jours et s'efforcent de satisfaire tous leurs justes désirs. Ils supportent avec patiencq leurs défauts, leurs caprices et leurs manies. Quelle que soit la médiocrité de leur condition, ils n'en rougissent pas, mais tiennent en singulière estime le mo* deste état de leur père et de leur mère. De bons enfants qui parviennent aux honneurs, à la richesse, à l'éducation et au raffinement doivent se rappeler cet avis de l'Esprit-Saint : "N'oubliez pas votre pèra et votre mère, parce que vous êtes au milieu des grands ; de peur que Dieu ne vous oublie devant ces grands mêmes, et que devenant insensé par la trop grande familiarité que vous aurez avec eux, vous ne tombiez dans l'infamie, que vous ne souhaitiez alors de n'être point né, et que vous ne maudissiez vous-mêmes le jour de votre naissance." (Eccles. XXIII, 18
& 19). Le roi Salomon dans toute sa gloire traitait sa mère avec amour et déférence quand elle venait lui demander une faveur: il se levait alors de son trône pour la recevoir et l'invitait à s'asseoir à sa droite. L'illustre Thomas Morus, Chancelier c'Angleterre sous Henri VIII, témoignait chaque jour le plus profond respect à son vieux père quand il se rendait au Banc de la reine où celui-ci remplissait l'office de juge secondaire. Le grand dignitaire, superbement revêtu du costume de sa charge, s'age nouillait tous les matins aux pieds du vieillard et lui demandait sa bénédiction avant de prendre son siège de Chancelier de la Cour.
Les enfants doivent toujours se rappeler que leurs parents tiennent auprès d'eux la place de Dieu. Jamais ils ne devraient se marier sans leur consentement. Toutefois, si leurs pères et mères s'opposent injustement à leur choix d'un état de vie, ils ne sont pas tenus d'obéir.
Il y a des fils et des filles, monstres d'ingratitude, qui n'ont jamais une parole aimable à l'adresse de leurs parents; pas même un simple regard affectueux! Quels sentiments éprouveront ces malheureux quand ils verront la tombe se refermer sur ceux qu'ils ont ainsi délaissés et méconnus? N'en doutons pas, des remords, plus amers que le fiel, les tortureront pendant leur vie et empoisonneront toutes leurs joies et leurs plaisirs. Malheur à ceux qui s'oublient jusqu'à lever la main sur les auteurs de leurs jours !
"Celui-là qui frappe son père ou sa mère sera mis à mort." (Exode. XXI). Leur causer une juste colère est une cause de ruine : "Combien est maudit de Dieu celui qui aigrit l'esprit de sa mère." (Eccles. III. 18). Mais les enfants qui aiment et respectent leurs parents recevront des faveurs spéciales de Dieu en cette vie et le bonheur éternel en l'autre : "Celui qui honore sa mère, est comme un homme qui amasse un trésor. Celui qui honore son père trouvera sa joie dans ses enfants, et il sera exaucé au jour de sa prière." (Eccles. III. 5 et 6).
§ 4 iparaorapbe Destine aur époux seulement.
