L’'ALLEMAGNE
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LE PROFESSEUR. — Combien y a-t-il d'États en Europe ?
L'ÉLÈVE. — Qu'est-ce qu’un État ?
LE PROFESSEUR. — Il ne s’agit pas de cela. Combien y a-t-il d'États ?
L'ÉLÈVE. — Dans le Larousse, il y a des petits drapeaux. Il y a la Suisse.
LE PROFESSEUR. — Continuez.
L'ÉLÈVE. — L'Allemagne... Alors la Suisse et l’Allemagne, ce sont deux États ?
LE PROFESSEUR. — Oui.
L'ÉLÈVE. — C'est drôle ; ils ne se ressemblent pas, ces deux États-là.
LE PROFESSEUR, — Ils ont chacun un petit drapeau.
L'ÉLÈVE. — Oui, mais... En Allemagne, ils parlent tous l'allemand. En Suisse, ils parlent l’allemand, le français, le romanche. C’est comme en Belgique.
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LE PROFESSEUR. — Il y a des États différents.
L’ÉLÈvEe. — En quoi consiste la différence ?
Le PROFESSEUR. — Ils sont fondés sur des principes différents.
L'ÉLÈVE. — J'ai entendu Hitler à la radio. Il crie que l’État allemand est fondé sur le sang.
LE PROFESSEUR. — Hitler est un fou.
L'ÉLÈVE. — Ah... D'autre part, les hitlériens parlent de la langue. Ils ont l’air de dire que le sang et la langue, c’est la même chose ? Est-ce parce qu’ils sont tous du même sang qu'ils parlent tous la même langue ?
LE PROFESSEUR. — Certes non. Il y a beaucoup de sang celte et slave (1) en Allemagne. Hitler confond encore, comme on faisait au xix® siècle, la communauté de la langue avec la communauté du sang, le fait linguistique avec le fait ethnique.
L'ÉLève. — Hitler ne parle du sang que d’abord et ensuite il s’en tient à la langue. Il est prêt à annexer tout ce qui parle allemand, que ce soït ou non du même sang.
LE PROFESSEUR. — Oui, le bon apôtre.
L'ÉLÈVE. — En tous cas, en Suisse, je ne sais s'ils sont du même sang, mais ils ne sont pas de la même langue.
LE PROFESSEUR. — Et ils s’arrangent très bien.
(1) Pour simplifier, je laisse ce professeur croire qne « sang celte » veut dire quelque chose. En fait, il n’en est rien. Les mots « celte » ou « germain » recouvrent des mélanges complexes et obscurs,
L'ÉLÈVE. — Jusqu'à nouvel ordre, oui. Mais en France, nous n'avons pas non plus tous la même langue. C’est plein de Bretons, de Basques, d’Alsaciens, de Flamands, de Catalans, de Corses, de Juifs, de Polonais, de Tchèques, d'Italiens, d'Espagnols, d’Arabes qui baragouinent.
LE PROFESSEUR. — Ils devraient, ils doivent parler IrançÇaIs.
L'ÉLÈVE. — Pourquoi pas comme en Suisse, chacun sa langue ?
LE PROFESSEUR. — La France n’est pas la Suisse.
L'ÉLÈVE. — Alors, c’est l'Allemagne ?
LE PROFESSEUR. — Non plus.
L'ÉLÈVE. — Quelle différence y a-t-il entre l'Allemagne et la France ?
LE PROFESSEUR. — Nous n’avons pas les mêmes principes.
L'ÉLÈVE. — Encore. Eh bien, il y en a, des principes.
Il y a le principe suisse, le principe français et le principe allemand. Mais quel est le principe français ?
LE PROFESSEUR. — C’est.
L'ÉLÈVE. — En Allemagne, le principe c’est le sang qui est dans la langue. Le sang qui est dans la langue fait qu’elle parle allemand, cette langue. Mais en France ?
LE PROFESSEUR. — C’est l’air qu’on respire qui fait qu'on parle français.
L'ÉLÈVE. — Mais les Alsaciens et les Bretons et les Corses ?
LE PROFESSEUR. — Laïssez-les encore un peu respirer
Cet air,
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