LA GUERRE CIVILE
Oui, mais représentons-nous un homme consCient, décidé et persévérant qui considère et craint cette ruine
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de la race européenne. Que va-t-il faire ? Il a le sentiment qu’il lui faut prendre une résolution profonde, qu'il faut concevoir l’immensité des causes qui la forment. Un mal qui irait si loin, vient de très loin. Il faut remonter aussi loin.
Or, on ne va jamais aussi loin qu’en soi-même. Il s’occupera donc à anéantir en lui-même toutes les amorces de la guerre. Il veut assurer la paix en lui-même. Mais alors voyez jusqu'où il va porter ses atteintes. Remontant de l'application au principe, il va s'attaquer au principe ; il va l’extirper dans son âme et dans son corps, dans tout son être. Il va nier la violence.
Niant la violence, n’en viendra-t-il pas à compromettre la force ? Il va devenir un pacifiste qui nie, qui ignore tout de la guerre. Toutefois, dans la guerre il y a la force, le courage. Le courage, c’est de tuer mais aussi d’être tué, le courage de blesser mais aussi d’être blessé, le courage de ruiner et d’incendier, mais aussi le courage de supporter la faim et la soif, le froid et le chaud, l’insomnie et la saleté, la paresse et les lourds travaux, la solitude et la promiscuité. D'une façon plus profonde, le courage c’est bien plus, c’est tout. C’est de se connaître et de s'affirmer, d’être quelque chose et quelqu'un en dépit de tous les obstacles et de toutes les menaces. Le comble de la responsabilité.
Or que peut devenir le courage, s’il n’est pas exercé, s’il n’est pas éprouvé ? Il meurt sans même être né. Et avec le courage, c'est la force même de cohérence qui disparaît, c'est l'essence de l’homme. C’est le lien de son esprit.
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Si nous fuyons un péril, nous tomberons dans un autre. Cela, d’ailleurs, est dans la nature de l’univers où l’homme est placé, et où tout montre double face, et où un bien ne vient jamais sans être accompagné d’un mal.
Comment nous allons-nous tirer de ce péril qui malignement vient en remplacer un autre ? Comment allonsnous, singulièrement, garder l’homme pour la révolution, alors que nous le tirons de la guerre ? Songeons que tout à l'heure notre schéma de la guerre, c'était aussi le schéma de la révolution.
Que serait-ce qu'un citoyen qui ne serait qu’une pensée ? Qui ne serait pas un corps incarnant cette pensée et répondant d'elle, un corps prêt à être blessé ou tué pour elle ? Et, si l’on est prêt à être blessé ou tué, n’a-t-on pas le droit de tuer et de blesser à son tour ? Et si c’est un droit, n’est-ce pas un devoir ? Le prêtre chrétien dit : non, le juge laïque dit : non. Mais l'État ne peut reposer sur la paix absolue. Que serait un État où aucun homme ne serait plus capable de se lever pour affirmer ? Il est des heures où l'insurrection est le plus sacré des devoirs. L'État ne peut vivre et se renouveler que par l'insurrection, la révolution, la guerre intérieure. |
Et l'Espèce a besoin de cette insécurité dans l'Etat. Si, épouvantés par les résultats de la guerre militaire moderne, nous nous décidons à retirer aux hommes le droit et le moyen de s'affirmer sous la figure des peuples auxquels ils appartiennent, nous ne pouvons leur retirer
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le droit-et le moyen de s'affirmer absolument, violemment, sous quelque autre figure : parti ou classe. L'Espèce doit garder une issue pour ses explosions. Si nous rejetons la guerre nécessaire, la guerre naturelle, sous sa forme de guerre militaire et nationale, nous sommes obligés à toute force de la réadmettre sous la forme de la guerre civile, intérieure, de la Révolution. Mais comment se préparer à celle-ci en se défendant de celle-là ? Tel est le problème qui se pose à la jeunsese
d'aujourd'hui.