Tous les ans, le 28 décembre, l'Eglise fait mémoire du massacre des Saints Innocents et répète avec Saint Mathieu ces paroles du prophète Jérémie : "Une voix, a été entendue dans Rama, des pleurs et de grands cris : Rachel pleurant ses enfants et ne voulant pas recevoir de consolation parce qu'ils ne sont plus". D'après la constante tradition de ^E^,'■lise, ces Saints Innocents furent, dès l'âge le plus tendre, plongés dans une mer de soufïrance à cause du divin Rédempteur, afin qu'ils fussent ses premiers martyrs et qu'ils reçussent, en un moment, leurs palmes et leurs couronnes immortelles. Il y a un massacre fi'innocents qui s'accomplit tous les jours en notre pays et, quoique nous n'entendions pas les pleurs des mères et les cris des petits enfants, ce massacre est plus cruel que celui du roi Hérode mentionné dans l'Evangile, car,
il prive de malheureux petits êtres de la vie temporelle et spirituelle. Que dis-je? Il tarit les sources de la vie et prévient l'existence humaine tout juste au moment où le créateur s'apprête à la multiplier. Ce crime, que nous ne saurions trop flétrir, envoit dans l'éternité des âmes que le baptême n'a pas encore purifiées et amène, selon l'énergique expression de Roosevelt, "le suicide de la race". La destruction de l'enfant, ci'.'ant sa naissance, est un acte monstrueux défendu par le cinquième commandement de Dieu. C'est un meurtre véritable, d'autant plus barbare qu'il est perpétré par ceux-là qui ont pour mission, de par toutes les lois, de protéger la victime. Toute action volontaire prévenant ou empêchant l'éclosion de la vie humaine, tout désir même de se soustraire, par des moyens illicites, aux devoirs de la paternité sont des crimes contre nature en abomination aux yeux de Dieu. Nous n'ignorons pas les raisons qu'on allègue d'ordinaire, les prétextes que l'on invoque et surtout les exemples pernicieux qui ébranlent parfofe des époux véritablement chrétiens. Nous savons également avec quelle subtilité on sait découvrir des principes faux mais commodes pour tranquilliser sa"conscience aux abois. Toutefois, malgré les coutumes établies en certains pays, malgré les décisions ou les conseils d'une science médicale impiudente, pour ne pas dire criminelle, malgré ceci et malgré cela, les lois de la nature n'en restent pas moins ce que Dieu les a faites, et il n'est pas de puissance au monde qui puisse nous autoriser à transfor-
mer en une simple jouissance sensuelle et bestiale ce qui fut institué par la divine Providence pour la conservation de la race humaine.
La "petite" famille est le résultat de l'afifaiblissement religieux dans un pays. Partout où fleurit la religion, les maisons sont remplies de joyeux enfants ; là où elle disparaît, les chevaux, les chiens et les chats reçoivent les soins et les caresses destinés aux êtres humains. Le manque de confiance en Dieu, qui pourvoit néanmoins avec une sollicitude paternelle au be- «:oin de toutes les créatures, fait redouter à l'homme le fardeau d'une nombreuse "postérité". Une manière trop humaine d'envisager le but de la vie, un désir immodéré de jouissance et de plaisir et la crainte du sacrifice sont encore des causes de ce mal repoussant qui ronge jusqu'à la moelle notre grande société américaine.
Toutefois, rappelons-nous que la fin du bien-être national est avant tout intellectuelle et morale. Si nous sommes un grand peuple, c'est beaucoup moins à cause de nos machines, de nos chemins de fer, de notre marine et de notre armée, de nos mines inépuisables et de nos fermes d'élevage et de culture, que par nos 90,000,000 d'hommes, de femmes et d'enfants et nos milliers d'heureux foyers. "La nation la plus riche" dit John Ruskin," est celle qui renferme le plus grand nombre d'heureux et nobles humains."
