IV. PROPRIÉTÉ
Tous les socialistes, il £aut le reconnaître , ne bla&phëment pas avec l'audace de Proudhon , tous n'ont pas , en matière de mariage, le cynisme de Fourier et de Sain(rSimon. . . . mais tous attaquent plus ou moins le principe de la propriété : peccadille en vérité , en comparaison des énormités que je viens de flétrir.
Proudhon, Contradictions économiques, tome II, page 328. — $ La propriété c'est le vol. Il ne se dit « pas en mUle ans deax mots comme celui-là. Je n'ai IL d'autre bien sur la terre que cette définition de la a propriété : mais je la tiens plus précieuse que les iL millions des Rothschild , et j'ose dire qu'elle sent a l'événement le plus considérable du règne de Lonis^ a Philippe. »
Mais si la propriété c'est le vol , nous sommes en France 25 millions de voleurs, qui devrions aller bien fl(e remplacer, au bagne et dans les maisons cen-
traies , les cinquante mille martyrs de la propriété^ jcomme les appellent les socialistes.
§ 2. — Des principales formes du socialisme.
Je Tai dit plus haut » il est un point, un seul, sur lequel sont d'accord toutes les sectes socialistes. A les entendre, rien de plus mal ordonné , de plus inique , de plus infâme que le régime sous lequel nous vivons. L'homme exploité pjar Thomme , le pauvre par le riche , le faible par le fort ; des classes entières vouées par la misère à la corruption , au vice, au crime.. . Et comme cet ordre social repose tout entier sur la famille et la propriété , les novateurs en concluent qu'il faut supprimer la propriété , détruire la famille.
Mais , ô grands réformateurs, votre tableau est faux, absolument faux pour nos C/ampàgnes , c'est-à-dire pour les deux tiers de la nation : nos paysans sont presque tous propriétaires, ils ont les 19/2I0«* du sol ; et ils seront bien surpris en apprenant que vous les considérez comme voués à la corruption, au vice et au crime. — Votre tableau n'est vrai , et seulement sous certains rapports , que pour les ouvriers industriels qui s'accumulent si malheureusement dans nos grandes cités manufacturières ; et ces ouvriers s'élèvent à peine à un million sur 35 millions d'hommes dont se compose la nation française.
Encore, même pour cette classe de citoyens , votre tableau est-il indignement exagéré : oui^ dans les
temps de chômage qu'entraînent les crises commerciales ou politiques, oui la misère y est grande, grande à déchirer le cœur. Mais la société est-elle donc coupable de tous ces maux? — N*est-il pas vrai que ces misères proviennent aussi , en partie du moins , des imperfections inhérentes à. notre pauvre humanité , et dont les ouvriers ne sont pas plus exempts que les autres? N'estrii pas vrai que les ouvriers industriels , si admirables d'intelligence, de dévouement , de patriotisme, manquent en. général de prévoyance , d'ordre et d'économie? N'est-il pas vrai que , dans les temps prospères, ils songent peu à économiser pour les temps de chômage ou de maladie; qu'ils se laissent entraîner trop souvent aux dépenses du cabaret et aux jouissances coûteuses qu'offrent les grandes villes? — N'est-il pas vrai enfin que ceux qui savent résister à ces malheureux défauts , arrivent presque tous à un état meilleur? N'estril pas vrai que les plus riches in* dustriels de France ont commencé par être de simples ouvriers , seulement ouvriers plus laborieux, plus économes que les autres? Et combien ils seraient plus nombreux, ces favoris de la fortune, si, malgré des causes de misère trop réelles , les ouvriers des villes avaient la frugalité et l'économie des gens des campagnes!
Voilà la vérité : mais vous vous gardez bien de la dire aux ouvriers ; vous préférez verser le vitriol sur leurs blessures , égarer leur raison , et les pousser au désordre qui tue, avec le travail, le pain du travailleur. Vous flattez les ouvriers , comme les courtisans flattent les rois, non pour eux, mais pour vous, pour
sêiisbiitQ, qui sa vanité d'auteur, qui sou ambition politique ; vous les poussez aux barricades , et, peu* dant qu'ils se battent eu braves , vous vous tenez ï Y& c(urt.
Au surplus, voyons les remèdes que vous proposez.
I, Première forme de Commtmime : uss partagsux.
Il ne suffit pas , disent-ils, que les Français soient égaux devant la loi ; ils doivent l'être aussi deocmt la forttme. Cette doctrine n'est pas nouvelle : elle fut celle des anabaptistes , qui, au 46® siècle , remplirent r Allemagne de carnage et de ruines; elle rêve hpar^ toge égal, entre tous les hommes, de tous les biens meubles et immeubles.
Cette forme de communisme est la plus brutale , mais aussi la moins dangereuse : elle peut germer dans quelques esprits grossiers ; mais elle est si évi* demment absurde , qu'à ma connaissance au moins elle n'a jamais été présentée théoriquement par aucun auteur : ces idées de partage viennent en effet se briser devant une double impossibilité.
Impossibilité du partage lui-même.... Comment diviser entre les 35 millions de Français les terres, les maisons, les machines, les objets d'art, etc., etc ... ? Selon les calculs les plus probables , l'ensemble de la richesse nationale est d'environ 70 milliards , ce qui donnerait 2,000 fr. pour chaque français : comment composer 35 millions de lots ; comment les distribuer <le manières contenter tout le monde, quand, dan$
le moindre partage entre deux ou trois héritiers, il esX si rare que chacun soit satisfait de son lot?
Passons sur cette difficulté; le partage opéré, combien dureraitril? — Un jour ? Non; cai Tivrogne , le joueur; le paresseux aurait avant ce temps entamé son lot et grossi d'autant celui du laborieux , de Téconome , de Tintelligent.
Que faire alors? Recommencer le partage de temps
en temps?... Mais ce serait vouloir une nation de pa-
, resseux et de prodigues : pourquoi, en effet, travailler,
économiser, si je ne dois pas conserver? Ce serait
duperie.
Encore une fois, je ne parle du système des forfogeux que pour mémoire : saufs dans quelques clubd obscurs, personne n'oserait avouer qu'il y pense.