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Or, peut-on admettre la guerre civile sans admettre la guerre militaire ? A la première réflexion, il semble qu'on ne puisse que condamner les deux espèces de guerres ou les admettre toutes les deux. Ce n’est pas tant que l’une généralement entraîne l’autre ; c’est surtout que, pour mener la guerre civile comme pour mener la guerre militaire, il faut exercer les vertus guerrières qui sont propres à l’une et à l’autre guerre, qui sont propres à la guerre en général. Parce que guerre et révolution ont en commun quelque chose qui est l'esprit guerrier, il faut condamner ou approuver en bloc guerre et révolution.
Peut-on sortir de ce dilemme ? L'histoire de l'Europe depuis vingt ans semble montrer qu’on ne le peut pas ; elle semble montrer que si l’on est pacifiste à l'extérieur on l'est bientôt à l’intérieur, et qu’inversement si l’on est révolutionnaire à l’intérieur on ne craint plus bientôt de rouvrir la guerre entre les nations. On commence et l'on cesse en même temps d’être révolutionnaire et guerrier.
Nous en tiendrons-nous là ? S’abandonner à la logique des actes, à ce qui semble ici la fatalité de l’histoire ? Ou résister, se retrancher dans la raison ?
Pourquoi ne pas résister ? La raison, qu'est-ce après tout, si ce n’est de reconnaître d’abord les faits qui sont toujours du passé, mais de reconnaître aussi nos besoins qui sont l’avenir, d'admettre cette contradiction entre les faits et nos besoins qui sont, si nous le voulons, déjà d’autres faits ?
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Je propose à la jeunesse française qu'elle soit raisonnable en face des jeunesses russe, italienne, allemande, qu'elle regarde en face le bien et le mal, qu’elle tire le bien de la leçon que ces jeunesses lui donnent et qu’elle en écarte le mal. Qu'elle soit sportive et révolutionnaire comme ces jeunesses, mais qu’elle brise avec la guerre militaire. Qu'elle soit consciente et forte en même temps, connaissant le sport comme une transposition et une libération de la guerre militaire, connaissant la révolution comme une guerre véritable aux conséquences dangereuses mais possiblement limitables. Proposant cela, j'ai conscience de ne point verser dans les excès du rationalisme ou de l’idéalisme, j’ai conscience d’obéir aux lois d’une philosophie naturelle, car il est de la nature de l’homme de dompter la nature.
Mais voyez le cheminement d’une pensée.