La femme qui évite les douleurs de l'enfantement se dégrade et s'avilit. Sa plus grande gloire est d'avoir des enfants et de s'associer ainsi à l'œuvre de
SOCIALISME ET CHRIvSTIANISME 24I
Dieu qui veut bien confier à ses entrailles et plus tard à ses soins maternels ce qu'il a de mieux dans la création: l'homme. La maternité est la plus belle couronne de la femme. Maiie, le chef-d'œuvre de l'univers et le plus beau type féminin qui se puisse concevoir, ne nous semble jamais plus attrayante et plus aimable que lorsque nous nous la représentons avec le divin Enfant dans ses bras. Nous lisons, dans l'Ancien Testament, que la maternité était en honneur chez les femmes juives, tandis que la stérilité y était regardée comme une disgrâce ou une infirmité. Bref! toute épouse chrétienne se tient pour honorée d'être mère et consent volontiers à risquer sa santé et sa vie pour mettre des enfants au monde ; elle méprise les conseils pernicieux, anti-scientifiques et souvent criminels d'une science médicale devenue matérialiste qui traduit ses hypothèses, ses doutes et son ignorance en prescriptions malthusiennes, onanistes, homicides et contre nature ; elle sait que sa vie repose entre les mains de Dieu qui ne permet pas à un seul cheveu de notre tête de tomber sans sa permission. Elle n'ignore pas non plus que ce même Dieu peut seul donner l'existence et l'enlever, qu'il fait naître l'enfant et que le père et la mère doivent recevoir celui-ci comme un hôte venu du ciel. La pauvreté et la maladie ne sont pas des motifs suffisants pour limiter criminellement la famille ; car Dieu pourvoit aux besoins de toutes créatures vivantes. Il ne fait jamais naître plus de bouches qu'il ne peut en nourrir. Les gens pauvres, s'ils sont religieux, se
plaignent rarement d'avoir des familles trop nombreuses; ils ont, en cela, plus confiance en la Providence que les riches. Souvent ils adoptent des orphelins, disant avec une foi vraiment chrétienne: "Quand il y en a pour neuf, il y en a pour dix.".
J'ai lu récemment qu'un gendarme de nuit, en faisant sa ronde, aperçut sur le seuil d'une maison un paquet soigneusement enveloppé d'un papier grisâtre. Il le ramassa, l'ouvrit et, à sa grande surprise, y trouva un nouveau-né. Le brave policeman eut bientôt pris son parti; sns hésiter il se dirigea vers sa propre demeure, y entra, et, plaçant l'enfant trouvé à côté de son propre fils âgé tout juste d'un jour, il dit à sa femme qui souriait: "Marguerite, Dieu nous a envoyé ce bébé, nous devons le garder et l'élever avec le nôtre". Comme un tel dévouement est beau, noble et sublime et comme ces petites gens l'emportent, aux yeux de Dieu et des hommes, sur ces patriciens de la finance qui préfèrent, aux gracieux babils des blonds chérubins de leur propre sang, les caresses d'un chien barbet.
Les gens sans Dieu, les sages selon le monde, me répondront sans doute par cette objection : "Mieux vaut avoir peu d'enfants et les bien élever que d'en avoir un grand nombre et les négliger." Il faut s'entendre sur ce que l'on appelle des enfants bien élevés. Qu'est-ce à dire? Faut-il à l'enfant, afin qu'on lui applique le quaUficatif "bien élevé", de riches habits, des friandises, une bourse bien garnie et des équipages? Dans ce cas, nous l'admettons, la multi-
plication par trop répétée de la famille serait fatale à la bonne éducation des enfants. Mais, il nous semble que la richesse et le confort sont loin d'être indispensables à la formation physique, intellectuelle et morale d'un garçon ou d'une fille. C'est plutôt le contraire qui est vrai. Celui-là qui est élevé dans le luxe, au g"ré de tous ses caprices, n'est pas très éloigné de devenir un enfant gâté, tout d'abord, et ensuite un rien qui vaille. La frugalité, la sobriété et la gêne que l'on pratique ou qui régnent dans les familles pauvres contribuent, dans une large mesure, à fortifier la constitution physique de l'enfant, à lui donner une forte santé, et surtout à développer dans son âme les vertus que l'on appelle l'humilité, l'abnégation et l'énergie de la volonté. C'est grâce au rude apprentissage de la privation et, parfois, de la misère qu'il saura apprécier plus tard les bienfaits de la Providence et compatir aux souffrances d'^utrui. L'expérience l'a plus d'une fois démontré : la virilité se développe à l'école de l'adversité, et la veulerie, à celle de la mollesse et de l'oisiveté. D'ailleurs, il vaut beaucoup mieux pour un enfant, garçon ou fille, avoir des frères et des sœurs que d'être seul avec ses parent? dont il devient facilement l'idole. Choyé et dorlot'' par sa maman, gâté par son papa, l'enfant unique est grandement exposé à contracter tous les défauts sous l'œil émerveillé de ses chers auteurs, à devenir égoïste, hypocrite, menteur et gourmand, en attendant qu'il soit un propre à rien dans la société et un fléau pour son entourage. D'ailleurs, comment pour-
rait-il pratiquer le désintéressement, la charité et la condescendance à l'égard du prochain, quand il est toujours seul à recevoir les caresses, les cadeaux et les marques d'affection; quand, du matin au soir. sa petite personne est le centre vers lequel convergent les sympathiques attentions de toute une maisonnée? Ce n'est certainement pas en s'amusant avec ses jouions dont il est le maître absolu, ni en mangeant des bonbons qu'il ne partage avec personne. Puisse n'être jamais vrai ce que dit James C. Ferold dans son intéressant ouvrage "The New Womanhood." (New York, 1894, p. 330).
