KQUIVOQUKS COLLECTIVISTES SUR LA PROPRIÉTÉ
de for, minos, etc.) et rexploitation de tous les ateliers de FElat confiée aux ouvriers qui y travaillent ;
12° Abolition de tous les impôts indirects et transformation de tous les impôts directs en un impôt progressif sur les revenus dépassant 3,000 francs. — Suppression de Fhéritage en ligne collatérale et de tout héritage en ligne directe dépassant 20,000 francs. »
La forme collective de la propi'iété sans aucune distinction de propriété était, on le voit, nettement indiquée dans le progrèimme-manifeste, comme une des conditions essentielles du futur socialisme. Le programme était d'ailleurs conforme à la déclaration précise de K. Marx dans le Capital: « Le régime des petits cultivateurs indépendants, travaillant pour leur propre compte, n'est compatible qu'avec un état de la production éternellement borné. // doit être anéanti. La grande industrie fait disparaître le paysan, ce rempart de l'ancienne société. »
(( L'expérience nous commande, disait M. J. Guesde, dans une conférence à Bruxelles (1894), de tout attendre du prolétariat, c'est-à-dire de la classe qui se trouve trop mal du présent régime économique pour ne pas tendre de toutes ses forces à en sortir, et par suite à nous en faire
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sorlii*. Ses iiiléivts particuliers de classe se confondent avec rintcrèt général de l'humanilé et transforment le prolétariat, sans même (|u'il ait à en avoir conscience, en champion de Tespèce tout entière, puisqu'il ne peut cesser dTdre la classe sans propriété qu'en transfoi'mant la propriété capitaliste ou de qiiek/ups-iins en propi'iété sociale ou de tous. »
L'alïirmation des premiei's cotleclivistes, ndativement au régime de ia propriété, devait bientôt soulever des difficultés dans le parti : celui-ci, à mesure qu'il s'adressait à une portion plus étendue du sulTrage universel, s'apercevait des répugnances auxquelles il venait se heurter parmi les petits propriétaires qui sont 5 millions dans notre pays. Aussi, depuis 1893, assiste-t-on à un travail ininterrompu qui consiste à reprendre le programme originel de Marseille pour l'affubler de toute espèce d'équivoques et de confusions.
Le premier résultat public de ce travail « d'évolution » fut le manifeste, dit de Saint-Mandé, qui sortit d'une délibération très mouvementée tenue entre les différents membres de VUnion Sociuliste\ Dans ce manifeste, la promesse vague de la « substitution de la propriété sociale à la
1, Voir Plaie- forme électorale, p. 10.
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propru'tc ('(ipitalisfc » ouvrait la porlti à loiilos les espérances des non-propriétaires et permettait en même temps de rassurer les petits possesseurs ruraux : car on ne donnait pas la définition de la « propriété capitaliste ». M. Millerand avait d'ailleurs eu soin d'amadouer les petits propriétaires en leur disant dans un d(» ses discours:
« La socialisation progressive des diverses catégories des moyens de [)rodiiction ne peut être quun motif d'espérance et de joi(^ pour les millions d'êtres humains appelés ainsi à s'élever par une progi'ession que réglera, non pas le caprice des hommes, mais la nature des choses, de la condition de salariés à la condition de coparticipants des richesses sociales... Et ce serait en vain qu'on essayerait d'exciter contre le parti socialiste les alarmes des classes favorisées qui réunissent encore dans leurs mains l'instrument de production et le produit intégral de leur travail. Ceux-là. cas petits propriétaires, non seulement la transformation poursuivie par le parti socialiste ne les menace en rien puisqne leur propriété morcelée ne saurait être l'objet (V une appropriation sociale : mais ils recueilleront pour leur part, au môme titre que tous les autres membres de la société, le bénéfice de l'incorporation successive dans le domaine social, des grandes industries. »
Voici le texte de la résolution votée à Saint- Mandé par 26 voix contre 10 abstentions, 8 membres étant absents (3 juin 1896) :
« Le groupe socialiste de la Chambre... n'entend lier par aucune formule étroite la liberté de ses membres et le développement même du socialisme ; mais, pour dissiper des équivoques fâcheuses, il déclare nettement qu'en conformité avec la pensée essentielle des socialistes de tous les pays et avec la tradition socialiste française depuis la Révolution, il entend abolir le régime capitaliste lui-même et mettre un terme à l'exploitation de l'homme par l'homme au moyen de la conquête des pouvoirs politiques par le prolétariat, de la substitution de la propriété sociale à la propriété capitaliste , et de l'entente internationale des travailleurs ^ »
Cet ordre du jour a été accepté par MM.Baudin,
1. Voir sur l'équivoque contenue dans le discours de M. Millerand et dans le manifeste de Saint-Mandé, le discours de M. Méline à la Chambre (1897) et la lettre ouverte de M. Goblet dans la Petite llépubli que française (16 novembre 1897).
