‹ Socialisme fascisteChapitre 88 sur 103 · À HP A LE RE · texte numérisé non relu

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avait dressé des plans — et les voilà déjoués dans la mesure même où ils sont accomplis selon des voies imprévues, embrouillées.

Je laisse aux pseudo-révolutionnaires la courte honte de me traiter de paradoxal, et je dirai que ma confiance dans l'avenir du socialisme vient du spectacle que donnent aujourd’hui les pays fascistes. S'il n’y avait pas ce spectacle complexe mais plein de signes, je désespererais, car je n'aurais sous les yeux, par ailleurs, que la triste agonie du socialisme officiel dans les vieilles démocraties.

Pour Moscou, eh bien, je n’ai jamais reproché à Staline la violence de ses raccourcis ni la subtilité de ses détours. Le développement du socialisme en Russie n'a aucun rapport avec ce qui se passe en Europe. Par ailleurs, Moscou est fixé depuis longtemps sur la nullité, désormais avérée, de ses imitateurs à la lettre.

Oui, il y a beaucoup de socialisme en fermentation dans le monde fasciste. Et non point seulement de ce socialisme qui est fatal, et prévu par le fatalisme de Marx, de cette lente glissade au socialisme qui se fait par l’altération graduée des formes du capitalisme, selon cette loiendormeuse qu’a forgée le déterminisme péremptoire des docteurs marxistes du siècle dernier. Mais, je veux dire ce socialisme vif, volontaire, — souple, pragmatique — qui était celui de Owen en Angleterre, de Proudhon en France, de Lassalle en Allemagne, de Bakounine en Russie, de Labriola en Italie — et qui a été longtemps tenu sous le boisseau par les succès apparents

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d'un marxisme qui trahissait peut-être le sens aigu montré par Marx dans ses moments les plus géniaux mais qui, dans son épaisse tonalité générale, doit pourtant être imputé à Marx, car celui-ci l’a laissé dominer l'ensemble de son œuvre théorique.

C'est le socialisme non-marxiste qui se réveille à travers le fascisme — aussi bien à Berlin qu’à Rome.

Certes, Marx avait essayé de tremper son génie aux sources fluides de l'esprit du xvirre. Il y a un effort pour rejoindre Heine chez Marx. Mais c’est un effort qui, la plupart du temps, échoue. Marx n’a pu s’arracher au courant épique, qui s’est formé en Europe à la fin de ce même siècle et qui pendant tout le siècle suivant a entraîné la majorité des esprits et les plus grands, vers des théories énormes, écrasantes — en un mot, il n’a pu échapper au romantisme. Il y a parfois chez Marx un esprit preste, avisé, libéral qui se fait apercevoir, mais le plus souvent c’est le romantique qui l’emporte et qui verse dans les thèses pseudo-savantes, absconses, chargées de passion sentimentale. Le marxisme est un des moments les plus caractéristiques de la seconde vague romantique : celle du naturalisme et du positivisme.

C'est ce qui explique que son œuvre aït eu plus de succès en Russie, pays candide, qu’en Allemagne ou en France ou en Angleterre. Et encore en Russie a-t-il fallu qu'elle fût reprise en maïn par le génie astucieux, désinvolte de Lénine pour passer dans la pratique,

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