MYTHOLOGIE DE LA LUTTE DES CLASSES
Prenons quelques phrases essentielles du Manifeste.
« Toute l’histoire de la société humaine jusqu’à ce jour est l’histoire de luttes de classes ($ 2). » Voilà le principe.
Cisess classe (la bourgeoisie) écrasée sous la toutepuissance des seigneurs féodaux, association armée de pouvoirs et autonome dans les communes : ici république urbaine indépendante ; là, tiers-état taillable et corvéable de la monarchie ; puis, une fois venu l'âge des manufactures, contrepoids faisant équilibre à la noblesse aussi bien dans la monarchie aristocratique que dans la monarchie absolue, pierre d’assise et base essen-
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tielle des grandes monarchies quelles qu’elles fussent ; — l'institution de la grande industrie et du marché universel lui livre enfin, par droit de conquête, la souveraineté politique totale dans l’État représentatif moderne. La puissance gouvernementale moderne n’est autre chose qu'une délégation qui gère les intérêts communs de la classe bourgeoise fout entière ($ 5)...
« Ainsi les armes dont la bourgeoisie s’est servie pour abattre la féodalité, se retournent à présent contre ellemême. Ce n'est pas tout. Ce ne sont pas les armes seulement, dont elle périra, qu’elle a forgées. Les hommes aussi qui useront de ces armes — les ouvriers modernes, les prolétaires, c’est elle qui les aura engendrés » ($ 15). (Manifeste communiste, écrit en 1847 par Karl Marx et Frédéric Engels pour la Fédération des Communistes ).
Tel est le raisonnement. L'histoire n'étant que lutte de classes, puisque la bourgeoisie a remplacé la noblesse, le prolétariat remplacera la bourgeoisie. Puisqu’on a été de À à B, on ira de B à C.
Nous laïisserons de côté le raisonnement économique sur quoi prétend se fonder ce raisonnement politique et social. Il n’est nullement de notre compétence, mais puisque les deux raisonnements sont liés, il semble que frappant l'un nous frappons l’autre.
On suppose donc qu’il y a entre B et C le même rapport qu'entre À et B, qu’il y a entre le prolétariat et la bourgeoisie le même rapport qu'entre la bourgeoisie et la noblesse. Mais avant d'examiner la légitimité de
ce parallèle, remarquons que le raisonnement repose sur certains postulats qui n’ont jamais été approfondis psychologiquement, ni démontrés dans le détail historique par Marx. A savoir :
1° une classe peut exercer effectivement en tant que classe la souveraineté politique totale, elle peut donc être remplacée dans cette souveraineté par une autre classe.
29 la lutte des classes qui s'exerce à propos de cette souveraineté se résout finalement dans la lutte entre deux classes.
30 il ÿ à un véritable remplacement dans l’ordre des avantages matériels et moraux et non pas seulement politiques par une classe plus nombreuse, plus jeune, mieux adaptée d’une classe moins nombreuse, dépassée, fatiguée.
a) Mythe de la classe gouvernante.
Examinons d’abord cette idée qu'on se fait de la vie des classes dans le plan politique.
On croit qu’une classe, à tel moment, domine politiquement par sa masse la masse des autres classes, qu’elle détient le pouvoir politique en tant que masse. Par exemple, on croit que la noblesse et le clergé ont détenu collectivement le pouvoir, et qu'ensuite la bourgeoisie a repris collectivement ce pouvoir.
F Cette prémisse peut être absolument niée. Une classe est formée d’un grand nombre d'individus ; Or, le pou-
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