"Une oeuvre de destruction s'accomplit sourdement sur une large échelle au sein de notre société... De belles maisons, des meubles précieux et de riches habits sont acquis par le massacre des innocents, et l'on s'en vante au lieu d'en rougir. La femme américaine "avancée" marche fière et hautaine comme un chef Modoc sous ses plumes et peintures de guerre, mais les têtes pendues à sa ceinture sont celles de ses enfants qu'elle n'a pas voulu mettre au monde. Quand un peuple en est venu à regarder une maison remplie d'enfants, quelque charmants et heureux qu'ils puissent être, comme une disgrâce et un sujet de raillerie; quand la grande ambition domestique est de réduire la famille ou l'empêcher de s'accroître, on peut dire que nous avons sous les yeux les indices les plus siirs de la dégénération d'une race et de la décadence d'une nation."
Chap/tre IX,
%c Cbemin le plus court et le plus sur &u bonbeur.
Dieu a créé l'homme pour le bonheur. C'est pourquoi il a mis dans, son cœur un désir insatiable d'être heureux. Non seulement celui-ci aspire à la félicité, mais il la poursuit de ses rêves, de ses pensées et de ses efforts et cherche à l'obtenir, par tous les moyens, pour lui et pour ceux qu'il aime. S'il regarde à l'endroit voulu et s'il ne s'éloigne pas de la voie tracée par la Providence, il peut atteindre une certaine somme de bonheur, insuffisante, il est vrai, à satisfaire pleinement les aspirations de son âme, mais capable, a", moins, de lui donner la joie en cette vie et l'espoir d'être pleinement rassasié dans sa demeure éternelle du ciel. Au psaume 127e, le Saint-Esprit nous indique le plus sûr et le plus court chemin du bonheur terrestre.
"Heureux tous ceux qui craignent le Seigneur et qu' marchent dans ses voies."
La crainte de Dieu et le respect de son saint nom semblent vouloir disparaître de nos jours. La crainte révérentielle du Seigneur nous fait redouter, pardessus tout, le péché qui l'offense et la perte de sa grâce ou de son amitié. Cette déférence à l'égard de Dieu et de sa loi et la soumission due à son autorité per-
ponnifiée en certains hommes, constituent le fonclen ent de l'ordre social. Aucun gouvernement, comme l'assure Georges Washington, ne saurait subsister sans cette double condition. Ceux qui craignent Dieu, observent ses commandements. Cette crainte 5-alutaire vient de l'amour ; parce que ceux qui aiment Dieu ne sauraient mépriser ses préceptes. Ceux qu' craignent le Seigneur et sont fidèles au décalogue ne peuvent manquer de prospérer.
"Vous mangerez le fruit des travaux de vos mains. Vous serez heureux et tout vous réussira."