« On vous disait hier très justement qu'il n'existe aucun critérium pourappliquer la distinction par laquelle on s'efforce d'échapper aux conséquences de la doctrine, distinguant entre la propriété individuelle et la propriété capitaliste. De cette limitation chimérique on pourrait dire qu'elle n'est qu'un jeu d'enfant. Non le collectivisme n'est rien s'il n'est pas la substitution nécessaire et progressive de la propriété sociale au régime actuel de la propriété. »
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Antidc Hoyer, Calvinhac, Carnaud, Thierry Cazes, Chauvièro, Chauvin, Coûtant, Couturier, Franconie, Gérault-Rlchard, Jourde, Paschal Grousset, Jules Guesde, Glovis Hugues, Jaurès, Millerand, Kouanet, Prudent-Dervillers, Sautumier, Sauvanet, Sembat, Vaillant, Pierre Vaux, Yiviani et AVaUer.
A Tunan imité, enfin, mais non sans difficultés, la motion suivante a été ensuite adoptée :
« Le groupe socialiste constate que l'attitude de ceux de ses membres qui se sont abstenus sur les questions de principe soulevées ne porte aucune atteinte à Funion nécessaire de tous dans l'action parlementaire et politique. »
L'équivoque de la « propriété capitaliste » sans délinition et sans limitalion est, on le voit, soigneusement introduite dans ce programme. Elle devait être maintenue dans toute la campagne électorale de 1898.
On la retrouve dans la résolution votée à Tunan imité le 21 janvier 1898 par rassemblée générale des rédacteurs politiques de l'organe de VUtiion socialiste :
« La Petite République^
Considérant que le Parti socialiste, à la veille de la bataille électorale, et pour prévenir toute
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équivoque, a le devoir (ratiirnK^' Fouité de son principe el de son action..., olc.
Décide :
Elle ne soutiendra que les candidats acceptant les principes essentiels du socialisme moderne : socialisation de la propriété capitaliste ^ conquête du pouvoir politique par le prolétariat organisé, entente internationale des travailleurs. »
Il semble que même réduite à une phrase vague, entre la conquête des pouvoirs publics par le prolétariat organisé, qui est au fond la véritable visée du collectivisme actuel, et l'entente intei'nationale des travailleurs qu'on sait impraticable, la socialisation de la propriété ait été jugée compromettante pour le parti dans la campagne entreprise auprès des masses rurales ; car elle ne figure que sous une forme encore plus enveloppée dans le manifeste du groupe socialiste entré récemment à la Chambre (7 juin 1898), manifeste où il n'est plus question que de « préparer la transformation en propriété sociale des moyens de production, de transport et de crédit, déjà arrachés à leurs propriétaires individuels par la féodalité capitaliste ; » et où il est déclaré nettement que <( le principe fondamental du socialisme est la conquête des pouvoirs publics par le prolétariat organisé »,
KMl IVonl i;S COI.LKCTIVISTKS Sli; I.A l'IiOl'KlKTK V2\
...« Les (MiiR'iiiis (lu peuple ont [)Li régarer elle (loniiner jusqu'à pi'ésenl, en opposant la France rurale à la France industrielle. En s'unissant dans Tacceptalion (Tune discipline volontaire, le peuph» sera l'artisan de sa libération et nous n'avons d'autre désir, nous ne devons avoir d'autre anibiliou que de contribuer à la réalisation i\u //rinci/je /o?ida,me7ita/ du parti socialiste, qui est la conquête (hs pouvoirs publics par le prolétariat organisé.
(' Fidèles aux doctrines de la Hévolution française, nous voulons assurer à tous la libi'e disposition des moyens et des fruits de leur travail. Nous voulons atténuer les effets meurtriers de la concurrence aboutissant aux monopoles capitalistes ; ... nous voulons mettre un terme aux prélèvements abusifs de l'impôt. Et nous préparerons latransforniation en propriété sociale des mot/ens de production^ de transport et de crédit^ déjà arrachés à leurs propriétaires individuels par la féodalité capitaliste... »
Un prochain avenir nous apprendra comment les socialistes de la Chambre s'y prend ion l pour exécuter ce programme qui, sous sa menace universelle, laisse dans un vague voulu la question de la propi'iété territoriale.