‹ Socialisme fascisteChapitre 59 sur 103 · A. __ L'ESPRIT DE GUERRE DANS LES RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

A. __ L'ESPRIT DE GUERRE DANS LES RÉVOLUTIONS

On me dira que mes prémisses sont fausses et que l’assimilation de la guerre à la révolution est inexacte ou exagérée. Si vous dites cela, c'est que vous n'avez pas regardé en face les événements de ces vingt dernières années. La révolution russe a été une guerre menée par des hommes qui ne craignaient pas la violence, qui la saluaient comme une nécessité. Les révolutionnaires russes n’ont pas seulement détruit leurs adversaires, ils ont aussi détruit dans leurs rangs tous ceux qui hésitaient à employer la violence. La longue lutte et la féroce victoire des bolchéviks contre les autres partis soi-disant révolutionnaires (mencheviks, socialistesrévolutionnaires, etc.), cela a été la lutte et la victoire de l'esprit de guerre dans la révolution contre l'esprit pacifiste. Massacres, hôpitaux et prisons, voilà les jalons

de la guerre civile comme de la guerre militaire. Les révolutions italienne et allemande ont été faites aussi par des hommes qui admettaient franchement la violence contre des hommes qui s’y dérobaient ou s’y refusalent.

En montrant ces faits, je ne les loue pas, je ne demande pas que la France se rue dans l’imitation de tous ces gestes qu'il lui est encore donné pour son bien et son mal de regarder de loin. Maïs je demande que la jeunesse française voie d’abord en face les choses du passé le plus récent, de la réalité la plus fraîche : les révolutions de ces vingt dernières années ont été faites, comme toutes les révolutions, par des guérriers contre des pacifistes. Le bolchevik est un guerrier qui se dresse contre le guerrier aristocrate ou bourgeois, mais aussi contre le pacifiste menchevik. Le fasciste est un guerrier qui se dresse contre le pacifiste bourgeoïs ou socialiste aussi bien que contre le guerrier communiste.

Or, tout cela a été approuvé et fait par la jeunesse. Car, sans jeunesse pas de guerre — pas plus de guerre révolutionnaire que de guerre militaire. La jeunesse dans plusieurs grands pays a capté et restauré l'esprit de guerre dans l'esprit de révolution, la jeunesse dans plusieurs grands pays depuis vingt ans a profondément senti et conçu l'esprit de guerre commun à la guerre militaire et à la guerre civile. Mais aussi, voyant là un lien logique irrésistible, après la guerre civile, elle s’est reconnue prête à la guerre militaire. Il faut bien comprendre ce qui s’est passé dans l'esprit de toutes ces

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jeunesses étrangères depuis vingt ans. C’est autour de cela que doit pivoter notre réflexion. C’est en y voyant de facon fine dans ce que les autres ont fait, que nous pourrons ensuite partager exactement le mal et le bien et que nous trouverons notre ligne de conduite.

La jeunesse en Russie, en Italie, en Allemagne avait sous les yeux une attitude parfaitement déterminée, parfaitement réfléchie et motivée, c'était l'attitude des partis démocrates, libéraux, radicaux de la fin du xrxe siècle — reprise et mise au point par les partis socialistes de la IIe Internationale.

Certes, il y avait eu des révolutions françaises de 1789 à 1871. Il y avait de ce côté-là une tradition de violence, une tradition belliqueuse. Jacobisme, blanquisme. Les révolutionnaires jusque vers 1870, qui étaient d’ailleurs en même temps des patriotes, considéraient le combat à main armée comme le moyen naturel et indiscutable de réformer la société, comme autrefois les Chrétiens de la Réformation ou de la Contre-Réformation.

Mais enfin, après 1870, une attitude tout à fait différente s'était établie. Et c’est tout ce que je veux faire remarquer : dans le même moment les partis socialistes concevaient l’atténuation, si ce n'est la négation de la guerre entre les nations, et l’atténuation, Si ce n’est la négation de la guerre entre les classes ou les partis. En dépit de l’arrogance des programmes, ils admettaient en fait que la guerre révolutionnaire ne SOIL plus qu’une montée vers le pouvoir progressive, insensible et sans heurt. Le drapeau dans le fumier, mais

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non plus le fusil sur la barricade, — le bulletin de vote. Dans le même moment, aux alentours de 1880, l’ensemble des partis socialistes récemment créés dans les différentes parties de l’Europe et constituant la II° Internationale, ont composé une double tendance de pacifisme intérieur et de pacifisme extérieur.

Cette tendance était devenue une attitude évidente dans tous les pays au début de notre siècle et c’est cette attitude pacifique dans les deux plans qu'avait sous les yeux la jeunesse européenne. La jeunesse européenne a réagi violemment contre cette attitude.

Pourquoi ? Parce qu’elle en voyait l'inconvénient décisif. Partout les partis socialistes s’enlisaient dans l’ornière parlementaire. Ils devenaient de plus en plus conciliants. Ils ne nourrissaient plus qu’une vague opposition verbale au monde capitaliste. Plus ils gagnaient en surface, moins ils gagnaient en profondeur.

Partout, sauf en Russie, où la violence même de la répression tzariste entretenait la violence du jeune prolétariat russe, dont le socialisme était confondu avec les aspirations démocratiques du capitalisme, de la bour-geoisie et de la paysannerie. En Russie donc, la tradition violente n’a jamais été interrompue à travers le nihihisme et Lénine l’a canalisée mais non barrée. Et en Italie, en France, la tradition de l’appel à la violence se renoua par la doctrine du syndicalisme révolutionnaire. Aussi dès la fin de la guerre, la violence politique et sociale a éclaté en Russie, en Italie, en Allemagne. Et naturellement, la réaction contre le pacifisme s’est

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