‹ Socialisme fascisteChapitre 65 sur 103 · RES TE · texte numérisé non relu

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Ils prennent déjà parti d’ailleurs. L'Internationale communiste a pris parti tour à tour contre et pour le traité de Versailles. Raïson de tactique, bien sûr ; mais Napoléon lui-même n’a jamais fait la guerre que pour des raisons tactiques. Le bellicisme pur n'existe que dans la littérature.

Qu'on n’excipe pas du mouvement de Kienthal et de Zimmerwald pendant la dernière guerre et à cet égard de l’attitude de Lénine.

Lénine a interrompu la guerre non point pour une raison de principe mais pour des considérations pratiques, parce qu'avec son clair génie réaliste, à la Thiers, à la Talleyrand, il voyait que la Russie ne pouvait pas faire autrement, et que c'était la seule façon de sauver la masse du territoire russe, la substance de l’État russe. Brest-Litovsk est la première manifestation du nationalisme russe des bolcheviks.

La guerre éclate dans un complexe de faits, causes et circonstances, qui fait que le problème des responsabilités unilatérales est absurde et vain, mais aussitôt qu’elle est donnée comme un fait, c’est un fait sur lequel il faut prendre parti.

Et cette certitude qu’on y prendra toujours parti fait paraître comme une simple précaution oratoire tout à fait hypocrite la condamnation qu’on maintient contre la guerre en général, alors qu’on acceptera toutes les guerres en particulier.

C'est pourquoi, si l’on veut refuser absolument la

guerre, 1l faut se placer sur un autre plan que la poli-

L'OBJECTEUR DE CONSCIENCE 157

tique où elle ne sera jamais épuisée ; il faut se placer sur un terrain qui menace singulièrement de se confondre avec le terrain religieux. Et quand je dis reliosieux, je ne dis pas chrétien de ce christianisme qui est dans le siècle, maïs chrétien ascétique, non conformiste.

Si l’on veut refuser la guerre absolument, il faut se placer sur le seul terrain où la société n'est pas un absolu. Mais pour tous ceux qui sont absolument sociaux comme nationalistes et communistes, la guerre est un moyen social à quoi ils ne peuvent se dérober.

Les seuls adversaires de la guerre dans notre société sont les objecteurs de conscience.

Et il faut bien voir qu'ils reposent à notre époque un problème éternel contre lequel l’immense majorité est autant que jamais hérissée, à savoir le problème de la révolte individuelle. À chaque époque ainsi il y a un problème qui se présente d’une façon si neuve, si bouleversante que l’ensemble du corps social ne peut que lui opposer toute son opacité. Seuls, quelques individus, par extrême sensibilité, peuvent en supporter la vue et même s’en saisir ou se laisser saisir par lui. Et, bien qu'ils soient animés plus que tous les autres par le souci de l'intérêt, du salut commun, ils doivent se présenter comme des anarchistes, des égotistes de la pire espèce.

Aïnsi les premiers chrétiens, les premiers protestants, les premiers libres-penseurs. Le premier chrétien, qui refuse d’adorer l’empereur, porte en lui les raisons les plus générales, les plus raisonnables, sur quoi se fondera toute une civilisation, et pourtant 1l paraît comme un

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