Le bonheur ne consiste pas dans les richesses mais dans la jouissance d'une honnête aisance obte nue par le travail de ses mains. Les immenses fortu nés, généralement, proviennent d'héritages ou sont de sources corrompues. Saint Jérôme, parlant des '■iches, cite un vieux dicton qui peut sembler un peu sévère, mais qui n'en renferme pas moins une bonne somme de vérité : "Le riche est un fripon ou fils de fripon." Il y a une véritable satisfaction de pouvoir se dire : "J'ai gagné le pain que je mange, le vêtement qui me couvre et la maison que j'habite. Ceci est dans notre nature, nous nous attachons à ce qui coiîte davantage ; nous sentons mieux notre indépendance, nous goiîtons plus de bonheur, quand, après avoir travaillé et souffert, nous finissons par amasser ce qu'il faut pour nous mettre à l'abri du besoin.
"Votre femme sera dans le secret de votre maison comme une vigne qui porte beaucoup de fruits. Vos
enfants seront autour de votre table comme de jeunes oliviers."
Dieu inspire à quelques-uns d'entre nous la généreuse pensée de rester vierges et de se consacrer tout tntier à son service. Humainement parlant, ces personnes qui vivent dans le célibat n'ont pas de posté* rite sur la terre, mais il n'en sont pas moins pères ou mères, dans un ordre plus élevé, au sens spirituel. Prêchant et enseignant le peuple, soignant lc.<^ malades, subvenant aux besoins des pauvres et des orphelins, ils possèdent un grand nombre d'enfants spirituels et, avec l'Apôtre, ils ont droit de dire: ''En Jésus-Christ, je vous ai engendré selon l'Evangile."
Le plus grand nombre des humains, toutefois, est destiné à la vie conjugale. Un jeune homme doit se choisir une compagne, en ne se laissant guider, dans cette importante affaire, ni pur la considération des richesses ni par les désirs pervers, mais par la volonté de Dieu, selon le conseil de l'ange au fils de Tobie. ''Vous prendrez cette épouse dans la crainte du Seigneur, et dans le désir d'avoir des enfants, plutôt que par un mouvement de passion." La femme, choisie avec pureté de cœur, sera "comme la vigne féconde" ; par le nombre de ses enfants, elle ressemblera à cette vigne qui multiplie ses rameaux "sur les pans de murs de la maison."
Les nombreux 'enfants que Dieu envoit (car seul II peut donner la vie) seront bien élevés ; ils apprendront à craindre le Seigneur et à marcher dans ses
voies. "Comme de jeunes oliviers", ou de jeunes arbustes verdoyants, choisis avec soin et qui donnent des fruits précieux et délicieux, ces enfants seront la joie de leurs parents et leur espoir ici-bas. Ils mangeront à leur table, que le Seigneur garnira abondamment, et vivront avec eux en recherchant la compagnie les uns des autres.
"C'est ainsi que sera béni l'homme qui craint le Seigneur," car à lui il sera dit "Que le Seigneur vour bénisse de Sion", et répande sur vous, de la montagne sainte, ses grâces et son amour. Les jours de votre vie sont peu nombreux et remplis d'épreuves et de privations. Mais celui qui craint Dieu, d'une crainte respectueuse et sainte, sera comblé de bénédictions et verra se prolonger dans une douce quiétude, son pèlerinage ici-bas : "il verra les enfants de ses enfants" et, finalement, quittera ce monde enrichi de bonnes œuvres et sa mémoire vivra dans le cœur de ceux au bonheur desquels il aura travaillé.
Ceux qui craignent Dieu et mènent une vie vertueuse peuvent répéter avec confiance ces paroles de Tobie : "Il est vrai que nous sommes pauvres ; mais nous aurons beaucoup de bien si nous craignons Dieu, et si nous nous retirons de tout péché, et si nous faisons de bonnes œuvres."
fin
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Introduction x
Lettre de Mgr Bruchési v
Préface vii