‹ Socialisme fascisteChapitre 36 sur 103 · ER : UE · texte numérisé non relu

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grand éditeur. Je dîne chez quelques personnes riches. Mais cela ne trompe personne. Moi, cela ne me trompe plus.

Je me fous de l'égalité. Ou plutôt Je la déteste comme toutes les choses qui n’existent pas. Dès 1918, j'ai flairé dans le communisme russe, le moyen de produire une nouvelle aristocratie. Je ne m'étais pas trompé. Je cherche dans le socialisme de forme européenne, le fascisme, cette nouvelle aristocratie.

Une jeune aristocratie n’est point fondée sur l’argent, mais sur le mérite. L’hérédité, qui vient après, est une convention comme une autre. Et qui d’ailleurs fait souvent défaut, faute de

Moi personnellement, je n’ai peur de rien, parce que je ne veux rien. Qui m'empêchera jamais de parler ? Ma plume subtile se dérobera toujours à toutes les étreintes. Et comme, par ailleurs, on ne pourra se passer d’elle (de la mienne ou d’une autre, toute pareille)...

J'ai besoin de si peu de chose. 60.000 francs par an. Deux chambres et une salle de bains. Quelques taxis. Deux costumes, un peu d'argent de poche. Un ou deux voyages en Europe. J’ai renoncé à l'Asie et aux enfants. Je suis un moine. Contemplatif, je jouirai fort bien d'une belle machine étatique comme pauvre je jouis du capitalisme. Je n’ai même pas besoin d’être près des chefs pour jouir d'un mécanisme que je devine.

Je peux me placer à un point de vue esthétique, il recoupera le plan moral. Ce qui me gêne : cette pauvreté physique et morale, cette absence de liens entre le

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physique et le moral. Je voudrais bien qu'il y eût des esclaves, si cela faisait plus de bien que de mal. Mais dans les esclaves de la grande ville meurt la race. Je me

-sens un lien antique avec les ouvriers et les paysans :

je voudrais les rencontrer quelque part. Sur la place du

village ou de la ville. Comment, bourgeoïs, pouvez-vous -

vivre sans eux ? |

« Ils ne sont pas intéressants », disent ceux qui les connaissent. Bien sûr, ainsi va-t-il de toute connaissance. Un lien de chef. Je me rappelle ma gêne au régiment. Ma soufirante démagogie. Mon horreur de les tromper et mon besoin de les protéger.

Je ne suis pas sceptique, je suis espiègle.

J'ai tellement lu Nietzsche : le pessimisme me semble la plus grande joie. Merci, Nietzsche.

Ce qui me point, c’est la santé physique et morale des hommes. Je souffre pour le corps des hommes. Le corps des hommes est ignoble, en France du moins. Horrible, de se promener dans les rues et de rencontrer tant de déchéances, de laïideurs, ou d’inachèvements. Ces dos voûtés, ces épaules tombantes, ces ventres gonflés, ces petites cuisses, ces faces veules. Non, je soufire trop, moi l'élite, il faut que je réagisse contre cela.

Et ces gens, à quoi croient-ils ? On les a fait croire à eux-mêmes ; c’est idiot. Il faut leur donner un dieu. Puisqu'il n’est plus de dieu dans le ciel, donnons-leur un dieu sur la terre. Les dieux naïissent sur la terre : puis montent au ciel.

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Nous ne voulons plus de ces maîtres qui ne sont pas des maîtres entiers. Qui partagent le pouvoir secrètement avec leurs ennemis. Qui ne s'occupent pas du tiers du quart de ce qui devrait les préoccuper. Du corps et de l’âme des gens.

Ces Français, ce sont des abandonnés. On ne peut pas les laisser plus longtemps, dans la négligence de leur corps et de leur âme. Catholiques, ou protestants, ou francs-maçons, ils le sont si peu. Et ces Juifs, mon cœur se serre à la pensée de ces pauvres âmes au carrefour. Les êtres les plus abandonnés que j'aie rencontrés étaient des Juifs.

Sans chefs, sans amis. Il ne leur reste que leur femme ; deux célibataires qui vivent ensemble. Leur patrie est méchante. Quelle est votre religion ? Votre lien ?

Communistes, qu’espérez-vous ? Vous ne pourrez plus longtemps nous vanter la Russie. La Russie sera faite, et à ce moment on s'apercevra que ce n'était point ce que vous nous disiez. De gré ou de force, il faudra bien vous replier sur vous -même, ne compter que sur vousmême, sur nous-même.

Je suis pour Staline, Mussolini, Hitler, Pilsudski, etc. Je suis toujours pour ceux qui « mettent la main à la pâte », comme disait Fouché. Je ne pardonne l’opposition éternelle qu'aux naïfs, aux vieux anges — ou aux intellectuels. Mais pas à Trotsky, un vaincu, un raté, un Chateaubriand.

Quelle différence entre mussolinisme ou hitlérisme et stalinisme ? Aucune. Des élections brusquées selon la

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